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samedi, 01 décembre 2007
Interlude
Je me retire le temps d'un battement de cils
Je m'éclipse, je sors de mes tiroirs
Comme une plume fragile
J'emmène comme seul bagage tous mes espoirs
Je m'envole vers une nouvelle vie, une résurrection
De mon petit carnet, je vais noircir les pages
De toutes ces inhabituelles sensations
Et de ce nouveau point d'encrageancrage
Je vous retrouve très vite
Je ne saurais me passer de vous trop longtemps...
Plum'
vendredi, 30 novembre 2007
Novembre : mois des châtaignes
Dans les villes du nord-est de la France, les marchés de Noël s'installent. De jolies cabanes en bois poussent comme des champignons et déjà les arômes de vins chauds, de pains d'épices, de crêpes et de gaufres s'envolent, au gré de la bise. Mais il y a une odeur, bien caractéristique, qui chatouille nos narines. Une odeur de braises, de bois, la sentez-
vous ? La reconnaissez-vous ? Fermez les yeux et humez. Hmmm, cela sent la châtaigne grillée ! Celle-la même que l'on vous sert dans un cornet de papier huilé. La dame qui les vend est toujours la même. Elle ne change pas. Elle a toujours été pareille, fripée, ridée avec son gros bonnet de laine, ses grosses moufles assorties.
Personnellement, je n'aime pas les châtaignes grillées mais leur parfum me fait toujours saliver. Cela me fait ça depuis que je suis enfant. Et lorsque le centre-ville diffuse cette senteur, je sais que nous sommes en novembre et que dans peu de temps, ma ville se parera de couleurs brillantes en prévision des fêtes qui arriveront plus vite qu'on ne le pense.
La châtaigne est un fruit qui m'émeut. J'aime son manteau d'épines qui cache un coeur délicat, brillant aux couleurs
chatoyantes de l'automne. La châtaigne et son petit goût noisetté qui veloute la soupe de potiron ou la crème de carottes. Et je ne vous parle pas de la crème de marrons... Parce qu'entre les marrons et les châtaignes, il n'y a pas de vraies différences si ce n'est qu'une histoire de bogue. Les châtaignes y vivent à plusieurs tandis que les marrons, plus gros, l'occupent seuls. On trouve donc, sur un même arbre, ces deux fruits qui ne font qu'un finalement.
Novembre se termine et, comme à chaque fois, je sollicite votre contribution pour me faire savoir ce qui vous a le plus plu ce mois-ci. Vous trouverez ci-dessous les tartines qui ont composé vos petits déjeuner de ce mois de novembre. Chaque titre est associé à un lien qui vous permettra de vous remettre en mémoire ces textes. Ou tout simplement de les découvrir. Vous en retenez cinq, vos préférés, et vous les classez, le premier étant celui que vous considérez comme votre favori.
Je vous remercie toutes et tous pour votre fidélité, vos commentaires et votre gentillesse.
Plum'
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jeudi, 29 novembre 2007
Plume tendre...

Je me suis levée ce matin
Et mes pensées vous ont rejoints
Plaisir de découvrir vos mots, au fil du temps
En douceur, en humeur, en rire ou en pleurs
Nul ne peut comprendre ce plaisir ardent
Si intense qui m'a donnée tant de bonheur
En vous lisant, en vous apprenant…
Alliance de vos vies, de mes inspirations
Vos commentaires, devenus tempo, rythmes et silences
Ont eu raison de bien des désespérances
Un univers parallèle sans murs ni distances
Si vous saviez combien vous êtes devenus une évidence
© 2006 Plum'
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mercredi, 28 novembre 2007
L'Heure rose
Mardi, 27 novembre 2007 – 17 heures 35 minutes.
Cela a été plus que surprenant.
J’étais chez l’esthéticienne, allongée, détendue. Mon visage était badigeonné d’un mélange de cacao et d’huile essentielle de fleur d’oranger. Je me souviens que mes glandes salivaires s’affolaient, excitées par l’odeur chocolatée ambiante. Amina me massait le pied droit. Je sentais son pouce suivre la ligne médiane de ma voûte plantaire. Ses doigts huilés glissaient, appuyaient, effleuraient, s’attardaient, pénétraient entre chacun de mes orteils, les caressant, les titillant, provoquant involontairement parfois leur contraction. Nous prenions mon pied, chacune à sa façon. Puis elle remonta à la cheville, ses doigts roulant autour de ces dernières comme des bracelets vivants. Je me laissais aller à ces multiples sensations de plaisirs. Ma chair était dans l’attente de ces paumes ointes et parfumées, mon esprit s’abandonnait, le temps s’était arrêté.
Et puis il y a eu la douleur.
Comme une brûlure qui irradia le bas de mon dos, jusqu’aux reins. Surprise, j’ai poussé un petit gémissement et mes mains se sont crispées sur les côtés de la table de massage, emprisonnant la housse en éponge, griffant le skaï. Amina intensifia son palper-rouler, prenant ma réaction pour une invite. Elle massait de façon plus énergique ma jambe, pressant presque douloureusement mon mollet. Alors que je me replongeais dans cet état de semi-somnolence, me concentrant à cet appel à la détente, la douleur recommença. Vive, aigüe, rapide. Comme un tison ardent qui s’enfonçait dans mon ventre, consumant mes chairs. Une douleur qui me surprit par sa soudaineté et sa prestesse.
J’ouvris les yeux.
Amina, penchée sur ma jambe, effectuait très consciencieusement son travail de masseuse. Son regard croisa le mien et je lus la désapprobation dans ses yeux verts. Elle hocha négativement la tête et ferma les paupières quelques secondes. Un ordre silencieux auquel je me pliais. Mais une partie de moi restait en alerte, comme dans l’attente d’une troisième manifestation encore plus cuisante. Plus rien.
Le répit, mais pour combien de temps ?
Je me suis assise sur la table de massage, les jambes pendantes, le dos rond. Amina semblait jouer avec mes vertèbres. Telle une musicienne, elle faisait des harmonies avec ma colonne vertébrale. Ses mains huilées, paumes bien à plat, remontaient de mes reins jusqu’à mes omoplates. Cela faisait mal mais c’était bon, en même temps. Le spasme me surprit par sa fulgurance, me coupant la respiration. Pliée en deux, j’étouffais un cri. Amina fit le tour de la table, me demandant si j’allais bien. Je ne pouvais plus répondre. Mes yeux étaient mouillés et un goût de sang envahissait ma bouche. Je m’étais mordu la langue.
Mercredi, 28 novembre 2007 – 00 heures 27 minutes.
La douleur n’est plus qu’un vague souvenir, comme une buée qui aurait disparu à tout jamais grâce à l’ouverture d’une fenêtre. Oui, comme une goulée d’air frais qui aère et purifie l’atmosphère. Je suis une bulle d’amour. Je suis une plume légère. Il n’y a pas de bruit, tout est silence. Je me sens bien. J’ai sommeil mais je ne veux pas dormir, non. Mes paupières sont des stores bateau en béton armé. Je suis si fatiguée.
Mercredi, 28 novembre 2007 – 06 heures 14 minutes.
C’est magique. C’est doux. C’est comme un duvet, comme un bout de nuage, plus velouté encore. Et cette odeur qui me fait penser aux iris, un peu poudrée, duveteuse. C’est chaud. C’est beaucoup de moi, tant de toi mais tellement lui. Je me sens si sereine, si emplie de bonté, de bonheur. Mon coeur est investi. J’ai l’impression que mon âme a huit millions d'années et que mon corps en a dix-sept. Je me sens belle, si belle. Je me sens différente, tellement différente. Je me sens mère.
Je suis mère…
© 2007 Plum'
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mardi, 27 novembre 2007
Rivalitudes
J’étais ta Desdémone, ta dame, ta Reine
Pourquoi m’avoir assassinée, étouffée
Dans cette Tour sinistre et hautaine
Toi qui prétendais m’aimer pour l’éternité
Echec
Tu es devenu si différent, si violent
Rendu, par Iago, jaloux et Fou d’amour
Je n'ai plus reconnu en toi mon vaillant
Mon Roi qui me faisait si bien la cour
Echec
Je ne crains ni l’Enfer, ni ses démons
Notre amour a été damné et condamné
Et tous les soldats de Satan, tous ses Pions
Ne pourront, mon Othello, rien y changer
Echec
Tu fus mon Cavalier, de Venise le Maure
Si traître il y eut, la vie tu délaisseras
Notre amour l’un pour l’autre fut trop fort
L’Histoire, à jamais, s’en souviendra
Echec… et Mat !
© 2006 Plum'
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lundi, 26 novembre 2007
TORVE STORY 17

Je suis sorti des bureaux du Bien Public deux heures plus tard. Alexandra Pelletier avait promis de me recontacter. Il lui fallait d’abord parler à son rédacteur en chef, lui proposer le sujet. Je n’étais pas persuadé de pouvoir compter sur l’aide du journal mais je ne voyais pas vraiment quelle autre solution envisager. Arrivé chez moi, j’entrepris d’écrire à nouveau à Maryline. Peut-être recevrait-elle enfin ma lettre, la treizième depuis son départ… Alors que je m’apprêtais à dîner, le téléphone sonna.
« - Allo ?
- Vous êtes Pierre ? demanda une voix masculine.
- Oui. Qui est à l’appareil ?
- Je m’appelle Vladimir et je vous appelle de la part de Maryline, répondit mon interlocuteur.
- Maryline ?! Mais qui êtes-vous ?
- Je suis un des candidats de Trade : Celebrity. Enfin, un ex-candidat. J’ai été sorti il y a quinze jours.
Il me parlait à voix basse, comme s’il avait peur d’être entendu, d’être surpris. Cela eut l’effet de me mettre mal à l’aise et je sentis alors mes battements cardiaques s’accélérer. Tout en maîtrisant mon débit pour ne pas montrer mon mal-être, je lui demandai :
- Je me souviens de vous. Vous êtes le saxophoniste, c’est cela ?
- Oui.
Il se tut et un silence s’installa. Cela dura peut-être une trentaine de secondes. Je décidai de le rompre :
- Vous avez dit m’appeler de la part de Maryline. Je vous écoute, Vladimir.
- Maryline m’a chargé de vous dire que tout va bien pour elle, que vous n’avez pas à vous inquiéter. Elle a été prise en charge par une équipe de professionnels. Ils lui ont établi un régime diététique précis ainsi qu’un programme sportif adapté à ses besoins. Elle est coachée par Jordan Vernon, l’ancien entraîneur de Matt Wilander.
- A-t-elle reçu mes lettres ?
- Oui, bien-sûr. Elles lui ont d’ailleurs fait très plaisir, répondit-il d’un ton monocorde.
- Alors pourquoi n’y a-t-elle pas répondu ?
- Honnêtement, elle n’en a pas le temps. C’est pourquoi elle m’a demandé de vous appeler. Vous ne devez pas vous inquiéter, elle est entre de bonnes mains.
- Je n'arrive à joindre aucun responsable de cette émission. Pourquoi ?
- C’est le jeu, c’est comme cela. Chaque participant s’est engagé à couper les ponts avec le monde extérieur, avec son ancienne vie pendant toute la durée du jeu. Quoi qu’il en soit, soyez assuré qu’elle se porte bien. Elle pense beaucoup à vous, vous lui manquez. Elle vous embrasse très fort et souhaite que vous l’encouragiez sans vous inquiéter.
- Pouvez-vous me donner votre numéro de téléphone, Vladimir ? J’aimerai beaucoup vous…
- Je vous rappellerai, m’interrompit-il. Je dois vous laisser maintenant. Bonne soirée à vous. »
Il raccrocha. Moi aussi. Quelque chose clochait qui ne faisait qu’accentuer cette désagréable impression que j’avais. Pourquoi ? Pourquoi n’avais-je pas de nouvelles de Maryline elle-même ? Pourquoi Vladimir me téléphonait-il ce soir alors que cela faisait déjà deux semaines passées qu’il était sorti ? Pourquoi avais-je cette étrange sensation que Maryline n’avait jamais souhaité cette conversation téléphonique ?
Le générique de Trade : Celebrity me sortit de mes pensées. Je m’installai dans mon canapé, appuyai sur la touche « record » de mon lecteur-enregistreur de DVD et, armé d’un stylo et d’un carnet, regardai cette émission qui, pour moi, n’avait plus grand chose d’un jeu. Ou alors d’un jeu dangereux dont les règles me semblaient bien floues.
(à suivre...)
© 2007 Plum'
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dimanche, 25 novembre 2007
Chut
Chuuut ! Venez, entrez ! Chut ! Faites doucement et marchez sur la pointe des pieds, s'il vous plaît. Merci. Suivez-moi.
Voi-là !
Alors, vous vous installez, vous vous régalez, vous faites leur fête aux brioches, aux viennoiseries. Je ne veux pas qu'il en reste ne serait-ce qu'une seule miette, vous vous débrouillez comme vous voulez.
Ah, encore une petite chose. Vous en laissez un peu à Mathéo qui se fait souffler tous les dimanches sa ration de petits pains et de thé. Il y a encore du café dans la cuisine et j'ai mis de l'eau dans la bouilloire si vous souhaitez vous refaire du breuvage anglais.
Vous êtes bien, là ? Bon, ben tant mieux ! Maintenant je peux vous laisser, vous n'avez plus besoin de moi.
Comment cela, qu'est-ce que je vais faire ?
Me recoucher, pardi !
Bon appétit, bon dimanche et... gros bisous à tous. Je vous dis à demain, lundi.
Plum'
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samedi, 24 novembre 2007
Servitude
J’ai décidé d’arrêter de fumer. Non, en fait, j’ai arrêté de fumer ! Depuis hier soir ! Parce que décider d’arrêter signifie que je n’ai pas forcément commencé à arrêter, j’ai juste envisagé l’éventuelle décision d’arrêter. Je peux avoir une cigarette à la main quand je dis cela. Je peux décider d’arrêter… dans une heure, un mois ou un an. Alors qu’arrêter de fumer c’est STOP, BASTA, TERMINE !
A cette heure-ci, hier encore, j’en avais déjà grillé cinq et il est exactement huit heures et vingt minutes. Pour le moment, je gère…
Je me suis apposée un patch, j’ai quatre paquets de chewing-gum « Nicofrustr' » dans mon sac à main et deux grandes bouteilles d’eau minérale. Parce qu’en plus d’arrêter, il ne faut pas que je m’énerve sinon je mange et après je grossis. Et lorsque je grossis, je déprime. Et si je déprime, je risque de boire pour me consoler. Et si je bois, je vais devenir alcoolique. Et après, il faudra que je me fasse désintoxiquer et donc, pour compenser, je risque de me remettre à fumer !… Là, je suis contente de moi, je gère…
Je ne pensais pas avoir autant de tabagiques autour de moi. En fait, il y en a énormément !!! Cela m’oblige à réviser tout mon planning concernant les loisirs, surtout les sorties à venir au resto et dans les bars. Je suis pleine de bonne volonté mais pas maso pour autant. Je n’aurais jamais pensé que les fumeurs étaient si nombreux. Rien que dans la rue, une personne sur trois a une cigarette à la main.
Il est maintenant neuf heures moins vingt-cinq et la brasserie dans laquelle je vais boire mon petit crème tous les matins m’apparaît comme un endroit bruyant et embrumé où l’on ne voit pas à plus d’un mètre. Très peu pour moi ! Mettons toutes les chances de notre côté et allons plutôt boire une jus de fruits frais dans le petit établissement d’en-face totalement bio, totalement végétarien, totalement calme, totalement désert…
Je vais m’abimer ma French-manucure à tapoter mes ongles ainsi sur le comptoir… Pourtant je me sens calme, sereine, détendue… La tabacologue m’a certifiée que le sevrage est très rapide. Après, il paraît que c’est psychologique… Comme j’ai faim !… Et il n’est que dix heures moins cinq… Je vais m’acheter un petit pain au chocolat parce que les « Nicofrustr' » c’est bien, mais j’ai la mâchoire en compote à force de ruminer ! Et puis j’ai tellement bu d’eau depuis ce matin que je me suis transformée en bonbonne (mon ventre glougloute quand je marche).
Que j’ai faim !… Si je fais mes comptes depuis que je me suis levée ce matin :
Cigarettes : 0
Eau minérale : 2 litres sur 3
Chewing-gum « Nicofrustr' » : 19
« Craquages gourmands entre le petit-déjeuner et le déjeuner» : 1 petit pain au chocolat + 1 barre céréalière + 1 sucette + 3 caramels bretons au beurre salé + 1 paquet de biscuits apéritif
Rendez-vous annulés : 2 (le dîner de ce soir prévu avec mes quatre meilleures copines « fumeuses » au « El Mundo de las Tapas » super enfumé mais super bonne ambiance + mon petit crème du matin à la brasserie, avec Pierrot le bouquiniste, grand fumeur de brunes)
Montées de stress : 4 (à la maison, lorsque je me suis aperçue que j’étais en panne de café, devant la brasserie où je n’ai pas pu entrer en boire un, la prise de conscience de tout ce que j’avale comme calories depuis ce matin alors qu’il n’est que midi moins le quart, les calculs savants que je m’oblige à faire pour dévier mon envie de fumer…)
Economies réalisées : je suis en déficit car les patchs ne sont pas remboursés, la tabacologue non plus, les chewing-gum "Nicomachin" coûtent une fortune, le jus de fruits frais m’a coûté le double du petit crème habituel, les friandises…
Conclusions : la cigarette est un lien social. Je suis en train de m’isoler, de me ruiner, de grossir, de me mettre en danger psychologiquement et de me préparer une méga dépression nerveuse !
Vite, une cigarette s’il vous plait !!!
© 2006 Plum'
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vendredi, 23 novembre 2007
TORVE STORY 16
Le lendemain, je pénétrais pour la première fois l’immeuble dans lequel se trouvait notre quotidien régional d’informations, boulevard du Chanoine Kir. J’avais rendez-vous avec une journaliste, Alexandra Pelletier. Je m’annonçai à l’accueil et, au bout de quelques minutes, une jeune femme vint me chercher. Nous prîmes un ascenseur qui nous amena au deuxième étage. Elle m’invita à m’asseoir, me proposa un café, s’installa derrière son bureau et, sans détours, me demanda :
« - Je vous écoute, monsieur Morel. De quoi voulez-vous me parler ?
- Avant toute chose, je tiens à vous remercier de m’avoir reçu aussi rapidement, répondis-je.
- Mais je vous en prie, c’est bien normal. Nous sommes à l’écoute de nos concitoyens, de nos lecteurs. Je vous avoue que votre appel téléphonique m’a intriguée. De quoi s’agit-il exactement ? m’interrogea-t-elle.
- Je voudrais vous parler de Télévidence.
- La chaîne de télévision Télévidence ?
- Oui, exactement. Et plus particulièrement de leur émission-réalité Trade : Celebrity.
- J’avoue que vous me surprenez, monsieur Morel. Je ne comprends pas très bien en quoi notre journal peut intéresser Trade : Celebrity.
- Ah, vous considérez le problème à l’envers, mademoiselle Pelletier. C’est plutôt Trade : Celebrity qui pourrait intéresser votre quotidien.
Je me lançai alors dans une grande explication, lui parlant de Maryline, de l’émission, des travers pervers de cette dernière, des parents de Maryline et concluant ainsi :
- Il n’y a plus que vous qui puissiez faire quelque chose. Moi, je n’ai aucun pouvoir. Mais je sais une chose : les candidats à cette saleté de programme sont en grand danger qu’il soit physique ou psychologique. Il y a un non-respect des participants, de leurs familles et même des téléspectateurs. Il faut dénoncer ces abus et il n’y a que vous qui puissiez le faire. Aidez-moi, je vous en prie.
Alexandra Pelletier resta silencieuse et affichait un regard plutôt dubitatif. Sans cesser de me fixer, elle prit un stylo bille qu’elle tritura nerveusement.
- Je comprends bien tout ce que vous venez de me raconter, monsieur Morel, mais je ne suis pas certaine que le Bien Public puisse vous apporter l’aide que vous souhaitez. Et puis pourquoi nous, d’abord ?
- Mais parce que vous êtes le quotidien de toute la Côte d’Or, pardi ! Cela n’est pas rien !
- Nous sommes un petit quotidien régional tiré à soixante-cinq mille exemplaires, monsieur Morel. Ce n’est pas Paris-Match non plus, il ne faut rien exagérer. Avez-vous seulement une idée de ce qu’est Télévidence ? Et puis je me pose une question, monsieur Morel. Vous m’avez exprimé vos craintes concernant votre amie, certes, mais qui vous dit qu’elle a envie d’arrêter le jeu ?
- Elle ne se rend pas compte de ce qui se passe, de ce qui se trame. Le compte-rendu que je vous ai fait concernant la réunion des coachs s’est fait à huis-clos. Aucun des candidats n’en a eu vent. Maryline est en danger et elle n’est pas la seule. Il y a aussi ce jeune mannequin, Maylis. Télévidence pousse les candidats aux limites les plus extrêmes, jusqu’à l’anorexie pour certains, l’épuisement pour tous. Ne laissez pas tomber, s’il vous plaît ! Allez faire une interview et regardez dans quel état sont les concurrents. C’est tout ce que je vous demande.
- Et quelles sont les raisons que nous aurions de réaliser une interview ou un reportage sur cette émission, monsieur Morel ?
- Vous plaisantez, j’espère ! Maryline est Dijonnaise, mademoiselle Pelletier. Cela mérite quand même que le quotidien de la région s’y intéresse, non ?
- Qu’attendez-vous de moi, exactement ?
- Je veux que vous remettiez à Maryline un courrier de ma part. »
(à suivre...)
© 2007 Plum'
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jeudi, 22 novembre 2007
Mise en trop... pis !
Je suis là, assise en face de lui et j’ai du mal à soutenir son regard. Pourtant, je sais ou plutôt je dois affronter ses yeux. C’est impératif ! Je le sens à m’observer avec une seule idée en tête : plonger ses prunelles en moi afin de me découvrir, me déshabiller, me fouiller… Et pour cela, il doit arriver à croiser les miennes, afin de les hypnotiser, de les posséder.
J’ai toujours du mal avec ce genre de type. Sa voix est trop agréable avec des mots bien articulés et caressants, mais je sens en lui une poigne, une force bien trop tranquille. Je m’en veux d’être impressionnée à ce point, d’être si impressible. Il le sait et je sais qu’il le sait à sa façon de baisser d’un demi-ton son timbre. A présent, il me parle, il m’explique, illustrant ses propos à grand renfort de métaphores. Il s’adresse à moi comme à une enfant ou une personne malade.
J’attends la question. Je la crains. Mais je sais que je n’y échapperai pas.
Mes mains sont moites et je n’ose pas les poser sur la table, de peur de laisser mes empreintes d’inquiétudes humides. Je rêve de mettre mes mains, l’une contre l’autre, entre mes cuisses, bien à l’abri. Mais cela ne se fait pas. Et encore moins lorsque l'on porte une robe !
Mes pieds sont possédés. Ils désirent s’enfuir et il me faut énormément me concentrer pour qu’ils restent joints, bien à plat au sol, sans bouger.
J’ai des frissons. Plus j’écoute sa voix et plus je me sens tressaillir. A force d’essayer de maitriser tout mon corps, je commence à sentir ma colonne vertébrale se raidir. J’ai froid mais j’éprouve également une certaine sensation de chaleur, d’étouffement. C’est indicible mais cela ne demande qu’à s’épanouir, qu’à m'envahir…
Ca y est ! Il a terminé sa phrase par un phonème montant. Mon dieu, il vient de me poser une question ! Je ne l’ai même pas entendue. Ma bouche est sèche et ma langue caresse des lèvres sableuses. Je sens ma gorge se serrer et mon cœur battre trop fort. Devant moi, il y a un verre d’eau. Mais boire signifierait mon trouble…
Je ferme mes yeux brûlants essayant de réfléchir vite. Le faire répéter reviendrait à avouer que je ne l’écoute pas. Mais comment faire ? Je dois braver son regard et lui sourire. Oui, c’est cela ! Un sourire qui en dit long, qui ironise, qui charme… Un sourire qu’il interprètera comme il le souhaite. Un sourire qui sera mon miroir aux alouettes… Si seulement ma lèvre supérieure cessait de trembler, je me sentirais déjà plus détendue. J'éprouve une réelle difficulté, ma bouche est si sèche qu'elle me donne l'impression que mes lèvres vont se déchirer...
Mes mains sont comme deux serviettes éponge trempées, quel cauchemar ! Je suis persuadée qu’il va me raccompagner et qu’il ne me rappellera pas. C’est même certain. J’ai tout gâché, c’est de ma faute…
Il se lève, je me lève. J’ai la tête qui tourne un peu et j’ai du mal à déglutir. Il me raccompagne, promet de me rappeler.
L’air frais, dehors, me fait du bien, me revigore. Je sais bien qu’il ne me donnera jamais de ses nouvelles. Je sens bien que je ne l’intéresse pas. Je ne peux pas lui en vouloir…
Je m’appelle Odette, j’ai cinquante-deux ans et je suis RMIste depuis quatre ans. Aujourd’hui, j’avais un entretien, dans un grand magasin, pour un emploi de vendeuse en fruits et légumes.
Je crois bien que je l’ai foiré…
© 2006 Plum'
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