lundi, 02 juillet 2007

Allogène XXVI

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La soirée chez Hélène Cochin fut des plus agréables. L’ambiance fut conviviale et détendue, le repas délicieux et la conversation soutenue. On parla beaucoup de l’Afrique et de ses problèmes, mais aussi de sa culture et de son folklore. On devisa sur la sécurité d’Ibou, sur les dangers qui le guettaient mais également sur les risques collatéraux que comportait le fait de le cacher. On parla du groupe, de musique, du concert à Caen. La réception se termina vers minuit. On s’embrassa, on se souhaita bonne nuit et on se quitta.

Irène regarda sa montre. Minuit moins dix et rien de rien. La rue était calme comme peuvent l’être les impasses à cette heure avancée du soir. Elle changea le canal à la radio, préférant une chaîne musicale au blabla de France Culture. Elle était en train de s’endormir et il lui fallait encore rentrer à Saint-Aubin sur Algot. Elle but une gorgée d’eau, directement à la bouteille et allait tourner la clé de contact lorsqu’elle aperçut des phares dans son rétroviseur. C’était la camionnette de Germain. Il se gara devant l’immeuble dans lequel se trouvait le studio. Irène ne voyait pas ce qui se passait à l’intérieur de l’habitacle. Quelques instants plus tard, une jeune femme noire en descendit. Le véhicule démarra, elle agita sa main en guise d’au-revoir et pénétra dans l’immeuble. Irène attendit, sortit de sa voiture et, campée sur le trottoir face au bâtiment, regarda les lumières s’allumer au dernier étage. Elle se dirigea vers les boîtes aux lettres et le bloc de sonnettes. Trois appartements étaient au dernier étage mais un seul nom avait une consonance africaine : B. MBODJ. Elle rejoignit son véhicule et prit le chemin de la maison.

Lorsqu’elle arriva chez elle, le véhicule de la société était garé dans la cour et la porte du garage était grande ouverte. Cela faisait partie du caractère de Germain. Il était rentré et ne voyant pas son épouse à la maison lui facilitait les choses, sachant qu’elle n’allait sûrement pas tarder. Les volets de la cuisine étaient baissés mais laissaient entrapercevoir de la lumière. La main d’Irène se crispa sur le levier de vitesse. Elle ne se sentait pas la force de discuter, de faire semblant, de l’affronter. Elle était fatiguée et terriblement remuée. Elle se posait beaucoup de questions mais ne voulait pas parler. Pas ce soir. Là, elle ne désirait qu’une chose : se doucher et aller se coucher. Elle réfléchirait demain matin et toute la journée. Et puis demain, elle ferait le ménage. Surtout dans le petit bureau. Il lui semblait qu’il serait bien de dépoussiérer la bibliothèque, d’épousseter chaque bouquin. Cette pièce avait bien besoin qu’on s’intéresse un peu plus à elle. Elle prit l’escalier et se retrouva dans le couloir, face à la cuisine. Germain, la bouilloire à la main, se préparait une infusion.

« - Bonsoir chérie. Tu en veux ? l’interrogea-t-il en lui montrant sa tasse ?

- Non merci. (Je n’en ai rien à faire moi de ta tisane !) Je suis complètement vannée. Je veux juste aller me coucher (et surtout ne pas avoir à te parler), répondit Irène d’un ton qui se voulait le plus neutre possible.

- Tu vas bien, chérie. Tu m’as l’air un peu pâlotte.

- Non, non, ça va, je t’assure. (Purée, espèce de faux jeton !)

Elle commença à monter les marches de l’escalier.

- Qu’est-ce que tu as fait ce soir ? demanda encore Germain.

- (Je me suis garée devant l’immeuble dans lequel tu as acheté ta garçonnière et j’ai attendu toute la soirée pour voir la tronche de ta poule. Remarque, je n’ai pas été déçue, je m’attendais à tout sauf à cela.) J’ai passé la soirée chez Jo. Elle m’a téléphonée juste après toi et m’a invitée à dîner.

- Elle va bien ? s’enquit Germain.

- (Tu as bien appris à mentir, mon amour. Je n’en reviens pas.) Oui, oui, elle m’a chargée de t’embrasser.

- Et alors, qu’est-ce que tu attends ?

- Pardon ?

- Qu’est-ce que tu attends pour m’embrasser ? » demanda Germain d’un air taquin.

Irène le regarda, un peu incrédule et surtout très surprise par tant de culot et d’aisance de la part de celui qu’elle croyait si bien connaître. Elle réfléchit rapidement et estima qu’il ne fallait pas faire d’esclandre maintenant. Ce n’était pas le moment. Elle lui décocha un léger sourire, redescendit les deux marches, s’approcha de lui, se mit sur la pointe des pieds et l’embrassa rapidement sur la bouche. Au moment où elle s’en retournait, il lui attrapa la main, la porta à ses lèvres et en souriant lui dit :

« Je finis ma tasse, je monte me doucher et je te rejoins. »

Elle acquiesça d’un signe de tête et se força à ne pas courir vers l’escalier. Ses yeux étaient embués de larmes.

(à suivre...)

 

© 2007 Plum'

Commentaires

Très très bien fait cet épisode Plum', et ton histoire est de plus en plus captivante. Bravo !
Bises et bonne semaine !

Ecrit par : antigone | lundi, 02 juillet 2007

La prochaine fois, il ne peut pas ne pas se passer quelque chose d'explosif.
Que vienne vite le réveil (dans les deux sens) d'Irène.

Ecrit par : Claudiogène | lundi, 02 juillet 2007

J'attends la suite.....va t'il pouvoir consommer ce soir ? Et la tête qu'elle va faire en découvrant des "bibelots" inconnus dans le bureau de son homme !

Ecrit par : patriarch | lundi, 02 juillet 2007

Ton épisode est criant de vérité, les détails, les dialogues, les a-partés ( j'adore le "purée" expression bien de chez moi, ou plutôt de mon pays natal ). Elle a tout de même une grande maîtrise d'elle-même cette Irène, personnage assez pâlot au début de ta "saga", de plus en plus réelle au fil des épisodes. Bonne journée et bisous.

Ecrit par : lasidonie | lundi, 02 juillet 2007

La claque là... Je la sens comme Irène...
Bon, ok, que Germain aille voir ailleurs, ça peut se comprendre... Mais là quand même... Non mais oh Germain, arrête ton délire ! Tu vas pas non plus te BIPPP ta femme après ta maitresse !!!

Ecrit par : Miss Alfie | lundi, 02 juillet 2007

A Antigone : merci ma chère Antigone ! Heureuse que cela te captive toujours autant.

A Claudiogène : ah, je ne dirai rien... avant vendredi !

A Patriarch : hé, hé, mais dis-moi donc Patriarch, quelle est donc cette curiosité grivoise, hein ? ;-)

A Sido : elle tombe des nues, certes, mais elle reste tout-de-même une femme mûre et... non, je ne dirai rien de plus ! Pas la peine d'insister.

A Alfie : mais il n'a pas BIPPP avec sa maîtresse puisqu'ils étaient invités à dîner ! Alors...

Ecrit par : Plum' | lundi, 02 juillet 2007

Germain me semble de moins en moins sympathique!

Ecrit par : mathéo | mardi, 03 juillet 2007

A chacun sa façon de voir les choses, Mathéo. Germain n'est pas honnête envers sa femme, certes, mais peut-on condamner pour autant l'homme en entier. Il n'est pas agressif, il a tout fait pour qu'une jeune femme clandestine soit logée, ait du boulot, des papiers. Il reste, je le pense, une personne tout-à-fait fréquentable.
Connaissons-nous bien les gens que nous cotoyons et que nous estimons ? En général, on n'étale pas sa vie sexuelle et encore moins lorsqu'il s'agit d'une double vie...

Ecrit par : Plum' | mardi, 03 juillet 2007

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