vendredi, 06 avril 2007
Allogène II
... Tombée en amour… Cette déclaration lui fit battre le cœur et monter les larmes aux yeux. Son petit piment venait de lui avouer ses sentiments. Enfin ! Maintenant il en était sûr, certain. Batouly l’aimait et ce n’était pas de la reconnaissance déguisée en amour. Non, Batouly lui avait dit ces mots dans sa langue maternelle, des phrases qui ressemblaient à une mélopée. Pas besoin de parler le wolof pour comprendre. Elle s’était serrée tout contre lui, avait glissé ses mains sous sa chemise et lui avait dit :
« ‑‑ Tu sais Germain, je dois te dire quelque chose de très important. Dàma laa nòp. Yaay sama jànt (Je t'aime. Tu es mon soleil). Mais je ne veux pas que tu sois mal à l’aise à cause de cela. Oh non, je ne veux pas. Je crois bien que je suis tombée en amour pour toi. »
Germain s’était senti si ému qu’il n’avait rien pu faire d’autre que de refermer ses bras autour d’elle, laissant ses grandes mains d’ébéniste se perdre dans la multitudes de tresses fines, parure capillaire savante et ô combien érotique.
Les semaines suivantes se déroulèrent dans l’effervescence. En effet, Batouly trouva un emploi à durée indéterminée. Ce qui lui permettait d’entrevoir le début d’une vraie vie avec des projets d’avenir, des buts à réaliser et la sensation de pouvoir enfin se poser, se reposer. Elle allait pouvoir commencer à payer un loyer à Germain, chose qui lui tenait réellement à cœur. Et, qui sait, peut-être pourrait-elle, d’ici quelques mois, s’acheter une voiture d’occasion. C’était la promesse d’un nouveau demain, une fenêtre qui s’entrebaille sur une journée de printemps, ensoleillée.
Les visites hebdomadaires de Germain restaient régulières et parfois, lorsque la livraison d'un client l’amenait jusqu’à Lisieux, il venait lui faire un petit coucou à la laverie. C’était un travail facile que celui de responsable de Lavomatic. Batouly devait s’assurer du bon état de marche des machines à laver, des sèche-linge, vérifier que les distributeurs automatiques de lessive et d'assouplissant soient toujours pleins et faire en sorte que le lieu reste propre. Elle voyait du monde toute la journée et son travail n’était qu’à une vingtaine de minutes à pieds de chez elle. Elle avait ainsi fait la connaissance des quelques membres de la petite communauté africaine de Lisieux et s’était retrouvée à chanter dans un groupe musical, ba suba (à demain) composé d’un joueur de djembé, d’un joueur de balafon, d’un guitariste et d'elle-même. Elle écrivait tous les textes qu’Ismaël et Idrissa mettaient en musique, tandis qu’Abdoulaye l’aidait plutôt au travail d’écriture, corrigeant par ci, par là, apportant ainsi sa touche personnelle à la chanson. Cette petite bouffée d’air Sénégalaise permettait à Batouly de vivre en parfaite symbiose dans la culture occidentale. Ba Suba se produisait dans les salles de la région ou lors de manifestations inter-culturelles. Le groupe commençait à être connu et à comptabiliser un nombre de fans (dont de plus en plus de Blancs) prêts à les suivre à chaque spectacle donné dans la région.
Un jour, Idrissa vint voir Batouly à la laverie et lui annonça une formidable nouvelle. Ils avaient été sélectionnés pour se produire sur une grande scène à Caen, Le Cargo, dans le cadre du Festival des Musiques du Monde. Germain qui pénétrait à cet instant dans la blanchisserie, une boîte de pâtisseries à la main, ne comprit pas pourquoi Batouly lui sauta au cou, imposant sans pudeur aucune, à la bouche de ce dernier, ses lèvres pulpeuses. Après explications, il fut heureux pour ce groupe qu’il avait vu naître, grandir et s’épanouir.
Madame Cochin retirait son linge du séchoir, le pliait avec soin, en se mêlant joyeusement à la conversation. Personne ne fit vraiment attention à l’homme qui entra dans la laverie. Silhouette longue et discrète, la tête rentrée dans les épaules, à moitié cachée par le col relevé de son imperméable, il se dirigea vers une des machines au fond du magasin. Cela parlait fort, cela rigolait et personne ne prit la peine de le saluer. Maigre et voûté, il affichait des bas de pantalons déchirés et une paire de baskets en piteux état. Il paraissait frigorifié et surtout affamé. C’est Germain qui l’aperçut le premier. Il se rendit rapidement compte de l’état dans lequel se trouvait l’inconnu. Ses mains tremblaient en vidant le sac de nylon rouge, empli de linge sale, dans la machine. La peau foncée de ses mains, très abîmées, contrastait avec la paume trop blanche. Germain se dirigea vers lui et lui offrit un mille-feuilles en lui proposant de se joindre à eux. L’étranger lui fit face et ses yeux se retournèrent dans leur orbite. Il s’écroula sur le sol, inanimé. Tout le monde se précipita autour de lui et Batouly laissa échapper un cri :
« - Oh mon Dieu, Ibou ! Ibou !!! Ibou, réveille-toi ! »
Et de continuer en wolof, lui tapotant les joues, agenouillée sur le sol, la tête de l’homme sur ses cuisses.
Tout le monde regardait ce type, inconnu de tous, et qui paraissait si familier à Batouly.
Abdoulaye brisa enfin le silence :
« - Mais tu le connais, cet homme ? Qui est-ce ?
- C’est Ibou. C’est… c’est… l’homme que je dois épouser… »
(à suivre...)
© 2007 Plum'
00:00 Publié dans Saveur Aigre-Douce | Lien permanent | Commentaires (15) | Envoyer cette note




Commentaires
Voilà de l'intrigue chère Plum' !
Le Ibou, l'imprévu, la surprise ...
Puis à suivre ...
Tu vas écrire un jour, je le sents ...
Nous serons sûrement les premiers lecteurs.
Ecrit par : Christian | vendredi, 06 avril 2007
Mais Christian... elle écrit déjà.
Le reste... publication, matérialisation... c'est secondaire.
Ecrit par : Claudiogène | vendredi, 06 avril 2007
Oh là là ! Voila que ça se complique. Au moment où tout s'arrangeait... Je ne vais pas dormir pendant quelques nuits, moi. La suite, Plum', la suite...
Je te dis comme Christian, nous serons tes premiers (et impatients) lecteurs. Mais peut-être es-tu déjà publié sous un autre pseudo ...
Ecrit par : amaily | vendredi, 06 avril 2007
Quelle inspiration, que va-t-i se passer?
Ibou n'a pas l'air en grande forme!
Ecrit par : Mathéo | vendredi, 06 avril 2007
c'est une vraie nouvelle sur fond de chants " zamour" africains que tu as écrite là et tu nous tient en haleine : la tradition des mariages forcés va t-elle être mise en échec ? Batouly ne joue -t-elle pas double jeu avec Germain, est-elle si innocente que ça ? Que de questions dans ce "A suivre" !
Ecrit par : lasidonie | vendredi, 06 avril 2007
A Christian : on va voir ce que cela va donner parce que je vais t'avouer une chose : je ne connais pas la suite de l'histoire et je n'en ai pas la moindre idée à l'heure qu'il est...
A Claudiogene : c'est vrai ! Et surtout, je ne suis pas sous pression, je ne me pose pas de questions.
A Amaily : mais vous l'êtes déjà ! Et vous me comblez, tous les jours, par votre fidélité, vos critiques, vos réactions. Vous me comblez de bonheur et je ne peux que vous me renouveler mes remerciements, à tous !
A Mathéo : c'est le trou noir ! Il va vous falloir attendre la semaine prochaine.
A Sido : eh bien je suis comme toi ! Quel suspens ! Allons-nous tomber de haut où tomber très bas ? That's the question comme dirait l'autre...
Ecrit par : Plum' | vendredi, 06 avril 2007
La semaine prochaine!!!!!!!!!!!!!! et demain alors ce n'est pas dimanche!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!La semaine prochaine!!!!!!!!!!!!!!!!!!
Ecrit par : Mathéo | vendredi, 06 avril 2007
La suite ! La suite !
Bisous Plum' !
Ecrit par : antigone | vendredi, 06 avril 2007
A Mathéo : demain c'est... enfin, tu verras ! ;-)
A Antigone : tu vois quel effet cela fait ? Bon, alors tu sais ce qui te reste à faire chez toi, ma jolie...
Gros becs Antigone !
Ecrit par : Plum' | vendredi, 06 avril 2007
je voulais juste te souhaiter une bonne soirée en espérant que ta journée se soit bien passée!
j'aime beaucoup ta manière d'écrire
bisous
Ecrit par : ioana | vendredi, 06 avril 2007
C'est gentil à toi Ioana. Je te remercie d'avoir lu ce que j'écris, je sais que tu es très fatiguée en ce moment.
Je t'embrasse bien fort et te souhaite une douce nuit, ma belle.
Ecrit par : Plum' | vendredi, 06 avril 2007
Fantastique Plum' ! Tu as réussi à me faire garder les yeux ouverts tout du long de la dégustation de mon petit déj à retardement alors qu'en ce moment, je pique du nez toutes les deux minutes environ !!!
Vivement la suite... Ou comment la tradition nous rattrappe toujours...
Ecrit par : Alfie | samedi, 07 avril 2007
La suite sera en ligne lundi. En attendant, je te fais de gros becs et te souhaite un week-end ensoleillé. Et, s'il te plait, pas de rock acrobatique ce soir !
Ecrit par : Plum' | samedi, 07 avril 2007
Yeahhh ! Suis de retour et voilà que tu m'embarques dans je ne sais ne sait quel roman fleuve...
Suis impatiente de lire la suite !!
Bisous
Ecrit par : My | mardi, 10 avril 2007
Tu pars à la plage et moi je vais vers d'autres rivages...
Gros bisous et bonne semaine petite veinarde !
Ecrit par : Plum' | mardi, 10 avril 2007
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