mardi, 03 avril 2007

Allogène

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Germain est ce que les gens appellent un brave type. Il est droit, loyal, disponible pour sa famille et ses amis, bref, c’est quelqu’un de gentil, sur qui l'on peut toujours compter. Parfois, c’est vrai, les gens tentent d’abuser de sa bonté, ils y parviennent quelques fois, mais dans l’ensemble peu de personnes essaient de l’arnaquer. Les gars comme Germain sont une denrée rare de nos jours…
Germain est marié depuis trente-deux ans, il a eu deux filles et son premier petit-enfant devrait voir le jour au début de l’hiver prochain.

Germain est menuisier-ébéniste, il aime ce métier qui lui a permis de personnaliser sa maison. C’est la plus belle de Saint Aubin sur Algot, charmant petit village du pays d’Auge. De la cave au grenier en passant par les escaliers, tout le mobilier, toute la décoration sont signés Germain.

Aujourd’hui, nous sommes vendredi et comme à son habitude, Germain va voir sa tante Clarisse à Lisieux, une femme âgée et impotente à qui il va faire les courses et tenir compagnie jusqu’en fin de soirée. Enfin, ça, c’est la version officielle de l’occupation de son vendredi. Parce qu’en vérité, Germain va retrouver Batouly qui l’attend dans un petit studio sis impasse des Terres Noires.
Batouly, c’est sa perle d’Afrique, sa princesse d’ébène, sa reine de Saba… Il l’a rencontrée bêtement il y a un an et demi lors de ce qui aurait dû être un banal accrochage de voitures. Sauf que Batouly n’était pas assurée et qu’elle était sans emploi. Après avoir copieusement arrosé Germain d’insultes, elle s’était effondrée en larmes, s’asseyant sur le bord du trottoir, complètement anéantie. Evidemment, il n’avait pas pu la laisser ainsi et c’est sur une terrasse, devant un jus d’ananas, qu’elle s’était mise à lui raconter sa vie.

Elle avait quitté son village natal au sud de Dakar pour rejoindre son fiancé en France. Ce dernier était installé à Montpellier, avait obtenu sa carte de séjour, trouvé du travail, un logement et il l’attendait. Elle avait donc quitté parents et amis et, ses quelques économies en poche, était partie rejoindre Ibou, pleine d’espoir en la nouvelle vie qui l’attendait. Mais malheureusement, point d’Ibou à Montpellier ni ailleurs. Après des mois de recherches qui l’avaient amenée en Normandie, elle avait cessé d’espérer et doutait sérieusement de la sincérité de son fiancé. Batouly avait découvert le froid, l’humidité et… les Français. Elle avait connu la faim, la peur, l’humiliation et avait même flirté avec la prostitution.

Et puis il y avait eu Germain, sa gentillesse, sa patience, son sens de l’écoute, sa compassion. Germain avait acheté ce petit studio, à l’insu de sa femme, avec des économies mises sur un compte à part, juste au cas où… Il y avait installé Batouly afin qu’elle se repose, se ressource. Il avait contacté la mairie, la préfecture et avait même écrit au Ministre de l’Intérieur afin qu’elle obtienne des papiers. Et tout cela en plus de son travail, de sa vie de famille ! Jamais personne ne s’était intéressé à Batouly, ni ne l’avait considérée, de la sorte. Encore moins une personne blanche et de surcroît de sexe masculin. Germain ne semblait d’ailleurs pas très sensible à ses charmes. Il avait plutôt développé à son égard un comportement paternaliste. Mais un vendredi du mois de mai, elle l’avait invité à rester dîner chez elle, plutôt que d’aller au restaurant. Elle s’était appliquée à lui réaliser un maffé aux cacahuètes et il avait été sensible au geste : le plat avait été vidé jusqu’au dernier grain de riz. Néanmoins, la cuisine africaine est très épicée et Germain avait un peu forcé sur le vin. Au point qu’il ne lui avait pas été possible de prendre le volant pour rentrer chez lui. Il avait téléphoné à la maison, avait prétexté un problème de plomberie chez tante Clarisse et avait passé la nuit chez Batouly. Et quelle nuit…

Germain avait découvert des plaisirs totalement inconnus dont il ne soupçonnait pas l'existence. Batouly n’était que sensualité, ardente et généreuse. Elle avait un corps fait pour l’amour avec des membres musclés et cette magnifique peau noire si ferme sous la main comme l’ébène rose d’Afrique du Sud. Ses seins, faits pour ses mains, se dressaient insolemment, fièrement, appelant sa bouche, ses doigts. Ses jambes longues et fuselées pouvaient s’enrouler autour de lui à la manière de deux serpents, l’emprisonnant au creux de son ventre. Ses fesses à la cambrure affolante étaient rondes et pleines à souhait. Batouly avait les baisers épicés et sa peau dégageait des effluves de vanille, de figue et d’ambre. Elle devenait Salomé et dans ses bras, Germain s'engageait dans une danse aux déhanchements rythmés par le son des djembés, loin la-bas. Et lorsque la joute charnelle atteignait son paroxysme, Germain voyait des flammes danser dans les yeux en amande de sa maîtresse. Comme si elle était une sorcière en plein sabbat, elle donnait alors l’ultime coup de rein fatal qui le laissait pantelant et en transe.

Il a parfois des scrupules, Germain. Il se dit qu’il fait partie de ces hommes qui se font payer en nature. Mais tout a changé le mois dernier, lorsque Batouly lui a soufflé au creux de l’oreille, alors qu’elle glissait ses longues mains sous sa chemise, qu’elle était « tombée en amour » pour lui… 

© 2006 Plum'

 


Commentaires

Implicite relations humaines qui nous mènent vers les plus fous désirs sans penser aux conséquences...
Fous désirs moteur m^me de la vie et de l'existence
Texte superbe plum il manquerait une suite dans cette tranche de vie, nous sommes en attente...
Sous le poids de l'influence Chrétienne Germain va t il abandonner sa belle image pour BatoulY la sorcière d'Ebenne ? ...

Ecrit par : Claude | mardi, 03 avril 2007

L'amour peut se nicher ou on ne l'atend pas, mais tout de même pauvre, femme trompée...

Ecrit par : Mathéo | mardi, 03 avril 2007

C'est du Maupassant du 21ème siècle chère Plum'.
La Normandie sauce vanille, figue et ambre. Je prends.
Vraiment très réussi.
A quand la même avec Germaine et Abacar ?

Ecrit par : Claudiogène | mardi, 03 avril 2007

Que celui qui n'a jamais péché, lui lance la première pierre !!!! (sourires) En somme c'était sa vahiné !! J'attends la chute,car avec toi,je me méfie.....

Ecrit par : patriarch | mardi, 03 avril 2007

Joli texte, c'est vrai. J'ai souri en lisant le prétexte que donne Germain pour aller retrouver Batouly. La vieille tante à Lisieux... C'est vrai que Lisieux, c'est une ville de vieux... lol

Ecrit par : mirabelle | mardi, 03 avril 2007

ouh ! chaud, chaud devant...de nombreuses Batouly errent en quête d'espoir sur notre terre d'asile, elles ne rencontrent pas toutes Un Germain, alors laissons la "morale" de côté, MMe germain ira prendre des cours de djambee et à son tour enjolera Germain...ou un superbe éphèbe ébène...
bon, ça c'est dans l'histoire qui finit bien ! superbe récit chaud comme l'afrique.

Ecrit par : lasidonie | mardi, 03 avril 2007

la suite, la suite...

Ecrit par : My | mardi, 03 avril 2007

Je te lis souvent sur PP, toujours avec plaisir, et là je découvre ton blog grace au lien de Pivoine. Et je suis sous le charme. Vite, la suite, Plum'. C'est tellement réconfortant les belles histoires !

Ecrit par : amaily | mardi, 03 avril 2007

Chère Mirabelle Lisieux, une ville de vieux !
Sur ton blog, tu délaisses un peu les PE2 pour ton mystérieux inconnu et je constate deux commentaires chez Plum’. Viendrais-tu chère vingtenaire t’inspirer de l’expérience des « mariés depuis plus de trente ans ».
Le talent de Plum’ qui croustille d’aventures et les commentaires sont l’image de la vie, mieux que dans « Gala », « Elle », « Jour de femmes » …
Je vous embrasse Jeunes femmes.

Ecrit par : Christian | mardi, 03 avril 2007

Une belle histoire Plum', où deux vies si différentes se rejoignent, dans le hasard d'une rencontre qui devait sans doute se produire...pour que le destin puisse continuer son chemin.
Bonne soirée !

Ecrit par : antigone | mardi, 03 avril 2007

A Claude : nous verrons, nous verrons ma chère Claude. Nous verrons si Germain est influençable et s'il est chrétien... Une histoire que ne s'annonce pas très catholique, en tous cas.

A Mathéo : madame Germain, victime ou responsable ?

A Claudiogène : ah, je ne sais pas, peut-être plus vite qu'on ne le croit... Maupassant ? Waouh, ce n'est plus du compliment, c'est de la bouffée rougissante assurée. Merci !

A Patriarch : oh, tu as tort. Je suis romantique... parfois !

A Mirabelle : je t'avoue que je n'y ai jamais mis les pieds...

A Sido : ah, ma Sido, ce serait trop facile, tu t'en doutes bien...

A My : ça vient, ça vient...

A Amaily : mais c'est gentil à toi. Sois la bienvenue Amaily et au plaisir de te relire bientôt...

A Christian : rerouge ! Oups, fait chaud par ici ! C'est marrant Christian, mais je ne pense pas que Gala et Jour de Femmes fassent partie des lectures de Mirabelle, Elle non plus d'ailleurs. Par contre, connaissant notre petite PE2, je sais que le pyjama du Germain sur la robe de chambre satinée et molletonnée rose de la Germaine, à la patère de la salle de bain, ça... ça... ça c'est de l'amour ! ;-)

A Antigone : aucune rencontre n'est le fruit du hasard, c'est vrai...

Je vous embrasse toutes et tous et vous dis à demain !

Ecrit par : Plum' | mercredi, 04 avril 2007

Ahhhh ! Merci Plum', de prendre ma défense ! Je dois dire que j'ai failli être vexée en voyant que Christian laissait entendre que je pouvais lire des journaux people ! Grr... N'est pas forcément sans cervelle celui qui est jeune et n'est pas forcément malin celui qui a de l'âge ! (hihihi) Et quand je parle de la ville de Lisieux en disant que c'est une ville de vieux, j'assure parler en connaissance de cause puisque Lisieux est une ville que je connais très bien, j'y ai été tous les dimanches pendant vingt-et-un ans. J'ai eu le temps de l'observer et de l'apprécier (car ma formulation n'excluait pas une certaine tendresse pour cette ville, c'était la ville de ma grand-mèèèère). En tous cas, tu m'as bien fait rire, Christian ! :D Gros bisous à vous deux (enfin surtout à Plum' parce que c'est chez elle, ici, hein...) ;-)

Ecrit par : mirabelle | mercredi, 04 avril 2007

mille bisous a toi plum'
en espérant que tu ailles au mieux aujourd'hui
prends soin de toi
ioana

Ecrit par : ioana | mercredi, 04 avril 2007

Mais moi aussi je t'embrasse Ioana. Je viens d'ailleurs te souhaiter une bonne nuit chez toi. Ne bouge pas, j'arrive !

Ecrit par : Plum' | jeudi, 05 avril 2007

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