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jeudi, 01 novembre 2007

Survivance

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Je n’étais pas prête à être abandonnée
Je ne suis pas faite pour les absences
J’avais six ans, ton cœur nous a lachés
En plein repas de famille, quelle indécence
La bouche pleine, Mémé a alors déclaré
C’est une attaque, j’crois bien qu’il est mort
Aucune larme n’a coulé sur ce visage ridé
J’étais trop petite pour comprendre alors
Papa s’est levé d’un bond, tout blanc
Maman a, je crois, crié : c’est impossible ! 
Mémé a dit : il a bien choisi son moment
Toi, tu avais un petit sourire et l’air si paisible

 

Sans toi, ma vie n’a plus jamais été pareille
Il y a eu comme un immense vide en moi
Te souviens-tu de mes secrets à ton oreille
Tu savais répondre à tous mes « pourquoi »

 

Aujourd’hui, mon chagrin s’en est allé
Finies les crises d’angoisses et de larmes
Je peux penser à toi sans crainte de pleurer
Mes souvenirs sont devenus mes armes
Je n’ai plus peur des monstres sous le lit
Je n’appréhende plus d’être dans le noir
Même si parfois je me sens une petite fille
Lorsque je pense à toi, je retrouve l’espoir
Alors moi, lors de la journée de la Toussaint
Je délaisse mari, enfants et belle-famille
Je m’en vais sur la plage, pêcher les buccins
Et je me rappelle nos fous-rires et nos cris

 

Sans toi, ma vie n’aurait jamais été la même
Il y a comme un immense trésor enfoui en moi
Je me souviens de toi, tu me disais « je t’aime »
Tu as si bien su répondre à tous mes « pourquoi »

 

Point de tristesse aujourd’hui, veille de la Fête des Morts
Moi, j’ai rendez-vous avec toi, mon Pépé d’Amor…

 

© 2006 Plum'

mercredi, 31 octobre 2007

Octobre : mois des citrouilles

Et nous voici déjà à la fin du mois d'octobre avec son passage à l'heure d'hiver qui fait les journées plus fraîches et les nuits plus longues. C'est le mois durant lequel on ressort la bonne vieille marmite, celle que l'on réserve à la cuisson des soupes, potages et veloutés en tous genres.

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Octobre, c'est aussi une fin de mois durant laquelle, depuis quelques années déjà en France, de petits monstres et vilaines sorcières sonnent à nos portes et nous menacent des pires mauvais sorts. Pour les conjurer, rien de mieux que diverses friandises offertes sans compter. Halloween a (re)surgi dans notre vieille Europe, directement importé des Etats-Unis, un peu comme les cheeseburgers et autres sandwichs triangulaires à base de pain de mie industriel. Une fête celtique à l'origine et qui a depuis bien longtemps migré vers le nouveau continent. Les vitrines des magasins, les fenêtres et jardins des maisons se parent de noir et d'orange, de chapeaux pointus et de... citrouilles !

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Eh oui, c'est la fiesta de ces imposantes cucurbitacées que l'on évide et taille de façon à former des visages dans lequels brûleront des bougies qui leur donneront une allure horrifique. Cà, c'est pour les enfants. Parce que les adultes, eux, se régaleront de doux veloutés, de grâtins et même de tartes, la citrouille et le potirons s'accomodant de mille et une manières.

 

90e99d0edc0461fe2fcb4f4a248a405e.jpgMoi, je vous propose un passage du trente et un octobre au premier novembre plus soft. Le classement des cinq textes qui vous ont le plus marqués ce mois-ci devrait suffire à éloigner tous les esprits malins qui voudraient profiter de la venue de l'hiver pour venir vous chatouiller les pieds durant la nuit.

 

Vous êtes prêts ? Alors, c'est parti (un lien vous renvoie directement à l'histoire titrée) !

   Vox populi, vox Déi

Légume des jours de Maurice Friand

Vendredi : jour du colin et de la morue

Superstitions

Psy... chic !

Histoire d'eau

Révolution

Petite barcarolle à la "Schmoll"

Inde et sens

Origines

Mon AméthRiste

Monautomnie

Les dessous de l'histoire

Mépris(e)

L'anathème d'Anne et Tom

 

Merci à tous de votre participation et à demain pour une nouvelle tartine !7f63bcc33b02f62624280f7afbe3b046.png

Plum'

mardi, 30 octobre 2007

L'anathème d'Anne et Tom

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Anne et Tom, deux amis de toujours, en couple depuis vingt années…

Lorsque je les ai connus, leur histoire débutait. Ils étaient jeunes, ils étaient maladroits, ils s’initiaient à leur vie d’adulte.

Tom, je l’ai rencontré par le biais professionnel. Il est entré dans la société pour laquelle je travaillais depuis quelques mois. Il était gentil, un peu timide, très gauche mais souriant et plein d’humour. Je le taquinais sans cesse, le charriais, le cherchais. Je ne savais pas qu’il me prenait alors au sérieux jusqu’à ce qu’il pique sa crise, un jour, et me remette vertement à ma place. Une bonne explication a suivi, je me suis excusée, je l’ai rassuré en lui déclarant combien je l’appréciais et, depuis, plus aucun souci.

Anne, elle, nous a été présentée par Tom. Nous étions tous subjugués par sa beauté. Longue et fine, la peau claire parsemée de tâches de rousseur, des yeux bleus en amande vestiges de ses origines slaves, et une chevelure longue, épaisse et bouclée. Anne, c’était une beauté élégante au franc-parler, aux éclats de rires tonitruants. Anne était à la fois la grâce et la simplicité.

Leur histoire a été semblable à la construction d’une maison. Ils ont fait de bonnes fondations, prenant leur temps, profitant de leur jeunesse. Certes, Tom avait ses petites crises de jalousie parfois, mais Anne savait l’apaiser et tout rentrait dans l’ordre. Et petit à petit, ils ont monté les murs, fait une charpente, un toit, des portes et des fenêtres, une cheminée... Leur amourette est devenue une affaire sérieuse, solide, basée sur la confiance et le respect de l'autre.

Un jour, Tom a créé sa propre affaire et Anne a trouvé un job. Ils ont quitté le nid parental, se sont choisi un petit appartement qu’ils ont aménagé à leur goût, se sont lancés dans la « vraie » vie. Après quelques déboires professionnels, Anne a trouvé sa voie : elle serait fleuriste.

Anne et son bon goût, ses idées déco, ses inspirations originales, son raffinement… Elle ne pouvait que réussir. Elle s’est acharnée, s’est trouvée un patron et elle y est arrivée. Les clients apprécient cette belle liane souriante et capable de vous composer le bouquet personnalisé qu’il vous faut, juste en vous regardant et en vous parlant quelques minutes.

Chez Anne et Tom qui ont maintenant une jolie maison, il y a des plantes à foison et des fleurs partout. Le jardin est une réussite, certes, mais l’intérieur aussi. Chaque pièce a ses plantes, son ambiance, sans surcharge. Chez eux, on respire, on se sent bien. Bouturages et greffes n’ont aucun secret pour Anne. Elle a la main verte, elle aime les végétaux et ces derniers le lui rendent bien.

Pourtant Anne souffre. Anne souffre d’un mal qui la ronge lentement, l’use doucement, l’érode par petits bouts. Anne souffre de l’absence, endure le vide, s’étiole du néant qui règne en elle, tout au fond de son ventre. Anne et Tom veulent un bébé pour parachever leur si jolie histoire et, allez savoir pourquoi, ces deux personnes que j’aime de tout mon cœur, que j’ai vues se construire, se grandir, ces deux amoureux de toujours n’arrivent pas à cultiver ce bonheur.

C’est un coup dur pour eux qui affrontent les plaisanteries pas toujours très drôles, les vœux de grossesse chaque trente et un décembre, les examens, les piqûres d’hormones, les fécondations in-vitro, les fausses joies dûes aux retards d’Anne, les vraies déceptions, les échecs à répétition et, le pire, les faire-parts de naissance des amis, les visites à ces mêmes amis dans les maternités… Ils ne méritent pas cela, pas eux. Deux personnes douées pour le bonheur, pour la vie à deux, pour la vie tout court…

A un temps où l’on nous balance, à l’heure du déjeuner ou du dîner, la découverte de bébés stockés dans des congélateurs, enterrés dans des jardins, ici, chez nous, dans un pays dit moderne et développé, je pense à eux, à ce couple de référence prêt et surtout capable de rendre heureux un enfant…

Je ne vous souhaite qu'une seule chose : que votre jardin d'éden voit éclore cette jolie rose ou ce petit chou tant désiré...

© 2006 Plum'

lundi, 29 octobre 2007

TORVE STORY 9

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Les jours s’écoulèrent, deux semaines passèrent et… rien ! Rien du tout. J’attendais une réponse de Maryline, un petit signe même, passé via l’écran du téléviseur et rien ne se produisit. Puis, à la fin d’une émission quotidienne, on annonça aux candidats restants qu’avait lieu la distribution du courrier. Cris de joie et démonstrations de liesse en tous genres, les pauvres n’avaient aucune nouvelle de leurs proches depuis leur entrée à la Résidence. Aucun moyen de communication ne leur permettait de prendre contact avec l’extérieur. Privés de téléphone, de connexion internet ou de visites, tous évoluaient dans un cadre de travail, d’apprentissage, (de formatage ?) dans un décor confortable et relativement cossu.

 

Le mardi soir, les apprenties-célébrités furent toutes convoquées dans le salon. Sur une table basse immense, un sac en jute de la Poste les attendait. Les lettres avaient déjà été triées par candidat et mises en paquets. La distribution eut lieu : Alonso, Aristide, Bérangère, Bilal, Brice, Charlène, Clarisse, Fanny, Gwenaël, Henri, Janice, Maylis et Vladimir. Maryline se leva très tranquillement après la distribution afin de regarder si son paquet de lettres n’avait pas été oublié. Mais le sac de toile était vide. Ses colocataires étaient plongés dans la lecture de leur courrier, certains affichant un sourire béat, d’autres retenant avec difficulté des larmes de joie et d’émotions. Point de bruit dans la grande pièce hormis un très léger chuchotement et, parfois, un petit rire ou une exclamation. Maryline se leva et sortit de la pièce sans qu’aucune tête ne se lève. Je ne comprenais rien à ce qui venait de se passer. Ma lettre s’était-elle perdue ? Et pourquoi aucun membre de sa famille ne lui avait-il écrit ? Je savais que ses parents n’avaient pas apprécié sa demande de congés sans solde pour pouvoir participer à cette émission. Ils estimaient puéril et léger le comportement de leur fille. Mais de là à l’ignorer complètement… Mon téléviseur me montra une Maryline pédalant à tout va dans la salle de sport. Elle ânonnait une litanie que l’on ne pouvait comprendre, un casque sur les oreilles. Elle répétait encore et encore. Un étage plus bas, on s’affairait joyeusement dans la cuisine. Remontés à bloc, les candidats préparaient le dîner en riant et en se rapportant les nouvelles de leurs familles et amis.

 

L’ambiance avait changé à l’intérieur de la Résidence, elle n’était plus aux échanges bon enfant. La charge de travail imposée à chacun des participants, dans un premier temps, ne laissait plus trop la place aux loisirs et soirées conviviales des premiers jours. Mais il y avait autre chose qui s’était insidieusement glissée entre les murs de l’imposant hôtel particulier. L’atmosphère était souvent électrique, voire tendue. La grande inconnue que les producteurs n’espéraient plus s’était enfin installée. Elle avait pris place très discrètement, un soir de veille de prime-time, et maintenant s’affirmait, impudique et discordante. La compétition avait commencé. Elle faisait couler la sueur des danseurs et danseuses jusqu’à l’assèchement de leurs glandes. Elle cassait la voix des chanteuses et chanteurs jusqu’à l’aphonie douloureuse. Elle détournait de la nourriture les mannequins, les épuisant sur les appareils de la salle de sport. Elle usait les doigts et bouches des musiciennes et musiciens jusqu’aux crampes. Elle rongeait la mémoire des actrices et acteurs qui passaient leurs nuits à des répétitions de textes jusqu’à l’amnésie.

 

Maryline me paraissait fatiguée et son sourire n’apparaissait qu’aux prime-time du vendredi soir. Elle me semblait pâle, ses yeux bleus étaient ombrés d’outre-mer et je trouvais qu’elle avait maigri. C’est ce dernier détail qui me marqua le plus. Maryline était une épicurienne, une jouisseuse. Elle se nourrissait comme elle vivait, avec avidité. Je pris conscience que je ne la voyais pas souvent partager le repas de ses colocataires et, lorsqu'elle s'attablait en leur compagnie, elle ne consommait souvent qu'une tasse de thé ou de café. Je n’eus pas à me poser plus de questions. Le jeudi, Svend annonça que Maryline avait été victime d’un léger malaise qui l’avait obligé à rester alitée pour la journée. Le médecin avait été appelé à la Résidence et le diagnostic se voulait rassurant : Maryline avait juste eu une légère baisse de tension.

 

J’allumai Internet et cherchai immédiatement les coordonnées de Télévidence. Je ne pouvais pas rester ainsi à attendre, il fallait que je sache. Je pris mon portable et composai le numéro du standard de la chaîne.

 

(à suivre...)

 

© 2007 Plum'

dimanche, 28 octobre 2007

Leurres divers

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Bonjour, vous !

Avez-vous bien dormi ? Vous sentez-vous reposés, détendus ? Oui ?
C'est normal, vous vous rapprochez de votre rythme biologique naturel. De quoi parle-je ?
De l'heure d'hiver, pardi ! Si vous n'avez pas procédé aux changements qui s'imposent, je vous souhaite bon courage !

Un bref résumé du moment qui a précédé mon coucher, hier soir (je vous certifie que deux fois par an, j'hallucine), en commençant par le salon :

- mon ordi, je n'y ai pas touché car c'est une machine sympa avec moi et qui accomplit, comme un grand, son passage à l'heure d'hiver

- mon magnétoscope, je dois l'aider un peu, je l'avoue

- mon téléviseur, tel un bon écran de fin de vingtième siècle, règle son heure grâce à un système de pilotage d'ondes. Je vous passe les détails techniques...

- le décodeur qui me permet de passer des heures au téléphone, sur Internet et devant ma télévision pour une modeste obole de 29.99 €/mois est assez récent pour bénéficier d'une mise à jour automatique (ou presque)

- ma micro-chaine, pourtant d'une marque coréenne très connue, est complètement handicapée face aux bouleversements d'horaires bi-annuels

- idem pour le téléphone-répondeur d'origine allemande (là, je ne comprends pas, ils sont pourtant bons, nos voisins d'Outre-Rhin)

- j'allais oublier la petite pendule design sur le bahut

On continue la visite de mon appartement ?

Passons dans la salle de bain, pièce dans laquelle je ne peux pas me perdre étant donnée sa taille :

- la pendule murale, ma meilleure ennemie, me prie deux fois par an, de lui tripoter la molette. Mais comme elle est accrochée en hauteur, je dois chercher une chaise dans la cuisine et me contorsionner, gênée par le lave-linge...

- la prise programmable qui gère ce dernier (et que je déteste régler car pas pratique). Coup de malchance ? Le lave-linge a rendu l'âme il y a maintenant un mois et demi et a été remplacé par un modèle programmable.

- ma montre-bracelet

Cela vous fait sourire ? Eh bien, marrez-vous parce que c'est loin d'être terminé. Je vous emmène à la cuisine :

- la pendule murale, au-dessus (mais très au-dessus) de l'évier : re-chaise, re-grimpette, re-risque de m'étaler et de me péter le col du fémur (ou tout autre os, d'ailleurs).

- la pendulette de la cuisinière vitro-céramique-four-électrique qui, elle, est m.é.c.a.n.i.q.u.e !

- la petite pendule sur la table de la cuisine, que je regarde, le matin, quand je petit-déjeune en tournant le dos à la murale, et qui me permet de ne pas être en retard...

Allez, venez ! On s'tire de là, je vous emmène dans ma chambre à coucher (sur ce coup-là, vous êtes chanceux) mais je vous préviens, ce sera rapide :

- magnétoscope + téléviseur + radio-réveil (et de trois !)

Au salon d'aisance (toilettes si vous n'avez pas compris, WC si vous êtes complètement bouchés ou mal réveillés, dirons-nous), point d'horloge car ce n'est pas l'endroit dans lequel on s'attarde en général (quoique... certains mâles, pour peu qu'ils aient l'Equipe en mains...).

Il me reste ma petite pièce qui me sert de cave, de grenier, de cellier, de sèchoir à linge. Celle que je tiens toujours bien fermée, à l'abri des regards, car il y règne un p... de capharnaüm, et bien, là aussi, il y a une pendule murale que j'ai intelligemment mise au mur (haut mur) et donc, re-re-chaise et re-re-disloquations et re-re-mise en danger.

Vous pensiez que c'était terminé ? Et le téléphone portable, alors ???

J'ai essayé, hier soir, de positiver. J'y suis arrivée (un tout petit peu) parce que j'ai une nature, finalement, profondément optimiste. Je me suis avouée avoir de la chance. Je n'ai pas d'heure à changer sur le micro-ondes. Je n'ai pas de cafetière programmable. Et surtout, oui, surtout : je n'habite pas un cinq pièces !

Donc, pour finir cette tranche de vie au goût plutôt amer, je me suis aperçue à quel point j'étais dépendante du temps. Mais j'ai également constaté qu'on faisait tout, mais absolument tout, pour nous rendre totalement esclave de ce dernier. Le moindre appareil dit "high tech" affiche l'heure (la plupart du temps, cette dernière est trop petite pour qu'on puisse facilement la lire). Comment ne pas stresser dans ces conditions. Comment s'oublier, se détendre ?

Vous comprendrez combien j'ai savouré, ce matin, cette heure supplémentaire de sommeil, que l'on nous a accordés à trois heures, ce matin.

Si vous, oui vous ! n'avez pas encore mis à l'heure vos pendules et appareils (là, j'ai un sourire radieux, je vous l'avoue), et bien... je vous plains ! Mais, après tout, c'est chacun son tour.

Quand à moi, je vous laisse, je vais me recoucher, somnoler ou peut-être bien bouquiner, trainer, pourquoi pas bruncher ?...

Bon dimanche à vous et, demain, soyez... à l'heure !

Plum'

samedi, 27 octobre 2007

Mépris(e)

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Ridicule ! Je me sens ridicule !!! A croire que ce genre de mésaventure m’est réservée. J’me sens cloche, mais cloche !…

J’habite un immeuble, ou plutôt une tour en H.L.M. Mon appartement, un trois pièces plutôt sympathique, est au onzième étage. Mon palier est assez tranquille et nous entretenons, mes voisins et moi, des relations courtoises et respectueuses. Je me suis installée ici, il y a quatre ans maintenant, avec mon petit ami. La vie n’étant pas toujours rose bonbon, nous nous sommes séparés et il a été convenu que je garde l’appartement. Je travaille dans un magasin de vêtements pour enfants et suis donc absente toute la journée de dix heures à vingt heures, du mardi au samedi. Le lundi, j’ai congé. Je fais mes courses ainsi que celles de monsieur Mergeon, mon voisin de quatre-vingt-quatre ans. Le pauvre, il a perdu sa femme l’année dernière et depuis, il commence à perdre la tête et a de plus en plus de mal à se déplacer. Le mardi soir, je vais faire la mise en plis de mademoiselle Garraud. Elle aussi habite au onzième. Elle a soixante et onze ans et elle a été danseuse de cabaret à Paris, lorsqu’elle était jeune. Jamais mariée, pas d’ami, pas de famille ni de copine, c’est un sacré tempérament ! Quant au dernier appart, il vient juste d’être loué à un jeune couple d’une vingtaine d’années. Sûrement des étudiants…

Franchement, je n’ai pas à me plaindre. Enfin, je n’avais pas à me plaindre, devrais-je dire. Car, au douzième étage, juste au-dessus de chez moi, vient d’emménager une folle. Oui, vous avez bien lu ! Une dingue, une harpie, une cinglée, une sinoque, quoi ! J’ai bénéficié d’un répit de sept semaines entre le départ des anciens locataires (une famille charmante de six personnes qui va s’agrandir dans deux mois) et l’arrivée de cette mégère hystérique. Je ne l’avais jamais vue jusqu’à hier soir (et n’y tenais pas particulièrement, d’ailleurs). Depuis que cette furie habite au-dessus de ma tête, ma vie est devenue un enfer. Elle ne parle pas, elle hurle du matin au soir. Elle passe son temps à injurier ce pauvre Roger. Il a le droit à tous les noms d’oiseaux. Crétin, imbécile, andouille, demeuré, débile, lourdaud, abruti, minus… et j’en passe. Toute la journée c’est :

« - Mais arrête, j’te dis ! Mais t’es complètement bigleux ou quoi ? Vois pas qu’je viens de passer la serpillère ? C’est mouillé, que j’te dis ! Mama mia ! J’te préviens : tu bouges un œil, je t’explose ! T’entends c’que j’te dis ? Mais qui est-ce qui m’a r’filé un manche pareil ? T’es qu’un gros plein d’soupe, un bon à rien !

- Mais moi je t’aime, Chouchoune ! C’est quand qu’on mange ?

- Quoi ??? T’as faim ? Peux toujours courir ! C’est pas l’heure ! Pense qu’à bouffer, çui’là, j’te jure !

- Mais moi je t’adore, Moumoune !

- Arrête de m’faire tes yeux d’merlans frits ! Avec moi, ça marche pas ta séduction à deux balles. Oh, dégage ! Tu pues ! Nooonn !!! Pas sur le canapé, j’viens de nettoyer !!! Pas vrai, mais quelle tâche ! Roger, j’te préviens, un jour on retrouvera ton cadavre coupé en morceaux dans le vide-ordures ! »

Cette dernière phrase, hier soir, m’a décidée à passer à l’action. Il fallait que je vois Roger, que j’évalue l’état dans lequel il se trouvait afin de pouvoir appeler des secours. Mais comment aborde-t-on une bonne femme pareille ? Et bien simplement avec une excuse de bonne femme ! J’ai pris un saladier et je suis montée au douzième. Alors que j’allais frapper à la porte, j’entendis sa voix derrière cette dernière :

« - J’en peux plus, Roger ! J’te supporte plus ! Trente-sept ans que monsieur impose sa loi ! Moi, j’peux plus vivre comme çà ! Faut qu’tu changes sinon j’arrête. Et je m’en contrefiche que tu sois un vieux chnoque ou pas ! Ca te plait pas, c’est pareil : la porte est grande ouverte ! Aie ! Mais c’est qu’il m’a pincée ! Roger, j’te jure, j’vais te… »

C’est à ce moment-là que j’ai sonné. Elle était juste là, à peut-être un mètre de moi. Elle a ouvert et je me suis retrouvée devant une petite, mais toute petite bonne femme. Peut-être un mètre cinquante et encore… plutôt rondelette et un visage plus avenant que je ne pouvais l’imaginer.

« - Oui, mon p’tit ? Qu’est-ce que j’peux faire pour vous ?

- Ben… je m’excuse de vous déranger, mais auriez-vous un peu de farine, s’il vous plait ? Je suis votre voisine du dessous.

- Ouai, j’vous ai reconnue. J’vous vois partir le matin. J’dois bien avoir ça pour vous. Venez, entrez et fermez la porte, s’il vous plait. Mon Roger, il craint les courants d’air. Normal, à son âge…

- Mais… il va bien, là, votre époux ?

- Mon époux ? J’suis veuve depuis vingt-cinq ans, mon p’tit !

- Ah… Enfin, je voulais parler de votre ami, Roger…

- Roger ?! Mon ami ??? Roooogééééééééééééér !!! Viens-voir, « mon ami » ! Purée, mon ami, je m’en voudrai ! Roooooooogééééééééér !!!

- Je t’aime ma Bouboune !… »

Un drôle de bruit, comme du papier froissé, émana de la cuisine. Et en moins de temps qu’il n’en faut, un nuage gris avait envahi l’entrée. Ma voisine arborait un magnifique perroquet sur son épaule gauche.

J’ai pris ma farine et, le bec enfariné, j’ai pris la porte aussi… vite…

 

© 2006 Plum'

vendredi, 26 octobre 2007

TORVE STORY 8

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Les semaines se succédèrent au rythme de mes déceptions et de mes désillusions. Je regardais Maryline évoluer sur mon petit écran et, au fur et à mesure que le jeu avançait dans le temps, je constatais avec bonheur qu’elle restait la même, toujours souriante et aimable. Ses colocataires alternaient des périodes d’engouement, suivies de déprimes ou d’agressivité. Maryline, elle, ne changeait pas. Il commençait d’ailleurs à se former des clans dans la Résidence. Maryline s’entendait toujours aussi bien avec Aristide et leur binôme suscitait quelques réflexions assez déplacées, parfois.

 

Mais ma première douche froide je la pris ici, à Dijon. Cela commença un samedi matin, dans la boulangerie de mon quartier. Je venais d’entrer dans ma boutique à baguettes préférée, lorsque j’assistai à une conversation qui me gâcha la matinée :

 

« - Ils ne savent plus quoi inventer ! s’écriait madame Richard, la boulangère. Avez-vous vu l’émission d’hier soir ? Celebrity quelque chose…

- Oh moi, j’aime bien ! répondit madame Ferrand, l’esthéticienne de la rue Monge. Il y a de vrais jeunes talents qui mériteraient bien qu’on leurs donne leur chance.

- Arrêtez madame Ferrand, ne me faites pas rire ! reprit madame Richard. Tout ça, c’est bidon. Cela sert juste à faire rêver nos gosses, à les formater. Moi, je suis totalement contre ce type d’émissions qui me font regretter de payer une redevance.

- Oh, vous prenez cela trop au sérieux, je crois. Tenez, hier, ils ont présenté un jeune homme qui rêve de devenir chanteur. Il a une voix de baryton, une vraie merveille. Même mon mari en était tout retourné.

- Oui, oui, d’accord, madame Ferrand. Mais ces émissions ne sont là que pour donner à nos jeunes l’illusion d’un monde parfait où tout le monde est beau, où chacun peut réussir à donner corps à ses rêves les plus fous.

- Non, c’est faux, madame Richard. Tenez, il y a d’ailleurs une candidate de Dijon qui participe au jeu. Elle concourt pour être actrice. J’avoue que ce n’est pas gagné pour elle, la pauvre est bien trop grosse. Mais à Télévidence, ils sont corrects. Ils lui ont permis de participer même si tout le monde sait qu’elle n’arrivera jamais en finale. Je trouve que la chaîne joue le jeu honnêtement, moi.

- Vous le dites vous-même, madame Ferrand ! Elle n’a aucune chance ! Tout est donc décidé d’avance, j’ai raison ! Et puis, qu’est-ce qu’ils sont allés nous choisir une baleine pareille ! Vous n’allez pas dire que notre région est bien représentée avec ça !... »

 

J’ai préféré sortir avant de traiter ces deux mégères de tous les noms et décidais qu’à partir de ce jour j’irai acheter mon pain ailleurs. J’avais l’impression que toute la ville ne parlait plus que de cela. Dans le bus qui m’amenait au travail, je surprenais des bribes de conversations pleines de rancœurs et de méchanceté.

 

« -  Hé Steve ! T’as vu le Prime de vendredi soir ? C’est Maeva qui s’est fait sortir ! J’suis trop dégouté ! Ils virent la sirène et ils gardent le thon !

- Laisse tomber, mec ! C’est truqué, c’est tout. Même Svend était écœuré, ça se voyait. Télévidence fait dans le social et l’humanitaire, ce n’est pas possible autrement. A moins qu’ils aient des parts chez Michelin, ha haha ! »

 

Ainsi les téléspectateurs de base ne jugeaient-ils les candidats de cette émission que sur leur physique et non sur leurs capacités ? Maryline avait été bien naïve de croire qu’elle pourrait être considérée pour son talent. Je décidais d’intervenir afin de la prévenir en douceur de ce qui pouvait l’attendre à la sortie et m’attelai à l’écriture d’une lettre à son intention. Je ne voulais pas lui faire peur, juste la préparer un peu. La rédaction me prit une bonne heure et trois feuilles furent noircies recto-verso. Je timbrai l’enveloppe et descendit immédiatement la mettre dans la boîte aux lettres qui se trouvait au coin de ma rue, à deux pas de la boulangerie. J’accélérais le pas et décidais d’aller à ma salle de sport à pieds. J’étais en colère et j’avais de l’énergie à revendre. Je traversai le parc à petites foulées jusqu’au grand bâtiment de briques rouges dont les grandes fenêtres permettaient d’apercevoir des jeunes femmes enchaînant les figures précises d’un cours de gym-tonic. Parfaitement échauffé, je me dirigeais vers un vélo elliptique qui paraissait s’ennuyer et m’acharnais à faire des kilomètres pour tenter d’oublier, l’espace d’une heure ou deux, que je vivais dans un monde d’hyènes.

 

(à suivre...)

 

 

© 2007 Plum'

jeudi, 25 octobre 2007

Les dessous de l'histoire

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Pour un premier rendez-vous avec vous, j’ouvrirai mon tiroir à merveilles.

J’en sortirai un joli bustier de satin et un shorty assorti aux couleurs de l'automne.

Pour un premier rendez-vous avec vous, je laisserai mon chemisier entrouvert, suffisamment pour vous faire découvrir le velouté du grain de ma peau, les douces courbes de mon décolleté, les reflets moirés de ma lingerie. Vous montrer, à peine suggérer…

Je ne voudrai pas susciter chez vous du désir, pas tout de suite. Seulement de la curiosité. Comprendrez-vous cela ? Je voudrai être mystérieuse et vous laisser en souvenir mes sourires ainsi qu’un sillage d’Ylang-Ylang, de bergamote, de cassis et de benjoin. Je voudrai être celle à qui vous rêverez cette nuit-là et qui occupera toutes vos pensées des jours suivants, celle qui vous laissera songeur…

 

Pour notre deuxième entrevue, j’ouvrirai mon tiroir à bonheurs.

Je choisirai un joli soutien-gorge corbeille ainsi que son tanga assorti, tout en dentelles fines couleur orage. Un beau gris fumé aux reflets bleutés…

Pour notre deuxième entrevue, je porterai une robe noire, à l’élégance toute simple, dont les fines bretelles vous offriront l’arrondi de mes épaules. Ma coiffure relevée vous dévoilera ma nuque balayée de légères mèches rebelles, les perles fines à mes oreilles et autour de ma nuque exalteront le nacré de ma peau. Cette peau que vos doigts effleureront, l’air de rien, lorsque vous replacerez une boucle de mes cheveux derrière mon oreille…

Je ne voudrai pas vous donner de plaisir, pas à ce moment précis. Seulement du désir. Je voudrai être séduisante et vous laisser en souvenir mes fous-rires ainsi que l’envie de humer toute une nuit ce parfum de rose et d’iris mêlé à celui de l’anis étoilé et du musc. Je voudrai être celle qui accompagnera vos jours et vos nuits, celle qui fera de vous un impatient…

 

Pour notre troisième rencontre, j’ouvrirai mon tiroir à plaisirs.

Je choisirai un ensemble avec son string en soie et dentelles couleur cerise. Ce rouge et ces matières raffinées rehausseront ma carnation, donneront à ma peau des douceurs satinées…

Pour notre troisième rencontre, j’oserai le décolleté joliment provocant d’un cache-cœur aux mailles ajourées porté sur une jupe en shantung. Mes jambes, gainées de bas jarretières noirs, se termineront par de hauts talons. Mes cheveux tomberont en une cascade de boucles soyeuses sur mes épaules. Vous y plongerez votre nez, en profiterez pour m’embrasser dans le cou…

Je ne voudrai pas vous donner d’espoir, pas immédiatement. Seulement du plaisir. Je voudrai être à la fois sensuelle et animale dans vos bras et vous laisser en souvenir mes soupirs ainsi que l’envie, encore et encore, de respirer ma peau aux accents de mandarines, pêches, vanille et santal. Je voudrai être celle qui s’imprimera dans vos draps et dans vos bras, celle qui fera de vous un amant…

  

Et puis un jour, alors que nous n’aurons pas vraiment rendez-vous, j’ouvrirai mon tiroir à bagatelles.

Je fouillerai, farfouillerai, mais ne trouverai pas ce que je cherche. Alors, après un dernier regard dans le miroir, je ne porterai que des rubis à mes oreilles ainsi qu’autour de mon cou, j’enfilerai une paire de bottes et mon long manteau noir. Juste quelques gouttes d’un parfum capiteux aux accents orientaux dans ma chevelure…

Je ne peux pas me passer de vous, plus maintenant. Pas même une nuit. Je veux être vôtre, instrument de désir et de plaisir entre vos mains. Je veux être c’Elle. La seule, l’unique, la dernière, celle que tu as rendu amoureuse…

 

© 2006 Plum'

mercredi, 24 octobre 2007

Monautomnie

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Cinquante-sixième consigne de Paroles Plurielles. En s'inspirant de la photo ci-dessus, écrire un texte dont l'incipit est (commençant par) :

« Mauvaise surprise, le quai du métro est noir de monde ! »

 

Mauvaise surprise, le quai du métro est noir de monde ! Que se passe-t-il de spécial, aujourd’hui ? Aucune grève ni manifestation n’a été annoncée. Je me sens bizarre, je les ressens étranges, je nous pressens incohérents. Pourquoi ?

Elle est là, face à moi, avançant d’un pas monorythmé. Elle s’approche, la foule des actifs impassibles, des otages de la réussite sociale, des victimes non consentantes du système. Elle fond sur moi, emmitouflée dans son anonymat, enveloppée dans ses obligations de rendement, de surproduction et de résultats. Je n’arrive pas à m’y glisser dans cette foule. Elle me fait l’effet d’une houle cannibale, prête à me noyer, à m’ingérer.

Il me suffirait de me retourner et d’avancer. La foule serait alors derrière moi et je la précéderais, la guiderais. Cela semble si facile. Nous sortirions de la station, moi devant, le visage offert au soleil d’automne, le nez et les joues rosis par un climat un peu trop froid pour la saison. Elle, à ma suite, relèverait son col pour se protéger de toutes ces jolies choses qu’elle ne voit plus. Comme les trottoirs recouverts de tapis fauves et rouges que les semelles et talons font chanter. Comme ces enfants qui ramassent les marrons et les frottent contre leurs manteaux pour les faire briller tels du cuir bien ciré. Comme cette tour immense, pôle des affaires, des contrats juteux, des transactions en yens, dollars voire pétrodollars et dont les centaines de vitres jouent avec le soleil. Un prisme de couleurs, un kaléidoscope fantastique offert à leurs yeux blasés et vides d’imagination.

Mais la foule est en regard de moi et ne me voit pas. Je ne suis plus qu’une transparence qu’elle avale. Mes rêves se sont brisés, ma volonté s’est polie à celle qu’elle a voulu m’imposer. Je ne brille plus comme l’édifice vitré, là-bas, sur le parvis. Non. Le morceau de cristal brut est devenu un bout de verre lisse et opalin, perdu sur un quai de métro trop fréquenté.

Je pars travailler mais je suis une luciole qui s’éteint sous les néons…

 

© 2007 Plum'

 

mardi, 23 octobre 2007

Mon AméthRiste

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Mes doigts sont froids. Mon corps est froid. Le lit est froid, là, à ma gauche. La place est vide et lorsque je me retourne, pendant mon sommeil, le froid de l’oreiller me réveille… L’air est froid, partout, dans la maison. C’est peut-être dû au carrelage, à la cave, à des courants d'air. Pourtant, j’ai changé toutes les fenêtres pour bénéficier d’une isolation thermique, phonique, j’ai changé les volets… J’ai fait faire des rideaux sur mesure, alors que je détestais cela, pour « habiller » les baies et les vitres. Dans cette maison, c’est tout le temps l’hiver depuis que…

Hier encore, vers huit heures du matin, le salon était inondé de lumière et les rayons du soleil, même hivernal, faisaient grimper le thermomètre. Je lisais toujours mon journal sur le canapé, ma tasse de thé brûlant à la main et souvent, je me débarrassais de ma robe de chambre. Trop chaud ! Je restais là, parfois pendant presqu’une heure, en long tee-shirt, pieds nus sur le carrelage tiède. C’était si bon, si réconfortant, tellement agréable… Après, j’allais à la salle de bain. Nous avions su en faire une véritable pièce à vivre, c’était important pour moi. Je voulais pouvoir me retrouver seule, au moins deux fois par jour, durant quelque temps. Je me voulais pour moi toute seule, mon image démultipliée dans les miroirs. Je voulais me sentir libre, sans contrainte ni entrave, sans personne… Alors nous l’avons aménagée comme un boudoir avec des formes et des couleurs douces, un éclairage adapté pour chaque coin de la pièce. Nous y avons mis des plantes, mais pas de trop. Nous y avons installé la musique aussi…

Je n’aime plus ma salle de bain aujourd’hui, elle me déprime. Je la trouve trop… froide ! Les teintes, les sanitaires, rien ne me plait plus. J’ai toujours cette désagréable impression que l’eau n’est jamais assez chaude. Peut-être est-ce tout simplement un problème de chaudière…

La cuisine aussi est glaciale. Quelle idée d’avoir choisi du chromé, du laqué, du design ! Même la cafetière électrique est moche ! Tout me réfrigère, y compris le chat ! Un Bleu Russe, une femelle, que nous avons prénommée Taïga. Moi, je rêve d’un Skogatt roux avec un pelage doux et dense et que j’appellerais Flam’. Oui, c’est cela, un chat fauve, un mâle affectueux, un peu collant même…

J’ai froid dans mes rêves, dans mes nuits, à tout moment. J’ai parfois l’impression étrange que ma salive aussi est froide, ainsi que ma sueur, mes larmes… Je suis allée consulter et les médecins disent que ce n’est rien. Cela va passer tout seul. Un jour, je m’apercevrai que je n’ai plus froid, que tout sera redevenu normal.

Normal… Dans la norme… Le mois prochain, ce sera mon anniversaire. Je vais devenir plus vieille que toi. Est-ce normal, cela ? Ma vie est devenue une anormalité. Une énormité anormalement pas normalisée ! Ma vie est sans sens ! Ma vie est une torture au quotidien ! Je ne sais plus, de nous deux, qui a quitté l’autre ! Qui est mort ! Tu es parti et moi je me meurs un peu plus chaque seconde… Le froid m’enveloppe, me pénètre, me viole jusque dans mes entrailles mais il ne me prend pas. Pourquoi ? Tu disais que tu ne pourrais jamais vivre sans moi mais comment as-tu pu mourir sans moi ? Tu m’as laissée toute seule dans un monde surpeuplé, dans une grande maison, dans une grande famille, dans un grand désarroi… J’espère que chaque lever de la lune sera mon dernier et, à chacun de mes réveils, je souffre, j’endure, je subis, je m’abîme, je m’étiole, toujours un peu plus…

J’ai essayé, je te le jure ! J’ai vu d’autres hommes mais aucun n’a su me faire rire comme toi tu le faisais. J’ai accepté des invitations à déjeuner, à dîner, mais c’est avec toi que je voulais manger, boire, parler, rire. Je les ai même suivis dans des hôtels mais j’avais tellement froid, à chaque fois…

Je regarde mes ongles et ils sont violets comme ma lèvre inférieure. Comme mon cœur… Et, le savais-tu, le violet est la couleur de la fusion amoureuse, la couleur des veuves.

Le violet c’est, aujourd’hui, la couleur de ma vie…

 

© 2006 Plum'

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