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mardi, 18 mars 2008
Il était une voix...

Elle rentrait chez elle, ce dimanche matin. Elle venait d’effectuer son devoir de bonne citoyenne et, en sortant du lycée dans lequel se trouvaient les bureaux de vote, elle était passée à la boulangerie, histoire de se récompenser pour ce lever dominical plutôt matinal pour elle. Elle n’était plus qu’à deux cents mètres de la maison et attendait à un passage piéton que la Harley, là-bas, soit passée. Mais la moto s’est arrêtée devant elle et son conducteur, vêtu de cuir, casqué, portant lunettes de soleil et foulard sur le bas du visage lui a lancé un joyeux « Hey ! Bonjour ma jolie ! ». Elle n’a pas bronché, s’est regardée droit dans ses lunettes miroirs, attendant que…
Il a alors enlevé son casque et des cheveux poivre et sel, coupés très courts, sont apparus. Il a baissé son bandana, lui a sourie. Ce sourire… oui, ce sourire un peu coquin, cette jolie dentition elle les connaissait. Et puis, il a retiré ses lunettes et elle s’est sentie devenir dure comme du plâtre. Ces deux yeux verts, ces lèvres toujours un peu humides et cette allure si sexy… Tout cela était si loin aujourd’hui.
Elle lui a rendu son sourire et ils se sont embrassés. Il semblait heureux de la revoir. Elle se sentait gênée. Il était toujours aussi beau. Elle se sentait moche avec ses kilos en trop, pas maquillée. Il lui a demandé comment elle allait et elle lui a répondu en lui rendant sa question. C’est son grand truc, ça, répondre à une question par une autre question. Beaucoup de gens se font avoir avec cela. Ils répondent, se livrent et elle, elle est contente. Elle n’a rien lâché…
Il a voulu savoir si elle était seule dans sa vie, à ce moment, comme à l’époque. Elle lui a demandé s’il était toujours marié… Il a souri de cette façon ravageuse et elle a compris, à ce moment très précis, qu’il fallait qu’elle écourte très rapidement cette entrevue. Comme la dernière fois qu’ils s’étaient vus. Enfin, encore plus rapidement. Il lui a demandé ce qu’elle faisait à cette heure-ci dehors. Le soleil était trop éblouissant et la petite pluie fine commençait à se transformer en ondée. Il a passé sa main gantée derrière sa tête et lui a remonté la capuche de son duffle-coat. Il lui a fait remarquer que, la dernière fois, elle était rousse et portait les cheveux longs. Mais que les cheveux courts lui allaient très bien aussi. Il lui a dit qu’il pensait souvent à elle, à cette fameuse soirée, à cette nuit torride qu’elle avait désiré unique. Elle n’a pas répondu, a juste esquissé un sourire. Elle aussi pensait à lui, parfois. Elle n’avait pas souhaité qu’ils se revoient, à l’époque. Elle le sentait dangereux pour elle. Trop beau, trop sensuel, trop doué, trop marié…
Cela faisait vingt-cinq ans qu’ils se connaissaient, maintenant. Elle lui avait toujours plu, elle le savait. Il lui avait longtemps couru après, lorsqu’ils étaient plus jeunes. Il lui plaisait beaucoup aussi, certes, mais elle n'avait pas cédé. Ils se perdirent de vue, se retrouvèrent. Il venait de rencontrer celle qui allait devenir sa femme mais lui avait proposé de tout arrêter si elle acceptait enfin de sortir avec lui, de lui laisser sa chance. Mais elle avait encore refusé, ne lui faisant pas confiance. Trop beau, beaucoup trop beau… Ses copines de l’époque ne la comprenaient pas. Comment pouvait-elle laisser passer une « occasion » pareille ? Elle ne se l’expliquait pas elle-même. Les années avaient passé et, par un beau dimanche d’été, ils s'étaient revus, par hasard, un dimanche après-midi trop chaud, à la piscine. Elle s’était sentie très nue, trop grosse, huileuse, mal coiffée alors que lui était littéralement magnifique. Elle avait eu le temps d’observer les regards en biais de toutes ces femmes allongées sur leur serviette. Il lui avait demandé ce qu’elle devenait, où elle travaillait, lui avait appris qu’il était marié et père de famille. Et ce qui n’aurait pas dû arriver s’était produit. Il était venu la voir, trois jours plus tard, sur son lieu de travail, l’avait invitée à prendre un verre sur une terrasse, lorsque sa journée serait terminée, histoire de parler du bon vieux temps. Elle savait qu’il aurait mieux valu refuser mais elle avait accepté, se persuadant qu’un verre ne prêterait pas à conséquences. Et puis, après tout, ce n'était qu'un copain de jeunesse... Et il y avait eu d’autres verres, d’autres jours. Et il y avait bientôt eu l’invitation à cette soirée. Il y avait eu la chaleur du mois de juillet, la musique, la danse, un peu d’alcool. Il y avait eu lui et son sourire, lui et son corps, lui et ses mains, lui et ses mots chuchotés à son oreille où il lui confiait qu’il la désirait toujours autant, comme au premier jour de leur rencontre, dix-sept ans auparavant. Elle s’était sentie vulnérable, presqu’en danger. Elle avait des convictions, une morale. Elle avait des hormones aussi, du désir pour lui, beaucoup de désir, trop de désir… Ils étaient rentrés chez elle et elle lui avait affirmé qu’il n’y aurait qu’une nuit, qu’une fois. Une seule et unique fois. Il avait respecté son choix. Cela avait peut-être contribué à la magie de cette nuit-là. Sûrement…
Et puis, il a eu cette petite phrase qui aurait dû être insignifiante, mais qui ne l’a pas été.
« J’espère que tu n’as pas voté B. ! »
Elle n’a pas répondu, ne confirmant ni n'infirmant sa phrase. Elle a juste souri. Il lui a dit que c’était un choix idiot, que B. était un traître, un lâche, qu’il avait préféré abandonné les siens parce que bouffé par ses ambitions. Elle lui a répondu qu’elle votait d'abord un homme et non un parti, que c’était des élections municipales et, surtout, que ses choix ne regardaient qu’elle. Après tout, il habitait la banlieue, de quoi se mêlait-il ? Ils ont évoqué les présidentielles et il a reconnu avoir voté pour l’actuel Président. Il avait proposé de bonnes idées et la représentante de l’opposition n’avait pas été à la hauteur, de toute façon. Elle a écourté la conversation qui commençait à s’animer. Elle lui a montré le sachet de viennoiseries en prétextant qu’on l’attendait. Elle s’est rendu compte qu’au fond de son ventre il n’y avait plus de désir mais une sensation de faim.
Elle est repartie d’un pas léger, contente d’elle-même. Finalement, son instinct la trompait rarement…
© 2008 Plum'
00:00 Publié dans Saveur Aigre-Douce | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note



Commentaires
Je me suis régalé.
1. - C'est vrai que les Jésuites répondent toujours à une question par une question ?
- Qui est-ce qui t'a dit ça.
2. petite coquille : perdèrent/perdirent.
3. Le charme qui tombe avec le temps mais tout à fait quand même et la sagesse qui pèse le pour et le contre.
4.Tout ça sur fond d'élections. Joli. Comme j'aime.
5. Aujourd'hui, avec le temps, la mentalité et les choix prennent plus d'importance que la beauté, les mains. Qu'est-ce qu'on est bien dans la maturité.
6. Tout faux lui : aux Présidentielles comme aux municipales. Banlieusard, va !
7. Laisse passer les ringards en Harley, les viennoiseries sont fraiches, elles.
Merci pour ce petit déj. délicieux, Plum' Bonne journée.
Ecrit par : Claudiogène | mardi, 18 mars 2008
La voici libérée...
la vie lui semblera plus légère à me pas en douter...
Ecrit par : matheo | mardi, 18 mars 2008
C'est difficile de passer derrière Claudio.
Mais ces échanges, quel plaisir.
Je retiens l'actualité de cette voix, c'est présent, Plum' est là !
A très bientôt.
Ecrit par : Christian | mardi, 18 mars 2008
Qu'as tu contre les Harley ? j'en ai eu une dans les années 50, une grosse maouss de l'armée américaine. Un vrai tank (en parlant de tank , il lui en fallait un aux fesses pour l'alimenter). C'était un cadeau de mon GI de beau- frère.
Cette nouvelle est si bien menée, qu'on peut la situer à lundi dernier. Tu me surprendras tout le temps. même le crachin y était .
Bonne semaine. Bises x2
Ecrit par : patriarch | mardi, 18 mars 2008
Et dire qu'ils y en a qui ne votent pas pour ce Blog au festival de Romans!
Unanime le LP jury
a l'unanimité: 1er prix!
Ecrit par : Louis-Paul | mardi, 18 mars 2008
Mais dis-moi...!!!
La "bogossatitude"... et que j'te remonte le col, et que j'te remémore LA soirée... Pouerk, ça sent le traquenard ! A n'en pas douter elle a eu du flair encore une fois !!!!
Et puis un bon brunch c'est tellement bien quand on se sent l'esprit léger !!!
Bisous et à bientôt ma belle
Ecrit par : My | mardi, 18 mars 2008
J'aurais réagi comme ton héroine !! J'ai bien ri.
Il faut toujours suivre son instinct !!
Bises ce mercredi Plum'!
Ecrit par : antigone | mercredi, 19 mars 2008
on aime bien cette idée que l'instinct ne se discute pas...surtout le féminin et surtout quand on le décrit si bien...
la politique, elle, oui, sinon on s'ennuirait...
on aime bien cette opposition que tu fais entre l'immateriel et le materiel...et la façon dont tu les relies au détour d'un trottoir, d'une vie, d'une solitude, d'une esthetique...merci pour le plaisir.
bonne fin de journée
Ecrit par : lucile et lucien | mercredi, 19 mars 2008
Elle a passé un moment magique, que demander de plus ! Elle a pu surtout en confrontant le réel à l'imaginaire, mettre fin au mirage, la politique n'étant au fond que la pièce qui manquait pour gripper l'engrenage. Bien vu ! Gros bisous pour ton retour ici.
Ecrit par : lasidonie | jeudi, 20 mars 2008
A Claudiogène : un commentaire de ce type me ferait presque regretter un troisième tour... Pour la p'tite coquille, merci !
A Mathéo : tu penses qu'elle était toujours sous le "joug" affectif de cet homme ?
A Christian : eh bien, je suis contente que tu aies apposé ta patte ! Je t'embrasse bien fort Christian.
A Patriarch : mais je n'ai rien contre les motos, au contraire ! Quant à la météo, c'était le temps du 16 mars, en Alsace...
A Louis-Paul : ça c'est super gentil ! D'un autre côté, je n'ai pas trop parlé de ce concours. Je n'ai pas l'esprit de compétition, je le reconnais.
Gros bisous à tous les deux.
A My : je ne sais pas si elle a eu du flair. J'aurais tendance à penser qu'elle n'aime pas regarder derrière elle. Elle doit plutôt être du genre à ne pas avoir de regrets.
J'espère que le week-end était sympa et plus chaud qu'ici ! On a tout eu : la neige, la pluie, le vent... Manquait plus que le Père Noël, tiens !
Bisous à tous les 3 et à bientôt, j'espère.
A Antigone : il est toujours amusant de voir combien on peut changer en vieillissant. La plupart du temps, on s'embourgeoise et, la plupart du temps, on refuse de le reconnaître...
Gros bisous ma belle !
A Lucile et Lucien : le trottoir rime avec hasard. J'aime bien cette idée de décor pour une rencontre, des retrouvailles et même une séparation. La rue est porteuse de tous les espoirs et de toutes les misères, aussi. Votre commentaire m'a donné plein d'idées, merci à vous deux.
A Sido : on se protège comme on peut... ;-)
Gros bisous ma Sido !
Je vous souhaite à toutes et tous d'excellentes fêtes de Pâques !
Ecrit par : Plum' | vendredi, 21 mars 2008
j'ai passer une super soirée hier soir, c'était pas du tout prévu que je passe 4 heures avec toi mais c'est à chaque fois un vrai plaisir. Merci d'être mon amie. Bisous ma belle, au faite !!!!!!! génial ton texte......
Ecrit par : sylvie | dimanche, 30 mars 2008
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