lundi, 09 juillet 2007

Allogène XXVIII

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... Il décrocha :

« Claude Lhermitte, j’écoute. »

Il prit rapidement quelques notes et écourta la conversation lorsqu’il vit entrer son client. Il lui fit un signe de la main afin que ce dernier puisse le repérer.

« - Bonjour Lhermitte. Alors ? Vous avez trouvé quelque chose de croustillant que je puisse me mettre sous la dent ?

- Oui, si l’on veut, répondit le détective privé. Vous buvez quelque chose ?

- Comme vous, ça ira très bien. »

Claude Lhermitte fit claquer ses doigts pour attirer l’attention du serveur et lui fit signe de remettre une tournée. Il ouvrit une grande enveloppe et en sortit à nouveau des clichés. Ces derniers représentaient Hélène, souvent chez elle mais aussi avec Johanna au centre commercial, dans sa voiture et même en planque devant l’immeuble où habitait Batouly, Impasse des Terres Noires à Lisieux.

« - Ah, c’est notre chère Madame Cocue ! Alors, qui est-elle ? Que fait-elle cette chère femme ?

- Irène Fréchin, cinquante-trois ans. Elle ne travaille pas, les revenus de son mari suffisent largement. La grande brune, là, c’est sa meilleure amie, Johanna Péres. Elles se connaissent depuis le lycée. Irène Fréchin est ce que l’on peut appeler une personnalité incolore, voyez-vous. Elle s’occupe de sa maison, fait ses courses, va à la piscine une fois par semaine, le vendredi matin. A part son amie Péres, elle ne voit pas grand monde. Elle se doute pour son mari. Vous voyez cette photo ? Elle était en planque, ce soir-là, devant l’immeuble de sa maîtresse. Elle a d’ailleurs surpris son époux qui ramenait la black mais elle ne s’est pas manifestée. Il n’y a pas grand-chose à signaler sur cette femme qui est d’un stoïcisme à toute épreuve. A part peut-être une dépression, il y a de cela treize ans maintenant.

- Tiens, tiens, mais c’est intéressant cela, Lhermitte ! Une dépression… et due à quoi, vous le savez ? interrogea l’employé d’Etat.

- Il y a quatorze ans, Irène Fréchin a subi une IMG. Elle était alors enceinte de vingt-sept semaines. L’embryon avait deux têtes et pas de système digestif. Elle a vraiment été malade pendant presqu’un an et s’en est sortie grâce à un psychiatre, le Docteur Kowacz. Elle a accepté un internement, puis une thérapie de groupe dans son unité spécialement créée pour les femmes ayant subi des traumatismes suite à un avortement, une fausse-couche, etc… et enfin des séances seule avec lui, à son cabinet. Il l’a suivie pendant trois longues années avant qu’elle ne soit définitivement guérie. Mais d’après son dossier, elle est restée psychologiquement fragile. Par contre, elle n’est plus sous médication.

- C’est excellent, mon cher ! C’est du bon boulot. Tout-à-fait ce qu’il nous fallait ! Vous êtes à la hauteur de votre réputation, Lhermitte. Sincèrement ! le félicita son client.

- J’ai également des photos du mari pris en... situation avec sa maîtresse, montra Claude Lhermitte.

- Bon sang ! Mais comment avez-vous fait ? Vous étiez planqué dans la chambre ?

- Non, répondit en souriant le privé. J’étais sur le toit de l’immeuble d’en face. Qu’est-ce qu’il vous a fait cet ébéniste pour que vous lui en vouliez à ce point-là, hein ? demanda le limier.

- Cà, cela ne vous regarde pas Lhermitte. Tenez, voilà votre fric, vous l’avez bien mérité, rétorqua l’employé ministériel, visiblement ravi. Et çà, c’est un petit bonus, dit-il en lui tendant deux billets de cinq cents euros supplémentaires. Vous avez fait un excellent travail, cela a été un plaisir de bosser avec vous, mon cher. »

Il régla l’addition et se leva en souriant, heureux. Claude Lhermitte le regarda s’éloigner en se disant qu’il aurait sûrement une promotion ou, au moins, une augmentation de salaire pour avoir si bien su glaner toutes ces précieuses informations.

Il finit son cognac d’un trait en faisant la grimace. Il se dégoutait. Après tout, qu’avait bien pu faire de mal ce pauvre couple qu’étaient les Fréchin. L’adultère était bien plus fréquent que l’on ne pouvait le penser. Il n’y avait pas de quoi fouetter un chat non plus. Mais s’il voulait sa maison en Toscane, s’il voulait récupérer Lisa, sa petite perle, son petit bébé de huit ans, il devait en passer par là. C’est vrai que c’était dégueulasse ce qu’il faisait. Mais la vie était dégueulasse ! La société toute entière était dégueulasse ! Quand sa femme était morte, il y a cinq ans maintenant, emportée par son cancer du sein, il n’avait jamais cru pouvoir s’en remettre. Il avait vécu une sale période et avait largement abusé de la bouteille. Il avait fini par se faire virer avec perte et fracas de la Brigade des Stups. Oui, la vie pouvait être une chienne ! Cela il le savait.

(à suivre...)

 

© 2007 Plum'

Commentaires

Mais où nous entraînes-tu Plum' ? De plus en plus captivant, et très bien écrit...
J'espère que ton week-end était agréable. Je te souhaite une bonne semaine.
Bises !!

Ecrit par : antigone | lundi, 09 juillet 2007

Chaque fois on brûle de lire la suite...

Ecrit par : mathéo | lundi, 09 juillet 2007

Ambiance polar... noir c'est noir chère Plum' mais avec toi il y a l'espoir (d'une bonne histoire!)

Ecrit par : LinaLoca | lundi, 09 juillet 2007

Je sens que ce pauvre gars, va vouloir tout comprendre et va continuer son enquête en lousdé. Je suis totalement pris par ton récit, et j'extrapole à chaque fois !!
Il sera peut être, sous peu, un des acteurs principal de ton roman !

Vite la suite !!

Ecrit par : patriarch | lundi, 09 juillet 2007

Un détective ancien flic avec ces états d'âme... c'est beau la fiction.
Nos préjugés sont malmenés.

Ecrit par : Claudiogène | lundi, 09 juillet 2007

Mais qu'est-ce que peut bien mijoter cet employé ministèriel !?

Ecrit par : Frenchmat | lundi, 09 juillet 2007

A Antigone : je vous entraine vers... ah mais tu ne vas pas t'y mettre, toi aussi ?! ;-)
Oui, merci, mon week-end était des plus agréables. Bises Antigone et bonne soirée.

A Mathéo : viens, approche-toi, je vais te dire un secret. Chut ! Tu ne le répètes pas, promis ? C'est fait exprès. Hi, hi, hi !

A LinaLoca : tu cumplimiento me toca, querida LinaLoca.

A Patriarch : ah Walter ! Si toi tu t'éclates sur Allogène, moi je me régale de tes commentaires. Un vrai bonheur, merci !
Je t'embrasse et te souhaite une excellente soirée.

A Claudiogène : préjugés, clichés... Peut-être que finalement tout cela ne veut rien dire. On est sûrement toutes et tous, à un moment de notre vie, une Irène, un Germain, une Hélène Cochin, un Ibou, une Batouly ou même un Claude Lhermitte...

A Frenchmat : toi aussi ça te travaille ? Justement, je me posais la même question ! ;-)

Ecrit par : Plum' | lundi, 09 juillet 2007

"L'inconvénient", avec ton feuilleton, c'est qu'on est toujours obligé d'attendre le lundi et le vendredi pour connaître la suite... Une torture pour une férue d'intrigues comme moi !!!

Ecrit par : Miss Alfie | mardi, 10 juillet 2007

Ah c'est bien ce que je pensais, ça s'embrouille, ça se corse, fausses pistes qui s'entrecroisent, on n'arrive pas à imaginer la bonne : résultat on se perd en supputations ! Mais en fait, n'est-ce pas aussi le cas de l'auteur qui laisse aller sa plume de façon aléatoire ? "Ecrivez, ecrivez, il en restera toujours quelque chose"...de suc-(u) lent.

Ecrit par : lasidonie | mardi, 10 juillet 2007

A Alfie : ce n'est pas pour te torturer mais pour titiller les sens du Sherlock Holmes qui sont en toi... ;-)

A Sido : pour le moment, je te rassure, je ne suis pas perdue, au contraire...

Ecrit par : Plum' | mercredi, 11 juillet 2007

Bon ben voilà on se retrouve encore une histoire de plus !!
Je suis impatiente d'avoir la suite ...
Belle journée et bisous

Ecrit par : My | mercredi, 11 juillet 2007

Comme d'hab, vendredi matin.
Gros bisous ma belle !

Ecrit par : Plum' | mercredi, 11 juillet 2007

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