vendredi, 13 juillet 2007
Allogène XXIX
Il était quatorze heures quarante-cinq lorsqu’Irène sortit de l’immeuble. La journée était ensoleillée et tiède. Sur le trottoir, elle croisa simultanément trois femmes poussant des landaus ou poussettes et une quatrième qui portait un bébé dans un sac-kangourou. Elle ressassa son entretien avec son psychanalyste. Il lui avait trouvé bonne mine mais s’était inquiété de la revoir. Que se passait-il donc dans la vie d’Irène pour qu’elle ressente à nouveau le besoin de consulter ? Ils avaient brièvement évoqué ces dernières années passées et elle lui avait parlé des craintes qu’elle éprouvait à l’idée que Germain la trompe, de ses angoisses au sujet de la trahison, du mensonge, de ses insomnies, de ses symptômes de pré-ménopause… Il l’avait rassurée, de sa voix calme et douce, comme à l’époque. Il n’avait pas de conseil à lui donner, lui avait-il dit, mais ne serait-il pas judicieux de poser la question à Germain, tout simplement ? Elle lui avait avoué ses peurs qui la tenaillaient à l’idée que son époux puisse confirmer sa liaison. Et s’il lui disait qu’il ne l’aimait plus ? Que deviendrait-elle, toute seule, sans travail, à son âge ? Ses filles étaient installées, menaient leur propre vie de femme. Que deviendrait-elle ? Il lui avait parlé du fantasme, du déni, des sentiments de victoire qu’elle avait éprouvés, il y avait des années, lorsqu’elle avait enfin osé regarder la vérité en face. Elle lui avait confié son effroi à l’idée de revivre ces moments de folie pendant lesquels elle avait cru se perdre à jamais. Elle ne se sentait pas la force de supporter tout cela une seconde fois. L’ultime conseil du thérapeuthe avait été de communiquer, d’échanger, de se rapprocher de Germain et de lui accorder sa confiance. Et surtout de ne pas sombrer dans la paranoïa ou toute autre forme de névrose. Elle décida d’aller au centre commercial afin d’y faire quelques courses. L’idée d’un petit dîner raffiné et romantique lui semblait opportune.
Elle rentra chez elle vers dix-sept heures trente et s’attela de suite à la préparation de son Osso bucco. Une fois le plat en train de mijoter, elle alla se prendre un bain. Une impression désagréable la poursuivait inlassablement surtout dans la cuisine et la salle de bain. C’était indéfinissable et assez récent, comme si elle n’était pas seule chez elle. Mais ces dernières semaines, beaucoup de choses lui semblaient tellement étranges… Elle mit des sels dans la baignoire, brancha l’appareil à bulles et s’installa confortablement dans l’eau tiède. La voix céleste d’Enya envahit la pièce, elle ferma les yeux et se laissa aller à la détente dans les vapeurs d’Ylang-Ylang.
Lorsque Germain entra dans la cuisine, il fut accueilli par une délicieuse odeur de tomates et de basilic. Il souleva le couvercle de la sauteuse et fut agréablement surpris : un Osso bucco ! Un de ses plats favoris et dont Irène s’était faite la spécialiste. Il sortit de la cuisine et s’aperçut que la table de la salle à manger était dressée. Joli chemin de table en dentelle, le service en porcelaine de leur mariage, l’argenterie, les verres en cristal, le grand chandelier en argent… Une bouteille de Barolo était ouverte et s’aérait. En fond sonore léger, la Callas interprétait Norma de Bellini. Lorsqu’il se retourna, Irène était sur le pas de la porte et l’observait. Elle portait cette petite robe rouge qui lui plaisait tant, des escarpins à talons hauts et elle avait relevé ses cheveux. Elle avait mis le tour de cou en perles qu’il lui avait offert pour l’anniversaire de leurs trente ans de mariage. Décontenancé, Germain se mit à réfléchir à toute vitesse. On était mardi, y avait-il quelque chose de particulier à fêter, aujourd’hui ? Avait-il oublié une date importante ?
« - Euh… Bonsoir chérie, bégaya-t-il. Mais qu’est ce que tout cela veut dire ? demanda-t-il en montrant la table d’un large geste de la main.
- Monte te doucher et te changer, Germain. Le dîner sera prêt dans une vingtaine de minutes, déclara Irène sur un ton neutre.
Il se dirigea vers l’escalier qu’il commença à gravir, lorsqu’Irène rajouta :
- Au fait, mon chéri ! Tu veux bien te raser également, s’il te plaît ?
- Oui, bien-sûr.
- Bon, alors à tout-de-suite. »
Elle se dirigea vers le bar, semblant totalement l’ignorer, et se servit un Martini. Elle était incroyablement belle et sexy et Germain se rendit compte que cela faisait très longtemps qu’il ne l’avait pas vue apprêter ainsi. Il essaya aussi de se remémorer la dernière fois qu’ils avaient fait l’amour et s’aperçut qu’il n’arrivait pas à s’en souvenir…
(à suivre...)
© 2007 Plum'
00:00 Publié dans Saveur Aigre-Douce | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note




Commentaires
Aha, la femme trompée riposte. Est-ce une reconquête ou un stratagème pour que ce "brave" Germain passe à table ?
Irène devient enfin moins transparente et se révolte un peu.
J'ai hâte d'en savoir plus, tu excites ma curiosité !
Gros bisous ma belle
Ecrit par : Aurélie | vendredi, 13 juillet 2007
Ouf ! ben tant mieux, c'était le but ! Je suis heureuse de te voir un peu plus souvent ici, ma jolie.
Je te bizoute bien fort !
Ecrit par : Plum' | vendredi, 13 juillet 2007
Irène a les cartes en main!
Ecrit par : mathéo | vendredi, 13 juillet 2007
Elle met en pratique la chanson d'Aznavour. "Tu laisses aller.... tu laisses aller". A la reconquête du "matou", j'attends la suite !
Ecrit par : patriarch | vendredi, 13 juillet 2007
grrrrr.... j'aime pas j'aime pas quand tu mets à suivre... je voudrais connaître la suite tout de suite....
Ecrit par : LinaLoca | vendredi, 13 juillet 2007
On se demande si il va passer à la casserole de la vengeance, ou non !
Bon week-end Plum' ! Bises.
Ecrit par : antigone | vendredi, 13 juillet 2007
A Mathéo : les jouera-t-elle sur table ? That's the question...
A Patriarch : toi, tu es un incorrigible coquin ! Ne serais-tu pas en train de me demander, de façon détournée, un prochain épisode à la saveur épicée ? ;-)
A LinaLoca : et moi, j'adore quand tu ronchonnes, quand tu grognes, quand tu rouspètes...
A Antigone : hé, hé, à quelle sauce mange-t-on le Germain en général ?
Bisous Antigone et bon week-end à toi !
Ecrit par : Plum' | samedi, 14 juillet 2007
Ha ha ! Enfin Irène se rend compte qu'un peu d'attention plait toujours à un homme et que le désir s'entretient ?!!!
OK, je suis un peu méchante, mais excusez-moi chers amis lecteurs, mais on peut comprendre que monsieur Germain aille voir ailleurs si son épouse oublie ce principe de base !...
Bon allez, pas le temps de lire le reste, je reviens la semaine prochaine et bon week-end à tous et à Plum' en particulier !!!
Ecrit par : Miss Alfie | samedi, 14 juillet 2007
Merci ma belle ! Passe un bon week-end également : le beau temps sera de la partie, même en Bretagne !
Ecrit par : Plum' | dimanche, 15 juillet 2007
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