mercredi, 18 juillet 2007
Horizon

Mercredi 18 juillet 2007.
Grand jour très, très, très important. L’atmosphère qui se dégage du petit appartement a les relents d’un cambriolage. Mais il n’en est absolument rien. Aujourd’hui, ce sont les cartons, demain c’est l’avion et ensuite, New-York !!! Waouh !
Il y a encore six mois, elle n’aurait jamais envisagé la chose possible. Elle, la petite Bretonne de Pont-Aven va enseigner la langue française aux Etats-Unis, aux States ! Le lycée français de New-York lui a proposé à elle, Gaelle Le Guennec, un poste de professeur pour un remplacement de trois ans ! Le rêve ! Finis les collèges et lycées de banlieues chaudes, les gamins grossiers, les parents dépassés. Terminés les tags sur les murs repeints tous les mois, les pneus de la voiture crevés, les menaces de la part d’ados en mal d’autorité, armés de rancœur et qui estiment n’avoir, à seulement quinze ans, plus rien à perdre. Révolue la trouille de rejoindre la voiture sur le parking de l’école, de rentrer tard le soir dans son quartier habillée de cette parano qui vous enveloppe comme un fourreau.
C’est dans la 75ème rue qu’elle va enseigner la langue de Molière. Elle s’est trouvé un deux pièces à une demi-heure de son lieu de travail : c’est Morgan, son cousin, qui lui a dégotée ce bon plan. Il a un ami d’enfance qui habite New-York et qui est amené, par son travail, à ce déplacer plusieurs mois d’affilée, parfois plus. Il s’absente cette fois-ci durant deux ans, suffisamment longtemps pour qu’elle puisse prendre ses marques et se trouver un logement pour elle seule par la suite.
Mais qu’il est difficile, malgré toute cette excitation, de quitter son village natal. Un petit coin de paradis, galerie à ciel ouvert d’artistes inspirés par la magie du lieu, l’air iodé et l’arôme ambiant des célèbres galettes. L’océan, la pêche, la Belle Angèle, les villages de chaumières, l’ambiance magique des bois avoisinants où l’on s’attend à voir apparaître un druide, sa serpe à la main, à chaque clairière…
La banlieue parisienne l’avait déjà bien démoralisée, il y a quatre ans, lorsqu’elle s’était fait les dents sur ses premiers postes de remplaçante. Que de désillusions pour ce métier qu’elle avait choisi par vocation. Elle avait découvert des collègues accros aux antidépresseurs et aux neuroleptiques, des directeurs d’établissements désabusés et blasés par toute cette misère et du manque de considération de la part des académies dont ils dépendaient. Ces dernières, d’ailleurs, souffraient elles-mêmes du peu de moyens mis à leur disposition par l’Etat. C’était l’histoire du serpent qui se mord la queue…
Et puis un soir, après ses corrections, elle s’était connectée sur le Net, sur un site spécialisé pour les enseignants. C’était un tout petit encart, une annonce de rien du tout qui proposait un poste à New-York. Elle avait répondu, au début pour s’amuser, sans trop y croire. Puis elle avait été contactée, avait eu un entretien, avait été retenue avec quatre autres professeurs, avait été recontactée, avait été choisie,… avait sauté de joie en apprenant la nouvelle. C’était maintenant où jamais ! Visiter le monde, partir loin, de l’autre côté de la Pointe du Raz, sur une autre planète où des buildings s’illuminent à la lueur du flambeau de la Statue de la Liberté… Un rêve d'ailleurs qui devient réalité.
Hier, les siens se sont réunis, autour d’elle, pour un ultime repas, une dernière soirée dans l’ambiance chaleureuse de la maison familiale. Pour lui faire plaisir, sa mère avait préparé des moules, un de ses plats préférés. Et un kouign amann avait lourdement terminé ces agapes.
Elle s’applique à ranger des livres qu’elle compte bien amener avec elle, dernières attaches à sa langue natale, lorsqu’un volume lui échappe des mains, ses pages se délivrant d’une enveloppe jaune pâle. Elle l’ouvre et découvre des photos d’elle bébé, petite fille, adolescente, jeune majeure. Elle y perçoit tout l’amour des personnes qui ont pris ces clichés, toute la fierté, toute la joie de ses parents. Elle y réapprend toute la tendresse et l’affection des siens. Elle sourit et glisse le précieux paquet de bonheur dans sa valise.
Maintenant, elle n’a plus aucun doute, elle peut partir. Elle peut partir car elle pourra, à n’importe quel moment de sa vie, revenir. Les kilomètres n’érodent pas les liens du cœur, bien au contraire, ils les renforcent jusqu’à les rendre indestructibles. Ses parents ont été les professeurs de sa vie et, aujourd’hui, c’est grâce à leur enseignement qu’elle est devenue celle qu’elle est : une jeune femme épanouie et passionnée…
© 2006 Plum'
01:56 Publié dans Saveur Sucrée | Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note



Commentaires
Le rêve américain!
Ecrit par : mathéo | mercredi, 18 juillet 2007
De nos jours, le monde paraît moins grand et, pourtant, partir ainsi loin de chez soi est toujours une aventure.
Bonne journée Plum' !
Ecrit par : antigone | mercredi, 18 juillet 2007
Certains en ont été déçus. Pas sûr que ce soit si idyllique, même dans la 75ème rue !
A te lire, on voit que tu maîtrises très bien n'importe quel théme. Tu les "chiades"tes sujets, il n'y a pas à dire !!
Ecrit par : patriarch | mercredi, 18 juillet 2007
Joli texte Plumette! Ta petite bretonne me rappelle ce mini album photos trimballé dans ma valise à Londres puis à Madrid... impression de pouvoir aller très loin!!!!
Ecrit par : LinaLoca | mercredi, 18 juillet 2007
Quitter Pont-Aven pour New-York... My God, quel sacrilège !!!
Ok, je sors !!!...
Oui mais quand même !!!...
Ecrit par : Miss Alfie | mercredi, 18 juillet 2007
Ouais, Kouing-aman c'est très lourd, au moins 25 000 calories aux 100 grammes :-)
Ecrit par : Frenchmat | mercredi, 18 juillet 2007
A Mathéo : rêve ou réalité ?
A Antigone : changer de continent, de langue, de culture... c'est une véritable aventure.
Bonne journée à toi Antigone !
A Patriarch : je souffre de gastro-historiette aigüe, je crois... ;-)
A LinaLoca : c'est un sacré bagage que l'amour des siens ! Dommage que dans certains cas il soit si lourd à porter qu'on doive en payer l'excédent...
A Alfie : Pont-Aven, c'est chouette ! Mais c'est tout petit... Bon, et puis moi j'en connais qui ont bien quitté Rennes pour Nemours. Et là, franchement, c'est moins... enfin c'est pas comme NY, quoi ! ;-)
Je te bisoute bien fort !
A Frenchmat : je n'échangerai jamais, mais vraiment jamais ! un kouign-aman luisant de beurre salé contre un hamburger bavant de ketchup !!!
Ecrit par : Plum' | mercredi, 18 juillet 2007
Je ne sais pas mais j'aime bien le rêve tu me connais...
Ecrit par : mathéo | mercredi, 18 juillet 2007
c'est un rêve que l'on peut réaliser lorsqu'on a tout l'avenir devant soi. j'ai eu jadis cette chance. Vivre ailleurs, loin, faire son nid à part, parce qu'il y a un moment dans la vie où malgré l'amour des siens on en sent la nécessité. Ton récit est trés juste chère plum'. Je te souhaite une bonne nuit.
Ecrit par : lasidonie | mercredi, 18 juillet 2007
Oui Plum', et tu as bien raison !
Ecrit par : Frenchmat | mercredi, 18 juillet 2007
A Sido : moi aussi je te souhaite une bonne nuit et t'envoie des bisous tout doux.
Ecrit par : Plum' | mercredi, 18 juillet 2007
Bravo. Très beau texte. Il a éveillé en moi de nombreuses sensations, souvenirs. Merci Merci
Ecrit par : Bruno | jeudi, 19 juillet 2007
Mais je t'en prie ! Je suis ravie qu'il t'ait permis un petit retour en arrière avec flash-back et tout et tout.
Ecrit par : Plum' | jeudi, 19 juillet 2007
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