vendredi, 06 juillet 2007

Allogène XXVII

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… Elle acquiesça d’un signe de tête et se força à ne pas courir vers l’escalier. Ses yeux étaient embués de larmes. Sa douche fut des plus rapides, elle avala un calmant et se précipita sous les draps, recroquevillée et tournée vers le côté extérieur du lit. Son cœur battait la chamade, elle contenait des hoquets de chagrin et se força à adopter une respiration régulière destinée à faire croire à son mari menteur qu’elle était déjà plongée dans un sommeil profond. Une dizaine de minutes plus tard, elle entendit Germain monter l’escalier et s’enfermer dans la salle de bain. Lorsqu’il en sortit, il se coucha, se cala contre son dos, passa son bras autour de sa taille et s’endormit rapidement après l’avoir embrassée sur l’épaule. Le calmant mit du temps à agir et la laissa une bonne heure à ressasser. Après tout, elle avait aperçut cette jeune femme descendre de la camionnette de Germain, certes. Mais elle n’avait rien vu d’autre. Tout de même ! Il était avec cette fille au lieu d’être avec elle, sa femme, chez eux, à dîner ensemble. Mais qui était-elle ? Une Africaine, jeune, plutôt jolie fille… Depuis combien de temps se connaissaient-ils ? Qu’y avait-il entre eux ? Etaient-ils amants ? Germain pouvait-il avoir une maîtresse ? De cet âge-là ? Elle devait avoir vingt-cinq ans environ à tout casser. Se faisait-il manipuler ? Après tout, c’était plutôt flatteur pour un homme de son âge. Une gamine qui couche avec un quinqua qui, de surcroît, n’a pas un physique de play-boy… Que cherchait-elle ? En voulait-elle à son argent ? Et lui ? Que trouvait-il mis à part le sexe ? Question idiote ! Il y trouvait le sexe, l’énergie de la jeunesse, le répondant. Le calmant eut pitié d’elle et la délivra de ses tergiversations nocturnes et masochistes en la faisant sombrer dans un sommeil sans rêve.

Le lendemain, elle se leva, l’esprit un peu embrumé et, après s’être préparée une grande tasse de café fort, entreprit d’inspecter le bureau de son mari volage.  Au bout d’une heure d’inspection minutieuse des bouquins (jamais elle n’aurait pensé qu’il y en avait tant) elle tomba sur une lettre adressée au Ministre de l’Intérieur en personne. C’était une demande de régularisation concernant la situation de mademoiselle Batouly MBODJ, Sénégalaise, née le 17 mars 1978 à Dakar. Il y avait deux feuillets, le second était une lettre de recommandation de la part du Maire de Lisieux. Mais qui était cette fille ? Comment était-elle entrée dans la vie de Germain. La seule et unique fois où il avait été en Afrique, c’était il y a quinze ans. Il avait offert à Irène un safari photos au Kenya à l’occasion de leurs vingt ans de mariage. Rien à voir avec le Sénégal. Elle photocopia les documents et remit les originaux en place. Elle regarda l’heure. Treize heures ! Déjà ? Elle se précipita dans la salle de bain. A quatorze heures, elle avait rendez-vous avec le Docteur Kowacz.

********************

Il traversa le boulevard en courant. Le temps était plus clément que l’autre jour. Il espéra qu’il en serait de même de l’humeur de son client. Un péteux antipathique, celui-là. Il travaillait dans un ministère, apparemment. Et alors ? Cela n’empêchait pas la politesse et même l’amabilité ! Ces jeunes coqs croyaient tous détenir la vérité alors que du lait leur coulait encore des narines. Il savait, par expérience, que l’on ne sait jamais tout. Lui, il en voyait des choses, à longueur de journées. Des choses moches, des tromperies, des arnaques, des mensonges, des escroqueries. Ses tarifs n’étant pas bon marché, il travaillait avec une clientèle plutôt aisée. Et là, ce n’était pas triste ! Ils étaient pourris jusqu’à l’os, les rupins ! Cela faisait des manières, cela tendait les auriculaires en faisant les chochottes mais leur monde superficiel puait le vice, l’imposture et la déloyauté. C’était un monde sans pitié et sans valeurs, sans morale et corrompu. Parfois, il voulait tout laisser tomber et partir. Il se serait bien acheté une petite maison à Capoliveri, sur l’ile d’Elbe. Il adorait la Toscane, encore sauvage, toute nature offerte. Une chanson de Serge Reggiani lui revint en mémoire :

Si c'était à recommencer
Si je devais refaire ma vie
Je voudrais naître en Italie
Au mois de mai
Je voudrais être ce gamin
Qui courait pieds nus au soleil
Parmi les chèvres et les abeilles
Ne changez rien

Il pénétra dans le café et rejoignit la petite table à l’écart. Il y avait plus de monde que la dernière fois, des jeunes surtout. Il s’assit et commanda au garçon un espresso et un cognac. Son portable se mit à sonner. Il décrocha :

« Claude Lhermitte, j’écoute. »

(à suivre...)

 

© 2007 Plum'

Commentaires

Irène me fait toujours autant de peine...

Ecrit par : mathéo | vendredi, 06 juillet 2007

Claude Lhermitte : Bien trouver pour un privé . Dis lui de faire le ménage,pour trouver les micros ;-) Si elle continue ainsi, elle va se jeter dans la gueule du loup !

Bonne journée ensoleillée chez nous !

Ecrit par : patriarch | vendredi, 06 juillet 2007

Oui, comme Mathéo j'ai envie de dire pauvre Irène...
Quelle intrigue et quel suspense savamment ficelé :-)

Ecrit par : Frenchmat | vendredi, 06 juillet 2007

Tu nous tiens en haleine ma belle !!
Passe un très bon week end, gros bisous.

Ecrit par : My | vendredi, 06 juillet 2007

On a l'impression qu'on arrive vers une fin et hop, tu nous fait rebondir !

Ecrit par : antigone | vendredi, 06 juillet 2007

Oh, j'avais oublié...je te souhaite un excellent week-end ! Bises Plum'!

Ecrit par : antigone | vendredi, 06 juillet 2007

En voila un autre ! le privé ! Un personnage évident vue la situation mais une autre façon de couper le rythme et d'introduire ainsi de nouveaux centres d'intêret...en laissant en suspens celle qu'on aimerait suivre : Irène...habile, chère plum'

Ecrit par : lasidonie | vendredi, 06 juillet 2007

A Mathéo : je peux le comprendre.

A Patriarch : je vais transmettre le message, Walter. ;-)

A Frenchmat : hé, hé ! Heureuse que cela te plaise. :-)

A My : gros bisous à toi et... aux tiens !

A Antigone : tant que vous n'avez pas le mal de mer... ;-)
Merci ma belle, mon week-end fut des plus sympas.

A Sido : merci Madame. Je suis sensible au compliment. :-)

Ecrit par : Plum' | lundi, 09 juillet 2007

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