lundi, 16 juillet 2007

Allogène XXX

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… Il essaya aussi de se remémorer la dernière fois qu’ils avaient fait l’amour et s’aperçut qu’il n’arrivait pas à s’en souvenir. Alors qu’il se savonnait sous l’eau tiède, Germain cherchait à comprendre les raisons qui avaient amené Irène à organiser un tel festin. Quelque chose en lui avait absolument besoin d’une explication logique alors qu’une autre partie de sa personne se disait que sa femme avait peut-être tout simplement besoin de tendresse, comme avant. Comme avant quoi, d’ailleurs ? Comme avant la grossesse de leur fille, par exemple. Une nouvelle qui n’avait pas été accueillie de la même façon par les deux parents. Germain s’était réjoui, heureux d’avoir un petit-enfant à la maison, désireux d’entendre les babils, impatient à l’idée de fabriquer berceau et landau pour les poupées ou camions et trains pour petit casse-cou. Irène avait eu du mal à digérer la nouvelle. Elle avait retrouvé ses vieilles ennemies, les insomnies. Et naturellement, elle avait eu recours, à nouveau, à ses faux-amis, les somnifères et calmants. Puis, l’épreuve plus ou moins surmontée, elle avait eu ce changement hormonal, un cap difficile qu’elle n’arrivait pas à dépasser. Elle avait ces sautes d’humeur permanentes, ne désirait plus de rapprochements physiques, se plaignait de prendre du poids. Et puis, il y avait ces bouffées de chaleur qui la rendaient complètement folle. Mais il y avait autre chose également. Ou plutôt quelqu’un d’autre. Batouly était entrée dans la vie de Germain, par hasard. Elle n’avait rien demandé à Germain. Elle n’avait rien exigé. Elle lui avait donné son amour, sa joie de vivre, son affection, sa reconnaissance. Il était tombé amoureux de la jeune femme et cela lui posait un problème. De plus en plus souvent, de plus en plus fort, lui, Germain, s’en voulait. Non pas d’éprouver ces sentiments pour Batouly, mais de mentir à Irène. Mentir à celle qui avait toujours montré à son égard tant de loyauté, qui l’avait épaulé lorsqu’il avait monté son affaire, qui avait accepté ses journées de travail jusqu’à point d’heure, celle qui ne s’était jamais plainte lorsque l’argent ne rentrait qu’au compte-gouttes et qu’il fallait compter le moindre centime, celle qui avait toujours cru en lui, celle qui lui accordait depuis presque quarante années toute sa confiance.

Une joue rasée, l’autre couverte de crème, Germain croisa son regard dans le miroir et eut du mal à le soutenir. Il termina son rasage, appliqua un after-shave en se tapotant les joues et se parfuma. Il enfila un pantalon de lin beige, une chemise blanche de la même matière, une paire de chaussures souples en cuir et descendit l’escalier. Lorsqu’il pénétra dans la salle à manger, Irène lui tendit un verre de whisky dans lequel s’entrechoquaient des cubes de glace. Il la regarda et se dit qu’elle avait gardé cette allure très classe et racée qui l’avait tellement impressionné lorsqu’ils s’étaient rencontrés, la première fois. Elle plongea son regard azuré dans celui de son mari, un léger sourire aux lèvres et leva son verre :

« - A nous !

- A nous ! répondit Germain. Mais… Que fêtons-nous exactement, chérie ?

- Faut-il une occasion précise pour prouver à mon époux à quel point je l’aime ? rétorqua Irène d’une voix douce. J’avais envie de te faire plaisir, de te retrouver. Tu termines si tard, ces derniers temps.

- Je sais, ma chérie, je sais. J’apprécie l’attention, je suis touché, lui dit-il en déposant un baiser sur l’arrondi de l’épaule gauche de sa femme.

Il eut l’impression qu’elle frissonna.

- Assieds-toi Germain, j’amène les hors-d’œuvre. Tiens, rends-toi utile et sers-nous du vin, s’il-te-plaît. J’arrive tout-de-suite. »

Il se sentit légèrement mal à l’aise. Toute cette soirée était si étrange, tellement inattendue. D’un autre côté, c’était le but d’une surprise.

Le dîner fut agréable et délicieux, de surcroît. Le boulot ne fut pas une seule fois évoqué dans la conversation. Ils se remémorèrent leur parcours en tant que couple, leurs voyages, se rappelèrent des anecdotes. Ils rirent avec cette complicité des personnes qui se connaissent depuis toujours. Germain observait Irène, la détaillait et fut envahi par une vague de désir. Soudain, il eut envie de la tenir dans ses bras, de l’embrasser derrière l’oreille, de caresser sa blonde chevelure, de respirer son parfum fruité, de caresser ses seins…

« - Germain, tu m’écoutes ?

- Excuse-moi, chérie. Je me disais que tu étais vraiment magnifique et à quel point j’avais de la chance, avoua le géant roux.

- Merci, répondit Irène en rosissant. J’ai une question très précise à te poser, Germain, et j’en aimerais une réponse toute aussi précise.

- Vas-y, je t’écoute.

- Qu’est-ce que c’est que ça ? » demanda Irène en lui tendant une feuille pliée en trois.

Germain saisit le document qu’il déplia. Il s’agissait de l’acte d’achat du studio de Lisieux.

 

(à suivre...)

 

 

© 2007 Plum'

Commentaires

Waw, en fait Irène lui a fait un dîner aux chandelles.
Il va en voir 36 !
Ah, les femmes... :-)

Ecrit par : Frenchmat | lundi, 16 juillet 2007

Merde tu le fais exprès?!!! Encore à suivre!!! Je VEUX la fin VITE!!!

Ecrit par : LinaLoca | lundi, 16 juillet 2007

Alors ça, c'est une sacrée chute !!!

Ecrit par : Miss Alfie | lundi, 16 juillet 2007

Tiens bon, Plum', ne te laisse pas manipuler par cette Irène, que j'aime beaucoup, mais qu'on découvre fin stratège. Il semble qu'elle veuille prendre la direction des opérations et de l'histoire. C'est toi qui doit décider, pas elle.

Ecrit par : Claudiogène | lundi, 16 juillet 2007

Va falloir que tu t'expliques mon gars!!!

Ecrit par : mathéo | lundi, 16 juillet 2007

A Frenchmat : ah les femmes, ah les femmes... Avoue quand même qu'elle a de l'endurance Irène !

A LinaLoca : JE VEUX ??? Mais tu sais que tu es belle, toi, quand tu es en colère ! ;-)

A Alfie : effectivement, j'en connais un qui doit tomber de haut.

A Claudiogène : tu as raison ! Il est temps que je reprenne les rênes ! ;-)

A Mathéo : plutôt lui que moi...

Ecrit par : Plum' | mardi, 17 juillet 2007

Oh ! Oh !

Ecrit par : antigone | mardi, 17 juillet 2007

J'adore !!!!! La voilà qui se rebiffe...
Messieurs ne jamais sous estimer les femmes !!
Au fil du temps on arrive à visualiser les personnages, les lieux, et même leurs expressions...la tête de germain...!!c'est du grand art ma belle, j'en viens presque à regretter de partir 3 semaines en vacances !!!
Gageons que l'Italie et ses petits plats (et tout le reste) me consolent de n'avoir pas la suite du feuilleton à chaque parution !!!!
Gros bisous

Ecrit par : My | mardi, 17 juillet 2007

Là, pour moi, Irène c'est la grande classe !
J'attends la suite avec impatience
...
C'est ainsi à chaque Allogène
Toujours envie de la prochaine page.
Bravo Plum'

Ecrit par : Christian | mardi, 17 juillet 2007

A Antigone : Aaah ? ;-)

A My : merci ma belle ! Je te souhaite de bonnes vacances et profites-en bien pour faire le plein de soleil. Bisous et à bientôt !

A Christian : tu remarqueras qu'elle a eu la délicatesse de le laisser dîner avant d'entamer les "hostilités". Maintenant, en ce qui concerne la bonne digestion de Germain, c'est une autre histoire.
Merci à toi et gros becs !

Ecrit par : Plum' | mercredi, 18 juillet 2007

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