jeudi, 05 avril 2007
PèreMission
On est samedi soir et, enfin, elle va pouvoir aller en boîte pour la première fois, comme toutes ses copines, comme toutes les filles de son âge, comme… n’importe quelle « meuf normale » qui n’a pas les parents « hyper-méga-coincés » qu’elle se coltine…
Ok, elle ne va pas en boîte avec Jenifer et Clara, ses deux meilleures amies restées à Marseille. Mais bon, elle, elle y va avec Luisa et Ingrid, ses nouvelles cops rencontrées à l’hôtel. Et puis, ce sont les vacances, elle est à Majorque, elle a un bronzage magnifique, et surtout ses parents vont rester ici et assister au spectacle de flamenco organisé par les animateurs, dans le cadre des week-end à thème.
Et puis, elle espère surtout qu’il y aura le beau Ruben. Luisa et Ingrid, elles, préfèrent Joaquin. Ce sont les deux serveurs du bar de la piscine, des bombes ! Ruben et ses cheveux noirs bouclés, son teint mat, ses yeux de braise et son tatouage tribal sur l’épaule droite… Ruben et son piercing sur la langue qui allie un délicieux zézaiement à son accent espagnol, ce qui lui confère un phrasé sexy « trop mortel »…
Bien évidemment, elle s’est bien gardée de se confier à sa mère qui en aurait forcément parlé à son père (« dans un couple, ma chérie, il n’y a pas de secrets. Et ton père est toujours ravi de savoir ce qui fait vibrer sa petite colombe… »). Parce que là, la soirée discothèque, elle la rêvait !… Son père a vu des pédophiles à chaque coin de rue jusqu’à ses quinze ans, depuis un an environ elle est, à ses yeux, la proie rêvée des adolescents de son âge, boutonneux, pressés de se débarrasser de leur pucelage... Sans parler de tous les psychopathes violeurs en liberté ! Et toujours d’après son père, ils sont nombreux si on l'écoute : neuf hommes sur dix sont des criminels sexuels qui s’ignorent !
Elle se mire, s’observe attentivement, de face, de profil, de dos, de trois-quarts, l’autre profil… Ce jean taille basse lui fait une silhouette de rêve, le petit top turquoise sublime son hâle et dévoile ce qu’il faut d’un ventre parfaitement plat. Suffisamment dénudé pour apercevoir un piercing au nombril en forme de cœur à facettes couleur diamant (une vraie petite fortune de chez Swarovski qui lui a coûté quatre mois d’argent de poche). Avant les vacances, elle est allée à son dernier rendez-vous chez l'orthodontiste : il lui a retiré cette saleté d'appareil à bagues qui l'a tant complexée en troisième. Mais le résultat est là, il faut bien le reconnaître ! Elle enfile une chemise en jean afin de cacher à ses parents son abdomen dénudé et ornementé, chausse une paire de tennis, s’assure que son gloss et ses sandales à talons sont bien dans son sac à main. Un dernier coup de fil via le portable pour rappeler à Ingrid d’amener les « clopes » (encore un truc sur lequel il ne faudrait pas que son père tombe), un dernier coup d’œil au miroir, elle prend les trente euros que ses parents lui ont donnée et referme, derrière elle, la porte de sa chambre. Ce soir, c’est la fête !
Ne reste plus qu’à négocier l’heure du retour : son père veut qu’elle soit à l’hôtel à une heure ! J’te jure, complètement ouf ! Un vrai fossile qui fonctionne encore « façon vingtième siècle » ! Il ne se rend même pas compte de la honte devant les copains, les copines, devant Ruben ! Sa mère a proposé une heure et demie, mais elle, elle voudrait bien rallonger jusqu’à deux heures… Minimum ! Alors, elle va faire ce qu’elle sait si bien faire : elle va se mettre sur les genoux de son « Papounet d’amour », nicher son nez dans son cou, balancer par intermittence des « alleeeez, Papoooouuuun… je t’en priiiieeee, s’te plaaaiiiiit… ce sont les vacances… alleeeez » avec une moue boudeuse de Lolita à faire chavirer n’importe lequel de ces types de plus de quarante-cinq ans (son père, ses oncles Fred et Gégé, son prof d’histoire…). C’est un numéro parfaitement rôdé et huilé : une véritable représentation dont le clou est : « ohhh, ooouuuiiiii, merci-merci-merci-merci !!! ohhh, je t’aiiiime mon Papou d’amoooouuuur !!! »…
Seize ans que cela marche, il n’y a pas de raison que cela cesse !…
© 2006 Plum'
00:00 Publié dans Saveur Fraîche | Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note



Commentaires
Seize ans et la vie devant soi…
Une sortie en boite comme une porte qu’une ado pousse vers la jeune femme.
Petit dej tout en fraîcheur de printemps.
Ecrit par : Mathéo | jeudi, 05 avril 2007
Et ça continue ensuite les miennes ont 24, 23, 15 (les filles car j'ai deux garçons) et je peux te dire qu'il y passe toujours dans le trou de souris...
"Paaaaaaappoooooooouuuunnettttt.......
Ecrit par : Claude | jeudi, 05 avril 2007
C'est pas mal vu, ma foi ! Bon, je n'ai jamais été à Majorque, n'ai jamais parlé comme ton personnage, ai toujours respecté mon Papa et n'ai jamais aimé les piercing et les tenues trop aguicheuses. Néanmoins, la technique employée par cette jeune fille me rappelle la mienne, quand j'avais besoin que mon petit papa fasse le taxi. :)
Ecrit par : mirabelle | jeudi, 05 avril 2007
Je rejoins Mirabelle ! Jamais de boîte à 16 ans, de piercing ou de jean taille basse, mais un grand sourire, un gros câlin, un bisous et quelques caressages dans le sens du poil, et même aujourd'hui ça marche encore !
Ah ! Les filles et leurs pères !
Ecrit par : Alfie | jeudi, 05 avril 2007
La mienne encore trop petite pour sortir en boite non mais !!!!
Mais j'entends déjà des "mamaaannn s'il te plait ma maman chérie d'amourrrr".
Bon allez je file je prend la route vers le sud et la mer pour 4 jours... je penserais fort à toi demain matin à l'heure du ptit déj. quand j'aurais les pieds dans le sable !
Bisous à mardi
Ecrit par : My | jeudi, 05 avril 2007
bien décrite l'ado d'aujourd'hui, tout y est , mode, langage, la vie sous influence...Je n'ai pas eu de filles donc, pas connu les ouiiiiiiiiii merciiiiiiii. Les fils c'est autre chose. Et qd j'étais ado, ouille c'était pas le même tabac. Autre temps, autre moeurs. Plus difficile pour les parents...
Ecrit par : lasidonie | jeudi, 05 avril 2007
A Mathéo : et toujours cette envie de grandir, de vieillir vite, plus vite...
A Claude : tant mieux ! C'est la preuve que tout se passe bien. Et puis, c'est si agréable pour les papas de se sentir le héro de leur(s) fifille(s)...
A Mirabelle : ça marche depuis la nuit des temps ce truc-là...
A Alfie : il y a des choses qui restent immuables, tant mieux !
A My : je vois que l'on ne se refuse rien, Madame... Bon week-end et amusez-vous bien !
A Sido : quelles que soient les époques, les parents ont souvent été de vieux chnoques ne parlant pas la même langue que leurs enfants ados. Ce qui a changé, c'est peut-être la façon dont les ados d'aujourd'hui traitent leurs parents. Et encore... Tout est une question d'éducation, j'en reste convaincue.
Ecrit par : Plum' | jeudi, 05 avril 2007
Le papé avec sa Camille ! Comment le fera-t-elle tourner en bourrique ?
En attendant, c'est à ma chère, très chère fille que je pense.
Merveilleux enfants.
Ecrit par : Christian | vendredi, 06 avril 2007
Si Camille doit te tourner en bourrique, elle le fera de la façon la plus classique qui soit. Rien n'a changé : les pères (et grands-pères) sont sensibles aux mêmes flatteries et aux mêmes moues...
Ecrit par : Plum' | vendredi, 06 avril 2007
Moi je ne m'inquiète pas nous aurons un garçon, c'est moins difficile.........enfin.je crois.........hein c'est moins difficile????
Ecrit par : Mathéo | vendredi, 06 avril 2007
Mais vous connaissez déjà le sexe du bébé ???
Ecrit par : Plum' | vendredi, 06 avril 2007
Pour moi, c'est encore de la science fiction. On verra dans dix ans ! :)
Je n'étais pas moi-même de cette sorte d'adolescente !
Bises Plum' !
Ecrit par : antigone | vendredi, 06 avril 2007
Moi non plus je n'étais pas comme cela (du moins pas complètement...) et puis nous sommes d'une époque différente.
Gros bisous Antigone et bon week-end pascal.
Ecrit par : Plum' | vendredi, 06 avril 2007
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