jeudi, 04 octobre 2007

Vendredi : jour du colin et de la morue...

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Je l’ai rencontrée tout bêtement, un hasard de la vie en quelque sorte ! Je sortais d’un rendez-vous chez un client, j’avais loupé l’affaire, j’avais loupé mon argumentation, j'avais loupé ma démonstration et je savais que mon directeur d’agence ne me louperait pas, lui. J’étais dans une passe difficile sur le plan professionnel. Une équipe de jeunes loups aux dents longues avait été mise en place, trois mois auparavant et, depuis, je ne décrochais plus aucun contrat. Mes secteurs me semblaient déssécher de tout client potentiel. Et celui-ci, le dernier, était la cerise sur le gâteau : un véritable vieux con doublé d’un radin. En sortant de chez lui, je m’étais arrêté dans un bistrot et m’étais payé deux cognacs et un café. Il ne me restait plus qu’à rentrer chez moi.

Chez moi… Ces deux mots ne veulent pas vraiment dire grand chose pour moi. Non, il ne me restait plus qu’à rentrer chez Giselle, ma femme. Parce que je vis chez elle, je mange chez elle, je dors aussi chez elle. Dès que j’ouvre la porte d’entrée, cela commence. Un flot d’ordres, de questions bassement matérielles, de reproches et réflexions en tout genre :

« - Mets tes chaussons, je viens de cirer le parquet. Tu as pensé à prendre le courrier dans la boite aux lettres ? Tu as pensé au pain ? Ce n’est pas vrai ! On ne peut rien te demander ! Tu n'es vraiment qu’un égoiste ! Faut que tu rappelles ton frère, il veut nous inviter à déjeuner, dimanche en huit. Je te préviens, il est hors de question que nous y allions, ce sont les quatre-vingt-deux ans de Maman. Tu t’en souviens, hein ? »...

Moi, j’adorerais qu’elle vienne m’accueillir avec un sourire, m’embrasser, me demander si j’ai passé une bonne journée. Je n’arrive même pas à me souvenir qu’elle l’ait fait, un jour…

Alors, le vendredi après-midi, je tarde un peu pour rentrer. Parfois, si le temps le permet, je vais me balader dans un jardin public. Je m’assois sur un banc et je regarde les promeneurs, les petites vieilles qui nourrissent les pigeons, les gamins sur leur tricycle, les amoureux… Ce vendredi-là, le temps était gris et triste. Il y avait du crachin, il faisait froid et la nuit promettait de tomber tôt. Lorsque je suis sorti du café, réchauffé par les cognacs, j’ai marché sans vraiment réfléchir à un itinéraire précis. J’étais préoccupé par mon foirage de l’après-midi. Et puis, elle était là. Brune, grande, élancée, avec d'immenses yeux verts, elle m’avait abordé en me demandant du feu. Elle avait un petit accent que j'ai cru d’abord italien. Dijana venait de rentrer dans ma vie, directement importée d’Albanie.

Je l’appelle « mon cadeau » du vendredi. Avec elle, tout est si simple. Elle est toujours détendue, souriante, elle rit tout le temps. Et j’adore quand Dijana rit parce qu’elle rit aux larmes, me grondant parce que je fais couler son rimmel. J’aime sa manière de m’appeler son « grrros nounourrrrs », sa façon de se lover contre moi comme un petit chat. J’aime aussi lorsqu’elle m’enlève ma cravate, ses yeux couleur de jade plongés dans les miens. Elle défait les boutons de ma chemise un par un, sans baisser son regard. Et là, elle commence… Elle chuchote, elle susurre du bout de ses lèvres roses et brillantes ce qu’elle va me faire, ce par quoi elle va commencer. Elle me connaît par cœur, sait exactement ce qu’il faut dire et surtout à quel moment il faut le dire. Elle gémit des mots sucrés que je ne comprends pas toujours mais qui m’excitent. Et elle sait aussi les mots crus, ceux qui m’insufflent une énergie sexuelle que je ne me connaissais pas avant elle. Ses mains sont expertes, ses lèvres aussi. Elle me caresse mais elle peut griffer aussi. Elle m’embrasse mais sait me mordre également. Elle me chevauche, faisant de moi un étalon fougueux mais se laisse tout autant prendre telle une lionne, la croupe offerte à mon désir de fauve. Elle sait ronronner, feuler, rugir. Elle m’a réappris à être, à me sentir, à vivre.

Cela fait si longtemps que Giselle m’accorde ses faveurs uniquement à la veille de son anniversaire ou de celui de notre mariage. Faveurs étant un bien grand mot, puisqu’elle s’acharne à rester sur le dos, en chemise de nuit de coton rose, les yeux grands ouverts et perdus dans le vide. Au bout de deux à trois minutes, elle soupire et me demande si j’ai bientôt terminé… Et, je n'ai pas intérêt à oublier son petit cadeau le lendemain !...

Alors qu’avec ma Dijana, c’est tellement différent… D’ailleurs, Dijana aussi trouve qu’avec moi c’est autre chose. Elle me l’a dit dès notre première rencontre. Les autres, par exemple, elle ne les embrasse pas et ils doivent payer avant. Moi, je prends ses lèvres tendrement avant de partir et je lui glisse 200 € discrètement sous l’oreiller.

Ensuite, j’attends avec impatience le vendredi suivant…

© 2006 Plum'

Commentaires

200 € ??? Fichtre. C'est vraiment ça les tarifs ?

Doit bien y avoir des "Gisèle" au masculin aussi.

Ecrit par : Claudiogène | jeudi, 04 octobre 2007

Je repasserai ce sour ;-)

Bonne journée !!

Ecrit par : patriarch | jeudi, 04 octobre 2007

Un peu comme dans les films mais en beaucoup plus beau, touchant...
Ce monsieur a l'air un peu naïf, je l'aime beaucoup :-)

Ecrit par : Frenchmat | jeudi, 04 octobre 2007

Trouver un équilibre, ce petit rien qui jour après jour nous rend content, finalement, de pouvoir faire partie de "tout ça".

Ca peut vous sauver une vie quelque chose comme ça.

Ecrit par : uhsn | jeudi, 04 octobre 2007

C'est cher payé pour un jour "maigre".
mais bon si ça lui plait...
Jai bien aimé ton parallèle entre les deux femmes, la légitime et la morue du vendredi. Bises

Ecrit par : framboise | jeudi, 04 octobre 2007

A Claudiogène : j'avoue que ce commentaire me laisse assez perplexe.
A la première question, je pourrais répondre : comment veux-tu que je le sache !!! Mais, du coup, je ne serais plus cohérente avec ce que j'avance. Donc, je dirai plutôt :
avec une Giselle à la baraque, le proverbe "quand on aime, on ne compte pas" s'applique de lui-même.
Quant à la seconde question, je me demande : est-ce pour pouvoir aussi tarifer 200 € la prestation ? ou cela signifie-t-il : oui, bien-sûr, il existe le modèle masculin "affalé-sur-le-canapé-devant-le-foot-ou-le-rugby-en-short-le-Coq-Sportif-et-qui-crie-Moumoune-tu-m'amènes-une-canette-s'te-plait"...

A Patriarch : eh bien, rendez-vous pris, à ce soir Walter.

A Frenchmat : ne me dis pas que tu t'identifies, hein ? Ne me le dis surtout pas ! ;-)

A Uhsn : un coup de Dijana... et ça repart ! Du coup, ça n'a plus du tout la même connotation que la pub... Bizarre.

A Framboise : le poisson du vendredi aide à digérer le poison de la semaine...
Bisou Framboise !

Ecrit par : Plum' | jeudi, 04 octobre 2007

Je suis revenu, prendre un peu de force (rires). Pourquoi aussi, la plupart des femmes, une fois mariées, se comportent elles que comme des épouses ? Remarques que c'est pareil pour les hommes,(surtout les machos) sinon pire !!

Ecrit par : patriarch | jeudi, 04 octobre 2007

Ce texte sera sans doute un de mes préférés du mois. Je le trouve très bien écrit Plum'!
En ce qui concerne le sujet : bah, je détesterai être cela pour un homme, un repoussoir ! Il est vrai que certaines femmes doivent ressentir la même chose mais elles elles rentrent à la maison, avec regrets, par devoir, pour les enfants, au lieu d'aller compter fleurette à 200€ (mazette !) !

Ecrit par : antigone | jeudi, 04 octobre 2007

Oh j'ai oublié. Bises Plum'!!

Ecrit par : antigone | jeudi, 04 octobre 2007

Commentaire réaliste :
Au moins de cette façon il n'aura pas l'impression de commettre un adultère, rien de comparable avec la jolie frimousse qu'on entretient dans un appart ! Il peut tranquillou attendre la date anniversaire et consacrer les 200 E au cadeau de Giselle ( moins sans doute vues ses prouesses).
Commentaire cynique :
Dommage qu'il n'existe pas des albanais pour remplacer les LUI qui attendent les anniversaires !!!! S'ils existent, 200 E ne leur suffit pas, ils ont plutôt envie de se faire entretenir sur le long terme...
Bon, je sais, pas très poètique, mais ton texte ne s'y prête pas. La vie toute crue ! bises.

Ecrit par : lasidonie | jeudi, 04 octobre 2007

A Patriarch : eh oui, les torts sont partagés, mon cher Patriarch ! Mais que d'économies de biffetons de 200 € réalisées si chacun(e) voulait bien y mettre du sien !...

A Antigone : il faut tout de même que je justifie ces 200 € qui représentent un après-midi entier avec Dijana. C'est cela qui est chouette avec les RTT !
Maintenant, certaines femmes sans enfant rentrent aussi chez elle parce que c'est plus confortable de se lamenter sur son sort plutôt que de reprendre sa vie en mains. Et puis, tant de gens préfèrent être mal accompagnés plutôt que d'être seuls avec eux-mêmes...
Moi aussi je t'embrasse Antigone.

A Sido : finalement, je me demande s'il ne serait pas intéressant de réécrire ce type de texte en faisant de Giselle le personnage principal et en troisième écriture de mettre Dijana en relief.
Quant à l'Albanais à 200 €... Nous sommes des femmes. Donc on attendra début janvier : ce sont les soldes !
Gros becs ma Sido !

Ecrit par : Plum' | jeudi, 04 octobre 2007

Comme toujours, j'admire la dextérité avec laquelle tu jongles d'un style à l'autre !
L'idée du tryptique narratif est intéressant, mais ne l'as-tu pas déjà expérimenté dans une situation de triangulation amoureuse ?!

Ecrit par : Miss Alfie | vendredi, 05 octobre 2007

Oh le joli texte ! Très bien écrit mais peu réaliste. Si c’était comme ça chez celles qui font le trottoir, ce ne serait pas si mal, mais non, c’est beaucoup, beaucoup plus glauque. Cela dit, une escort à 200 euros peut offrir ce genre de prestation, et avec quelques cognacs dans le nez, on peut sans doute gober de telles simulations. Mais la plus luxueuse catin n’offrira jamais rien de comparable avec le plaisir que peut donner une maîtresse. Et je ne vous parle même pas d’une maîtresse aimante…

Ecrit par : vagant | vendredi, 05 octobre 2007

A Alfie : oui, c'est vrai. Il y avait la légitime fatiguée, la jeune maîtresse pleine d'espoirs et le mari infidèle. Et comme lien entre les trois histoires, un SMS... Mais tu as une bonne mémoire Alfie !

A Vagant : mais qui a dit qu'elle fait le trottoir, ma Dijana ? Je n'ai jamais précisé une telle chose. Elle monnaye ses charmes et talents, c'est encore différent... et cela explique le prix aussi. Sur l'avant-dernière phrase, je ne suis pas tout à fait d'accord. Je reste persuadée que le côté mercantile peut être un excellent stimulant pour certains messieurs en mal de pouvoir...

Ecrit par : Plum' | vendredi, 05 octobre 2007

Ouf, nous qui sans savoir parlions de poisson sous le billet précédent...! à ce prix là, ce n'est ni du Colin ni de la morue...et ce serait gaspiller la lotte que de l'offrir à un tel bougre...
Alors, autant que la veulerie de ne pas arrêter une situation conjugale somme toute confortable, lui coûte cher...
Le week end, ça doit être long pour lui...pas de travail, pas de jardin, pas de Djana, juste Gisele...hum!
Peut-être court-il les blogs pour lire quelques nouvelles alléchantes, qui lui rappellent un peu de sa semaine...

Ecrit par : lucile et lucien | samedi, 06 octobre 2007

Je suis certaine en plus que Gisèle ne se rend même pas compte de son attitude, on la sent aigrie, non épanouie !
Quant à lui il se laisse faire dirait-on. Pourquoi simplement n'ouvrirait-il pas son bec de mari lâche, qui a peur des conséquences ?
Car enfin c'est n'est qu'avec le dialogue que l'on peut essayer d'arranger les choses...ou je me trompe ?

Tiens c'est drôle je me demande si je n'avais pas déjà fait le même com. la dernière fois !!!

Bisous ma belle et à 2M1 !

Ecrit par : My | samedi, 06 octobre 2007

A Lucile et Lucien : à mon avis, il doit aider Giselle à cirer le parquet... ;-)

A My : la dernière partie est, en effet identique à celui de l'année dernière. C'est bien, cela prouve que mon texte te fait toujours le même effet et que tu es toujours en adéquation avec toi-même. Mais je n'avais pas besoin de commentaire répétitif pour le savoir...
Comme nous sommes lundi soir, je te dis : c'était super sympa ! On recommence vite pour un petit dîner aux saveurs cambodgiennes.
Gros, non ! ENORMES BISOUS à toi !

Ecrit par : Plum' | lundi, 08 octobre 2007

Jour du colin et de la morue ? Les deux à la fois le vendredi ?
Je ne pense pas qu'il y parvienne.
Mais quel plaisir à lire.

Ecrit par : Christian | vendredi, 12 octobre 2007

Cette histoire ? Ce conte ? Ce récit ? Le mélange des genres est délicieux, mais comment savoir qui est Plum' ?

Ecrit par : maurice | dimanche, 21 octobre 2007

Mais pourquoi savoir qui est Plum' ? Après tout, est-ce si important ?
Merci de votre passage commenté, Maurice, et au plaisir de vous relire. Bonne semaine à vous.

Ecrit par : Plum' | lundi, 22 octobre 2007

Non, ce n'est pas important, cela serait simplement amusant de savoir quel personnage serait joué par Plum' dans ce conte conjugal et libidineux ....?

CIAO

Ecrit par : maurice | mardi, 23 octobre 2007

Ah mais cher Maurice, Plum' se contente d'être une petite souris qui espionne, écoute et... relate.
Elle ne se voit ni morue, ni colin et encore moins harpie. Non, je serais plutôt le billet de 200 € qui passe de main en main et raconte ses multiples aventures.

Ecrit par : Plum' | mardi, 23 octobre 2007

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