lundi, 23 juillet 2007
Allogène XXXII
Batouly raccrocha son téléphone portable et traversa rapidement la rue alors que le feu passait au vert pour les voitures. Pourvu qu’il n’y ait rien de trop grave… Germain venait de l’appeler pour lui demander de se réserver pour le déjeuner et sa voix avait des tonalités angoissées. Il n’avait rien voulu lui dire, elle devrait patienter jusqu’à midi un quart, soit encore quatre heures. Elle arriva devant la laverie, remonta le rideau de fer et bloqua l’alarme. Cela tombait mal, ce déjeuner imprévu. Il ne leur restait plus que quatre jours de répétitions avant le concert au Cargo et chaque minute était comptée. C’est sûr, les autres allaient lui en vouloir. Germain avait été si vague mais, dans le même temps, si sérieux, presque froid.
« - C’est moi, Batouly, avait-il dit. As-tu quelque chose de prévu pour le déjeuner, aujourd’hui ?
Elle lui avait répondu qu’elle serait avec le groupe, au local.
- Annule chérie, s’il te plaît. Je dois absolument te parler, c’est important. »
Elle avait voulu savoir ce qui se passait et il n’avait pas répondu. Il la retrouverait au studio à midi.
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L’eau tiède lui caressa la peau, réchauffa son corps en manque de lui. Elle s’offrit au jet de la douche comme on s’abandonne à une pluie d’été. Sa chevelure mouillée se plaqua impeccablement en arrière, dégageant son front, illuminant son regard. Son hâle ressortait sous la mousse blanche et nacrée du savon. Elle se sentait bien, elle se sentait belle, elle se sentait femme. Elle rinça soigneusement ses cheveux, resta encore immobile quelques minutes sous le jet bienfaisant et ferma le robinet mitigeur. Elle sortit de la cabine de douche et s’enroula dans une moelleuse serviette de bain parme. Alors qu’elle se peignait, elle croisa son regard dans le miroir et se surprit elle-même. Elle souriait. Depuis combien de temps était-elle ainsi ? Depuis hier soir lorsqu’il lui avait dit qu’elle était la femme de sa vie ? Depuis cette nuit, alors qu’il se réappropriait son corps, qu’il redécouvrait le velouté de sa peau, qu’il lui soufflait à l’oreille ces mots qu’elle croyait avoir oubliés ? Depuis ce matin, lorsqu’elle s’était réveillée dans leur lit, seule, mais enveloppée de leurs effluves amoureuses ? Elle s’était étirée et avait enfoui son visage dans son oreiller à lui afin d’y humer son parfum. Elle se sentait légère, rajeunie, emplie de bonheur. La vie, l’amour, tout cela était si simple, finalement. Il suffisait juste de se parler, de se toucher, de s’aimer. Toujours, tout le temps. Et d’avoir confiance en l’autre. Elle enfila une robe légère, s’attacha les cheveux sans les serrer, quelques gouttes d’une essence à la mandarine, au gingembre et au romarin derrière les oreilles ainsi que dans le creux du décolleté et elle descendit l’escalier d’un pas léger.
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La barrière du passage à niveau se baissa, narguant la file de voitures obligées, pour cause de déviation, d’abandonner la départementale. Il alluma le poste de radio et choisit la station spécialisée dans la musique classique. Un extrait de Norma, la Casta Diva, le replongea aussitôt dans la soirée d’hier. Il savait que cela arriverait. Il ne savait pas quand ni comment, mais il s’y attendait. Irène avait toujours eu une sorte de sixième sens, très développé. Cela lui avait d’ailleurs évité, à une certaine époque, une mauvaise association. Elle avait toujours senti les choses mais d’une façon plus instinctive que logique. Finalement, cela l’arrangeait presque. Le mensonge, ce n’était pas son truc. Il allait avoir une conversation avec Batouly. Il allait lui expliquer et elle comprendrait. Il ne pouvait pas tout foutre en l’air comme cela ! Il aimait sa femme, il le savait. Son corps le savait, sa peau le savait, son nez le savait, ses mains le savaient et son cœur, lui, l’avait toujours su. La barrière se releva, il passa la première et relâcha doucement la pédale d’embrayage…
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Lorsqu’il sortit de sa chambre, il se rendit vite compte qu’il était tout seul. Dehors, le temps était ensoleillé et une légère brise faisait danser les feuilles du pommier, dans le jardin. Il se doucha rapidement et enfila juste un jean. C’était jour de marché aujourd’hui, voila pourquoi il n’y avait plus personne à la maison. Il se servit un café et décida d’aller chercher le journal, dans la boîte aux lettres. Après tout, ce n’était juste qu’une affaire d’une quinzaine de mètres, rien de plus. Seulement quinze petits mètres de rien du tout. Il ouvrit la porte d’entrée et sortit, torse nu. L’aller-retour maison-boîte aux lettres-maison ne fut qu’une histoire d’une quarantaine de secondes. Quarante petites secondes durant lesquelles l’appareil photo, planqué dans la 306 blanche garée en face, mitrailla plusieurs dizaines de clichés.
(à suivre...)
© 2007 Plum'
00:00 Publié dans Saveur Fraîche | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note




Commentaires
Encore un grand point ? Quel est ce dernier personnage "mitraillé" , Ibou, non, alors qui ? J'ai relu pluieurs fois pourtant...
coquine, c'est sans doute ce que tu cherches !!
Autre point ? Batouly restera-t-elle résignée, et la naive Irène aussi naive ? Son 6eme sens semble endormi par une nuit d'amour !! Suite au prochain N° !
Bonne journée et bisou, Plum' d'argent.
Ecrit par : lasidonie | lundi, 23 juillet 2007
Il est toujours planqué dans le coin, rouletabille !!
Le dénouement approche. Bises !
Ecrit par : patriarch | lundi, 23 juillet 2007
Heureusement qu'il a pris la peine d'enfiler un jean :-)
Il faut toujours de méfier des 306 blanches...
Ecrit par : Frenchmat | lundi, 23 juillet 2007
Je trouve que ça sent de plus en plus le roussi pour nos personnages : une Irène qui semble aveugle ou qui ne voit que ce qu'elle veut voir, un Germain englué dans une collection de mensonges, une Batouly bientôt larguée, un Ibou sur la scelette... Tout ça se corse ! Un vrai feuilleton de l'été !
Ecrit par : Miss Alfie | lundi, 23 juillet 2007
Tant va la Plum' à écrire qu'à la fin elle nous mène par le bout du nez! Mais il faut dire qu'on aime bien se faire balader par ses mots...Garçon! La suite!
Ecrit par : LinaLoca | lundi, 23 juillet 2007
Quel rythme, bravo, on se trouve sur tous les plans avec l’avidité d’une curiosité non assoiffée.
Ecrit par : mathéo | lundi, 23 juillet 2007
Tout semble se remettre en place pour mieux nous surprendre.
Tu es magique chère Plum', et on se régale tous.
Pas de déception, tous nous sommes en halène ...
Admiratifs ...
Emballés ...
Tu as un grand talent.
Ecrit par : Christian | lundi, 23 juillet 2007
Ouah Plum' ! Super !
J'attends la suite, bien entendu.
Ecrit par : antigone | lundi, 23 juillet 2007
A Sido : mais oui, c'est ce que je cherche ! Je cherche à te captiver, ma belle ! Au point que vendredi te semble loin, loin, si loin...
Bisou et bonne semaine ma Sido !
A Patriarch : on y arrive tout doucement, effectivement... Bises à toi Walter.
A Frenchmat : j'ai pensé qu'un jean c'était mieux qu'une robe de chambre en Courtelle bordeaux...
A Alfie : ah, la descendante de Sherlock est parmi nous et... tu te débrouilles plutôt bien question perspicacité, en effet.
A LinaLoca : mais voui, ma p'tite dame ! Plat du jour de vendredi : Allogène en cours... brouillon et pommes de terre à l'Anglaise !
A Mathéo : deux fois par semaine... je commence à avoir de l'entrainement ! ;-)
A Christian : et toi tu me fais rosir ! Gros bisous Christian !
A Antigone : pas de problème ! Elle sera écrite pour vendredi matin.
Bonne semaine à toi Antigone !
Ecrit par : Plum' | lundi, 23 juillet 2007
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