mardi, 01 juillet 2008

Galèr(n)e bretonne

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Tout ce qui m’arrive est de sa faute ! Entièrement de sa faute ! Je ne voulais pas qu’on fasse cela sans capote. Mais lui, oh lui ! il faut toujours qu’il m’impose ses désirs, ses quatre volontés. Alors moi, pour que notre rendez-vous ne tourne pas au vinaigre, eh bien, j’ai cédé… Voilà ! Et maintenant, je suis dans le pétrin parce que Môssieur avait décidé, ce dernier dimanche de septembre, de m’emmener à la campagne. Je savais que cela se terminerait mal, je sentais le couac. J’ai le nez pour ces choses-là. Non, il n’a rien voulu entendre, Monsieur Je-sais-tout. Il s’est braqué, je l’ai supplié, il s’est indigné, j’ai boudé, il a crié, j’ai pleuré, il a menacé de me quitter, j’ai essayé de le charmer. Rien n’y a fait. Ce serait sans capote, point final. Et si cela ne me plaisait pas, je n’avais qu’à me trouver un autre bougre pour assouvir mes caprices, qu’il a dit. Alors j’ai cédé. Juste une fois. Et pourtant, ma mère m’avait prévenue.

« Attention Léontine, qu’elle disait. Jamais sans capote, tu m’entends ? Jamais ! Un homme qui refuse de la mettre est un égoiste sans nom et il ne te respectera jamais. Un homme qui t’aime ne veut que ton bonheur et ne discutera jamais la capote, tu m’entends ? Jamais ! Quels que soient le jour de la semaine, le moment de la journée, les conditions météorologiques, si celui que tu crois être le bon t’aime, il t’accordera ce que tu lui demandes.»

Edouard l’a discutée, lui, la capote… Voilà où nous en sommes aujourd’hui. Il ne me reste plus rien. Et aucun garçon ne s’intéressera plus jamais à moi. Mes amies ne veulent plus me parler et mon patron, Monsieur Chantereau, m’a demandée, hier, de lui remettre ma démission.

Si je ne veux pas devenir folle, il va me falloir partir. Quitter mon village de Bretagne et recommencer, ailleurs… Tout recommencer, à nouveau, depuis le début. Peut-être en Auvergne. Cela doit être très joli, très vert, très calme. Au moins, là-bas, personne ne me connaît…

« Ton père ne méritait pas ce que tu lui as fait, a dit ma mère. Un homme qui a travaillé toute sa vie ! Qui a toujours subvenu aux besoins de sa famille, parce que vous n’avez jamais manqué de rien, toi et tes frères. Jamais ! Un homme juste, bon, honnête et pieux. Voilà qui était ton père et tu l’as…, tu l’as… déshonoré ! Oui, déshonoré !!! Parce que mademoiselle a besoin de fricoter avec le premier Parisien venu. Un monsieur Lafrime par-dessus le marché ! Un bellâtre, un dandy ! Un rentier, un gigolo ! Parce que tu pensais peut-être qu’il allait t’épouser aussi ? Pauvre gourde !!! Comment ai-je pu engendrer une crûche pareille ! Oh Dieu Miséricordieux, qu’ai-je donc fait pour mériter cela ? »

Alors je suis montée dans ma chambre. J’ai sorti ma valise écossaise de l’armoire et j’y ai rangé quelques affaires. Oh, pas grand-chose, juste quelques sous-vêtements, mon châle en soie vert amande, mon tailleurs en tweed, ma paire de chaussures à brides, mon chapeau violet et mon collier de perles fines (celui que papa m’avait offert). Je suis allée jusqu’à la gare routière pour prendre le car qui m’amènerait jusqu’à Lorient. Là-bas, je prendrai le train jusqu’à Paris, puis ensuite je prendrai ma correspondance jusqu’à Clermont-Ferrand. Tout ce que j’espère, c’est qu’il n’y ait pas de vent, la-bas. C’est tout ce que je me souhaite bien qu’on parle du Vent du Midi…

Mais quelle mouche l’a donc piqué, ce couillon d’Edouard ? Je ramenais les cendres de mon père, c’est tout. Je devais juste les ramener pour qu’on puisse les transvaser dans la belle urne que ma mère, mes frères et moi venions d’acheter. Et, il a voulu voir… Ouvrir… Je lui ai dit de se méfier du vent, de rabattre la capote de la voiture. Il n’a rien voulu savoir, ne m’a pas écoutée. Et mon père s’est envolé sur les terres du père Le Guern, son pire ennemi depuis la Grande Guerre. Celui qui avait profité de son incorporation pour spolier les terres appartenant à notre famille depuis presque trois siècles et cela, mon père ne le lui a jamais pardonné.

Alors y servir de fertilisant parce que son neveu, Edouard Le Guern, refusait de mettre la capote…

Pardon papa. Pardon…

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samedi, 28 juin 2008

Vire... tu oses !

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Ses doigts parcourent avec nonchalance le clavier du piano. L’air absent, il enchaîne les morceaux, passant du jazz à la variété, de la variété au blues, mais sans jamais quitter le style langoureux et cool qui se prête aux lieux de ce genre. A cette heure de la soirée, les quidams commencent à affluer. Ils sortent du cinéma, du restaurant, accompagnés ou pas, certains sont clients du palace, tous cherchent un endroit anonyme pour se détendre, prendre un dernier verre ou même préluder, en charmante compagnie, à la nuit toute proche pleine de promesses…

Huit ans qu’il joue du Sinatra, Platters, Armstrong, Brel, Barbara et autres, engoncé dans un smoking impeccable, une rose rouge à la boutonnière. Huit ans déjà qu’il observe ces femmes trop fardées, aux mouvements maniérés, aux vêtements chics et chers, aux rires de gorge et aux regards un brin provocants. Huit ans déjà qu’il assiste au manège de tous ces types dont la gestuelle indique ce pour quoi ils sont venus. Un milieu de noctambules aux désirs ardents et inavouables mais tamisés par la moquette épaisse et l’éclairage adouci. Un lieu de rencontres, de passages, de rencontres passagères propice aux confidences entre deux verres de whisky pur malt douze ans d’âge, entre deux coupes de champagne millésimé.

Il est celui que l’on ne voit pas, il n’est qu’une paire de mains sur des touches bicolores. Il fait partie intégrante du demi queue noir, comme le frère siamois de l’instrument. Les pourboires tombent dans la coupelle d’argent posée sur le piano et les « bonsoirs et bonne nuit » sont adressés sans regard pour le pianiste. C’est sûrement cette transparence forcée qui lui est la plus difficile à supporter.

Lui, il rêvait de concerts, de tournées, de fans hystériques, de jeux de lumières. Il voulait enflammer des stades, faire pleurer des jeunes filles, porter des vêtements déchirés, être sexy dans la sueur, les cheveux libres et sans véritable coupe… Il aurait tant voulu faire du rock’n’roll comme Jerry Lee Lewis. Avoir une vraie relation d’amour avec son instrument, maltraiter le clavier pour que le piano livre, à travers la douleur de ses doigts, le meilleur de lui-même. Malheureusement, il faut croire qu’il n’était pas assez talentueux pour être reconnu.

Pourtant, il s’était présenté, à une époque, à tous les casting auxquels il pouvait se rendre. Il avait même failli faire une tournée avec David Bowie, au début des années quatre-vingt, mais on lui avait préféré un Australien qui avait déjà fait des remplacements chez les Rolling Stones. Il lui avait alors fallu se rendre à l’évidence : le rock ne voulait pas de lui.

Depuis, il donnait des cours de piano classique à des mômes aussi motivés par le solfège qu’ils pouvaient l’être pour les épinards du vendredi à leur cantine scolaire. Mais les parents s’acharnaient à les martyriser, à croire que jouer du piano ou du violon allaient faire de leur progéniture de futurs médecins, avocats ou autres politiciens.

Il subissait la frustration de ne pouvoir partager sa passion avec personne. Les femmes ayant traversé sa vie avaient toutes été séduites par le musicien mais leur histoire avaient duré le temps d’un trille et puis adieu. Elles ne comprenaient pas l'exaltation, l'enthousiasme qui le liaient à son piano, alors elles lui faisaient de véritables scènes de jalousie et finissaient par claquer la porte, la valise à la main dans un style Rossinien très « tragédie-lyrique ».

Mais aujourd’hui, il était bien décidé à reprendre sa vie en mains. Demain, il irait s’acheter une guitare et il prendrait des cours, tranquillement, chez son vieil ami gitan Lény.

Peut-être un jour saura-t-il en jouer comme Django…

© 2006 Plum'

mercredi, 25 juin 2008

Turpitudes

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Je trouve mon dentiste très séduisant, ou plutôt très attirant. Non ! Je trouve mon dentiste carrément… sexy !!!

Vous devez me trouver un peu tordue car personne ne peut trouver une once de charme à quelqu’un qui exerce une profession pareille ! C’est comme craquer pour un employé des pompes funèbres ! C’est surréaliste ! Mais vous n’avez jamais vu mon dentiste. Il est… beau comme un dieu, bien fait (il fait beaucoup de tennis et de squash), toujours bronzé, les cheveux très courts, l’œil canaille avec de belles rides d’expressions. Son sourire est carnassier, coquin ! Et sa voix… humm, chaude, virile, douce. Moi, mon dentiste il me laisse… bouche bée (ce qui l’arrange drôlement, d’ailleurs) !

Le problème, c’est qu’il m’est difficile de le voir souvent. Je n’ai pas de carie, je ne peux pas faire de détartrage toutes les semaines et je ne souffre d’aucun abcès, gingivite ou autre problème bucco-dentaire. Alors, je suis obligée de ruser…

Déjà, je m’arrange toujours pour obtenir mes rendez-vous le mardi matin, jour d’absence de son assistante, une quinquagénaire revêche et célibataire qui considère les mâles comme des primates dégénérés, uniquement obsédés par leurs prouesses sexuelles et leur réussite sociale. Ensuite, je lui amène régulièrement les enfants car, coup de chance pour moi, il est également orthodontiste. Forcément, mes trois rejetons portent un appareil dentaire… A cela, rajoutons les divers contrôles, une petite couronne à changer, un détartrage et, récemment, un blanchiment et j’arrive à le voir à une cadence régulière d’une fois toutes les trois semaines environ.

Un infâme moment de bonheur ! Il est doux, j’aime son parfum boisé, à la fois discret et raffiné. Mais surtout, j’adore sa façon de ne fermer que le premier bouton de sa blouse blanche et d’offrir à mes yeux reconnaissants un dos parfaitement athlétique. Il a son masque et moi, la bouche ouverte, offerte telle une victime consentante, je plonge dans son regard, sondant chacune des nuances de ses iris. Ses doigts en moi, la sensation du caoutchouc des gants, je sais, j’ai honte, mais je ne peux empêcher mes pensées les plus folles d’affluer, remontant du plus profond de moi, de mon ventre… Je n’y peux rien, cet homme me bouleverse ! Quelquefois, nos regards se croisent et j’essaie de lui cacher mon émoi. Il me sourit, ses yeux se plissent creusant ses pattes d’oie plus profondément. Mes pensées s’envolent dans des corps à corps fiévreux sur le fauteuil, baisers goûlus, sa peau, son odeur, respirations accélérées. Il me fait littéralement craquer et je trouve nos petites séances toujours trop courtes.

Lorsqu’il a terminé, il enlève son masque, me décroche un sourire qui m’achève et m’aide à me relever encore toute pantelante et gênée par mes pensées voluptueusement érotiques. Le feu aux joues, je réajuste ma petite robe, remet à sa place une mèche de cheveux rebelle, règle la facture et m’en vais, attendant déjà avec l’impatience d’une amoureuse le prochain rendez-vous. Puis, je vais déposer facture et attestations diverses à ma mutuelle complémentaire où j’affronte le regard furibond d’un gratte-papiers à la calvitie précoce qui doit estimer que ma cadence de soins va ruiner son employeur…

A présent, il n’y a plus qu’à attendre… Environ trois semaines…

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dimanche, 22 juin 2008

Hâte... itude

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Je suis pressée, je l’ai toujours été. Depuis ma naissance et jusqu’à maintenant, j’ai toujours eu cette horrible sensation que le temps défilait beaucoup trop vite et que si je ne me pressais pas, je raterais le train de la vie, je resterais à quai.

Déjà bébé, j’étais pressée. Je suis née prématurément à la 34ème semaine de grossesse de ma mère. Je suis arrivée comme un cheveux sur la soupe, sans prévenir ! Ce fut un choc pour mes parents et pour le reste de la famille, d’ailleurs. Je n’étais pas attendue et je me suis invitée au pique-nique annuel des sapeur-pompiers de Pressagny L’Orgueilleux, charmant petit village normand. Remarquez, j’étais au moins sûre d’une chose : ma mère et moi étions entre de bonnes mains…

J’ai grandi et suis rapidement devenue une fillette éveillée, comme on dit… Résultats : à cinq ans je rentrai au CP, puis à quinze ans j’avais mon bac avec mention. Mes parents étaient fiers et moi, ravie pour eux. Je ne fournissais pas particulièrement d’effort, c’était comme cela, j’assimilais facilement au grand dam des autres élèves qui me le faisaient lourdement payer…

A seize ans, alors que j’étais à la fac, j’ai connu mon premier amant. C’était un de mes professeurs, cultivé, séduisant, mûr et… marié, évidemment ! Notre relation clandestine a duré un peu moins de deux ans avant que j’y mette un terme, écoeurée par ses promesses non tenues et par ma crédulité d’adolescente fleur bleue.

Aujourd’hui, c’est mon anniversaire et j’ai vingt ans. J’ai vingt ans et je suis là, sans pouvoir bouger, coincée, cassée, écrasée sous la tôle pliée de ma voiture. J’ai vingt ans et je suis pressée, à la bourre, c’est mon anniversaire, je dois encore tout préparer, tout mettre en place. Si je ne sors pas de la très vite, je vais être franchement en retard.

C’est bizarre tous ces souvenirs qui remontent à la surface : j’ai quatre ans et je suis dans la baignoire avec mon petit frère de deux ans, on s’asperge avec le petit arrosoir de la plage… Et là, j’ai six ans, j’ai coupé les cheveux de ma poupée : une véritable non-vocation pour la coiffure !

J’ai un drôle de goût dans la bouche, pas vraiment précis… Je me sens nauséeuse aussi, étrange…

Ah, ma coupe aux Championnats de France d’Escrime ! Comme papa était fier, ce jour-là ! Ses yeux brillaient, il m’avait emmenée dans un restaurant chic pour fêter cela, j’étais aux anges. Et Lilian, la bague qu’il m’a offerte hier ou… non, peut-être bien avant-hier ! Je ne sais plus trop, c'est fou ça !...

Aujourd’hui c’est mon anniversaire et j’ai… Tiens, je ne m’en souviens plus ! Ce n’est pas possible ! Quel âge ai-je donc aujourd’hui ?

Mais d'où vient cette lumière si éblouissante, si blanche ? Cela me fait mal aux yeux, mais je n’arrive pas à en détacher mon regard… Et j’entends toutes ces voix… D’où peuvent-elles donc provenir ?

Ah, je sais maintenant ! J’ai comme un goût de sang et de bile dans la bouche. C’est désagréable… Je dois encore faire une gingivite sûrement doublée d’une crise de foie…

Je vais être en retard, il faut absolument que je me dépèche. Et ces voix qui m’appellent… Et cette lumière tellement blanche, tellement rassurante… Ah, et pourquoi suis-je si pressée ? Je ne sais plus pourquoi je dois me presser… Je baigne dans la lumière, je me sens si légère, je me sens immatérielle, je suis une plume… Et je m’envole, dans la lumière blanche…

Aujourd’hui, j’ai… cessé d’être pressée…

Aujourd’hui..., tout s’est... ralenti… tout... s’est arrêté… pour moi…

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jeudi, 19 juin 2008

For(te E)mulation

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Semaine 1

Jf 31a.cel. ét. sup. ch. jh lib. cult. & âge en rap. en vue vie à 2 ou mariage.
Ecr. au journ. qui transm.

Trois réponses de célibataires (dont un de cinquante-huit ans qui vit chez ses parents) avec photos – Ai répondu négativement à ces trois messieurs (trop moches)

Semaine 2

Jf 31a chev. br. yx. br. 1m70 lib. ch. jh âge en rap. b. sit. vue mariage.
Ecr. au journ. qui transm.

Une réponse bourrée de fautes d'orthographe – Ai répondu négativement

Semaine 3

Jolie brune, yx br. chev. fonc. aim. la vie, la nat., le sport, ch. jh lib. niv. ét. sup. dés. fond. famil.
Ecr. au journ. qui transm.

Cinq réponses (1 célibataire-1 divorcé-2 hommes mariés-1 homme de 67 ans) – Ai accepté rencontre avec le célibataire et le divorcé (le premier mesurait 1m63, l’autre fumait le cigare et portait des bretelles : faut pas exagérer non plus !)

Semaine 4

La solit. pèse sur mes 31a. Je suis brune, yx foncés, 1m70, mince. Lib. et ss enf. je souh. renc. cel. qui sera l’Homme de ma Vie. Si toi aussi tu en as assez des repas micro-ond. et des soir. solo écris au journ. qui transm.

Quatre réponses (1 veuf-3 divorcés) – D’après les quatres photos reçues, n’ai accepté qu’une rencontre, avec le veuf : il cherchait une bonne cuisinière doublée d’une femme de ménage et d'une blanchisseuse (sa femme est sûrement morte d’épuisement)

Semaine 5

Jolie brune 31a aim. ts les plais. de la vie dés. renc. jh 30-45a. afin de parta. sorti. et + si affin.
Ecr. au journ. qui transm.

Quatorze réponses (6 divorcés-3 célibataires dont 2 de moins de vingt-trois ans-5 hommes mariés). D’après leurs lettres, tous des obsédés avec des fantasmes sexuels à faire rougir Marc Dorcel lui-même !… (ma formulation "aime tous les plaisirs de la vie" est à proscrire, apparemment)

Semaine 6

Ch jh b. sit. 30-40a non fum aim. anim. nat. sport. afin de part. lois. sort. et + si affin.
Moi 1m70 brune 31a jol. sour. prof. lib.
Ecr. au journ. qui transm.

Douze réponses (7 hommes mariés dont 1 pompier, 1 professeur d'éducation physique et sportive, 2 militaires, tous dingues de sport-3 en instance de divorce-1 célibataire de dix-neuf ans-1 VRP de 59 ans qui cherche à placer sa came et le reste dans le département). Je commence à me demander si le coup des petites annonces est une bonne idée…

Semaine 7

Toi qui est seul, penses-tu que le hasard peut nous permettre de nous aimer ? Tu rêves d’une femme à tes côtés pour te soutenir et t’épauler, je t’imagine me protégeant et me rassurant.
Je suis brune, yeux foncés, j’ai 31 ans, pas d’enfant. Je t’attends toi 30-40 ans, situation stable. Si tu aimes les sorties, la nature et la vie en général, nous sommes sûrement faits l’un pour l’autre.
Rencontrons-nous et construisons ensemble un avenir rose et sans nuage.
J’attends ta réponse avec impatience. Ecris au journal qui transmettra.

Sept réponses (3 divorcés-1 homme de soixante-deux ans-1 agriculteur célibataire-1 fonctionnaire célibataire-1 Sénégalais en mal de papiers). L’agriculteur m’a semblé gentil quoique franchement trop timide, le fonctionnaire fume la pipe, porte barbe en collier et pantalons de velours côtelés (je ne peux pas !), celui de soixante-deux ans fait vraiment son âge (le pauvre !), les divorcés veulent coucher pour essayer mais ne pensent pas se réengager (de plus, ils ne souhaitent pas d’enfant), quand à Hamidou, c’était sûrement le plus honnête puisqu’il m’a proposée 3000 euros en échange d’un mariage blanc (bien évidemment, j’ai refusé).

Semaine 8

A sais. vds réfr/cong.comb. + cuis. élec. + lav.vais. + tab. rde av. rall. + 4 ch. + buff.vaiss. exc. ét. € 1050.- à déb. Tél. 05 53 42 22 39 ap. 20 h.

Quarante-huit coups de fil dont deux d’obsédés sexuels. Le deuxième jour après la parution de l’annonce, tout était vendu. J’ai maintenant une jolie cuisine intégrée.

C’est au moins cela…

© 2006 Plum'

lundi, 16 juin 2008

CorresponDanse

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Je l’ai rencontrée pour la première fois un soir de septembre. La journée avait été tristement banale à toutes les autres, plate et sans relief. L’automne, pressé de s’installer, avait ajouté de la pluie et de la grisaille à la morosité ambiante.

Comme tous les mardis soir, j’étais allée à mon cours de tango dispensé par Felicia et Luis, un couple d’Espagnols ayant fui leur pays et la dictature de Franco pendant la guerre. Ils avaient rapidement appris la langue de Molière, s’étaient essayés à beaucoup de petits boulots sans intérêt et avaient ouvert cette école de danses espagnoles.

Paso doble, flamenco, tango égrenaient leurs pas sur des musiques nostalgiques ou des rythmes gitans. Mon partenaire habituel étant absent ce soir-là, je me retrouvai donc esseulée, mise au rancart sur un banc et condamnée à observer les autres couples évoluer sur le parquet.

Felicia vint bientôt me rejoindre, accompagnée d’une jeune femme d’environ mon âge qu’elle me présenta sous le prénom de Marie. Elle assistait à son premier cours, amputée de son compagnon qui s’était foulé la cheville l’après-midi même. Nous échangeâmes un « bonsoir » poli et nous retrouvâmes rapidement sur la piste, enchaînant étreinte, salida et autres pas au milieu des autres couples.

Je ne peux pas oublier cette soirée si particulière. Dansant le tango, nous jouâmes le jeu et, mentons relevés, les yeux dans les yeux, nous exécutâmes notre chorégraphie évoquant étrangement une parade amoureuse. Elle était magnifique Marie. Ses cheveux noirs attachés en chignon avaient laissé sa liberté à une mèche toute bouclée qui lui heurtait la joue à chaque mouvement sec. Débardeur rouge, jupe droite noire fendue jusqu’à mi-cuisse, chaussures bridées vernies, ma partenaire me regardait de ses grands yeux sombres bordés d’eye-liner et affichait, par instant, un sourire rouge rubis dévoilant une dentition parfaite. Nous dansions comme si nous nous connaissions depuis toujours, une osmose s’était installée entre nous.

Lorsque le cours s’acheva, nous sortîmes ensemble et décidâmes d’aller dîner. Conversations à bâtons rompus, sourires, éclats de rire, ce fut le coup de foudre. Nous nous apprenions, nous nous découvrions, nous nous séduisions. Nous avions des passions communes comme la peinture, l’opéra, la littérature et surtout… l’écriture. Rapidement, nous nous rendîmes comptes que nos emplois du temps respectifs ainsi que l’organisation de nos vies différaient tellement que nous instaurâmes un échange de correspondance régulière car presque quotidienne.

Nous avons choisi de vivre notre amitié et notre passion des mots en symbiose. Et nos rendez-vous épistolaires durent maintenant depuis un peu plus d’un demi-siècle. Tendresse et joutes verbales, profond respect et controverses, amour et logomachie, notre histoire écrite est un magnifique tango que nous dansons, nos deux cœurs enlacés à l’encre noire, sur le papier…

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vendredi, 13 juin 2008

BinHomme

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J'aime ta force. J'aime ta voix. Et mes sourires dans ta voix...

J'aime comme tu me regardes, combien tu me devines, lorsque je t’espère...

J'aime tes débordements, tes éclats d'affection, ma tendresse au bord de tes yeux...

J'aime tes mots, ceux que tu me dis dans le noir, avec tes mains...

J'aime le regard de ton cœur, celui qui me rend si fragile…

J’aime l'émotion que tu fais, souvent involontairement, perler au coin de mes yeux...

J’aime t’attendre et l’idée que, peut-être, tu ne seras pas là…

J'aime le puzzle complexe de nos deux simples vies…

J'aime tes soupirs en contre-chant lorsque je te fais l'amour à contre-jour...

J'aime notre rencontre...

© 2006 Plum'

mardi, 10 juin 2008

Il était une (première) fois...

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Je me souviens de ce jour d’hiver, jour de semaine, jour d’école… Tu t’étais mis d’accord avec l’institutrice : elle me laisserait partir à quatre heures moins vingt, soit quinze minutes avant l’heure réglementaire de sortie. Je n’étais au courant de rien, c’est elle qui m’incita à m’en aller, lorqu’il fut l’heure. Je ne comprenais pas et toi tu m’attendais sous le préau. La lumière de cette grise journée déclinait, le froid était incisif et s’engouffrait à travers mon écharpe et mes gants de laine.

Dans la voiture, tu n'as répondu à aucune de mes questions : où allions-nous ainsi, tous les deux ? S’était-il passé quelque chose de grave à la maison ? Et maman, et mon petit frère, pourquoi n’étaient-ils pas là avec nous ? Silence de ta part… Inquiétude de la mienne… Clins d’œil et sourires amusés sur ton visage… Incrédulité sur le mien… Pour moi, le trajet fut long, très long, interminable…

Nous traversâmes le centre-ville dont les illuminations de Noël me fascinaient et m’émerveillaient. Tu garas la voiture et nous nous retrouvâmes, main dans la main, à marcher sur les pavés glacés en direction d’un bâtiment carré. Odeurs de marrons chauds, de crêpes et de gaufres…

Ce jour-là tu m’as emmenée, pour ma toute première fois, au cinéma voir Blanche-Neige. La magie du lieu, les fauteuils de velours rouge, l’écran géant, l’esquimau de l’entracte, je me souviens de tous ces détails comme si c’était hier. Toi, tu jubilais, heureux conspirateur et spectateur de mon plaisir. J’étais ravie et fière de ce tête-à-tête, de ce moment complice de bonheur.

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Lorsque le film fut terminé nous sommes allés, dans un salon de thé, boire un chocolat et manger une part de forêt-noire. Il faisait nuit, glacial et les rues étaient devenues l’écrin géant d’une joaillerie faite de loupiotes multicolores. Les vitrines des grands magasins offraient un spectacle animé, tout n’était que dorure, argent, couleurs métallisées. Cadeaux mystérieux emballés de papier brillant, vêtements tout en satin et tissus lamés, enseignes lumineuses clignotantes, pères Noël grassouillets à l’air bonhomme, la cité était en fête et mon cœur aussi.

C’était mon anniversaire et je venais d’avoir sept ans… Quel joli cadeau tu m’as fait là !

Aujourd’hui, je garde de cet après-midi-là un goût de tendre nostalgie et pour moi qui n’aime pas trop la pâtisserie, une part de forêt-noire suffit à me replonger dans ce souvenir plein de magie…

© 2006 Plum'

vendredi, 06 juin 2008

ReMort

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Je m’appelle Emma et j’ai soixante-dix-neuf ans, bientôt quatre-vingts. Je ne pense pas que je fêterai ma huitième décennie, mon état de santé étant au plus mal. Je ne peux plus marcher depuis déjà huit ans, suis dans l'incapacité de parler de manière cohérente depuis deux ans et aujourd’hui il m'est impossible de me servir de mes membres supérieurs. Il n’y a que mon esprit qui soit encore en bon état.

Alors, je passe mes journées à me souvenir, à me remémorer ma vie et ses moments de joie, ma vie et ses malheurs.

Malheurs…

Pour moi, il n’y en a eu qu’un, mais qui m’a empoisonné l’existence tous les jours, depuis ce 19 septembre 1942… Un malheur dont on ne peut pas parler, qu’on ne peut pas confesser et qui vous ronge l’âme à chaque réveil, toutes les secondes, à chacune de vos inspirations…

J’ai rencontré Jürgen en novembre 1941, pendant la guerre. Il était soldat, avait vingt-deux ans et moi, j’affichais mes quinze printemps passés avec l’insolence liée à cet âge-là. Jürgen était beau, intelligent et parlait un français impeccable. Il avait étudié les beaux-arts à Paris, avant la guerre. Il aimait la nature, la musique, la littérature et bien-entendu, la peinture. Nous nous sommes rencontrés lors d’une exposition sur le mouvement impressionniste, alors que nous étions en admiration devant l’émotion et la perfection que dégageait une huile de Camille Corot intitulée « La Lettre ». Nous nous sommes revus, en cachette de tous, nous nous sommes aimés clandestinement, puis nous avons été contraints et forcés de nous quitter, il a été rappelé en Allemagne.

Mon cœur a saigné longtemps pendant que mon ventre s’arrondissait. Bien évidemment, j’étais devenue la honte de ma famille et la paria de mon quartier. J’étais devenue l’Infréquentable, la Mauvaise Fille, la Catin ! Mon père ne m’a plus jamais adressé la parole jusqu’à sa mort.

J’ai accouché, le 19 septembre 1942 à sept heures vingt, de faux jumeaux (un garçon et une fille) dans un hospice tenu par des bonnes sœurs. Je n’ai pas eu le droit de voir les bébés, ils m’ont été retirés du ventre, de ma vue et de ma vie dans le même temps. Ma vie d’après ressemble à un trou, dans un cimetière. Une sorte de vide qui attendait que la mort le remplisse. Je pense même que je suis déjà morte une première fois, ce jour-là...

Je me suis mariée et je n’ai jamais eu d’autres enfants. J'ai toujours été persuadée que c’était une punition divine pour m’empêcher d’oublier les jumeaux…

Comme si j'avais pu les effacer de ma mémoire !...

Je suis tombée malade voilà treize ans maintenant. Après des mois, des années même d’hospitalisation, mon mari a fini par accéder à ma prière : celle de rester à la maison avec une aide à domicile, une garde-malade. C'est ainsi qu'Hélène est entrée dans ma vie comme cela, par hasard, il y a cinq ans et demi.

La quarantaine, divorcée, ancienne infirmière d’un service d’accompagnement de fin de vie, elle a décidé un jour d’être libre de choisir ses patients (comme elle dit). Et elle est arrivée chez moi, partageant, chaque journée que Dieu fait, mon intimité, mon morceau de vie, comme je l’appelle. D’humeur toujours égale, gaie, joyeuse et très bavarde elle est mon soleil, tant elle rayonne !

Est-ce parce que j’ai perdu l’usage de la parole, que je ne peux plus écrire, je ne sais pas, mais à partir de ce moment-là, elle a commencé à me faire des confidences. Elle m’a raconté sa vie, celle de sa mère.

Cette dernière s’appelait France et était Pupille de la Nation. Elle avait été placée, dès sa naissance, avec son frère jumeau prénommé Michel, dans un orphelinat public. Abandonnés par une mère trop jeune, leur vie commençait bien tristement. Du fait qu’ils étaient deux, aucune famille ne les adopta et ils migrèrent de famille d’accueil en famille d’accueil jusqu’à leur majorité.

France trouva un emploi dans une famille aisée comme personnel de maison, puis elle épousa André, le chauffeur de Monsieur. Ce fut une belle histoire d’amour, jusqu’à ce qu’André l’abandonne, pour une autre femme. Elle fut également abandonnée par ses patrons qui s’expatrièrent en Australie suite à une sombre histoire de détournement de fonds dans laquelle Monsieur fut éclaboussé. Une méningite la foudroya : et même la vie l’abandonna, alors qu’elle n’avait que quarante-neuf ans. Pauvre femme dont la destinée fut d’être délaissée, tout au long de son existence…

Hélène, elle, a juré de ne jamais céder, de ne jamais lâcher prise. Quoiqu'il se passe dans sa vie, elle s'accroche, refuse la désertion. C'est peut-être pour cela, d'ailleurs, qu'elle a choisi cette profession si difficile.

Hélène s’occupe de moi toute la journée, me fait la lecture, me raconte les expos qu’elle va voir (elle adore la peinture), et parfois, elle prend doucement ma main dans la sienne et l'embrasse. Là, elle me jure que je n’ai rien à craindre : elle sera toujours là pour moi.

Je ne dois pas avoir peur : elle ne m’abandonnera pas…

© 2006 Plum'

mardi, 03 juin 2008

Ma Terre (nité)

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Tu n’as pas grandi dans mon ventre, en moi
Si j’avais su le faire, nous n’en serions pas là
Tu es, de toute ma vie, mon plus grand combat
Mon tout petit bout né si loin de moi, là-bas

Des nuits entières, je t’ai appelé, je t’ai rêvé
Je t’ai prié sous le noisetier, à la lune blonde
Toutes ces années passées à te chercher
Mon petit bout né tout au bout du monde

Mes seins, c'est vrai, n’ont jamais pu te nourrir
Mais ils ont su te rassurer et t’apaiser
Pour toi, s'il le fallait, je serais prête à mourir
Mon petit bout de chou, mon adoré, mon bébé

A présent, je ne respire plus que pour demain
Et tu t’endors confiant, ma main sous ta tête
Je te veux des rêves plein de fleurs et de lapins
Mon petit bout de l’autre côté de la planète

J’ai tant pleuré de n'être qu'une femme stérile
Tu sais, j’ai failli mourir de ne pas pouvoir
Aujourd’hui, tu es mon phare, ma terre d’asile
Mon petit bout de moi, ma plus belle histoire.

©2006 Plum'

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