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vendredi, 28 mars 2008
TOILEtte
Il est neuf heures et, d'une ponctualité sans faille, elle ouvre les persiennes de sa chambre du troisième étage de la rue des Martyrs. Elle est jolie Mathilde, le matin à son réveil, les yeux emplis de rêves et les lèvres toutes gonflées par le sommeil. Ses longues boucles rousses, encore libres à cette heure, descendent jusqu’à sa taille. Une longue chevelure épaisse, soyeuse et dont la couleur fauve s’enflamme lorsqu’elle rencontre les rayons du soleil. Sa chemise de nuit de coton ciel fait ressortir le teint laiteux de sa peau, laissant apparaître la rondeur de ses bras et de ses épaules. Elle aère la chambre et s’assoit à sa coiffeuse tandis que la bonne lui prépare son bain…
Dans l’immeuble d’en-face, Edgar est à l’affût et ne perd pas une miette du spectacle qui s’offre à lui. La toile est prête, les crayons de pastels sont alignés par ordre de couleur, il n’y a plus qu’à attendre. Cela fait déjà cinq ans qu’il loge dans cette maison, mais cela ne fait que quelques semaines qu’il s’est aperçu à quel point Mathilde avait changé. Elle a maintenant dix-huit ans et sa croissance est terminée. Elle présente tous les appâts d’une vraie beauté et il n’y a pas de doute qu’elle doit déjà être très courtisée dans les soirées. Elle aurait pu servir de modèle à Botticelli pour sa Vénus…
… L’eau est bien chaude et Mathilde s’y glisse avec délice. La fenêtre ouverte permet à la buée de s’échapper et l’air encore un peu frais des matins de ce début de mai fait contraster agréablement la température du bain et celle de l’air ambiant. Elle ferme les yeux, confortablement installée, et laisse ses pensées errer au son des bruits de la rue. Le violoniste du numéro neuf débute ses répétitions et l’instrument entame une sonate de Mozart. Le quartier s’anime en ce lundi de printemps, la journée sera belle…
… Tel un chat qui épierait un merle, Edgar l’observe d’un œil qui commence à faillir, le bâton de craie brune à la main. En effet, sa vue baisse et lui occasionne de terribles migraines. C’est pourquoi il peint à cette heure-ci, lorsque le soleil illumine les façades des immeubles d’en face. L’après-midi, il quitte son appartement et dessine des scènes en intérieur, chez des modèles choisis. Ses tableaux changent au fur et à mesure que ses problèmes oculaires s'aggravent, il s’en aperçoit. Il choisit souvent des couleurs plus vives, plus crues. Ah ! Enfin, Mathilde procède à sa toilette. Dans quelques minutes elle sortira de son bain et c’est cet instant-là qu’il veut immortaliser. Ce moment magique où elle s'offrira dans toute sa nudité, sans gêne aucune, puisque nullement inquiétée.
… La journée s’annonce magnifique ce qui est une bonne nouvelle. Hier, le ciel était chargé d’affreux nuages et deux bonnes averses ont gâché l’après-midi. Mais pas de souci, son déjeuner avec Jeanne aura bien lieu et ensuite elles iront chez Marinette, leur modiste préférée, se faire faire un nouveau chapeau. L’eau commence à fraîchir, un dernier passage du pain de savon sous les bras, sur la nuque, les épaules, entre les cuisses et elle se rasseoit dans le bain pour se rincer. Pour Mathilde, c’est le moment de la journée qu’elle préfère. Elle se relève, enjambe la baignoire, attrape le drap de lin propre et s’installe tranquillement dans son fauteuil afin de se sécher bien correctement. Elle tourne presque entièrement le dos à la fenêtre, passant et repassant le tissu un peu rêche sous ses aisselles, sur son dos, sous ses seins…
… Ca y est, il la tient ! D’une main sûre et rapide, l’esquisse forme une silhouette assise, un fauteuil, un bras en l’air, des pans d’étoffe. Puis ce sont les couleurs qui se confrontent, se superposent, se fondent entre elles. Des ombres apparaissent donnant du relief, de la vie à l’œuvre. Le soleil commence à tourner. Il se lève et rabat légèrement les contrevents, les yeux larmoyants et éblouis. Il termine son tableau de mémoire, dans une semi-pénombre, plus confortable. L’œuvre terminée, il l’approche de la fenêtre et sourit. Le rendu est plus que réussi, superbe, laissant apparaître, à la fois avec pudeur et érotisme, le dos et la magnifique chute de reins de son jeune modèle. Chaque mouvement est perceptible, la quiétude de cet intime instant également. Il repose sa toile sur son chevalet et y appose sa signature : Edgar Degas.
Peut-être un jour sera-t-il vraiment connu…
© 2006 Plum'
00:00 Publié dans Saveur d'Antan | Lien permanent | Commentaires (20) | Envoyer cette note




Commentaires
Une autre fois, il peindra le visage de la souffrance, celle de la dépendance...
Merci Plum' de ton long com où je me suis bien retrouvé.
Ta nouvelle « relation basée sur la liberté, le plaisir, l'envie » et qui te procure amène ce bonheur mais aussi le nôtre de te lire. Bises..
Ecrit par : Louis-Paul | vendredi, 28 mars 2008
C'est superbe chère Plum', c'est comme si tu étais le peintre.
Ecrit par : Christian | vendredi, 28 mars 2008
merci pour nous inviter dans l'intimité de l'artiste...
Ecrit par : matheo | vendredi, 28 mars 2008
Je le connaissais comme sculpteur, moins comme peintre. Jolie façon de nous le présenter.
Ecrit par : patriarch | vendredi, 28 mars 2008
Je me souvenais bien de ce texte, et la même magie a opéré.
J'ai changé de siècle et suis allée m'asseoir dans un coin de l'atelier, pour les observer. J'y serais bien restée encore un peu !
Merci pour ce beau moment d'évasion.
Bizzzzz
Ecrit par : My | vendredi, 28 mars 2008
Un très joli moment de peinture Plum' ! Bravo ! Et bises.
Ecrit par : antigone | samedi, 29 mars 2008
Je l'avais en mémoire, cette visite à l'atelier, car Degas et les impressionnistes c'est mon "feeling" (commode l'anglais quand on cherche le juste mot...). Y repasser en prenant son temps, c'est comme repasser dans une galerie dont on aime les oeuvres. Bon Dimanche, plum' favorite...
Ecrit par : lasidonie | samedi, 29 mars 2008
Parfois, le cerveau n'enregistre qu'imparfaitement, ce que lisent les yeux. Je n'avais pas remarqué le titre:
TOILEtte !!
Bon dimanche !
Ecrit par : patriarch | dimanche, 30 mars 2008
Si on faisait dans un certain style, on dirait qu'on s'était toujours demandé comment il l'avait peint ce tableau là..à quoi il pensait...
Mais non, nous nous sommes laissés surprendre...avec délice! Merci pour le plaisir
Bonne soirée
Ecrit par : lucile et lucien | lundi, 31 mars 2008
C'est comme si on y était Plum. Ton talent est celui de te glisser dans la peau du personnage et de nous faire voir, sentir et vibrer avec les sentiments des acteurs.
Héroïne des mots et talentueuses sensations...
Ecrit par : Claude | mardi, 01 avril 2008
juste un salut de mi-semaine ;-)
Ecrit par : patriarch | mercredi, 02 avril 2008
Belle journée Plum :)
Ecrit par : Claude | vendredi, 04 avril 2008
Passes une bonne fin de semaine, Plum'.
Bises x2
Ecrit par : patriarch | samedi, 05 avril 2008
bon Dimanche, Plum' Bises x2
Ecrit par : patriarch | dimanche, 06 avril 2008
Voilà encore un bon et beau moment pendant lequel s'éprouve toute la joie et le plaisir d'être un lecteur. Cela devient de plus en plus rare (sourire)
michel
Ecrit par : michel gonnet | lundi, 07 avril 2008
Bonne journée, plum'; en espérant que tu vas bien.
Bises de nous deux.
Ecrit par : patriarch | samedi, 12 avril 2008
Bonne fin de semaine !! bises x2
Ecrit par : patriarch | samedi, 19 avril 2008
un petit coucou pour le début de semaine. Bises
Ecrit par : patriarch | lundi, 21 avril 2008
A Louis-Paul : je ne suis pas encore bien à l'aise dans ma "nouvelle relation" mais j'y travaille...
Gros bisous Louis-Paul et bonne semaine !
A Christian : c'est drôle que tu me dises cela, j'ai des envies de me lancer dans la peinture. J'y pense de plus en plus et j'ai vraiment envie d'essayer.
A Mathéo : je reste persuadée que le vrai Degas peignait en atelier. C'est encore mon esprit romantique qui me joue des tours... ;-)
A Patriarch : j'ai été surprise d'apprendre qu'il avait été sculpteur... graveur et photographe ! En ce qui concerne la peinture, il fut avant-gardiste dans cet art. Quant au titre, Walter, ce n'est qu'un titre ! :-)
Grosses bises à tous les deux !
A My : lorsque je l'ai relu, moi aussi je me suis souvenue comme je m'étais régalée à cet exercice.
Gros becs et belle semaine à tous les trois !
A Antigone : merci ma belle ! Bisous et bon mardi !
A Sido : c'est un joli compliment, merci ! Je t'embrasse bien fort ma Sido (je réponds dès que possible à ton mail).
A Lucile et Lucien : je suis ravie que cela vous ait plus. En tous cas, moi j'ai pris beaucoup de plaisir à l'écrire.
Bonne semaine à vous deux !
A Claude : je me suis imposé cet "exercice", un dimanche après-midi, après avoir regardé des tableaux d'impressionnistes sur le Net.
J'ai choisi Degas parce que sa série de "femmes à la toilette" m'avait touchée. J'ai ainsi appris que ces toiles n'avaient pas eu de succès à l'époque de leur création parce que les modèles n'y étaient pas représentées à leur avantage. Moi, c'est justement ce qui m'a plue. Ces femmes sont toutes naturelles et ne donnent pas l'impression de poser.
A Michel Gonnet : je sais, j'ai un peu de mal en ce moment. L'inspiration me fait défaut et le temps aussi. Mais j'ai bon espoir que tout rentre dans l'ordre d'ici peu de temps.
Ecrit par : Plum' | mardi, 22 avril 2008
peut être en effet...
sourire
Ecrit par : mathéo | samedi, 24 mai 2008
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