« 2007-08 | Page d'accueil
| 2007-10 »
lundi, 01 octobre 2007
Qu'est-ce que je vous sers après cela ?
Je vous l'ai dit hier, pas de tartine aujourd'hui. Non, vous n'êtes pas punis ! Non, je ne fais pas la grève ! Au contraire, je tiens à ce que vous ne vous lassiez pas de vos petits déjeuners quotidiens. C'est pourquoi j'ai créé cette nouvelle rubrique : Les plats longuement mijotés. Je vais y réunir les cinquante Allogène, après quelques corrections et surtout après avoir trouvé comment les rassembler dans le bon sens, l'interface de Hautetfort ne me laissant pas toutes les libertés.
Je me suis beaucoup amusée à écrire Allogène et je sais que vous avez pris du plaisir à le lire. Mais jusqu'à quel point, finalement ? Et pourquoi cette question ? Tout simplement parce que ce blog étant devenu une table conviviale où il fait bon venir prendre son petit déjeuner, je ne veux pas mettre sur la carte un menu qui risque de s'avérer trop lourd, voire indigeste. Alors, le mieux, c'est de vous demander votre avis.
Si l'idée de la nouvelle vous plait, je me sens tout à fait prête à réitérer l'expérience. A votre tour de vous exprimer, ce lundi c'est table ouverte. Donnez-moi votre avis, dites-moi si vous vous sentez prêts à vous engagez à nouveau dans la lecture d'un nouveau feuilleton... ou pas.
Evidemment, toutes vos opinions sont les bienvenues et je vous demande la plus grande honnêteté. Pas la peine de vous retenir de peur de me faire de la peine ou de me vexer. Vos critiques sont importantes, elles me permettent de m'améliorer.
Pour celles et ceux d'entre vous qui souhaitent à nouveau un feuilleton bi-hebdomadaire, je vous propose ceci : j'ai choisi sept histoires issues de chacune des saveurs existantes. Un lien vous permet de vous les remémorer ou de les découvrir. Selectionnez celle que vous voudriez voir se poursuivre et, dès vendredi prochain, elle apparaîtra en ligne, suivie du deuxième épisode.
J'attends vos réactions et vous avez jusqu'à mercredi soir pour vous prononcer (forcément, puisque j'écrirai la suite éventuelle jeudi).
Alors, tous à vos claviers et bonne lecture !
Plum'
00:00 Publié dans Petit déjeuner buffet à volonté | Lien permanent | Commentaires (17) | Envoyer cette note
dimanche, 30 septembre 2007
Septembre : mois des choux
Savez-vous planter les choux ? A la mode, à la mode...
Savez-vous manger les choux ? A la mode de chez nous !
Septembre, c'est le mois de la rentrée scolaire et professionnelle, c'est le mois des impôts en tous genres, de l'automne, des journées qui raccourcissent et des petits matins frais. Septembre, c'est le mois des manches qui rallongent, des chaussures qui se ferment, des jambes qui se gainent et des décolletés qui se font nettement moins profonds.

Mais septembre, c'est aussi le mois des choux ! Des petits choux de Bruxelles, des bouts de choux-fleurs, des brocolis, bref, de cet aliment magique et varié qui se décline en moultes variétés et se consomme en beignets, en purées, en gratins, sautés, à la vapeur, à la béchamel, nature, en sauce... et qui, surtout, aide à prévenir des cancers ! Un alicament en quelque sorte !

Comme je sais que je peux compter sur vous, mes petits choux, je vais encore vous
solliciter. Comme pour les mois précédents, vous trouverez ci-dessous la liste des textes mis en ligne ce mois-ci. Chaque titre vous renvoie à l'histoire afin de vous la remémorer, ou vous la faire (re)découvrir. Vous faites votre petit choix, cinq titres (pas plus) et vous les classez par ordre de préférence (le premier étant, à vos yeux, le meilleur de ce mois). Ce n'est pas très compliqué, si j'osais (allez, j'ose) je dirais même que c'est bête comme chou !
Prêts ? Eh bien, c'est parti !
Mais que fait donc la police ?
Demain, pas de tartine de prévue. Non, demain nous aurons, vous et moi, une petite conversation...
Bon dimanche à tous et gros bisous,
Plum'
00:00 Publié dans Composez Votre Petit Déjeuner Idéal | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note
samedi, 29 septembre 2007
Plateau-télé

Je refuse tout net à sombrer dans la psychose
Je l'avoue, j'ai du mal à écrire de la prose
Je vous rassure, personne d'entre-vous n'est en cause
Ma plume à juste besoin de faire une pause
Je m'offre un samedi ainsi qu'une vraie soirée
Plateau-dîner-canapé devant la télé
Sous le plaid, pelotonnée, thermos pleine de thé
Je materai des séries B ou des DVD
Je ne m'en veux pas, je sais votre tolérance
Le travail d'écriture est une belle expérience
Qui requiert l'imagination et la prescience
Pour offrir de l'émotion ainsi qu'une ambiance
Tout cela pour vous assurer qu'au jour de lundi
Vous retrouverez une toute nouvelle tranche de vie
Au goût encore inconnu pour moi aujourd'hui
Mais présentée en ligne, pour vous, dès minuit
Gros bisous à tous et bon dimanche !
© 2007 Plum'
00:00 Publié dans Saveur Fraîche | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note
vendredi, 28 septembre 2007
Allogène L

Dimanche 16 Mars 2010 – Journal de 13 heures – France 2 – Présenté par Laurent Delataie.
C’était hier soir, au Zénith de Paris, la vingt-quatrième édition des Victoires de la Musique s’est achevée, révélant non seulement de jeunes talents bien prometteurs mais également l’issue d’une sombre histoire qui agitait le Gouvernement et la Justice depuis deux ans et demi, maintenant.
Pour mémoire, souvenez-vous : juillet 2007 à Caen. Un festival des Musiques du Monde voit sa soirée gâchée par l’agression et le meurtre d’un jeune Sénégalais, à l’arrière de la célèbre salle de concerts Le Cargö. Il sera alors très difficile pour la police d’identifier le jeune homme, tué d’une balle en pleine tête. Aucun papier prouvant son identité ne sera retrouvé et personne ne demandera jamais le corps.
Le juge d’instruction Berzoni se penche sur l’affaire dès la fin du mois de septembre. Une enquête est ouverte et c’est un haut représentant de l’Etat, le Ministre de la Culture lui-même, Monsieur Arnaud-Marie de Fontanel qui est cité à comparaître comme principal témoin. L’enquête durera des mois et aboutira au démantèlement d’un vaste trafic de prostituées de luxe, venant principalement des pays de l’Est, ainsi qu’un commerce illicite d’armes de guerre à destination des pays d’Afrique de l’Ouest. Ecoutes téléphoniques, filatures, les atteintes à la vie privée d’un petit groupe d’habitants de Lisieux sont nombreuses. C’est Claude Lhermitte, ancien commissaire à la Brigade des Stupéfiants de Paris et reconverti en détective privé, qui a alerté le Juge Berzoni.
Monsieur le ministre Arnaud-Marie de Fontanel a été accusé de meurtre au premier degré. Il est l’assassin d’une jeune prostituée Slovène, retrouvée emmurée dans les caves de l’hôtel particulier de l’Ambassadeur Guinéen, et l’instigateur de l’assassinat du jeune Sénégalais, Ibou Dembelé, 31 ans. Ce dernier, entré illégalement en France au début de l’année 2005, avait été pris en charge et caché, dans l’attente de papiers semble-t-il, par l’Ambassadeur de Guinée, en France, monsieur Yéra Bindian. Déjà arrêté il y a une dizaine d’années pour trafic d’armes, monsieur Bindian aurait séquestré le jeune homme dans sa propriété du XVIème arrondissement, suite à une soirée qui aurait mal tournée. En effet, Ibou Dembelé aurait été témoin du meurtre d’une très jeune prostituée Slovène, perpétré par le Ministre de la Culture, lui-même. Ivre, il aurait abusé de la jeune femme, aidé en cela par Ousmane Bindian, dix-sept ans, fils de l’Ambassadeur, drogué et déjà connu des services de police. Il a d’ailleurs été arrêté en Suisse, près de Genève, dans une clinique privée où il effectuait une cure de désintoxication. Ibou Dembelé aurait été victimes de tortures et sévices, enfermé dans les caves de l’Ambassade. Condamné à mort par ses bourreaux, il aurait réussi à s’échapper et à s’enfuir. C’est à Lisieux qu’il a été reconnu par sa fiancée, elle-même arrivée en France en 2005. Il aurait alors été soigné par un médecin, ancien membre de MSF et hébergé par la belle-soeur de ce dernier. Il a alors vécu à Lisieux, caché par ses nouveaux amis.
Toute l’originalité de cette affaire réside dans la manière dont elle a été menée. En effet, c’est Ibou Dembelé lui-même, qui a amené les preuves nécessaires à l’arrestation de ces personnes quasi intouchables. En effet, sa fiancée n’est autre que Batouly Mbodj, la chanteuse du célèbre groupe Ba Suba, largement récompensé hier soir avec trois Trophées aux Victoires de la Musique.
Rappelons que leur album s’appelle Testament et c’est la chanson Duma ko fàtte (je ne l’oublierai pas) qui a permis d’arrêter tous les protagonistes de cette sombre histoire. C’est la confession de monsieur Dembelé, écrite de sa main, qui a été mise en musique et interprétée par le groupe Ba Suba. De nombreux producteurs de tous pays se bousculent déjà pour traduire les paroles.
Monsieur le Premier Ministre s’est déclaré très choqué par cette affaire qui, selon ses propres termes, fait apparaître le Gouvernement Français comme un repaire de voyous mafieux. Il prendra la parole et s’exprimera en direct de l’Elysée, ce soir, vers vingt heures quinze. Evidemment, France 2, France 3 et TF1 retransmettront ce discours, pendant le journal du soir. Le Premier Ministre a déjà affirmé que les quatre membres de Ba Suba seront décorés, à Pâques, de la Légion d’Honneur lors d’une cérémonie à la mairie de Lisieux.
Mais tout de suite, sans plus attendre, nous vous invitons à écouter Ba Suba et leur titre-phare Duma ko fàtte dont les paroles sont sous-titrées en français.
J’ai tout misé, tant espéré
Tout abandonné, tant pleuré
Pour connaître enfin la liberté
J’ai voulu l’aider cet enfant en détresse
Fils d'Ambassadeur sans adresse
Je n’ai pas su voir son âme vengeresse
Je n'oublierai pas leur visage, même après ma mort
Je ne survivrai pas, ils sont bien trop forts
Eva, fragile oiseau, violée, étranglée sous leurs assauts
Emmurée entre grands crus de Bourgognes et Bordeaux
Tes larmes de sang brûleront éternellement ma peau
Ils m’ont repéré, ils m’ont attaché
Ils m’ont frappé, ils m’ont brûlé
Ils m’ont menacé, ont décidé de me supprimer
Je n’oublierai pas leur visage, même après ma mort
Je ne survivrai pas, ils sont bien trop forts
Toi, mon faux-frère, l’Ambassadeur de Guinée
Je croyais être ton protégé, je croyais en ton amitié
J'ai cru en toi, en ton pouvoir, en ton honnêteté
Mais comment savoir que ce Ministre en fonction
Cache derrière son titre un horrible démon
Dont les actes odieux et criminels sont légions
Je ne l’oublierai pas, je suis déjà mort
Je ne l’oublierai pas, vous étiez bien trop forts
F I N
© 2007 Plum'
00:00 Publié dans Saveur Acide | Lien permanent | Commentaires (15) | Envoyer cette note
jeudi, 27 septembre 2007
Poussière d'Ange(reuse)
Elle éteint son ordinateur, ferme à clé l’armoire à dossiers, met le téléphone sur répondeur, enfile sa veste lorsque le télécopieur se manifeste à grand coup de bips et de ronflements. Elle retourne sur ses pas en soupirant, prend le fax et le lit. Zut, zut et rezut !!! Elle enlève sa veste, la pose sur le dossier de sa chaise à roulettes, rallume son PC et traite la commande urgente en maugréant. Quelle idée de s’inscrire à un cours de céramique et poterie ! Surtout depuis la restructuration de l’agence. Maintenant qu’elle se retrouve toute seule, il y a de fortes chances qu’elle termine ses journées avec du retard. Son patron l’a d’ailleurs prévenue en lui disant qu’il fallait qu’elle soit disponible, en accord avec l’entreprise pour le bien de celle-ci…
Il attend, tapi derrière une des grosses colonnes de soutien. Il est excité car aujourd’hui il va oser. Oui, pour la première fois, il va le faire. Il a tellement imaginé ce moment, désiré cet instant qu’il en éprouve une euphorie, une frénésie qu’il n’a jamais ressenti auparavant. Tout-à-l’heure, il y de cela une vingtaine de minutes, il a failli se lancer mais son élan a été arrêté net par le gardien du parking qui faisait sa ronde. Ce n’est pas grave, il a tout son temps et puis, avec ce qu’il vient d’absorber comme poussière d’ange, son attention n’est pas prête à se relâcher. Il fouille dans la poche de son blouson, en ressort un paquet de chewing-gum. L’haleine fraîche, c’est indispensable lorsqu’on est « en contact » avec les autres. Il ferme les yeux et s’adosse contre la colonne de béton, le front moite. Il sourit. C’est trop fun, il est en pleine montée. Son nouveau dealer, Tcherno, ne s’est pas fichu de lui lorsqu’il lui a assuré que c’était de « la bombe ». Cela fait une heure qu’il s’éclate et il en a encore pour un bon moment…
Voilà, ça y est. La commande est traitée et confirmée par mail. Pour la seconde et dernière fois, espère-t-elle, elle range et éteint tout dans le bureau. Un dernier coup d’œil circulaire, tout est sous clé et Tootsie, le poisson rouge, a eu son repas. Elle appuie sur l’interrupteur et verrouille la porte du bureau à double tour. A cette heure-ci, huit heures moins vingt, le couloir est désert. Elle appelle l’ascenseur, enfile sa veste et entreprend la fouille de son grand sac, à la recherche de ses clés de voiture qu’elle ne trouve pas, d’ailleurs. Pendant sa descente vers le sous-sol numéro trois, elle s’observe dans le grand miroir de la cabine. Elle réajuste sa jupe droite qui a une fâcheuse tendance à tourner depuis son dernier régime. Elle pourrait aller se chercher à dîner chez le chinois de la rue Joffre, en rentrant. Cela lui éviterait de cuisiner et puis, avec quatre kilos de moins, elle peut se permettre un petit plaisir gourmand. Le signal d’arrivée retentit et la porte s’ouvre sur le parking…
Il entend le bruit de l’ascenseur. Une jeune femme en sort, plutôt jolie avec des cheveux courts foncés, plutôt fine (comme il les aime) et vêtue d’une jupe droite et d’escarpins (tout ce qu’il adore : une vraie meuf). Elle lui tourne le dos, marche d’un pas décidé, le bruit de ses talons résonnant sur le sol, silhouette grâcile sous l’éclairage froid des néons. Il la suit, silencieux comme un chat, la gorge sèche et un début d’érection qui le fait agréablement se sentir à l’étroit dans son jean. Elle s’arrête net, se penche en avant, apparemment en pleine recherche de ses clés de voiture. Ces dernières trouvées, elle reprend son avancée et se dirige d’un pas assuré vers une Golf noire. Il la pousse brutalement vers l’avant, la déséquilibrant et lui faisant se cogner le visage contre le haut de la portière. Surprise par l’agression et à moitié assommée, elle met du temps à réagir, ce qui lui permet, à lui, de la retourner et de lui asséner une terrible gifle. Son pantalon est de plus en plus inconfortable et il déboutonne d’une main sa braguette en grimaçant de douleur. En un instant, elle est à terre, la jupe relevée et le string arraché. Elle porte des bas, ceux qui tiennent sans jarretelles et il adore cela. Finalement, il ne regrette pas la blonde de tout-à-l’heure. La prise actuelle est bien plus « haut de gamme ». Il lui a enfoncé son slip dans la bouche, un poing dans l’estomac finit de la calmer. Elle sent bon, elle est belle et sa peau est si douce. Son coït ne dure que deux minutes et sa jouissance le fait affreusement grimacer, seule solution pour ne pas faire de bruit et ne pas attirer l’attention du gardien…
Elle commence à bleuir, essaie de chercher l’air, tente de bouger, de respirer. Mais toutes ses fonctions vitales semblent ne plus vouloir lui obéir. Elle ne sait plus comment aspirer de l’oxygène avec le nez. Son corps n’est plus qu’une douleur ardente. Et ce type, avec ses yeux fous, qui lui souffle à la face une haleine mentholée écoeurante. Le visage de son agresseur commence à devenir flou, de grosses taches noires troublent sa vision. Elle ne sent plus ses membres, elle n’a plus conscience de son corps. Elle a l’impression de s’enfoncer dans le sol comme dans des sables mouvants. Une dernière fois, elle le regarde, fixant l’écume blanchâtre qui mousse aux coins de sa bouche, sa peau d’ancien acnéique, ses yeux aux pupilles dilatées de dément. Elle s’acharne à chercher à respirer, la poitrine brûlante. Elle pense à sa petite sœur, emportée par la mucoviscidose, il y a treize ans, déjà…
Il se relève, rengaine son arme de chair, ferme son pantalon et, en souriant, sort un couteau de la poche intérieure de son blouson. Trois coups, bien fermes, dans l’abdomen. Une petite tache rouge apparaît sur le pull rose pâle. Il tourne les talons et, sans un regard pour elle, se dirige vers la sortie. Quelle salope ! Et quel kif ! Il l’a fait ! Il est vraiment trop fort !…
© 2006 Plum'
00:00 Publié dans Saveur Amère | Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note
mercredi, 26 septembre 2007
Labo... rasoir !
Cinquante-quatrième consigne de Paroles Plurielles : d'après cette photo, imaginer un texte dont l'incipit est : "Je lui ai dit de se taire et d'écouter."
Je lui ai dit de se taire et d’écouter. Ne pas parler, respirer le plus silencieusement possible, regarder et écouter.
La flamme bleue dansait sous l’alambic qui contenait du jus de bons souvenirs et des extraits d’instants heureux disposés sur un plateau. La chaleur entraînait la formation de vapeur qui traversait les instants heureux et emportait avec elle les molécules extatiques. Cette vapeur s’engagea alors dans le haut du récipient puis dans le col. La vapeur chargée d’arôme de joie et de rires se condensa alors en traversant une cuve réfrigérante. Le liquide qui sortit de cette cuve était un mélange d’eau et de bonheur. Il fut récupéré dans un récipient où le bonheur, plus léger, se sépara de l’eau.
- Entendez-vous, Professeur ? Ce son léger, aérien, cristallin, presque divin... C'est le bruit du bonheur.
Je lui ai expliqué que j’avais enfin trouvé la bonne formule. Et cela marchait ! J’y étais arrivée ! Il m’a regardée d’un air ahuri et m’a dit :
- Mais vous vous fichez de moi, là ? Je n’apprécie pas votre humour et vous le savez. Donc, je vous donne dix secondes, pas une de plus, pour me montrer vos travaux et leur application sur l’eau de jouvence. ET GROUILLEZ-VOUS !!!
J’ai sursauté et j’eus du mal à affronter son regard.
- Je viens de trouver la formule de la recette du bonheur, Professeur. Ce que vous avez devant vous, ce sont des gouttes de bonheur pur qui s’écoulent et qui rendront le Monde heureux.
- Pauvre petite conne ! Du bonheur ! Mais qu’est-ce que le bonheur, d’abord ? Avec vos extravagances, nous allons rendre toute la planète heureuse, et après ? Rien. Absolument plus rien du tout ! Au chômage, les chercheurs, la NASA, le CNRS ! Et grâce à qui ? Grâce à notre petite idéaliste-utopiste-rêveuse-romantique-poétesse-chercheuse ! Votre jus de bonheur fera le malheur de tous !
Il leva alors sa canne et, avec le geste précis du golfeur, exécuta un backswing parfait sur mon alambic, détruisant d’un coup, d’un seul, toutes ces années de recherches, de travail. Alors que le bonheur se répandait dans le labo, j’ouvris précipitamment la fenêtre. Dehors, il pleuvait…
© 2007 Plum'
00:00 Publié dans Saveur Fraîche | Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note
mardi, 25 septembre 2007
Tour "d'y voir"...
Ce soir, j’ai froid. En réalité, je suis complètement frigorifiée. J'ai revêtu cet affreux pyjama que tu détestais tant, tu sais, celui en molleton bleu. Tu en réprouvais la matière et la couleur, tu ne comprenais pas que je veuille garder pareille « horreur ». Depuis toutes ces années, je n’ai pas réussi à m’en débarrasser. Au début, je l’ai conservé parce que je savais qu’il ne te laissait pas indifférent, puis le temps a passé et maintenant, j’apprécie son confort à chaque fois que je suis transie. Peu importe la coquetterie ! Maintenant que tu es parti…
J’ai appris par hasard que tu vivais en Irlande. C'est étrange, tu n'aimes pas la mer, tu n'aimes pas le vent, tu n'aimes pas les campagnes et les paysages abruptes. La chienne te cherche encore, t'attend toujours, tous les soirs, assise devant la porte d'entrée. Elle s’inquiète pour moi et j'ai de plus en plus de mal à surmonter son mal-être. Tu sais à quel point elle t’était attachée et me voir me noyer dans mon chagrin et mon désespoir, sans pouvoir alléger ou adoucir ma peine, l'a rendue malheureuse et angoissée. Elle a toujours besoin de s’attribuer un peu de toi, alors je lui ai donné ta chemise en jean, celle qui était dans la machine à laver, lorsque tu es parti. Elle n'a pas changé, elle t’aime de cette façon possessive qui t’exaspérait parfois mais te faisait toujours vibrer, à la fin...
Tu sais, j'ai réaménagé tout le jardin avec l'aide du fils du maraîcher, celui qui boîte. Je le trouve un peu trop triste et sérieux pour un jeune homme de son âge. Il est souvent fatigué, ne se dépense pas assez et je lui trouve cet air « dans le vague » que je t’ai connu, lorsque tes rêves t’ont abandonné. Lui, depuis le décès de sa mère, il se réfugie dans la nourriture, cherchant dans les calories la chaleur perdue des repas familiaux. Il commence d’ailleurs à s’arrondir dangereusement...
Vendredi, notre chorale donne un spectacle à la salle polyvalente. Je sais, tu détestes ces représentations en tout genre d'un amateurisme déconcertant. Il s’agit d'Idoménée de Mozart. J'ai le rôle d'Electre. Rappelle-toi, à l’époque tu me chuchotais tes émotions, me disant que ces accords ne pouvaient qu’être ceux du ciel et que toute lassitude s’évanouissait sur une félicité bénie. J’étais toujours en admiration devant le pouvoir magique de la musique sur tes états d’âme. Elle a toujours été la seule qui ait su te donner cet éclat dans l’œil, cette béatitude dans le sourire. Aujourd'hui, lorsque ton souvenir s'efface un peu de trop, je m'écoute un disque d'opéra et je me ressource aux embruns des notes, assise dans la bergère, mes pieds incontrôlables battant sourdement la mesure sur le vieux tapis de laine, comme tu le faisais toi-même, avant…
J’ai toujours ton Armagnac, vieux de quinze ans qui n’attend qu'une visite pour prendre l’air. Ici, il ne passe pas souvent grand monde. Les campagnes se dévêtissent de leurs jeunes âmes. La nôtre, enfin, la mienne n'échappe pas à ce douloureux effeuillage. Je regarde les corbeaux qui volent au-dessus du champ voisin et le monde me paraît en noir et blanc, comme ces effets utilisés pour le cinéma.
Je me suis faite à cette nouvelle vie sans toi, à cette nouvelle femme avec toi, à ce fils que tu as eu sans moi.
J'erre dans ma vie devenue un peu trop grande pour moi seule, je la meuble comme je peux et c'est un peu un bric-à-brac. Parfois, surtout l'été, un joyeux fouillis.
Je prends des mots et aspire leur énergie, m'inspire de leur consonnance, de leur mélodie. J'aime patience, tardivement, crépuscule, rêve, éclat, croire, toujours, encore...
Je t’oublie...
© 2007 Plum'
00:00 Publié dans Saveur Aigre-Douce | Lien permanent | Commentaires (18) | Envoyer cette note
lundi, 24 septembre 2007
Allogène XLIX

« - Nom d’un chien, Claude, c’est du gros gibier ! Du très gros gibier ! Et puis, il nous faut des preuves, mon pote. Et pas besoin de te préciser qu’elles ont intérêt, uno, à être tangibles, secundo, à tenir la route devant un juge, si tu vois ce que je veux dire.
- Je ne viendrais pas t’enquiquiner un dimanche, chez toi, si je n’étais pas sûr de moi, Vargeon. J’ai sept témoins prêts à comparaître au procès, affirma le détective à son ami de toujours, Jean-Marie Vargeon, procureur de la République. Il s’agit d’un meurtre avec préméditation ordonné par un représentant de l’Etat. Avec une affaire pareille, Jean-Marie, ta retraite est assurée et la mienne aussi. C’est la seule façon que j’ai d’être réintégré et de récupérer ma fille. Je t’en prie, tu ne peux pas ignorer cette histoire.
- Il est plus qu’ardu de poursuivre un ministre dans l’exercice de ses fonctions, tu le sais comme moi, Claude. Tes témoins pourraient subir de graves pressions, voire de sérieuses menaces. Sont-ils prêts à prendre autant de risques pour un petit clandestin refroidi dont tout le monde, et en premier la République, s’en fiche ?
- Je ne suis pas d’accord avec toi, excuse-moi. Ce petit clandestin devient un véritable symbole de ce qu’est en train de devenir le pays des Droits de l’Homme. Parce qu’il s’en passe des délits, des crimes, des abus de pouvoir organisés par les têtes bien pensantes, par l’élite de notre beau pays. Cette affaire doit être mise au grand jour pour prouver à tous qui sont ceux qui ont le pouvoir. Nous devons le faire, Jean-Marie. Par citoyenneté !
Les deux hommes étaient attablés dans la cuisine. De la porte-fenêtre grande ouverte, s’échappaient des cris et des rires d’enfants. Jean-Marie Vargeon leur resservit, à tous deux, un pastis.
- J’adore être ici, le dimanche, avec ma femme, ma fille, mon gendre et mes petits-enfants. La maison est payée, je commence enfin à être tranquille. Mais tout est si fragile, si bancal, si facilement apte à être déséquilibré dans notre milieu. Ce n’est pas à toi que je vais l’apprendre, hein Claude ? Je suis ton ami, ton meilleur ami, et ce n’est pas difficile puisque je suis le seul qui te reste. Je veux bien t’aider, mais il va me falloir quelque chose de plus consistant que trois blacks musicos, une chanteuse qui tient une laverie automatique, un artisan ébéniste, son épouse cocue, un généraliste de cambrousse et sa belle-sœur veuve qui planque les clandestins en fuite. Démerde-toi, Claude, mais amène-moi une preuve, une vraie ! ordonna le procureur tout en mettant un glaçon dans le verre de son ami.
Claude Lhermitte se leva, alla dans l’entrée chercher son blouson en cuir, fouilla dans la poche intérieure et tendit une enveloppe kraft à son ami.
- Tiens, j’ai ça. Si ça peut te servir…
- Qu’est-ce que c’est ? Oh, putain ! Ne me dis pas que c’est…
- Si. Alors, tu m’aides ?
- Allez, c’est parti ! répondit Vargeon en sortant son portable. J’appelle le juge d’instruction. Tu as raison, il est temps que tous ces salopards paient. »
********************
« - Voilà votre courrier, Monsieur le Ministre. Il y a également trois colis que je pose ici. Je vous rappelle que vous avez rendez-vous dans une heure et demie avec le maire de Paris pour l’organisation de la Journée des Musées, millésime 2008. Je vous ai envoyé par mail les compléments d’information que vous m’aviez demandée hier. Ah, Messieurs les Ministres de l’Education Nationale et de la Jeunesse et des Sports souhaiteraient déjeuner avec vous ce vendredi. Je confirme votre présence ?
- Oui, Violaine, vous pouvez confirmer, merci, murmura le ministre sans lever les yeux de son ordinateur. Pouvez-vous me faire un café, s’il vous plait ?
- Bien-sûr, Monsieur », répondit l’assistante en se dirigeant vers un bahut sur lequel était posée une machine à expresso.
Elle déposa une tasse odorante et fumante sur le bureau et se retira silencieusement en refermant la porte capitonnée derrière elle. Il attaqua la pile de courrier empilée devant lui, ouvrant les enveloppes encore fermées. Son regard fut attiré par le sceau du Ministère de la Justice. A l’intérieur, il trouva une convocation émanant d’un juge d’instruction, pour mardi prochain, en tant que témoin dans l’enquête sur le meurtre d’un jeune clandestin sénégalais. Il but son café et passa sa langue sur sa lèvre supérieure afin d’y effacer d’éventuelles traces de mousse.
Il se leva, la soucoupe et la tasse dans la main, se refit un café et alla le boire devant la vitre. L’été se terminait et les arbres jaunissaient doucement. Il observa une femme qui poussait un landau et traversait le boulevard. Il sourit. Il se dit qu’il irait bien passer des vacances dans le Montana, là, maintenant. Cela devait être superbe en cette saison…
(à suivre...)
© 2007 Plum'
00:00 Publié dans Saveur Acide | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note
dimanche, 23 septembre 2007
C'est l'automne !
Bonjour ! Bien dormi ? Venez, venez, entrez donc et installez-vous. A votre tête, je vois qu'une bonne tasse de thé ou de café ne sera pas de refus. Vous vous sentez un peu mou, raplaplat ? Ne vous inquiétez pas, c'est tout-à-fait normal, nous sommes en automne. Et comme pour chaque être vivant sur cette Terre, notre organisme commence à ralentir la cadence, à se préparer tout doucement aux rigueurs de l'hiver.
Pas de panique, j'ai tout prévu ! Regardez, goûtez, appréciez et régalez-vous ! Ce vous semble un peu light par rapport à d'habitude ? Vous avez raison. Mais vous comprendrez mieux en lisant ce qui suit...
Pour votre promenade digestive, en ce dimanche, je vous ai trouvé quelques petits blogs plutôt sympathiques.
Le premier ravira sûrement Miss Alfie puisqu'il s'agit d'un petit écrin à recettes. Métro boulot fourneaux ! est, comme son nom l'indique si bien, un site culinaire. Et c'est ma copine Valka qui se lance dans l'expérience si excitante et tellement pleine de surprises qu'est celle du blog. Elle aime recevoir, elle adore faire plaisir et concevoir, créer, jouer avec les saveurs sont, pour elle, plus qu'un simple divertissement. Valka conjugue avec une maîtrise parfaite son rôle de mère, d'épouse et d'excellente maîtresse de maison. A voir et à tester...
J'ai découvert Sygne par hasard, en lisant un de ses commentaires sur un autre blog. J'ai cliqué sur son lien et je me suis retrouvée dans un lieu très... Mal-Femmée mais que je vous recommande si vous souhaitez découvrir une plume dynamique, pleine de talent, d'humour, de causticité et, bien-sûr, d'émotions.
Je pense que ce dernier site va beaucoup plaire à Patriarch. Geneablog aborde la généalogie sous la plume (ou le clavier, devrais-je dire) de plusieurs rédacteurs. Je vous avoue que le Nord-Est de la France est pas mal mis en avant puisque beaucoup d'entre-eux ont des origines Alsaciennes, Lorraines, voire Suisses. On y voyage, on s'y instruit et on découvre... Un petit bijou !
Voila, c'est terminé pour aujourd'hui. Je vous souhaite de passer un agréable premier dimanche d'automne et vous donne rendez-vous demain pour une nouvelle tartine !
Gros bisous à tous,
Plum'
00:00 Publié dans Le Petit Déjeuner est Servi | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note
samedi, 22 septembre 2007
Uté... ri(e)n !
Je t’ai attendu, si tu savais comme je t’ai attendu. Je t’ai espéré et je t’ai attendu. Avec une impatience souvent mal retenue. Neuf mois, pense donc, c’est si long pour une petite fille de trois ans. C’est presque un tiers de sa vie, te rends-tu compte ? Je ne comprenais pas par où tu arriverais, comment tu débarquerais dans ma vie, ni quand. Tout cela était tellement mystérieux alors pour moi et si excitant.
Et maman grossissait, grossissait…
Un jour, elle a pris une de mes menottes, petite galette à cinq boudins toute potelée, elle l’a posée sur son énorme ventre et tu as frappé, cogné, shooté avec une telle énergie que cela m’a effrayée. Comment était-il possible qu'elle n'ait pas mal ? Et toi ? Que faisais-tu enfermé là-dedans ? Comment allais-tu réussir à t’échapper ?
Et maman était fatiguée, fatiguée…
Un matin, à mon réveil, elle n’était plus là. Papa m’a expliquée, comme il a pu, qu’elle était partie à l’hôpital te chercher et qu’elle allait bientôt te ramener à la maison. Un accouchement difficile, une césarienne dans ces années-là et c’était quinze jours d’absence, deux semaines d’hospitalisation, une éternité sans ma mère.
Et papa s’occupait de moi et assurait, assurait…
Lorsque je t’ai vu, la toute première fois, je venais d’avoir quatre ans. Tu étais, pour moi, le plus beau des bébés et j’étais la plus heureuse des grandes sœurs. Te donner le biberon, bien calée, à l’aide de gros coussins, dans le canapé vert du salon. Etoiles dans mes yeux, sourires emplis de fierté, les photos de l’époque me montrent raisonnable, attentionnée. Ta peau veloutée, tiède, ton odeur de talc et de lait, la douceur des grenouillères en velours, je me souviens de toutes ces sensations, presque quatre décennies après.
Moi, je ne désirais qu’une chose : te câliner, te câliner…
Les années se sont écoulées. Que s’est-il passé vraiment ? Incompatibilité de caractères ? Maladresse des parents ? Reproduction héréditaire de leur passé respectif ? Jalousie. Méchanceté. Rancoeurs. Déceptions. Pardons. Trahisons. Rancunes. Mensonges. Colère. Vexations. Humiliations. Coupure.
Et le temps a passé, a passé…
Aujourd’hui, je n’ai plus de frère. Envolé, le poupon poupin. Disparues les risettes, les fossettes. Les babillages ont laissé place aux vacheries, insultes, moqueries. Presque soixante-dix-huit ans à nous deux et comment se fait-il que nous n’ayons pas réussi à dépasser ce fameux stade anal des enfants de quatre ans ? Lorsque j’ai vu ton fils, pour la première fois, il avait déjà quelques mois. Tu n'avais pas jugé utile de me prévenir qu'il était né. Il était ton portrait craché lorsque tu avais son âge. J’ai ressenti les mêmes émotions avec la même intensité que lorsque j’étais une toute petite fille.
Et puis nous avons eu ce feeling, lui et moi, si particulier, tellement particulier…
Maintenant, je le sais, je ne pourrais jamais vous pardonner, à toi et ta compagne, de m’avoir privé du plaisir d’être dans sa vie. D'être tata. Jamais !!! Mais si une nuit tu te promènes, lors de tes habituelles insomnies, au pays des blogs et que tu traverses celui-ci, je souhaite que tu saches à quel point ta naissance m’a donnée cette furieuse envie d’avoir, un jour, un enfant.
Un petit garçon qui t’aurait ressemblé, mais que la vie m’a douloureusement refusée, refusée…
© 2007 Plum'
00:00 Publié dans Saveur Amère | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note








