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samedi, 01 septembre 2007
Haltères et... go !
Internet est un outil de communication sensationnel, surtout lorsqu’on est à la recherche d’une chose bien précise. Divorcée depuis quatre ans, j’ai décidé, un soir de spleen, de reprendre mon avenir sentimental en mains. Facile, grâce à la toile ! Deux ou trois mots-clés tapés sur Google, tels que « rencontrer homme seul » et une liste assez impressionnante de sites prêts à m’aider apparaissaient sur mon écran.
Je m’inscrivais immédiatement sur l’un d’entre-eux, le célèbre « www.ouestu.fr ». L’inscription fut chose facile mais pour le choix des pseudos, ce fut une autre histoire. En effet, rien ne s’avèra plus délicat que la recherche d’un « nom de guerre ». Il me fallut éviter le côté ridicule des diminutifs tels que Zabou, Zaza, Lili, etc…, ne pas sombrer dans le sentimentalo-romantisme avec Tristana, Alone008 et autre Isola2006 ou pire, bannir les consonnances à caractère sexuel telles que Minouche69, Sensuella, Sexywoman, et j’en passe… J’optais pour un pseudo rigolo tel que Millesime63.
Ceci fait, je consultais la liste des hommes seuls potentiellement faits pour moi. Une fois que j’eus éliminé ceux qui avaient grandi sous une armoire (les moins d’un mètre soixante-quinze), les tabagiques et autres addicts, ainsi que les bacs moins dix et les quelques rares qui vivaient avec leurs enfants, il me restait encore à procéder à un dernier tri : celui du physique. Bien entendu, je suis parfaitement consciente qu’une photo peut être menteuse. Entre les « peu photogéniques » et les « trop photogéniques », il est ardu de s’y retrouver. Et puis, se baser sur le faciès et uniquement sur ce dernier reste un comportement très… immature, à mon goût. Mais, sans me livrer à des éliminations définitives, je me retrouvais bientôt avec un choix de cinq messieurs pour commencer mes investigations « sentimentalo-Net ».
Un énième problème se posait alors à moi. Quel genre de message allais-je leur envoyer ? Devais-je la jouer « cool » et tutoyer ou garder une certaine réserve avec le vouvoiement ? Pouvais-je me laisser aller à faire de l’humour au risque de ne pas être comprise ? Fallait-il que je garde un sérieux qui pouvait me desservir ? Je me décidais pour une entrée en matière neutre et leur envoyais, à chacun, un message simple et courtois leur expliquant qu’après quelques années passé seule, je me sentais capable, à présent, de faire de nouvelles rencontres afin d’élargir mon cercle de connaissances. Leur profil avait retenu mon attention et patati et patata…
J’éteignais mon ordinateur et vaquais à d’autres occupations laissant à Cupidon le soin de faire le reste. Le lendemain, n’y tenant plus, je décidais de consulter ma messagerie sur « www.ouestu.fr. ». Je prévenais ma secrétaire de ne pas me déranger jusqu’à nouvel ordre et m’enfermais dans mon bureau. Une fois connectée sur le site, j’entrais mon pseudo et mon mot de passe. Le tableau des messages reçus s’afficha m’indiquant quatre petits cœurs clignotant qui signifiaient que quatre hommes avaient répondu. Je ne pus m’empêcher de sourire et d’aller voir de plus près. Après avoir compulsé les billets de ces messieurs, j’acceptais de répondre aux questions d'un certain Cowboy1959. Son écriture était courtoise, sans faute (un bon point pour lui) et il habitait apparemment ma région. Le hasard voulut qu’il soit en ligne au même moment que moi, ce qui me permit de tchater pour la première fois.
Nous avions pas mal de points communs concernant les goûts musicaux, pour le cinéma des années cinquante, un faible pour la cuisine italienne ainsi qu’une sainte horreur de l’impolitesse et du mensonge. Je fus charmée, emballée et un rendez-vous fut rapidement fixé pour le lendemain soir dans un restaurant du centre-ville « la Casa Giovanna ».
Arrivée au restaurant, je demandais à un serveur de m’indiquer la table de Cowboy1959 qui s’avéra se prénommer Yvan. Il se leva pour m’accueillir, un large sourire aux lèvres et un bouquet de fleurs des champs à la main. L’attention me toucha et, les présentations faites, nous fîmes connaissance en conversant à bâtons rompus. Yvan m’étonnait. Son physique jurait avec sa façon très littéraire de s’exprimer. Il portait un tee-shirt qui lui moulait d’impressionnants pectoraux ainsi que d’énormes biceps. Il arborait un physique de physionomiste de discothèque plus que celui d’un analyste-programmeur. Il m’apprit bien vite la passion qu’il vouait à la culture physique et en particulier à la musculation. N’ayant aucune affinité pour le sport, je subissais pendant tout le dîner un discours enthousiaste sur l’entraînement quotidien, le régime hyperprotéiné, les concours… Au bout de trois heures, j’étais devenue imbattable sur tout ce qui pouvait concerner de près ou de loin le body-building.
A minuit moins le quart je pris congé de Musclor, jouant les Cendrillons. Monsieur Propre me raccompagna jusqu’à ma voiture. Après m’avoir broyée la main, Conan le Bavard me donna son numéro de téléphone, m’arrachant la promesse de l’appeler entre deux séances d’haltères.
A ce jour, cette histoire est Terminator pour moi. Vous vous en seriez doutés…
© 2006 Plum'
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vendredi, 31 août 2007
Août : mois des prunes
Aïe, aïe, aïe ! Le gong a retenti. Hormis quelques privilégiés comme des retraités, des couples sans enfant ou encore des célibataires, pour la plupart d'entre nous, les vacances se terminent.
Adieu les apéritifs qui s'éternisent jusqu'à en oublier de dîner, adieu les dîners pris sur la terrasse et durant lesquels le rosé bien glacé coule à flot.

Août est peut-être le mois chômé par la plupart des usines mais pas pour les reines de la confiture, du clafoutis et de la tarte parce qu'août, c'est aussi le mois des prunes et des mirabelles, en particulier. Et ces dernières sont bien célèbres, surtout dans le Nord-Est de la France. Parfumées, sucrées, bourrées de vitamines A et C, riches en phosphore, magnésium, potassium, calcium, cuivre et fer, elles seraient presque le fruit parfait s'il n'y avait leur noyau (mais ça, c'est fait exprès parce que la perfection n'existe pas, tout le monde le sait).

Tout cela pour vous dire que je sollicite (encore) quelques minutes de votre précieux temps et qu'avant de vous jeter une petite mirabelle derrière la cravate, ce serait sympa de votre part de procéder au classement mensuel des cinq textes qui vous ont le plus touchés, émus, interpellés ou simplement plus. Comme à chaque fois, il vous suffit de cliquer sur le titre pour pouvoir lire ou relire l'histoire. Ensuite, vous en sélectionnez cinq (vos préférés) que vous me citez en commentaire, le premier étant votre favori.
Maxence ou les ficelles du shopping
Je sais très bien que certains s'attendaient à suivre la suite d'Allogène. Pas de chance, le dernier jour de ce mois d'août tombe un vendredi. Mais rassurez-vous, ce n'est que partie remise ! Dès lundi, Batouly, Germain, Irène et les autres vous accueilleront pour le p'tit déj.
Merci à tous pour votre fidélité, merci à tous d'être ce que vous êtes.
Plum'
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jeudi, 30 août 2007
SMACS !!!
Je veux des bisous !
Des bisous mouillés comme ceux des bébés
Je veux des bisous !
Des bisous à la fraise, collants, comme ceux des enfants
Je veux des bisous !
Des bisous baveux et maladroits, ceux qu’on fait la première fois
Je veux des bisous !
Des bisous sensuels et langoureux comme ceux des amoureux
Je veux des bisous !
Des bisous courts et furtifs, dans le cou, derrière l’oreille, tout partout
Je veux des bisous !
Des bisous de bonjour-bonsoir-bonne nuit, comme ceux des maris
Je veux des bisous !
Des bisous qui claquent, sonores, comme ceux que font les seniors
Je veux LE bisou !
Sur le front, le dernier, avant mon départ pour l'éternité
Je veux des bisous, des bécots, des poutous, des galoches, des suçons, des baisers !
Alors…
EMBRASSE-MOI !!!
© 2006 Plum'
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mercredi, 29 août 2007
Tranche de vie
J’ai rencontré, ce week-end, de sérieux problèmes avec ma box, je vous en ai d’ailleurs informés. Je tiens, à ce propos, à vous annoncer que cette dernière est sortie de ce qui s’est avéré être un profond coma, sévèrement diminuée puisqu’amputée de son transfo. Après une greffe pratiquée par moi-même dans l’urgence, nous voici à nouveau ensemble pour quelques petits déjeuners.
Pour en revenir à ce week-end, je me suis retrouvée en cuisine, sans pouvoir préparer mon petit déjeuner. C’est un peu comme si vous ne pouviez plus ouvrir votre réfrigérateur pour y chercher vos produits frais. Donc, me voilà avec mon cabas, partie d’un bon pas, chez ma fatumière préférée. J’entre dans le magasin, le ding-dong habituel du carillon retentit, je m’avance et regarde avec appétit tout ce qui se trouve derrière la vitrine.
A chaque fois, c’est pareil. Je suis là, à observer toute cette marchandise et je salive. Rapidement, les trois personnes me précédant sont servies et c’est enfin mon tour.
« - Bonjour ! Alors, qu’est-ce que ce sera pour la p’tite dame, aujourd’hui ?
- Bonjour, je voudrais bien une tranche de vie, s’il vous plaît.
- Et comment qu’elle la souhaiterait sa vie, la p’tite dame ?
- Je l’aimerais plutôt longue et bien rose.
- Comme çà ? me demande-t-elle, un long couteau posé sur un grand morceau de vie.
- Et là-bas, n’est-ce pas de la vie également ?
- Ah que oui, pour sûr ! Madame aime les bonnes choses, je vois ! Cà, c’est de la vie de château, garantie sans os. Alors, forcément, c’est plus cher au kilo. Si c’est pour dimanche, j’ai de la vie de famille en promotion. Facile à accommoder, sucrée ou salée, pour satisfaire aussi bien les petits que les grands.
- Oh non !
- Et là, vous avez de la vie à deux, déjà cuisinée, y a plus qu’à consommer. Je l’ai préparée moi-même, hier soir. C’est une vieille recette de famille, me chuchote-t-elle en clignant de l’œil, je la tiens de ma mère qui la tenait elle-même de ma grand-mère, qui la tenait de mon arrière-grand-mère. Bref, chez nous, le secret de la vie à deux, ça se transmet de génération en génération.
Là, j’avoue que j’ai hésité. Cela me tentait bien d’essayer à nouveau. J’ai goûté à la vie à deux une fois, il y a déjà quelques années, mais j’ai été relativement déçue. J’ai trouvé cela fade et sans saveur avec même un arrière-goût amer, surtout lorsque je l’ai consommée réchauffée. Beaucoup de mes amis adorent cela pourtant, mais moi, je n’ai jamais réitéré l’expérience.
Charmante comme toujours, pleine de patience et tout sourire, ma marchande se dirigea vers une autre vitrine, celle des spécialités.
- Alors, là, c’est délicieux, c’est italien, c’est de la vie en solo. A partager avec les coppa et les copines. A côté, c’est de la vie de patachon. On peut s’en servir à toute heure du jour et de la nuit. Une spécialité orientale, la vie de pacha. Délicieuse lorsqu’elle est servie sur un plateau ! Il y a également la vie de star, voyez comme elle est brillante ! Celle-ci, je vous l’emballe dans un joli papier or avec un ruban pailleté.
- Et là, qu’est-ce ?
- Oh ! Vous connaissant, cela ne vous plaira pas. C’est de la double vie.
- Vous avez raison, ce n’est pas pour moi. Ecoutez, je vais vous prendre une belle tranche de vie quotidienne que je me cuisinerai pour la semaine prochaine. Et pour ce week-end, je vous prendrai une fine tranche de vie à deux, s’il vous plaît.
- Et voilà ! Dites-moi, vous avez toujours votre petit caniche ?
- Oui, pourquoi ?
- Alors je vous rajoute quelques morceaux de vie de chien !
- Vous êtes trop aimable, merci. »
Avant de partir, elle réussit à me vendre une bouteille de Saint-Amour pour accompagner dignement ma tranche de vie à deux. Je m’en suis allée, la tête dans les nuages, un morceau de vie de rêve dans la bouche, « juste comme cela, pour vous faire goûter »…
© 2007 Plum'
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mardi, 28 août 2007
Maxence ou les ficelles du shopping
Aujourd’hui fait partie des journées que je déteste, celles que j’entoure de vert (c’est LA couleur que je n’aime pas) sur le calendrier de la cuisine, celles qui reviennent tous les ans. Aujourd’hui, samedi (en plus !), je fais les magasins en compagnie de mon adorable fille de treize ans afin de l’habiller pour la rentrée scolaire de la semaine prochaine. Ce qui sera peut-être un agréable moment dans cinq ou six ans, s’avère une torture pour moi et (apparemment) un supplice pour elle.
Noémie est une jeune fille très mignonne, très intelligente et avec une personnalité plutôt affirmée. Malheureusement, elle se voit moche, grosse, affublée de toutes les tares physiques possibles et imaginables. Bien-sûr, elle est idiote, franchement inférieure à ses petites copines et carrément une stupide andouille devant les garçons en général et Maxence, l’élu du moment, en particulier. Nous vivons donc, mon mari et moi-même, un enfer depuis maintenant cinq mois, matérialisé par des reproches, des sautes d’humeur, des crises de larmes, des bouderies interminables ainsi que des accès d’insolence qui se terminent en disputes sonores et en punitions variées. L’ambiance familiale en a pris un sacré coup et nos amis compatissent en nous assurant que cela passera et que nous baignons simplement dans la bonne vieille crise d’adolescence.
Comme il se doit, Noémie a boudé, dans la voiture, durant le trajet jusqu’au centre-ville. Nous avons fait une première boutique et évidemment, on y a trouvé le jean de ses rêves. Forcément, il n’y avait plus sa taille, ce qui l’a confortée dans l’idée d’une sorte de ligue contre sa petite personne et j’ai eu droit aux sempiternels « de toute façon, c’est toujours comme ça-cela n’arrive qu’à moi-à chaque fois que je flashe sur un truc, c’est toujours pareil-j’en ai marre- je m’en fous-moi, je n’ai pas besoin de fringues-on n’a pas les même goûts-toi, tu voudrais me voir fringuer comme à ton époque, quand t’étais jeune (celle-ci je l’adore)-etc…». J’essaie, avec toute la bonne volonté que j’arrive à trouver en moi, de positiver, de rester aimable et souriante pour ne surtout pas me gâcher le week-end. Mais la petite est coriace et je crois bien que son but est de me faire exploser dans l’heure qui suit. Cela sera une victoire, SA victoire de la journée.
Nous commençons à trouver des habits qui lui plaisent, me conviennent également et dont les prix entrent dans mon budget. Jeans, pulls, tee-shirts à manches longues, pantacourts, veste, gilet et un blouson. Naturellement, Noémie me tanne pour des accessoires tels que sac à main, foulard, chapeau, bijoux fantaisies ainsi qu’un nouveau porte-monnaie. Je lui explique que son père et moi ne trouvons pas l’argent, tous les matins, dans le bac d’aisance de nos deux chats. Evidemment, lors de notre passage en caisse, c’est le drame. Yeux levés au ciel (c’est la mimique qui m’insupporte par excellence) : première réflexion de ma part. Haussement d’épaules : deuxième réflexion de ma part. Yeux levés au ciel + haussement d’épaules + marmonnements incompréhensibles mais qui laissent échapper des mots à consonnance assez vulgaire : et là, devant tout le monde, j’explose ! Je lui explique que si son comportement à mon égard ne change pas dans les secondes qui viennent, je me verrai dans l’obligation de laisser tomber nos projets de shopping et que c’est avec son père qu’elle ira s’acheter des sapes (et là, je rigolerai car, comme tous les hommes, son père déteste faire les magasins). Je paie, j’ordonne à Noémie de prendre ses paquets et je sors de cette boutique, dans laquelle ma fille vient de me faire passer pour une mère hystérique, complètement excédée et qui n’a pas une once de pédagogie en elle.
Ce n’est pas fini, il y a encore les sous-vêtements et les chaussures. Nous pénétrons dans un centre-commercial et repérons une enseigne connue de « lingerie pour jeunes », sympa et pas chère. Je regarde des petits soutien-gorges mignons comme tout (et oui, je sais, déjà) avec des slips ou shortys assortis quand Noémie débarque avec ce que je crois être, au départ, un bikini. La couleur noire ne me plait déjà pas, lorsque je m’aperçois que c’est un string. Ma gamine de treize ans minaude à coup de « Mamoune chérie » et autre « Maman, s’te plait » pour que je lui achète un minuscule triangle de dentelle noire tenu par des ficelles ! Je lui demande si elle va bien et j’ai le droit à un laïus sur mon côté « hors jeu », sur le fait que TOUTES ses copines en ont, que c’est SUPER TENDANCE avec un jean taille basse, que JE n’y connais rien (vu mon grand âge). Sur ce coup-là, j’essaie de dialoguer, de lui expliquer qu’elle aura tout le temps d’en porter plus tard, que ce n’est pas de son âge. Je vois les yeux de ma fille s’embuer de larmes qu’elle essaie de contrôler au mieux, lorsqu’un charmant jeune homme s’approche d’elle par derrière. Elle se retourne, devient rouge comme un coquelicot, bégaie deux ou trois mots incompréhensibles, se laisse embrasser sur la joue, me tend maladroitement le string, visiblement très gênée de l’avoir en main puis finit tout-de-même par me présenter le « fabuleux, merveilleux, magnifique, trop canon Maxence ». Je serre la main au jeune garçon et les laisse discuter tranquillement.
Noémie me rejoindra dix minutes plus tard en m’affirmant que j’ai raison : les strings, c’est pas top ! Maxence aussi l’a dit ! Si, si, Maxence l’a dit ! Enfin, pas exactement comme cela. Il a dit à ma fille qu’il avait plaqué l’autre tassepé d’Anaïs avec son maquillage de camion volé et ses strings de p…
Je n’approuve pas forcément la tournure, mais j’apprécie le résultat !…
© 2006 Plum'
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lundi, 27 août 2007
Allogène XLII

Irène laissa tomber sa tête dans ses mains, les coudes appuyés sur le volant. Mais quel cauchemar ! Dans quelle situation se trouvait-elle, maintenant ! Elle voulait la voir et elle l'avait vue. Elle... Une jeune femme trop belle, trop adorable, trop sympathique. Une jeune femme douce, polie, aimable, au regard intelligent, au sourire ravageur. Cette femme avait tout d'un ange... ou d'un démon ! Alors qu'elle était dans ses pensées, en plein bouleversement émotionnel, la portière passager s'ouvrit et un homme s'assit à côté d'elle. Irène, surprise et apeurée, le regarda les yeux écarquillés.
"- Qui êtes-vous ? Que voulez-vous ? Sortez immédiate...
- Calmez-vous, madame Fréchin, intima l'inconnu.
- Comment connaissez-vous mon nom ? Qui êtes-vous ? demanda-t-elle d'une voix qui termina sur un ton légèrement trop aigu.
- Mon nom ne vous dira rien, Irène, rétorqua l'homme. Je suis ici pour vous tenir au courant d'une affaire dans laquelle vous êtes au coeur, en tant qu'innocente victime.
- Mais de quoi parlez-vous ?
- Vous êtes complètement manipulée, Irène. Vous êtes un pion sur un échiquier et vous êtes une des pièces maîtresses d'une dangereuse partie.
- Je ne comprends rien à ce que vous me dites, monsieur. Je vous prie de descendre immédiatement de mon véhicule ou je hurle et je...
-Vous ne ferez rien de tout cela parce que votre vie est devenue véritablement chaotique depuis quelques semaines et que vous aimeriez par-dessus tout qu'elle redevienne comme avant. Mais avant quoi, avant quand exactement ?
- Qui êtes-vous, monsieur ? demanda Irène, pour la troisième fois, en chuchotant presque.
- Moi, je vais vous dire qui vous êtes. Vous êtes Irène, mariée à Germain Fréchin depuis trente-cinq ans maintenant. Vous avez deux filles et êtes l'heureuse grand-mère d'un petit Tom de bientôt deux ans et demi. Vous habitez Saint-Aubin sur Algot, charmant village à quelques kilomètres d'ici. Votre époux est menuisier-ébéniste, installé à son compte et dont l'excellente réputation n'est plus à faire. Vous avez subi une grave dépression, il y a treize ans de cela, suite à une IMG. Votre bébé était malformé et non viable.
Irène écoutait l'homme, les yeux grands ouverts, prêts à sortir de leurs orbites, les mains et la lèvre supérieure tremblantes.
- Vous avez été suivie par le docteur Kowacz, reprit l'inconnu. Mais vous avez eu le sentiment d'être délaissée par votre époux, au moment où vous aviez le plus besoin de lui. Aujourd'hui, vous êtes en pleine pré-ménopause. Votre changement hormonal vous occasionne tous ces maux dont les femmes souffrent autour de la cinquantaine. Bouffées de chaleur, absence de désir sexuel, prise de poids, sautes d'humeur, etc... Vous avez du mal à gérer tout cela, Irène, c'est bien normal. Votre meilleure amie s'appelle Johanna Peres, vous vous connaissez depuis votre adolescence, vous avez une totale confiance en elle. A l'instant, nous sommes devant l'immeuble de Batouly Mbodge, l'ex-maîtresse de votre époux. C'est une jeune femme Sénégalaise de vingt-neuf ans, installée ici, à Lisieux, depuis un peu plus de deux ans maintenant, dans un studio qui appartient à votre mari et qu'il lui loue. Vous êtes venue la voir avec l'idée de l'éliminer, un fusil de chasse caché dans votre sac de golf. Mais comme vous n'êtes pas une meurtrière, vous n'avez pas pu et c'est tant mieux.
Irène était maintenant en larmes, complètement affolée. Elle avait la bouche entrouverte, du mal à déglutir et son mascara laissait de longues trainées verticales sur ses joues.
- Co... comment savez-vous tout cela ? parvint-elle à articuler.
- Parce que votre maison est truffée de caméras et de micros espions. Parce que je vous suis depuis quelques semaines déjà. Parce que j'ai été engagé pour cela et que je me rends compte que l'on m'a confié plus qu'une simple affaire d'adultère. Je pense que votre mari est impliqué dans une histoire qui le dépasse et...
- Mon mari ? Mais comment cela ?
- Il y a des personnes haut placées qui cherchent à éliminer un jeune Sénégalais, entré clandestinement sur le territoire et qui a, bien malgré lui, été le témoin d'un meurtre. Il a été pris en charge par son ancienne fiancée, la jeune femme à qui vous venez de rendre visite ainsi que votre époux, un médecin, sa belle-soeur et les membres du groupe dans lequel chante mademoiselle Mbodge.
Irène sortit les deux billets offerts une heure auparavant par Batouly. Sans un mot, elle regarda le papier coloré et bariolé et ses yeux rougis plongèrent dans ceux de l'homme assis à ses côtés. Ce dernier continua :
- Ils le cachent et essaient de le protéger. Mais ils ont affaire à des personnages trop forts et l'étau se resserre dangereusement autour d'eux, autour de vous aussi, Irène.
- Mais qu'est-ce que je viens faire là-dedans, moi ? hoqueta-t-elle.
- Je suppose que vous êtes censée péter un câble, abattre Batouly, peut-être même votre mari et déstabiliser ainsi le groupe qui protège le jeune homme. Ainsi, ce dernier deviendra plus vulnérable et sera sûrement victime d'un accident. Votre rôle, Irène, est de créer une diversion. Ni plus, ni moins."
(à suivre...)
© 2007 Plum'
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samedi, 25 août 2007
Les vrais seins de la colère
Les gens sont bizarres, parfois, ne trouvez-vous pas ? Tenez, prenons mon mari, Luigi, par exemple. Il s’avère être très, très bizarre. Le plus étrange, c’est qu’il m’aura fallue attendre dix-sept ans de vie commune plus un an et demi de flirt poussé ainsi que deux enfants pour m’en rendre compte. Jusque là, je n’avais pas remarqué qu’il pouvait être si… paradoxal !
Il m’a offert un super cadeau d’anniversaire, il y quatre mois de cela. En effet, il m’a payée de nouveaux seins. Oui, vous avez bien lu ! Mon mari m’a achetée une magnifique paire de nichons ! Ceux dont j’ai toujours rêvés, surtout après ma deuxième grossesse où j’ai accouché d’un téteur vorace qui ne m’a laissée que deux gants de toilette riquiquis après s’être goinfré durant dix-huit mois. Sur un plan physique, c’est vrai que je n’ai pas vraiment à me plaindre. Je suis grande, élancée, mince, ce qui me permet de m’habiller d’une façon assez moderne et d’afficher un début de quarantaine dynamique et « dans le coup ». Ma fille ainée de seize ans adore d’ailleurs m’emprunter, de temps à autre, quelques fringues ou accessoires ce qui me laisse à penser que je suis encore dans le « move ». Mais, pour ce qui étaient de mes seins, je n’avais vraiment pas été bien servie par la nature. Cela m’a suffisamment complexée étant plus jeune.
Lorsque ce matin de juin, Luigi m’a donnée rendez-vous pour déjeuner, je n’avais aucune idée de ce qui m’attendait. Je pensais qu’il avait l’intention de faire les boutiques avec moi, afin de m’offrir mon cadeau d’anniversaire. J’ai donc été très surprise, après le repas, de me retrouver à pénétrer dans l'immeuble d’un quartier chic de la capitale afin d'y rencontrer un chirurgien plasticien dont la renommée n’est plus à faire. J’ai été ravie par l’attention de mon époux qui savait d’office qu’il allait me combler.
Le médecin m’a écoutée et, après un questionnaire d’usage, m’a auscultée. Nous avons opté pour un bonnet C (j’avoue que je penchais plutôt pour le D) qui allait modifier considérablement ma silhouette sans la dénaturer, d’après lui. Le rendez-vous pour l’opération fut fixé pour la quinzaine suivante et mi-août j’exhibais, sur les plages de Charm el-Cheikh, mon nouveau bikini au soutien-gorge pigeonnant avec armatures. Exit le sous-tif triangles spécial « lolos de pré-ado », bonjour le giron de vamp !
Je ne me lassais pas de mon nouveau décolleté, osant les robes et les tops échancrés. Luigi aussi était aux anges, il redécouvrait son épouse, bien dans sa peau et plus féminine que jamais. Là où mon histoire se gâte, c’est quand Luigi a émis l’éventualité de m’offrir une liposuccion des fesses et des cuisses l’année prochaine et pourquoi pas, l’année d’après, une chirurgie du ventre afin de lui redonner l’aspect plat et tendu de mes vingt ans et faire disparaître les quelques vergetures héritées de mes grossesses. Je l’écoutais, anéantie et plutôt vexée, je dois bien l’avouer. Ainsi, Luigi me trouvait imparfaite. Il n’avait jamais laissé transparaître un quelconque déplaisir à me regarder ou me toucher. Que lui arrivait-il ?
Piquée au vif, je lui répondais, en riant, qu’il serait judicieux de négocier un prix de couple afin qu’il puisse également profiter des bienfaits de la chirurgie esthétique. En effet, son ventre s’arrondissait gentiment depuis quatre ou cinq ans. Mon cher mari, macho à l’extrême, me fit remarquer que son intérêt pour mon physique démontrait bien son désir de continuer à prendre du plaisir à me regarder et, surtout, à ne regarder que moi ! Comment devais-je prendre cette réflexion ? Etait-ce une menace dissimulée ? Inquiète et perturbée, je le plantais là et filais m’enfermer dans ma chambre, à l’hôtel. Que se passait-il dans sa tête, soudainement ? Avait-il rencontré quelqu’un et avait-il entrepris de me transformer à l’image de cette dernière ?
Les idées les plus folles se bousculaient dans ma tête et je commençais à regarder mes seins d’un œil suspicieux. Finalement, ils étaient de faux amis. Mon couple fonctionnait à merveille à l’époque du bonnet A, Affection, Affinités et Allitération en étaient les mots d’ordre. Le bonnet C devenait synonyme de Conflit, Critique et Cynisme. Comment en étions-nous arrivés à ce résultat, à savoir que les coups de scalpel sur mes rondeurs avaient glissé sur notre mariage ?
Excusez-moi, mais je vais devoir vous laisser et reprendre cette conversation plus tard, on frappe à la porte. C’est l’infirmière qui vient me faire les soins. Ah, je ne vous l’ai pas dit ? Je viens de me faire refaire le nez. C’est une idée à Luigi qui trouvait que mon nez était un tout petit peu trop…
© 2006 Plum'
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vendredi, 24 août 2007
Allogène XLI
… Elle s’effaça pour laisser passer la femme et ne remarqua pas le sac de golf à l’épaule de sa visiteuse. La femme entra, embrassant d’un coup d’œil circulaire le salon et sa cuisine ouverte. Elle s’assit dans le canapé, appréciant la décoration simple mais féminine.
« - Je suis très gênée, je ne veux pas vous déranger, s’excusa-t-elle.
- Vous ne me dérangez pas, je vous en prie, répondit Batouly.
Elle s’affaira dans la cuisine et sortit quelques instants plus tard, un plateau dans les mains. Elle prit la petite théière et versa un liquide fumant dans une tasse colorée.
- Tenez, buvez, cela va vous requinquer en un clin d’œil, ordonna Batouly.
La femme porta la tasse à ses lèvres et ne put réprimer une grimace.
- C’est une infusion de kinkéliba, la tisane de longue vie, comme on dit chez moi. Je sais que le goût peut surprendre, mais deux tasses et vous sortirez d’ici en gambadant comme une gazelle.
Elles se regardèrent en souriant.
- C’est mignon chez vous, dit la femme. Vous passez par une agence pour la location de votre appartement ?
- Non, c’est un propriétaire individuel.
- Vous avez raison, votre infusion est miraculeuse, je me sens déjà beaucoup mieux.
- Je vous l’avais dit ! Je m’appelle Batouly, se présenta la jeune femme en tendant sa main.
- Et moi, Rina.
- Oh, c’est joli Rina ! J’espère très sincèrement que vous trouverez un logement pour votre fille. Au fait, que fait-elle comme études ?
- Ma fille va entrer au Conservatoire de Lisieux.
- Ah oui ? Et de quel instrument joue-t-elle ?
- Du violoncelle.
- Vous devez sûrement être très fière.
- Oui, mais pour l’instant je suis plus stressée qu’autre chose. C’est la première fois qu’elle va quitter la maison. Je voudrais bien lui trouver quelque chose sur place, cela me rassurerait, vous comprenez ?
Rina regarda sa montre et lança :
- Oh ! Déjà huit heures un quart ! Je vais me sauver avant que votre époux n’arrive.
- Ne vous inquiétez pas, je ne suis pas mariée. Je n’attends personne, rétorqua Batouly, une inflexion triste dans la voix.
- Personne ? Une jeune femme superbe et sympathique telle que vous ? J’ai du mal à le croire.
- Et pourtant c’est l’exacte vérité ma chère ! De toutes façons, ce serait trop petit ici, pour deux.
- Rassurez-moi, vous avez au moins un petit ami ?
- Je suis un cœur à prendre, Rina. Libre de toute attache. Je fréquentais quelqu’un mais… c’était devenu très compliqué pour lui. Il a préféré mettre un terme définitif à notre relation.
- Et vous l’aimiez ?
- Oui, beaucoup. C’est un homme rare, bon et complètement désintéressé. C’est le genre de personne que l’on rencontre qu’une fois dans sa vie. J’ai eu de la chance de croiser sa route, il a été mon ange gardien. C’est l’image que je garderai de lui.
- Je ne veux pas être indiscrète, mais il est marié, c’est cela ?
- Oui et il est fou de sa femme. Je pense qu’ils s’étaient un peu perdus, ces dernières années. Mais l’amour, le grand, le vrai, est plus fort que tout.
Batouly laissa échapper une larme.
- Je ne me plains pas, continua-t-elle, j’ai eu la chance de rencontrer quelqu’un d’exceptionnel. Sans lui, je ne serais peut-être même plus de ce monde…
La jeune femme se reprit vivement et, en souriant, proposa à son invitée :
- Je travaille dans une laverie automatique. Je vais afficher une annonce, dès demain matin. On trouvera un petit nid sympa à votre musicienne, je vous le promets. Je connais pas mal de monde sur Lisieux. Vous aimez la musique africaine, Rina ?
- Oui, enfin… je ne sais pas. Pourquoi ?
Batouly se dirigea vers un chiffonnier, fouilla dans un tiroir et tendit deux tickets colorés à Rina.
- Voici deux entrées pour le concert de demain soir au Cargo, à Caen. Je chante dans un groupe sénégalais qui s’appelle les Ba Suba. Venez avec votre fille, cela me fera plaisir. »
Lorsqu’elle eut refermé la porte derrière sa visiteuse, Batouly prit conscience que cette dernière portait un sac de golf à l’épaule. Etrange, tout-de-même, pour une femme qui prétendait avoir des difficultés financières. Jouer au golf, jouer du violoncelle…
Décidément, les Blancs avaient une définition bien particulière des « moyens limités pour vivre ». En Afrique, l’école primaire était déjà un luxe. Alors l’école de musique…
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jeudi, 23 août 2007
LaCHATge
J’ai immédiatement senti que quelque chose clochait. Elle a ses habitudes que je connais bien depuis ces cinq années que je vis avec Elle. Alors, lorsque rien ne se passe comme à l’accoutumée, j’ai des doutes et… j’angoisse, je stresse. Je ne le montre pas, mais j’ai le cœur qui bat plus vite, mon ventre gargouille, bref, je suis dérangé !
Elle est rentrée le vendredi vers seize heures. Déjà là, je me suis dit qu’il y avait un truc qui ne collait pas. Lorsque son planning est modifié, Elle nous le dit le matin, en partant, ou alors la veille, au soir… Là, nous n’avions eu aucune explication. Elle est rentrée, nous a salués normalement et a allumé son ordinateur. Ensuite, ce qui m’a surpris c’est qu’Elle s’est déshabillée, démaquillée et douchée. A cette heure-ci ? Bizarre, très bizarre… Je n’étais pas vraiment inquiet, à ce moment-là. J’étais plutôt intrigué et un tantinet désorienté. J’ai remarqué aussi qu’Elle était allée chez le coiffeur. Je me suis dit qu’Elle avait rendez-vous en soirée, forcément avec un homme. Sinon, pourquoi tout cela ?
Elle est ressortie de la salle de bain en pyjama. Je croyais rêver ! Etait-elle malade, fiévreuse ? Elle me semblait pourtant en pleine forme. Elle s’est activée, a repassé du linge, a rangé quelques affaires. Que des choses qu’Elle ne fait jamais en semaine. Moi, l’air de rien, je la suivais. Juste comme cela, juste pour voir…
Et c’est en entrant dans la chambre à coucher que je l’ai surprise à sortir de l’armoire un sac de voyage. C’était donc cela ! Elle partait et, de toute évidence, sans nous et sans nous le dire. Je suis immédiatement parti voir ma compagne pour lui expliquer la situation. Solidarité féminine oblige, elle a pris sa défense, me disant qu’il fallait que j’arrête de stresser pour rien. Il était normal qu’Elle profite de la vie. D’accord, ok ! Mais combien de temps allions-nous rester seuls ?
Et le début de la soirée s’est déroulé ainsi : Elle a pianoté sur son ordinateur, a dîné léger, nous a servis notre repas (plus tôt que les autres soirs). Je suis venu lui faire des câlins, lui dire que je l’aime. Elle m’a gratouillé un peu, mais sans conviction aucune. J’étais inquiet parce que ce n’est pas Elle du tout, ça ! Ma compagne a voulu me prouver que je me faisais du souci pour rien. Alors, elle s’est installée sur ses genoux et… elle s’est faite jeter ! Ce n’était pas le moment, Elle n’avait pas le temps. Ma femme et moi nous sommes regardés. Que pouvait-il y avoir de plus important que nous ?
A vingt et une heures, Elle était au lit. Je croyais rêver car Elle ne va jamais se coucher avant une heure du matin. Elle a avalé un cachet (étrange, Elle déteste les médicaments), a bouquiné et, à vingt-deux heures c’était l’extinction des feux. Que se passait-il et, surtout, pourquoi ne nous donnait-Elle aucune explication ?
Lorsque le réveil a sonné, je pensais que je rêvais. Trois heures et demi du matin ! Elle s’est levé, s’est douché, a fait couler du café. Elle se pressait, émettait des bruits d’impatience avec sa langue lorsque nous étions dans ses jambes. Elle s’est servi un jus de fruit qu’Elle a bu d’un trait. Et pendant que son café tiédissait, Elle faisait des allers-retours entre la cuisine, la salle de bain et sa chambre à coucher. J’essayais bien d’attirer son regard mais j’avais la désagréable sensation d’être devenu totalement transparent. Et si Elle ne revenait pas ? Si Elle partait pour toujours, nous laissant là, tous seuls ? Ma compagne m’a menacé de représailles violentes si je ne cessais pas de cultiver mes idées noires ! N’empêche que…
Elle nous a donné à manger et s’en est allée en nous adressant un « à demain, mes chatons » qui ne me disait rien qui vaille. A demain quand, d’abord ? Et comment allions-nous nous nourrir ? Qui allait nettoyer notre petit coin d’aisance ? Et si Elle nous oubliait, décidait de ne plus jamais revenir ?…
J’ai passé la journée à me biler, me tourmenter, me faire des poils blancs tandis que mon épouse siestait tranquillement sur son oreiller, à Elle. Après dix-huit heures, quelqu’un a monté les trois étages. Le paillasson a cogné contre la porte d’entrée et des clés ont été insérées dans les serrures. La porte s’est ouverte et Il est entré. Je l’avais oublié, lui. Il est gentil avec nous, nous parle, nous rassure. Il s’occupe de nous du mieux qu’Il peut. Il y met toute la bonne volonté dont Il est capable. Et j’apprécie, cela me rassure. Avec lui, il y a toujours un peu plus à manger, j’aime bien… Il nous a remplis nos gamelles, nettoyé notre bac, nous a calinés et nous a dit « à demain matin, mes trésors ». Ouf ! Nous ne mourrons pas d’inanition, c’est déjà cela ! Il est revenu. Et puis il est reparti…
Enfin, Elle est rentrée ! J’étais fou de joie, soulagé, heureux. Elle nous a cajolés et nous a dit à quel point nous lui avions manquée. Je ne pensais même plus à la faim, tant j’étais content de la revoir. Lorsqu’elle s’est endormie, plus tard dans la soirée, ma compagne m’a avoué que ses vêtements empestait l’odeur de deux autres chats, apparemment des mâles. Mais qu’Elle s’était empressée de tout mettre dans la machine à laver.
Qui sont-ils ? Où sont-ils ? Pourquoi est-Elle partie les rejoindre ? Qu’ont-ils de plus que nous ? Pourquoi ne nous en parle-t-Elle pas ? Pourquoi ? Pourquoi ?…
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mercredi, 22 août 2007
Immersion
Ce texte répond à la cinquante-deuxième consigne de Paroles Plurielles qui proposait d'écrire, en illustration à la photo d'Olivier, un texte ayant comme incipit:
"Ce que je venais de dire à la vieille marquise Guy de Ruy était l'exacte vérité."
Barbey d'Aurévilly " Les Diaboliques" livre de poche, p.113.
Ce que je venais de dire à la vieille marquise Guy de Ruy était l'exacte vérité. Et même si cela lui paraissait impensable, il fallait qu’elle se fasse à cette idée.
Non, nous ne prendrons pas la Mercedes pour aller à Monaco, puisque nous venons de nous la faire voler.
Oui, nous sommes perdus en pleine banlieue lyonnaise.
Non, je n’ai pas nos papiers d’identité sur moi, ils étaient dans la boîte à gants, comme d'habitude.
Oui, il va nous falloir prendre le train.
Non, je ne suis pas un héros mais un simple chauffeur et lorsqu'une bande de voyous, nantis de gros cutters, me demandent mon téléphone portable ainsi que mon portefeuille, je m’exécute et les leurs donne.
Oui, il faudrait qu’elle cesse ses jérémiades parce que je ne répondrai plus de rien dans le quart d’heure à venir.
Heureusement que la gare n’est pas loin ! Sept kilomètres à pieds, ce n’est pas non plus la mort, il ne faut rien exagérer. Mais la marquise a plus d’exigences que d’endurance.
« - Tout cela c’est de votre faute, uniquement de votre faute ! m’assène-t-elle en geignant. Quelle idée de prendre par le périphérique, aussi !
- Madame la marquise est injuste, permettez-moi. J’ai fait au mieux pour que Madame la marquise soit à l’heure à son thé avec la famille princière.
- Pfft ! Epargnez-moi vos excuses ! Vous n’avez aucun sens de l’orientation, vous ne savez même pas vous servir d’un GPS, alors vos « j’ai fait au mieux… », vous pouvez vous les garder.
- Je suis désolé de rappeler à Madame la marquise que cela fait trente-quatre années que je la conduis.
- Eh bien justement, parlons-en ! Peut-être devrions-nous songer à vous reconvertir à un autre emploi, mon cher ! Oh, j’ai mal aux pieds ! Mais pourquoi courrez-vous ainsi ? De toute façon, nous sommes déjà en retard !
- Que Madame la marquise m’excuse, mais je ne courre pas, je marche. Certes, je marche d’un bon pas car je suis pressé. Pressé de mettre Madame la marquise dans un wagon de la S.N.C.F. afin de ne plus l’entendre vociférer à mon égard des paroles peu aimables ! D’ailleurs, si je peux me permettre, je conseillerai vivement à Madame la marquise d’accélérer en donnant à son arrière-train des idées d’avance. Cela nous permettra peut-être d’arriver à la gare avant la nuit.
- Je ne saurai trop vous recommander de ne pas oublier à qui vous parler ! Prenez le temps d’aller vite, vous avez raison ! Vous pourriez très bien vous retrouver rapidement dans l’urgence d’avoir trop de temps, si vous voyez ce que je veux dire… »
Enfin, j’aperçois au loin un bâtiment qui me semble être celui que nous cherchons. A voir les murs tagués, je ris intérieurement. Madame la marquise va enfin faire connaissance avec le monde, celui qui se trouve dans la vraie vie, celle qui est à dix mille lieues de la jet-set, des parties de bridge, des invitations à prendre le thé chez des Princes et Princesses de la Riviera, des croisières en yacht, etc...
© 2007 Plum'
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