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mardi, 10 juillet 2007
AIMANTcipation
Et voilà, c’est fait, tout est signé, tout est réglé. César, mon fils, essaie de canaliser au mieux son énergie, Franck, mon mari, affiche un sourire satisfait et moi, je suis plutôt mélangée, pas vraiment dans mon assiette. Nous sortons de l’agence immobilière et la chaleur de cet après-midi achève de m’assommer.
Nous venons de louer un studio de vingt-huit mètres carrés pour notre fils qui va venir étudier à la rentrée prochaine ici, dans le sud de la France, à une distance de mille cent huit kilomètres de chez nous, à Brest. Il va être livré à lui-même dans une ville inconnue, sans sa famille, sans ses amis, sans ses repères. Il va devoir apprendre à réagir au son du réveil-matin, sonorité qu’apparemment son système auditif à du mal à percevoir, à analyser et à reconnaître. Il va s’initier aux plaisirs du ménage et apprivoiser ce monstre bruyant appelé aspirateur. Il va découvrir que l’éponge n’est pas qu’un rectangle bicolore et qu’elle peut aussi servir à laver la vaisselle. Et puis il va devoir se nourrir et assimiler le principe que les placards ne se remplissent pas de façon magique pendant la nuit. Il faut les aider, les placards ! C’est comme le lit : il ne se fait pas tout seul, faut souvent donner un coup de main aux draps pour les tendre ! Et, en ce qui concerne la lessive et le repassage, je ne veux même pas y penser !…
Nous prenons la direction d’un célèbre magasin de meubles et de déco d’origine suédoise, réputé pour ses rangements ingénieux et ses tarifs bons marché. Ce môme m’exaspère ! Il frétille à l’arrière de la voiture comme s’il avait des vers. Il pourrait au moins masquer un peu sa joie de nous quitter, nous, ses parents nourriciers depuis dix-huit années. Mais quelle ingratitude ! Aucune reconnaissance, à part celle du ventre. Heureusement que je n’en ai fait qu’un !
J’aurais peut-être dû adopter un chien, à l’époque. Moi qui adore les dogues allemands, je n’aurais pas dû céder à la pression de mon mari. Vous faites des enfants et, finalement, quels remerciements en obtenez-vous ? Vous prenez vingt-trois kilos (oui, oui, vingt-trois !) pendant la grossesse, vous passez les premiers mois comme un zombie, à vous lever toutes les trois heures pour vous faire aspirer sauvagement les mamelons (je ne vous parle même pas des crevasses, une torture !). Votre époux vous tire un masque de Pierrot le Chialeur à chaque fois que vous lui expliquez que là, il est gentil, mais vous, vous êtes morte et vous aimeriez bien avoir enfin une vraie nuit, alors ses mains baladeuses et son regard lubrique, s'il pouvait les remballer ce serait sympa (forcément, il ne se rend pas compte et vous devenez celle qui se révèle dans son rôle de mère et non plus dans celui de maîtresse). Il vous faut donc apprendre à gérer votre nouveau rôle de mère combiné à votre ancien d’amante, lui-même recombiné à celui de l’excellente femme d’intérieur que vous étiez avant que votre descendance n’arrive sur Terre. Et il n’y a aucun bouquin pour cela ! Aucune formation accélérée, aucun cours pré ou post natal. Rien ! Débrouille-toi et garde la foi, ma fille ! Et le résultat dix-huit ans après ? Il est là. A l’arrière de la voiture, un sourire niais sur sa bobine pleine d'acnée, se trémoussant au son du hip-hop, les écouteurs enfoncés dans les oreilles.
Franck pose sa main droite sur le haut de ma cuisse avec un air lascif qui en dit long tout en me décrochant un clin d’oeil. Lui, me dispense, depuis une quinzaine de jours, une série de cours d’ornithologie. Il s’évertue à m’expliquer, à grand renfort de métaphores, que je dois admettre que les enfants doivent quitter un jour le nid, que le rôle des parents est de leur apprendre à voler de leurs propres ailes, que cela ne peut que leur être bénéfique et que je te roucoule des mots doux, et que je te parade amoureusement en faisant la roue et en gonflant le jabot… Bien évidemment, tout ceci est suivi d’un laïus sur le couple, d’une homélie sur l’intimité (enfin) retrouvée, se prendre, s’apprendre, se comprendre, s’éprendre à nouveau…
J’ai comme un début de migraine qui commence au niveau du temporal gauche mais j’ai la très nette impression que « migraine » est devenue aujourd’hui un mot tabou, voire carrément interdit entre mon mari et moi.
Le pire, c’est que je m’en veux terriblement de réagir ainsi. Je voudrais être comme certaines de mes amies, une mère « cool », « tendance », dans le « move »… Mais je n’y arrive pas, c’est plus fort que tout. Moi, il faut que je m’inquiète, que je me ronge, que j’anticipe, parfois même à tort. Je n’y peux rien, je suis ainsi faite. Et pourtant, avant César, j’étais si différente, pleine d’insouciance, vivant au jour le jour de façon un peu bohème. C’est ce qui a plu à mon mari, d’ailleurs.
Mais je peux toujours me consoler avec ceci : mon bébé s’en va à Montpellier pour faire des études de droit international. Nous n’avons fait qu’un enfant, mais c’est une tête ! C’est déjà cela…
© 2006 Plum'
00:00 Publié dans Saveur Fraîche | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note



Commentaires
Ah les tourments d'une mère!
Je me suis bien amusé avec le passage du mari au regard lubrique!
(rire)
Ecrit par : mathéo | mardi, 10 juillet 2007
Ah les parents quand ils voient leur rejeton quitter le cocon familial... Cela me rappelle ce qui s'est passé il y a un an !!! M'enfin, quand on sait ce que ça a donné, je me dis que rien ne vaut ses racines !!!
Enfin, en même temps, le César, je le comprends : entre Montpellier et Brest, le taux d'ensoleillement n'est pas le même !!!
Ecrit par : Miss Alfie | mardi, 10 juillet 2007
J'ai relu 2 fois avec plaisir. Joli façon de t'exprimer. Un peu une revue de détails sur 18 années. Tout y est. Les changements de caractères allant de pair avec les vicissitudes d'un ménage.
Nous n'avons pas eu le même problème, normal avec 4 mouflets; et ça se comprend.
Ecrit par : patriarch | mardi, 10 juillet 2007
Bien dans la note, comme toujours...Cela m'a rappelé mon inquiétude, mon coeur serré, en laissant le mien, à 17 ans, moins loin, brillant lui aussi. Comme tu dis, c'est déjà ça..Comme Mathéo j'ai adoré l'évocation conjugale ! Parfois j'ai l'impression, Plum', que tu as tout vécu ! Aurais-tu eu plusieurs vies comme le croient les hindous ?
Ecrit par : lasidonie | mardi, 10 juillet 2007
J'adore Plum', ce que tu as écrit là, dans tout ce que ce texte a de politiquement incorrect.
Euh, je n'ose dire maintenant dans quelle phase je suis...
Bises Plum' et bonne soirée !
Ecrit par : antigone | mardi, 10 juillet 2007
A Mathéo : mais pourquoi ne suis-je pas étonnée ? ;-)
A Alfie : et puis débuter sa prise d'indépendance dans ces conditions c'est tout bénèf ! Loyer payé, nourriture payée, plusieurs centaines de kms de distance du foyer familial... bref, le bonheur !
A Patriarch : quatre enfants... une tribu, quoi ! ;-)
A Sido : quelqu'un de mon entourage m'a fait la même réflexion très récemment. Peut-être que mon excellente mémoire me permet de me rappeler de mes autres vies. Va savoir...
Bisous ma Sido et bonne nuit !
A Antigone : je sais une chose, c'est que les tiens sont bien trop jeunes pour s'envoler. Tu as encore quelques belles années devant toi avant d'angoisser.
Bises et à demain Antigone !
Ecrit par : Plum' | mercredi, 11 juillet 2007
Et je rajouterai Plum', que prendre son indépendance pendant ses études, c'est fantastique car l'on peu profiter des soirées, faire plein de rencontres et vivre sa jeunesse à fond, ce qui n'est plus le cas lorsque l'on part pour trouver un travail... Les gens sont déjà implantés...
Ecrit par : Miss Alfie | mercredi, 11 juillet 2007
Sacrées vies antérieures n'est-il pas ???!!!
En tout cas j'ai bien ri, j'adore le "Débrouille-toi et garde la foi, ma fille" !!!
Allez bisous
Ecrit par : My | jeudi, 12 juillet 2007
Cà, je l'avoue, c'est un échantillon de MES dialogues intérieurs... :-)
Ecrit par : Plum' | vendredi, 13 juillet 2007
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