vendredi, 01 juin 2007
Allogène XVII

« … Il sera sûrement plus en sécurité à Ouilly-le-Vicomte, du moins pour le moment.
Batouly soupira en s’asseyant à la table et se prit la tête dans les mains.
Je suis fatiguée et j’ai peur, très peur. J’ai peur que cette histoire se finisse mal, très mal. Tous ces ministres, ambassadeurs, tous ces gens haut placés sont sans foi ni loi. Ibou n’a aucun recours. On ne peut même pas aller voir la police. Il n’aura aucune aide de personne. Mais comment peut-on être si dénué de moral, de sentiments. Comment, dans un pays comme le tien, qui se prétend être celui des Droits de l’Homme, des représentants de l’Etat peuvent-ils se comporter ainsi ?
Le ton de Batouly commença à monter.
Comment peut-on se prévaloir d’une devise telle que « Liberté, Egalité et Fraternité » et s’en moquer avec autant de facilité ? Mais qui sont les gens qui vous gouvernent ? Hein ? »
Batouly était à présent en larmes et hurlait. Ses nerfs étaient en train de la lâcher. La fatigue, les tensions, la peur avaient pris le pouvoir sur la raison. Germain se leva précipitamment et ferma la fenêtre de la cuisine. Voyant qu’elle commençait à perdre pied, il la gifla. Elle s’arrêta net, le regarda d’un air hébété et s’effondra en pleurs dans ses bras.
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Un coup de klaxon la fit sursauter. Bon, qu’est-ce qui lui prenait à celui-là ? Il était pressé ? Ce n’était pas de sa faute si elle avait du mal à faire les créneaux à gauche. Elle finit, tant bien que mal, par se garer. Elle jeta un coup d’œil à sa montre en sortant de la berline, mit de l’argent dans l’horodateur et remonta la rue, un arrangement floral dans une main, une boîte de gâteaux dans l’autre. Cela faisait une éternité qu’elle n’était plus venue ici, au moins quatre ans. Tiens, la façade avait été repeinte. Elle trouva la sonnette, appuya et attendit. Au bout de quelques minutes, la porte d’entrée s’ouvrit sur une femme âgée.
« - Bonjour Tante Clarisse ! Vous allez bien ? demanda la visiteuse en embrassant son hôtesse.
- Bonjour ma petite Irène. Je suis ravie que tu m’aies téléphonée. Tu sais, je n’ai pas tellement de visite. Une vieille bique comme moi…
- Oh, Tante Clarisse ! interrompit l’arrivante. Vous êtes superbe, vraiment ! »
La vieille dame fit entrer son invitée dans le salon. La pièce était cosy, pleine d’objets et de photographies mises en valeur dans des cadres en argent ou en étain. Il y avait des napperons en dentelle, des coussins brodés et des rideaux drapés. Tout était bien rangé et respirait l’encaustique. Tante Clarisse revint bientôt avec un plateau supportant deux tasses et une cafetière en porcelaine anglaise, au décor désuet. Des macarons colorés s’étalaient joliment sur une assiette et la pendule en laiton, sur le bahut, égrenait à coups de tic-tac secs ses secondes.
« - Je suis si heureuse de te voir, Irène. Comment va Germain ? s’enquit la dame âgée. Cela fait une éternité que je ne l’ai pas vu.
- Une éternité, Tante Clarisse ? Une semaine n’a que sept jours, répondit Irène.
- Oui, je le sais bien et alors ? Je ne vois pas le rapport.
- Mais, Tante Clarisse, s’exclama soudain Irène, vous voyez Germain tous les vendredis. Ce n’est pas si long !
- Excuse-moi, ma petite Irène, mais je ne comprends pas un traitre mot de ce que tu me dis là. La dernière fois que j’ai vu Germain, c’était à l’enterrement de ce pauvre Julien, il y a presqu’un an.
- Que dites-vous, Tante Clarisse ? articula alors difficilement Irène. Une onde de chaleur étouffante prit possession de son corps et monta jusqu’à son visage. Elle sentit des gouttes de sueurs perler sur sa nuque et son front et son chemisier commenca à accuser d’horribles auréoles humides sous les bras et sur la poitrine.
- Tu te sens bien Irène ? s’inquiéta la vieille femme.
- Non, pas trop. Ce sont ces saletés de bouffées de chaleur, je n’en peux plus. Mais je ne comprends pas. Germain ne vient-il pas en fin de semaine pour vous faire les courses et vous tenir compagnie ?
- Mais d’où tiens-tu donc cela ? répondit alors Tante Clarisse en riant. Je suis âgée mais pas impotente, Dieu merci ! Je sors tous les jours faire mes courses et Madame Perez, ma voisine, m’amène le plus lourd. »
Dans la moiteur chaude de ses vapeurs, Irène se sentit frissonner. Germain lui mentait. A moins qu’elle ne fut victime du délire d’une pauvre femme gâteuse et sans mémoire.
Quelque chose ne tournait pas rond et elle allait en avoir le cœur net.
(à suivre...)
© 2007 Plum'
00:00 Publié dans Saveur Acide | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note



Commentaires
J'aime beaucoup cette séquence-ci, pleine de suspens !
Bonne journée Plum' !
Ecrit par : antigone | vendredi, 01 juin 2007
Waou !!! la dame va se transformer en Mata-Hari !! Le pauvre, il va voir la vie en couleur, (pardon en noir et blanc), à présent !!
Bon après midi !
Ecrit par : patriarch | vendredi, 01 juin 2007
Ben, il serait temps d'ouvrir les yeux ma p'tite Irène. Moi, je vois ça comme ça : elle règle son compte à Germain et elle part avec Ibou ou ... avec Batouly.
Tu parles, ça va encore être des rabibochages... même pas drôle.
Ecrit par : Claudiogène | vendredi, 01 juin 2007
j'ai hate de lire la suite moi!
bisous en tous cas
Ecrit par : ioana | vendredi, 01 juin 2007
... ou alors...
Irène pardonne à Germain mais le quitte, et comme elle a un grand coeur se fait la protectrice d' Ibou, parce qu'elle est avocate, et qu'elle s'est arrêtée de travailler pour tenir son intérieur...
...ou encore... Ibou meurt des suites de son mauvais traitement...
... ou bien...
ton histoire à tiroir est si bien amenée que toutes les suites sont possibles !! Bien joué ma belle !! :-)
Bisous
Ecrit par : My | vendredi, 01 juin 2007
moi je verrai bien Batouly rentrer au pays avec Ibou, avec l'aide de leur protectrice et du toubib, Irène envoyer balader Germain, et se dégotter un apollon...comme ça, elle est pas belle la vie ?
mais attendons la réaction d'Irène et celle de Germain mis au pied de ses mensonges.
Ecrit par : lasidonie | vendredi, 01 juin 2007
Notre Plum' n'a pas fini de nous surprendre !
C'est bien ce que l'on aime, et on se laisse aller ...
Batouly m'est familière à présent, ce nom qui sonne comme le tam tam m'accompagne dans la colline.
Ecrit par : Christian | vendredi, 01 juin 2007
A Antigone : gros bisous ma belle et merci !
A Patriarch : commentaire très bien trouvé ! :-)
A Claudiogène : n'espère même pas me soutirer un semblant d'info ! Tu crois que je ne te vois pas arriver, là, l'air de rien ?
A Ioana : bientôt ma belle ! Dès lundi.
A My : exactement ! Et moi je les imagine et les change toutes les semaines, tu vois un peu... Big bisous my My et bon week-end !
A Sido : rentrer au pays ? Ce serait la catastrophe pour Batouly et Ibou, je crois...
A Christian : et bien moi aussi, figure-toi. De plus, je trouve ce prénom ravissant.
Ecrit par : Plum' | vendredi, 01 juin 2007
En fait, ce n'est pas une, mais DES Allogènes qu'il va falloir finir par écrire !!!
Ecrit par : Miss Alfie | samedi, 02 juin 2007
Je crois que c'est tout le titre que l'on devra changer, en finalité. A la base, cela n'était qu'une histoire entre un homme très bon, très généreux et très marié avec une Batouly très seule, très paumée, très désemparée... J'étais bien la dernière à prévoir tout ce qui allait lui arriver.
Ecrit par : Plum' | samedi, 02 juin 2007
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