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vendredi, 28 mars 2008

TOILEtte

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Il est neuf heures et, d'une ponctualité sans faille, elle ouvre les persiennes de sa chambre du troisième étage de la rue des Martyrs. Elle est jolie Mathilde, le matin à son réveil, les yeux emplis de rêves et les lèvres toutes gonflées par le sommeil. Ses longues boucles rousses, encore libres à cette heure, descendent jusqu’à sa taille. Une longue chevelure épaisse, soyeuse et dont la couleur fauve s’enflamme lorsqu’elle rencontre les rayons du soleil. Sa chemise de nuit de coton ciel fait ressortir le teint laiteux de sa peau, laissant apparaître la rondeur de ses bras et de ses épaules. Elle aère la chambre et s’assoit à sa coiffeuse tandis que la bonne lui prépare son bain…

Dans l’immeuble d’en-face, Edgar est à l’affût et ne perd pas une miette du spectacle qui s’offre à lui. La toile est prête, les crayons de pastels sont alignés par ordre de couleur, il n’y a plus qu’à attendre. Cela fait déjà cinq ans qu’il loge dans cette maison, mais cela ne fait que quelques semaines qu’il s’est aperçu à quel point Mathilde avait changé. Elle a maintenant dix-huit ans et sa croissance est terminée. Elle présente tous les appâts d’une vraie beauté et il n’y a pas de doute qu’elle doit déjà être très courtisée dans les soirées. Elle aurait pu servir de modèle à Botticelli pour sa Vénus…

… L’eau est bien chaude et Mathilde s’y glisse avec délice. La fenêtre ouverte permet à la buée de s’échapper et l’air encore un peu frais des matins de ce début de mai fait contraster agréablement la température du bain et celle de l’air ambiant. Elle ferme les yeux, confortablement installée, et laisse ses pensées errer au son des bruits de la rue. Le violoniste du numéro neuf débute ses répétitions et l’instrument entame une sonate de Mozart. Le quartier s’anime en ce lundi de printemps, la journée sera belle…

… Tel un chat qui épierait un merle, Edgar l’observe d’un œil qui commence à faillir, le bâton de craie brune à la main. En effet, sa vue baisse et lui occasionne de terribles migraines. C’est pourquoi il peint à cette heure-ci, lorsque le soleil illumine les façades des immeubles d’en face. L’après-midi, il quitte son appartement et dessine des scènes en intérieur, chez des modèles choisis. Ses tableaux changent au fur et à mesure que ses problèmes oculaires s'aggravent, il s’en aperçoit. Il choisit souvent des couleurs plus vives, plus crues. Ah ! Enfin, Mathilde procède à sa toilette. Dans quelques minutes elle sortira de son bain et c’est cet instant-là qu’il veut immortaliser. Ce moment magique où elle s'offrira dans toute sa nudité, sans gêne aucune, puisque nullement inquiétée.

… La journée s’annonce magnifique ce qui est une bonne nouvelle. Hier, le ciel était chargé d’affreux nuages et deux bonnes averses ont gâché l’après-midi. Mais pas de souci, son déjeuner avec Jeanne aura bien lieu et ensuite elles iront chez Marinette, leur modiste préférée, se faire faire un nouveau chapeau. L’eau commence à fraîchir, un dernier passage du pain de savon sous les bras, sur la nuque, les épaules, entre les cuisses et elle se rasseoit dans le bain pour se rincer. Pour Mathilde, c’est le moment de la journée qu’elle préfère. Elle se relève, enjambe la baignoire, attrape le drap de lin propre et s’installe tranquillement dans son fauteuil afin de se sécher bien correctement. Elle tourne presque entièrement le dos à la fenêtre, passant et repassant le tissu un peu rêche sous ses aisselles, sur son dos, sous ses seins…

… Ca y est, il la tient ! D’une main sûre et rapide, l’esquisse forme une silhouette assise, un fauteuil, un bras en l’air, des pans d’étoffe. Puis ce sont les couleurs qui se confrontent, se superposent, se fondent entre elles. Des ombres apparaissent donnant du relief, de la vie à l’œuvre. Le soleil commence à tourner. Il se lève et rabat légèrement les contrevents, les yeux larmoyants et éblouis. Il termine son tableau de mémoire, dans une semi-pénombre, plus confortable. L’œuvre terminée, il l’approche de la fenêtre et sourit. Le rendu est plus que réussi, superbe, laissant apparaître, à la fois avec pudeur et érotisme, le dos et la magnifique chute de reins de son jeune modèle. Chaque mouvement est perceptible, la quiétude de cet intime instant également. Il repose sa toile sur son chevalet et y appose sa signature : Edgar Degas.

Peut-être un jour sera-t-il vraiment connu…

 

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mardi, 25 mars 2008

Sauce passe-TAG à...

Aujourd’hui, je me décide à répondre à mes amis virtuels AnTAGone Antigone et Lucile et Lucien. En effet, j’ai été taguée comme une vulgaire façade publique et je vous livre ici (enfin) mes tics-tags-tocs que vous ne connaissez pas encore (normalement !).

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Le trait principal de mon caractère est la force (de caractère). Ces derniers temps, il est vrai, je ne la retrouve pas vraiment mais il parait que c’est un mauvais passage qui ne durera pas. Ouf, parce que ce n’est pas moi et cela me fatigue !

 

Lorsque je suspends du linge fraîchement lavé, j’assortis toujours les pinces à linge à la couleur de la pièce qu’elles tiendront. Et lorsque c’est impossible, avec du noir par exemple, je tranche avec du blanc. Naturellement, il est hors de question d’accrocher un vêtement avec deux pinces à linge de forme différente (même si elles ont la même couleur). Pas la peine de secouer la tête avec cet air qui en dit long. Je sais ! Et alors ?

 

La qualité que je désire le plus chez un homme est sûrement la courtoisie. Et l’humour aussi. Et l’attention. Ah, j’oubliais, la pédagogie ! Et la mémoire des dates. Il y a le romantisme aussi. Et la gentillesse. Qu’il sache cuisiner me comble ! Et aussi… Certain(e)s comprendront enfin pourquoi ma vie est ce qu’elle est à l’heure d’aujourd’hui…

 

Je suis très attirée par les arts divinatoires et la cartomancie en particulier. Il parait que c’est mon ascendant Poissons qui en est la cause. Oh, ça va, hein ! Nul n’est parfait !

 

Les qualités que je préfère chez les femmes sont la gentillesse et l’intelligence. Tout sauf « bêtes et méchantes » !

 

Je me parfume avant d’aller me coucher. Depuis des années. Je ne peux pas me doucher et ne pas me parfumer y compris le soir. Cela dit, mes moyens ne me permettent pas le N° 5 de Chanel. Pour la nuit, je me contente d’eaux de toilette bien plus modestes et, surtout, moins capiteuses.

 

Mon principal défaut est la franchise. Je sais me taire, garder certaines opinions pour moi. Mais si l’on me demande mon avis, peu m’importe que cela ne soit pas politiquement correct. Je dis ce que je pense et même si cela surprend, je m’aperçois que cela passe finalement plutôt bien, en général.

 

J’ai des préférences, en matière d’achats, plutôt masculines. Je n’ai aucun plaisir à faire les boutiques de fringues, les maroquineries, les chausseurs, les bijouteries, etc… Moi, ce qui m’éclate, c’est le High-Tech. Je peux passer des heures dans les magasins d’informatique, les rayons audio-vidéo, photos, électroménager…

 

Ma principale qualité doit sûrement être l’humour suivi de très près par l’optimisme. Je pense que l’un ne va pas sans l’autre. C’est en prenant à la « rigolade » certains moments peu marrants de ma vie que j’ai réussi à les surmonter, je crois.

 

Je suis incapable de suivre une recette de cuisine à la lettre. Il faut toujours que je rajoute des tas d’épices, d’aromates, de choses qui n’étaient pas prévus. J’avoue très modestement que je n’ai pas eu de réclamations à ce jour. A croire que mes invités sont tous très bien élevés…

 

Mon occupation préférée est le farniente. Je n’en ai pas honte, j’adore ne rien faire, laisser aller mes pensées, rêvasser, refaire le monde, m’évader. Je suis comme cela depuis petite et je n’ai jamais perdu cette faculté de m’échapper (lors d’un repas en réunion, par exemple) tout en laissant toujours trainer une oreille. Ainsi, je ne me fais jamais surprendre et tout le monde est content !

 

Je suis sans cesse surprise lorsqu’on m’appelle Madame. C’est drôle, je ne me sens pas concernée de suite. Je ne me suis pas sentie grandir et je ne me sens pas vieillir. D’un autre côté, je le vis sûrement beaucoup mieux que si on s’adressait à moi en m’appelant Monsieur…

 

Un plat qui me met l’eau à la bouche est, sans conteste, un plat de pâtes ! Et pas besoin de le sophistiquer. Les spaghettis cuits al-dente avec un filet d’huile d’olive et du parmesan suffisent à me combler.

 

J’ai horreur de me laver les cheveux, de les sécher et de les coiffer. C’est pourquoi je les porte courts. Autant je peux m’occuper de mon visage, autant toucher à mes cheveux m’est pénible. Une chose est sûre, je n’aurais jamais pu être coiffeuse. Beurk !

 

Mes mots favoris ? Je n’en dirai qu’un mais qui les regroupe tous : dictionnaire ! Je ne peux pas choisir parce qu’un mot, un seul, ne peut être extrait d’une langue aussi riche que la nôtre.

 

J’ai un tempérament qui me fait constamment défier la douleur. Je ne prends pas de médicaments tant que je peux supporter la douleur. Le résultat n’est pas bon : en général, je vais chez le médecin un peu trop tard…

 

C’est sûrement la bêtise humaine que je déteste par-dessus tout et que je ne peux pas pardonner. Trop souvent, elle mène à la méchanceté voire à la cruauté. Elle est motivée par la frustration, la jalousie, l’ambition. Tout ce que j’aime…

 

Hormis l'alimentation, je fais l’essentiel de mes achats sur le Net. Je suis devenue une vraie pro de la chasse aux bonnes affaires…

 

Et pour terminer ce long strip-tease, si j’avais un rêve, un seul… J’aimerais savoir que, dans le monde, plus personne n’a faim ni soif.

 

© 2008 Plum'

 

vendredi, 21 mars 2008

Rat... ification

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« - Gréégooooiiiiire !!! Mais qu’est-ce que c’est que ce… ce truc ? Grégoire, viens immédiatement !!! Et vitesse grand V ou j’ameute tout le quartier !!!
- Reste cool, j'suis là, pas besoin de jouer à la Castafiore ! Che passa ?
- Che passa ??? Tu peux m’expliquer ce que ce... ce que cette… bestiole fait dans ton lit, s’il te plait ? Et, je te conseille vivement de me dénicher du plus profond de tes hémisphères cérébraux une explication qui me convienne !!! Je t’écoute !!! »

Et voilà approximativement, la reconstitution du premier dialogue de la journée avec mon fils, Grégoire, 15 ans.

Il est neuf heures et dix-huit minutes, je monte à l’étage pour effectuer mon labeur de femme d’intérieur, à savoir le ménage, et qu’ai-je l’immense joie de découvrir, niché sous la couette de la chair de ma chair ? Un rat ! Oui, oui, vous avez bien lu : UN RAT ! Et pas un petit ! Plutôt un modèle échappé d’un labo parce qu’il en aurait eu assez de tester des hormones de croissance, vous voyez ? Et moi, cette longue queue rose, ce petit air vicieux, je ne peux pas ! Cela me terrorise, cela me paralyse, cela me… cela m’écoeure, cela me fait peur !…

Mais pourquoi faut-il toujours que mon formidable, mon admirable époux soit en déplacement au moment où j’ai le plus besoin de lui ? Cela restera le grand mystère de notre mariage ! De plus, je n’ai vraiment pas de chance, parce que Fifine, notre chatte, a choisi la semaine dernière pour se faire écraser ! On peut dire que je suis maraboutée !

Je n’ai jamais voulu d’animaux, je n’accroche pas ! Déjà fillette, ce n’était pas mon truc. Cela fait des saletés, du bruit, il faut s’en occuper, c’est difficile à gérer lorsqu’on part en vacances, cela coûte en soins et nourriture. Et qu’elle en est la contrepartie ? Un canapé lacéré, mordillé, démonté ! Des tapisseries arrachées ! Des tapis et moquettes tachés ! Un démaquillage lingual avec, en prime, une haleine de coyotte hépatique en phase terminale !

Non, je regrette ! Et pourtant, j’aime les poissons mais… en papillottes avec une sauce au beurre blanc, j’aime les veaux mais… délicatement escalopés à la crème et aux champignons, et les renards, les loups, je les aime aussi… dans mon armoire, sur cintres ! D’aucuns diront que je suis sans cœur. C’est faux ! J’adore les bêtes mais chez elles, dans la nature… et les rats dans les laboratoires ! Chacun chez soi ! Est-ce que je me balade dans les égoûts, moi ? Non ! Alors les rats n’ont pas à faire leur sieste digestive dans le lit de mon fils, voilà !

Bon, mon rejeton m’a tout-de-même époustouflée sur ce coup-là. Il a plaidé la cause du rongeur avec une telle emphase que je me suis laissée persuader de tolérer l’intrus mais enfermé à double tour dans une cage. Je n’ai toujours pas compris comment j’en suis arrivée là, mais j’ai accepté !

Grégoire s’est fait l’avocat du diable et je me suis retrouvée, hors de sa chambre, convaincue que nous hébergions sous notre toit, la réincarnation de l’illustre Einstein (prénom d’ailleurs attribué à notre nouveau colocataire : le rat)… Il y a eu de sérieuses négociations et nous sommes arrivés aux accords suivants :

RAT = Reprise Assidue du Travail scolaire
RAT = Rangement Actif de la Turne de monsieur mon fils
RAT = Réduction de l’Addition Téléphonique
RAT = Respect des Anciennes Traditions (déjeuners dominicaux en famille, par exemple)
RAT = Rap A fond Terminé

Finalement, je crois que je commence à bien l'aimer, notre Einstein !!!

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mardi, 18 mars 2008

Il était une voix...

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Elle rentrait chez elle, ce dimanche matin. Elle venait d’effectuer son devoir de bonne citoyenne et, en sortant du lycée dans lequel se trouvaient les bureaux de vote, elle était passée à la boulangerie, histoire de se récompenser pour ce lever dominical plutôt matinal pour elle. Elle n’était plus qu’à deux cents mètres de la maison et attendait à un passage piéton que la Harley, là-bas, soit passée. Mais la moto s’est arrêtée devant elle et son conducteur, vêtu de cuir, casqué, portant lunettes de soleil et foulard sur le bas du visage lui a lancé un joyeux « Hey ! Bonjour ma jolie ! ». Elle n’a pas bronché, s’est regardée droit dans ses lunettes miroirs, attendant que…

 

Il a alors enlevé son casque et des cheveux poivre et sel, coupés très courts, sont apparus. Il a baissé son bandana, lui a sourie. Ce sourire… oui, ce sourire un peu coquin, cette jolie dentition elle les connaissait. Et puis, il a retiré ses lunettes et elle s’est sentie devenir dure comme du plâtre. Ces deux yeux verts, ces lèvres toujours un peu humides et cette allure si sexy… Tout cela était si loin aujourd’hui.

 

Elle lui a rendu son sourire et ils se sont embrassés. Il semblait heureux de la revoir. Elle se sentait gênée. Il était toujours aussi beau. Elle se sentait moche avec ses kilos en trop, pas maquillée. Il lui a demandé comment elle allait et elle lui a répondu en lui rendant sa question. C’est son grand truc, ça, répondre à une question par une autre question. Beaucoup de gens se font avoir avec cela. Ils répondent, se livrent et elle, elle est contente. Elle n’a rien lâché…

 

Il a voulu savoir si elle était seule dans sa vie, à ce moment, comme à l’époque. Elle lui a demandé s’il était toujours marié… Il a souri de cette façon ravageuse et elle a compris, à ce moment très précis, qu’il fallait qu’elle écourte très rapidement cette entrevue. Comme la dernière fois qu’ils s’étaient vus. Enfin, encore plus rapidement. Il lui a demandé ce qu’elle faisait à cette heure-ci dehors. Le soleil était trop éblouissant et la petite pluie fine commençait à se transformer en ondée. Il a passé sa main gantée derrière sa tête et lui a remonté la capuche de son duffle-coat. Il lui a fait remarquer que, la dernière fois, elle était rousse et portait les cheveux longs. Mais que les cheveux courts lui allaient très bien aussi. Il lui a dit qu’il pensait souvent à elle, à cette fameuse soirée, à cette nuit torride qu’elle avait désiré unique. Elle n’a pas répondu, a juste esquissé un sourire. Elle aussi pensait à lui, parfois. Elle n’avait pas souhaité qu’ils se revoient, à l’époque. Elle le sentait dangereux pour elle. Trop beau, trop sensuel, trop doué, trop marié…

 

Cela faisait vingt-cinq ans qu’ils se connaissaient, maintenant. Elle lui avait toujours plu, elle le savait. Il lui avait longtemps couru après, lorsqu’ils étaient plus jeunes. Il lui plaisait beaucoup aussi, certes, mais elle n'avait pas cédé. Ils se perdirent de vue, se retrouvèrent. Il venait de rencontrer celle qui allait devenir sa femme mais lui avait proposé de tout arrêter si elle acceptait enfin de sortir avec lui, de lui laisser sa chance. Mais elle avait encore refusé, ne lui faisant pas confiance. Trop beau, beaucoup trop beau… Ses copines de l’époque ne la comprenaient pas. Comment pouvait-elle laisser passer une « occasion » pareille ? Elle ne se l’expliquait pas elle-même. Les années avaient passé et, par un beau dimanche d’été, ils s'étaient revus, par hasard, un dimanche après-midi trop chaud, à la piscine. Elle s’était sentie très nue, trop grosse, huileuse, mal coiffée alors que lui était littéralement magnifique. Elle avait eu le temps d’observer les regards en biais de toutes ces femmes allongées sur leur serviette. Il lui avait demandé ce qu’elle devenait, où elle travaillait, lui avait appris qu’il était marié et père de famille. Et ce qui n’aurait pas dû arriver s’était produit. Il était venu la voir, trois jours plus tard, sur son lieu de travail, l’avait invitée à prendre un verre sur une terrasse, lorsque sa journée serait terminée, histoire de parler du bon vieux temps. Elle savait qu’il aurait mieux valu refuser mais elle avait accepté, se persuadant qu’un verre ne prêterait pas à conséquences. Et puis, après tout, ce n'était qu'un copain de jeunesse... Et il y avait eu d’autres verres, d’autres jours. Et il y avait bientôt eu l’invitation à cette soirée. Il y avait eu la chaleur du mois de juillet, la musique, la danse, un peu d’alcool. Il y avait eu lui et son sourire, lui et son corps, lui et ses mains, lui et ses mots chuchotés à son oreille où il lui confiait qu’il la désirait toujours autant, comme au premier jour de leur rencontre, dix-sept ans auparavant. Elle s’était sentie vulnérable, presqu’en danger. Elle avait des convictions, une morale. Elle avait des hormones aussi, du désir pour lui, beaucoup de désir, trop de désir… Ils étaient rentrés chez elle et elle lui avait affirmé qu’il n’y aurait qu’une nuit, qu’une fois. Une seule et unique fois. Il avait respecté son choix. Cela avait peut-être contribué à la magie de cette nuit-là. Sûrement…

 

Et puis, il a eu cette petite phrase qui aurait dû être insignifiante, mais qui ne l’a pas été.

 

« J’espère que tu n’as pas voté B. ! »

 

Elle n’a pas répondu, ne confirmant ni n'infirmant sa phrase. Elle a juste souri. Il lui a dit que c’était un choix idiot, que B. était un traître, un lâche, qu’il avait préféré abandonné les siens parce que bouffé par ses ambitions. Elle lui a répondu qu’elle votait d'abord un homme et non un parti, que c’était des élections municipales et, surtout, que ses choix ne regardaient qu’elle. Après tout, il habitait la banlieue, de quoi se mêlait-il ? Ils ont évoqué les présidentielles et il a reconnu avoir voté pour l’actuel Président. Il avait proposé de bonnes idées et la représentante de l’opposition n’avait pas été à la hauteur, de toute façon. Elle a écourté la conversation qui commençait à s’animer. Elle lui a montré le sachet de viennoiseries en prétextant qu’on l’attendait. Elle s’est rendu compte qu’au fond de son ventre il n’y avait plus de désir mais une sensation de faim.

 

Elle est repartie d’un pas léger, contente d’elle-même. Finalement, son instinct la trompait rarement…

 

 

© 2008 Plum'

samedi, 08 mars 2008

Light Motiv(ation)

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Monsieur le Directeur des Ressources Humaines,

Suite à l’annonce parue dans le journal « Plus Près De Vous » de ce jour, concernant le poste de vendeuse en prêt-à-porter dame, je vous prie de trouver ci-joint mon curriculum vitae. Vous avez également souhaité une lettre de motivation que je vous livre ci-après.

MOTIVATION 1
J’ai trente-sept ans et suis mère de trois enfants de onze, huit et trois ans que j’élève seule. Cela fait presque deux ans maintenant que mon compagnon est parti chercher des cigarettes et qu’il n’a jamais retrouvé le chemin de notre maison. A-t-il perdu le sens de l’orientation ou a-t-il été victime d’une amnésie rétrograde ? Nous ne le saurons jamais puisqu’il a totalement disparu de ma ville et de ma vie, ce jour-là.

MOTIVATION 2
Je me suis donc retrouvée seule avec trois bambins encore jeunes et un crédit immobilier assez important à mon entière charge. En effet, nous avons fait construire une maison sans prétention aucune, certes, mais qui était à notre goût pour abriter notre « amour », sentiment que je croyais présent entre nous à l’époque.

MOTIVATION 3
Le magasin dans lequel je travaillais depuis douze ans a été une des victimes des importants travaux de réaménagement du centre-ville et a malheureusement été contraint de fermer. Etant donné le nombre impressionnant d’enseignes ayant disparu du paysage commercial de notre cité, à cette époque, vous comprendrez bien les difficultés que j’ai pu rencontrer lors de mes démarches de recherches d’emploi, restées vaines à ce jour.

MOTIVATION 4
Il est donc primordial pour moi de retrouver rapidement un poste afin d'acquérir à nouveau une autonomie financière et une dignité que je qualifierais de « perdue en chemin ». Je souhaite ne plus être une charge pour la société, les contribuables ou les associations d’entraide. J’aimerais retrouver une vie riche en rencontres, avoir moi aussi des choses à raconter et, surtout, ne plus ressentir ce sentiment de compassion exaspérante chez mes amis. Je voudrais me sentir complètement intégrée dans la société en général, et dans la vôtre en particulier.

MOTIVATION 5
Je désirerais ne plus être obligée d’aller voir régulièrement Madame Barjac, à l’A.N.P.E. Elle me déprime un peu plus à chaque entretien en me confirmant que ma branche est « résolument bouchée depuis des années » et « qu’à mon âge, il sera de plus en plus difficile d’espérer trouver le poste de mes rêves ». J’ai déjà écrit à l’A.N.P.E. en leur signifiant mon désir de changer de conseiller mais on m’a répondue que chez eux aussi il manquait du personnel (difficile à croire, non ?).

MOTIVATION 6
Afin de ne pas vous envoyer une lettre de plusieurs dizaines de pages, je vais simplement vous lister les motivations restantes mais non développées.

7 pouvoir offrir une alimentation plus équilibrée en viande et produits frais à mes enfants qui commencent à dangereusement s’arrondir à cause des féculents, denrée majoritairement présente dans leur nourriture quotidienne.

8 pouvoir envoyer mes gamins en colonie ou en centre aéré pendant l’été, éventuellement même partir en vacances avec eux, pourquoi pas ?

9 leur offrir de vrais Noël avec les cadeaux qu’ils désirent, à savoir, vous vous en doutez bien, la dernière console de jeux vidéo ou la paire de baskets X.

10 pouvoir m’offrir le coiffeur de temps à autre ou même, plus simplement, profiter des soldes. Redevenir attirante et féminine me permettrait sûrement de me sentir mieux dans ma peau et d’être prête à éventuellement refaire ma vie. Vous êtes un homme, vous me comprenez sûrement, j’en suis sûre…

Je pourrais continuer ainsi ma liste durant encore trois pages mais je pense avoir fait preuve de suffisamment de motivations pour espérer que ma candidature retiendra toute votre attention et débouchera, je l’espère très sincèrement, sur un entretien au jour et à l’heure qui vous conviendront.

Dans l’attente de vous lire, je vous prie d’agréer, Monsieur le Directeur des Ressources Humaines, mes salutations distinguées.

Sarah LEBOL.

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vendredi, 07 mars 2008

L'amor vous va si bien...

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Elle ouvre la porte de la salle et l’aperçoit. Allongée sur la table, les yeux clos, sa cliente semble dormir. Mon dieu, qu’elle est belle ! Elle doit avoir vingt-deux ans, vingt-cinq au maximum. Elle a de longs cheveux bruns, une peau claire, d’un grain fin. Elle est joliment faite, idéalement proportionnée. Rien, chez cette jeune femme, n’est trop gros ou trop petit. Sa main frôle une cheville délicate mais un peu raide, s’attarde sur un poignet fin mais trop crispé. Une traction des membres assouplira ceux-ci.

 

Nettoyage, antisepsie, asepsie.

 

Délicatement, elle entreprend de lui faire sa toilette. Elle manie la douchette, vérifie la température de l’eau, mouille la longue chevelure. L’eau glisse sur la peau ivoire, la faisant briller sous les lampes telle une statue de marbre.

 

Il y a comme une ombre de sourire sur les lèvres de sa cliente. Normale, se dit-elle, pour une future mariée.

 

Injections de formaldéhyde pour fixer, raffermir. Drainage, canules, pinces à mécher, ciseaux.

 

Elle enroule de longues mèches brunes autour de la brosse ronde tandis que son autre main, armée d’un sèche-cheveux, balaye son souffle chaud sur toute la longueur. Au fur et à mesure du coiffage, la couleur s’éclaire légèrement laissant apparaître de beaux reflets auburn. En un quart d’heure, la masse capillaire est devenue soie, éclat, raideur.

 

Une future mariée… jeune… brune… la peau claire…

 

Elle prépare ses produits sur le meuble prévu à cet effet. Crèmes hydratantes teintées beige rosé et éclat porcelaine, poudre libre translucide, poudre compacte velouté pêche (pour le cou et le décolleté). Elle s’applique. Et l’éponge court doucement sur le visage, sur les paupières, sur les lèvres pâles, n’omettant pas de recouvrir les oreilles, faisant attention de n’oublier aucune de ces petites rides d’expression. Elle se concentre. Et le pinceau, tel un papillon, dépose les poudres, les étale jusqu’à ce que les zones de brillances ne soient plus que matité, velouté. Comme une artiste peintre, elle illumine le visage à coups de fards. Les crayons redessinent les paupières, ourlent une lèvre supérieure légèrement amollie. Des teintes pastelles, du rose pétale, du blanc lys, du caramel et de la châtaigne redonne vie à ce visage, sublimant sa beauté naturelle. Une touche de mascara foncé sur la frange oculaire, un peu de fard à joues sur les lobes d’oreilles, une touche sur le menton et le front avant d’y replacer quelques mèches de cheveux. La bouche sera juste légèrement brillante comme prête à prononcer ce fameux « oui » d’une voix douce de celle qui a été ingénue et ne le sera plus. Elle se recule afin de mieux apprécier son œuvre et, en souriant, chuchote à l’attention de la jeune femme allongée devant elle :

 

« - L’amor vous va si bien… »

 

Elle regarde la pendule publicitaire pendue au mur qui lui fait face. Une heure un quart. Un petit sourire de satisfaction s’ébauche sur son visage. Elle est dans les temps. Encore un petit quart d’heure pour l’habillage et la demoiselle sera prête.

 

De la théorie à la pratique, disait son professeur de biologie cellulaire, il y a quatre-vingt dix minutes. Une de moins et le travail est mal fait, une de plus et le travail est surfait.

 

C’était la bonne époque. Celle où tout n’était que buts à atteindre, rêves à réaliser. Celle où le monde lui appartenait, où tout était permis. Elle avait toujours voulu intégrer le milieu de l’esthétique. Elle n’a pas de regrets même si ses proches n’ont pas toujours bien compris ses choix, ses chemins. Même si les hommes estiment que parler de son travail est un tue l’amour.

 

Pensez donc, thanatopractrice, il y a plus romantique lors d’un premier rendez-vous, non ? 

 

© 2008 Plum'

 

samedi, 01 mars 2008

Décrépitude

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Injustice que ce passage obligé à la vieillesse

Dégénérescence, incontinence, inappétence

Horrible deal de la faiblesse contre la sagesse

Intolérance, ignorance, indifférence, réticence

Renommés patriarches, vieillards, anciens, vieux

Catégorisés séniles, ancêtres, fossiles, croûlants

Tant de mots pour toutes celles et tous ceux

Qui ont contribués à l'histoire de notre présent

Et pourtant, que de charme désuet se dégage

Souvent de ces faciès si joliment chiffonnés

Les peines et les joies se lisent sur ces visages

Narrant une histoire vécue sur tant d'années

Qu'elle est douce cette joue à la peau de satin

Et encore si vifs ces yeux aux iris délavés

Par trop d'éclats de rire ou de chagrins

Et cette main qui tremble aux doigts déformés

Dans sa paume on y découvre une destinée entière

Des corps elle a caressé, des larmes elle a essuyé

Jeune, on y avait passé une alliance à l'annulaire

Elle a besogné, n'a pas toujours connu cette fragilité

Aujourd'hui, elle est constellée de brunes macules

Des sillons bleus la parcourent, tout en transparence

On y lit le chemin d'une vie qui, à présent, recule

On y voit le moment de bientôt tirer sa révérence...


 

© 2006 Plum'

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