jeudi, 31 juillet 2008

Euh... C'est grave, Docteur ?

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Aujourd’hui, c’était mon premier rendez-vous chez le psy. Non, rassurez-vous, tout va très bien. J’ai seulement décidé de me faire analyser parce que je suis sûre qu'à l'instar de nombreuses personnes, mes « petits problèmes » d’humeur, mes « petites angoisses », mes « petits travers » tout simplement, sont régis par de vieux démons bien enfouis au fond de moi. Je reste persuadée que ces derniers m’empêchent d’avancer et surtout de m’épanouir. Alors je me suis décidée, une bonne fois pour toutes, à sauter le pas. Après tout, cela fait une expérience de plus, onéreuse certes, mais expérience quand même.

Choisir un psy n’a rien d’anodin pour une personne néophyte comme moi. Alors, comme à l’accoutumée, j’ai suivi mon instinct. J’ai ouvert les pages jaunes de l’annuaire et, comme lorsque je joue au tiercé, j’ai choisi mon analyste d’après son nom. Pascal Jaibre. Déjà Pascal, j’aime bien (plus ou moins de mon âge). Ensuite, à l’oreille, je trouvais ce patronyme rassurant.

Quelle ne fut pas ma surprise, lorsque j’entrais dans son cabinet. Point de divan de cuir me tendant les accoudoirs. Non ! Juste une table basse et deux fauteuils de style art-déco. Et des tableaux aux murs représentant des chiffres, sous toutes les formes. Il m’expliqua que les chiffres gouvernaient notre inconscient, que tout n’était que mathématique (je comprends mieux cette impression permanente de patauger dans la semoule qu’est ma vie : j’ai toujours été une littéraire). Après quelques questions d’usage, il en déduisit que mon chiffre était le sept. Tout cela me laissait assez pantoise, voire carrément septique sceptique mais le Dr Jaibre m’expliqua que Freud (féru de numérologie) revendiquait un déterminisme absolu excluant tout hasard psychique et tout non-sens psychique d'une part, et, d'autre part, que la théorie de l'inconscient était scientifique.

Ainsi, la séance commença par la question suivante : quelles sont les 7 choses possibles que vous aimeriez faire avant de mourir ?

Franchement, à quarante ans, il y a plus que 7 choses que j’aimerais faire en sachant que je ne compte pas mourir dans les 7 jours, ni dans les 7 mois, ni même dans les 7 ans à venir. Question ardue à laquelle je fus invitée à répondre spontanément.

1) changer de boulot et faire quelque chose qui me plaise réellement
2) changer de région, voire de pays
3) revoir mon neveu et refaire sa connaissance
4) écrire un roman
5) avoir un « vrai » Siamois ainsi qu’un Devon Rex
6) faire un voyage à caractère humanitaire
7) visiter l’Afrique de long en large et de haut en bas

Puis il passa à la seconde question : citez 7 choses que vous faites bien :

1) la cuisine
2) écouter les autres
3) chanter
4) siffler
5) faire de l’humour
6) avoir de la répartie
7) le farniente

Quelles sont les 7 choses que vous ne pouvez pas/ne voulez pas faire :

1) cesser de faire des bonds de sept( ) mètres lorsque j’aperçois un insept insecte trop près de moi
2) être à jour, plus de sept( ?) semaines d’affilées, avec mon repassage
3) le gigot de sept( !) heures
4) jeter mes vieilles K7( !?) audios et vidéos
5) suivre une resept recette( ?!) de cuisine à la lettre
6) sucer des susept( !!!) sucettes à l’anis
7) recoudre mes chausept(…) chaussettes lorsque ces dernières ont juste un tout petit trou de rien du tout

Quelles sont les 7 choses qui vous attirent dans le sexe opposé ?

1) les fesses à fosept FOSSETTES
2) une peau douce
3) des mains grandes et soignées
4) la voix grave
5) la galanterie
6) le romantisme
7) les sept SIESTES crapuleuses

Quelles sont les 7 choses que vous dites souvent ?

1) « putain ! » au lieu de « masept ! » « MAZETTE ! »
2) j’vais faire une pisept PISSETTE, j’reviens !
3) on peut se voir entre six et SEPT, ça te va ?
4) tu as remis le réveil sur SEPT heures, mamour ?
5) allume la télé, s’il te plait mon chéri, y a « SEPT à Huit » qui va commencer !
6) je te préviens, Tiaâ, les chats ont peut-être SEPT vies mais si tu continues, c’est dans le four que va se terminer ta première !!!
7) thermostat SEPT mon amour, mais pas plus d’un quart d’heure sinon tu crâmes tout…

Quelles sont les 7 célébrités pour qui vous pourriez avoir le béguin ?

1) Jean-Hugues Anglade depuis trente-SEPT, deux le matin
2) Brad Pitt pour sa magnifique interprétation dans SEPT ans au Tibet
3) Pierce Brosnan, superbement sexy, dans les James Bond 00SEPT
4) Morgan Freeman pour son rôle de l’inspecteur Somersept Somerset dans SEVEN ( !!!???)
5) François Truffaut en Antoine Doinel dans « Cléo de cinq à SEPT »
6) Michel Sardou lorsqu’il chantait : « Elle court, elle court, La maladie d’amour, Dans le cœur des enfants de SEPT à soixante dix-SEPT ans… »
7) Jacques Dutronc parce que je l’adorais lorsqu’il interprétait : « SEPT cent millions de Chinois et moi, et moi, et moi… »

Et voilà où l’on en était au bout de quarante-SEPT minutes d’analyses. Rendez-vous fut posé pour dans dix-SEPT jours et je fus délestée de la modique somme de 77.- euros.

SEPT tout le temps comme cela avec le SEPT ? Parce que là, SEPT à n’y rien comprendre…

 

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lundi, 28 juillet 2008

Atterrissage

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... Elle n'est là que pour lui

Lui, veut qu'elle soit là pour eux

... Elle est là parce qu'elle l'a voulu

Il y a bien longtemps...

Parce qu'elle y a cru

... En lui

Parce qu'elle a cru

Qu'ils seraient heureux

... Pour la vie

Aussi...

Parce qu'elle n'imaginait pas

Oh non, jamais !

Que ce serait ainsi

Parce qu'elle en était sûre,

Elle, elle saurait faire mieux

Que sa maman, que ses amies...

... Et aujourd'hui

Elle atterrit...

Eh oui !...

... Pauvre petite fille...

 

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jeudi, 24 juillet 2008

La Honte

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Le mercredi est, sans conteste, mon jour préféré. C’est mon jour de congé au boulot mais c’est surtout mon jour de « maternité ». Le mercredi, je suis seule toute la journée avec Lola et j’adore ça !

Aujourd’hui, pour une fois, je n’ai pas préparé ni défini de programme. Cela se passera au feeling, selon la météo, l’humeur de chacune, selon nos envies. La matinée se passe comme une ritournelle apprise par coeur. A huit heures moins le quart, mon petit bout de moi entre à pas de loup dans ma chambre, son pouce gauche dans la bouche et Nanar, le canard en peluche, tenu nonchalamment par le bec dans la menotte droite. Elle se hisse sur le lit à grand renfort de « han ! » d’efforts, se glisse sous la couette et se love en boule tout contre moi. Un petit chat tout chaud ! Elle me chuchote des :

« Maman ? Tu dors ? Maman, tu dors encore ? »

Et là, j’avoue que j’adore faire semblant d’être encore au pays des rêves. Car ma Lola, maladroitement en m’écrasant l’épaule, me tirant les cheveux, s’approche de mon cou, me fait des bisous, me caresse les joues, m’embrasse les yeux et là, me supplie :

« Maman, tu ouvres tes noeils s’il te plait ? »

Alors là, je me retourne en m’étirant, je la prends tout contre moi, je la respire, la hûme, la mordille, la bécote, la tripote comme une maman chat. Ca, c’est le réveil.

Après je me lève, je me fais un plateau avec café fort, pain, beurre, confiture, orange pressée sans oublier le biberon de lait cacaoté. Et je regagne mon lit où nous déjeunons et papotons de ce que nous allons faire de notre journée.

Aujourd’hui nous décidons d’aller acheter des livres et de déjeuner dans un Mac Do (humm, miam-miam, quel délice !). A peine ai-je prononcé ce patronyme magique que les yeux de ma fille pétillent comme des manèges de fête foraine. Nous nous préparons et nous allons dans cette grande enseigne connue entièrement dévouée à la culture, au high-tech et au multi-média. Lola adore les livres malgré ses trois ans. Ils la font rêver, la passionnent et souvent elle nous amène, à mon mari ou moi, des piles de bouquins qu’elle nous supplie de lui lire. Nous sommes ravis de cet intérêt et l’encourageons dans ce sens. Elle n’est pas intéressée plus que cela par la télé et c’est tant mieux. Evidemment, nous craquons pour la suite des aventures de Libus la Petite Sorcière et ramenons un bouquin sur les ânes, un sur Popaul le Poulpe ainsi qu’un livre de contes et légendes d’Argentine. Puis nous allons nous sustenter chez ce bon vieux clown Mac qui fait si bien les steaks hâchés et les frites, quelques tours de manèges, une balade au parc pour donner à manger aux pigeons et aux cygnes et il fait déjà assez sombre pour nous obliger à rentrer.

Arrivées à la maison, ma fille qui est une « vraie fille » tient à me donner un coup de main pour la préparation du dîner. Ce soir, pas de chichis (d’ailleurs il n’y a jamais de chichis le mercredi soir et cela, mon mari le sait), ce sera soupe de légumes, quiche lorraine et salade verte. Lola veut m’aider à faire la quiche, elle aussi veut « faire de la pâte » alors, hop !, à genoux sur la chaise de cuisine et on pétrit, on s’en met plein les mains, et ça colle, et c’est chouette, et on s’amuse, et on goûte, et on trouve que c’est bon (même si maman fait des grimaces). Et puis lorsque la quiche est faite et qu’elle ne craint plus rien, bien à l’abri dans le four, maman taquine Lola et lui met de la farine sur le nez et du beurre et un petit lardon pour la transformer en petite quiche. Et Lola rit, glousse, se tord, pleure, hoquète, se gondole et son rire prend possession de toute la maison, l’habite. Elle n’arrive plus à s’arrèter, son fou-rire vire presque à l’hystérie. Alors j’essaie de la calmer mais elle continue, refuse d’en rester là. Et moi, je craque car j’adore entendre sa joie éclater.

Le temps d’aller jeter un coup d’œil à la vitre du four, entre deux « chut, Lola, calme-toi chérie » et c’est le drame. Un hurlement strident qui se termine en larmes et je vois ma poupée toute recroquevillée pleurant à gros sanglots. Que se passe-t-il ? Où s’est-elle faite mal ? Réponds Lola, que t’es-tu faite mon amour ? Et rien qu’un visage trempé et rouge et ces yeux qui refusent de me regarder. Après une bonne dizaine de minutes, j’arrive à obtenir une explication entre deux borborygmes.

« Ma-man ! Ma-man ! Ma-man ! J’ai ri-go-hic-lé et… j’ai ri-hic-golé et le pipi, hic- le pipi hic, il est par-ti hic tout seul ! Je suis pas hic un bé-bé ! Ma-man ! »

Lola a tellement ri qu’elle en a fait dans ses culottes ! Le soulagement mêlé au stress n’a pas d’autre effet que de me faire éclater de rire.

Ma fille quitte sa chaise et, profondément humiliée, coure dans sa chambre pensant que je me moque d’elle.

Aujourd’hui, pour la première fois de sa vie, Lola a éprouvé de la honte. Honte de n’avoir pas su se retenir alors qu’elle pensait maitriser parfaitement son corps et être propre. Honte parce qu’elle a cru que je me moquais d’elle.

Aujourd’hui, Lola a eu sa première désillusion.

Bienvenue dans le monde, mon petit cœur…

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dimanche, 20 juillet 2008

Jeûne con !

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Au départ, c’était une belle histoire. Une de celles qui demandent à être racontées, encore et encore. Au départ, c’était une belle histoire romantique à souhait. Deux ordinateurs, deux écrans, deux personnes.

Elle, jeune femme très romanesque, très tendre, très marrante, très gironde, très provinciale, trop seule… Lui, jeune homme très romanesque, très tendre, très marrant, anciennement très rond, très Parisien, trop seul… Et entre ces deux cœurs à l’abandon, l’invention du siècle : Internet et ses clubs de tchat…

Leur pseudo se sont croisés un soir, par le plus grand des hasards, au millieux de 297 476 connectés. Alone68 et Forestgump697. Echanges courtois d’abord, ils ont fait connaissance « gentiment ». Puis, ils se sont trouvés très rapidement de nombreux goûts communs, des origines communes, des déceptions communes, en cherchant bien, un vécu commun. Ils ont remercié la providence qui les avait faits se rencontrer, se reconnaître. Ils tapotaient frénétiquement, tous les soirs, sur leurs claviers. Ils se racontaient, se dévoilaient, déshabillant leur âme tout en phrasés littéraires et sensuels.

Au bout de huit jours, ils ont décidé d’échanger leurs numéros de téléphones fixes, de téléphones portables. Et là, ce fut le deuxième électro-choc ! Leur voix, elles étaient si belle leurs voix qu’ils ne se lassaient pas de se parler, de s’écouter, de s’entendre, de ronronner, de minauder, de rire et de sourire. Dès potron-minet, il l’appelait, lui décrivant avec poésie la campagne de banlieue qu’il traversait, en TER, pour rejoindre son travail. Et elle, sous le charme, l’écoutait lui décrire les levers de soleil sur les champs de blé ou de colza, les rayons qui se miraient dans les lacs, les peuplades ailées qui survolaient les arbres encore nus de cette fin d’hiver. Ils étaient amoureux, se le disaient, se l’écrivaient. Ils s’étaient trouvés et faisaient des projets de vie à deux. Elle pouvait tout abandonner car aucun lien ne l’unissait à sa région. Elle trouverait du travail rapidement, c’était sûr, car elle était si éprise qu’elle avait de l’énergie à revendre. Ils ne pouvaient pas ne pas réussir une si merveilleuse histoire, cela n’était vraiment pas possible…

Quinze jours plus tard, ils décidaient de se rencontrer. Il avait cinq jours de liberté, il allait venir la voir, dans sa ville de province. C’était à la fois excitant et troublant car ils n’avaient pas échangé de photos. Ils ne s’imaginaient qu’à travers leurs descriptions physiques. Rendez-vous pris, elle demanda congé le vendredi après-midi et vint l’attendre à la gare. Il faisait beau, ce jour-là, et la météo prévoyait le même temps pour tout le week-end. Même le ciel leur accordait sa bénédiction ! L’un en face de l’autre, ils perdirent, chacun, un peu de leur superbe. La gêne essaya de s’immiscer entre eux, mais ils ne lui en laissèrent pas le temps. Ils retrouvèrent rapidement une certaine accointance, se regardant mutuellement en coin, d’abord, se dévorant franchement des yeux, par la suite. Leur toquade continua et devint idylle entre les draps, entre les bras l’un de l’autre. Les jours qui suivirent ressemblèrent à une lune de miel aux saveurs enchanteresses les menant de la couche défaite aux ablutions mutuelles, à grand renfort de mousse odorante, au réfrigérateur salvateur de leurs corps repus de chair mais avides de chère.

Et puis après s’être nourri d’elle, en elle, chez elle, il le lui a dit. Non, il le lui a écrit. Une lettre donnée sur la terrasse d’un café, à l’heure de midi, sous un soleil brûlant à son zénith. Il lui a expliqué qu’il ne pouvait pas tout lui dire avec sa bouche et que les mots couchés sur le papier étaient plus vrais, plus sincères. Alors elle a ouvert l’enveloppe et déplié la feuille. Pendant qu’elle lisait, il s’est levé pour « aller se rafraîchir à la fontaine, juste là-bas ». Elle a lu les mots qui lui expliquaient combien elle était formidable, généreuse, gentille, agréable, jolie, tellement belle… à l’intérieur. Elle a lu les mots qui l’assassinaient en invoquant ses rondeurs… trop plantureuses, trop abondantes, trop opulentes, tellement présentes qu’elles le gênaient, l’oppressaient, l’embarrassaient, l’incommodaient. Et pourtant elle n’était pas ce que l’on peut appeler « grosse » ou « obèse » ou même « adipeuse ». Non ! Elle était juste… « potelée ». Il lui disait qu’à Paris les femmes ne sont pas comme elle, qu’il aurait honte, serait mal à l’aise de la présenter à son entourage. C’était dommage, elle était si merveilleuse pour le reste…

A la fin de son séjour, elle ne l’a pas raccompagné à la gare car elle avait repris ses activités professionnelles.

Elle a juste arrêté de se nourrir… d’illusions. Elle a enfermé cette histoire dans un tiroir bien caché au fond de son cœur bien gros, lui.

Et elle a décidé de se mettre à la diète… des hommes. Un régime sans mâle pour ne plus jamais avoir mal...

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mercredi, 16 juillet 2008

Transmutation

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Bipbip-bipbip-bipbip-bipbip-bip… Une main aveugle et tâtonnante vient d’interrompre le réveil. Il est onze heures…

Dehors, il pleut. On entend les voitures rouler sur la chaussée détrempée, le bruit de la pluie sur la gouttière. Les tentures épaisses en velours bordeaux ne laissent pas passer la lumière mais on devine les meubles dans la pénombre. Un grand lit de style, un placard mural dont une porte n’est pas fermée, une psyché, un fauteuil crapaud devant un guéridon, une coiffeuse avec miroir et le tout baigne dans un désordre évident mais non dénué de charme.

Il se lève, étire son long corps mince et, presque en titubant, se dirige vers le cabinet de toilette. Bruit de l’urine dans la cuvette, soupir de soulagement, chasse d’eau, l’eau de la douche qui coule, il revient dans la chambre, allume la chaîne hi-fi, retourne en direction de la buée qui s’échappe par la porte laissée ouverte. Et il chante… avec des effets de gorge, des « r » roulés, avec l’accent méditerranéen, à tue-tête. Il « duotte » avec Luis Mariano, c’est complètement désuet, littéralement décalé, presque surréaliste. Les robinets se ferment enfin, plus aucun bruit ne parasite le ténor espagnol et son choriste improvisé qui, une serviette autour de la taille, ouvre grandes tentures et fenêtres, offrant ainsi à tout le quartier une ambiance latine et colorée en total paradoxe avec la météo du jour.

Il se fait couler un café, se sert un verre de jus d’orange, se prépare quelques tartines. Deux, trois coups de fil passés avec le portable, changement de CD (maintenant c’est Pink Martini, franchement plus swing), un peu de temps passé devant l’ordinateur, histoire de lire ses messages et, le petit déjeuner terminé, il retourne à la salle de bain se brosser les dents et se raser. Puis, la peau douce comme celle d'un enfant, il s’asseoit devant sa coiffeuse et se prépare...

Bandeau pour maintenir les cheveux bien en arrière, base de teint, fond de teint, poudre libre, blush, crayon à sourcils, fards à paupières, khôl, faux-cils, rimmel, crayon à lèvres, rouge, gloss…

Houpettes, brossettes, pinceaux, applicateurs…

Corset… et le torse se transforme en buste à la taille marquée, bas couture… et la jambe parfaitement épilée se fait interminable et galbée, soutien-gorge rembourré, long fourreau lamé argent, talons aiguilles et perruque blonde, longue, soyeuse et dans le petit studio de la rue Fouchet apparaît, comme chaque fin d’après-midi, Davida la Merveilleuse, celle qui se produit tous les soirs au cabaret « le Volte-Face », juste au coin de la rue.

Elle réajuste sa poitrine voluptueuse, crêpe et laque une dernière mèche dorée, saisit sa pochette pailletée, claque la porte de l’appartement après un dernier regard rassuré dans la psyché et dévale les escaliers parfaitement cirés dans un fracas de talons. Elle siffle de façon virile « il venait d’avoir dix-huit ans », passe d’un petit pas pressé et bruyant devant madame Rouchez, la concierge et, telle une diva, accepte ses compliments en papillonnant des cils :

« - Ooohhhh !!! Monsieur David… Vous êtes superbe, magnifique !!!

-Parrrolé, parrrolé, parrrolé… » lui fredonne-t-il en guise de réponse, demi-sourire sur ses lèvres peintes et brillantes, faisant grâcieusement tournoyer sa main gauche au-dessus de sa tête.

La gardienne de l'immeuble lui tend un grand parapluie carmin et la porte de l’entrée se referme doucement dans le clapotis des gouttes de pluie…

Davida la Merveilleuse est revenue et court à la rencontre de son public…

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samedi, 12 juillet 2008

P.P.D.A. (Pas de Petit Déjeuner Aujourd'hui)

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Au départ, la journée s’annonçait plutôt bien. Ma collègue et copine, Natacha, m’a téléphonée hier soir pour me proposer de prendre le petit déjeuner, ensemble, au Café du Sauvage. J’ai trouvé l’idée sympa car, une fois les enfants déposés à l’école, je tourne souvent en rond pendant plus d’une heure avant d’embrayer à l’agence de voyage dans laquelle nous travaillons.

Mes deux monstres amenés à bon port, j’ai garé ma voiture au parking et rejoint le lieu de notre rendez-vous. Situé en plein centre-ville, c’est un endroit convivial qui voit se réunir tous les matins les employés des commerces et bureaux alentours. Il y règne une ambiance agréable, une bonne odeur de café et la qualité des viennoiseries et du pain ainsi que la sympathie des serveurs sont sûrement pour beaucoup dans l’excellente réputation de cet établissement.

A huit heure dix, j'ai pénétré dans le café et, après un rapide coup d’œil circulaire, j'ai choisi une table contre le grand mur recouvert de miroirs sérigraphiés. Natacha devait arriver dans les minutes suivantes. Un exemplaire du « Monde » s’ennuyait sur la table à ma gauche et je me suis plongée dans la lecture du quotidien en attendant ma collègue et le serveur. Lorsque mon portable s'est mis à sonner, j’ai su que c’était Nat. Effectivement, elle allait avoir une demie-heure de retard. Ma banque étant dans la rue parallèle, je décidais d’y aller afin d’y déposer deux chèques et retirer ma nouvelle carte de crédit. Je suis ressortie du café et ai traversé le boulevard Foch.

Lorsque je suis arrivée au Crédit Municipal et Industriel, il y avait peu de monde. Les quatres guichets étaient occupés et j’ai pris ma place dans la file de droite. Un homme devant moi comptait les dollars américains qu’il allait changer. Alors que je cherchais mes deux chèques dans mon sac à main, quelqu’un m’a bousculée très violemment et, avant que je n’ai le temps de répliquer, trois hommes en survêtements et blousons noirs, capuches sur la tête et passe-montagnes avaient pris possession des lieux et nous menaçaient en hurlant, des armes à feu dans les mains.

« Mesdames et messieurs, ceci est un braquage. Si vous faites EXACTEMENT ce que l’on vous demande, il ne vous arrivera rien. Nous n’avons pas l’intention de vous faire du mal, sauf si vous nous y obligez. Dans un premier temps, les femmes vont se mettre à gauche près des plantes vertes. Ne criez pas, vous ne ferez que nous énervez. Faites juste ce que l’on vous dit. Les hommes, vous vous mettez ici, à plat ventre. Le premier qui bouge se verra offrir un aller-simple pour l’enfer. Je veux que vous éteigniez vos portables. Vous m’avez compris ? Pas même de vibreur, vous éteignez vos portables, dépêchez-vous ! Soyez coopératifs et tout se passera vite et bien, pour tout le monde. Toi, là, oui toi ! T’essayes de jouer au héros ? T’en as déjà marre de la vie ? A quoi ? Vingt-trois, vingt-cinq ans ? Tête contre sol et ta gueule ! Tu bouges un orteil, je t’explose ta boite à idées ! »

D’abord, j’ai cru que c’était une blague, un truc du genre « caméra cachée ». Cela me faisait même sourire. Mais à l’air terrorisé de mes compagnons de galère, j’ai commencé à comprendre que je ne faisais pas de figuration dans un film. J’étais bien en plein cœur d’un hold-up. Et moi qui me plains d’avoir toujours les places les plus bidons au théâtre, aux concerts… Là, j’étais aux premières loges. Mieux placée que cela, je ne pouvais pas être. Deux des braqueurs se sont fait accompagner dans la salle des coffres par un employé tandis que le dernier nous tenait en joue avec ce qui m’a semblée être un fusil de chasse. Personne ne bougeait et l’on entendait la respiration sifflante de madame Ferrara, la caissière. Cette dernière accuse une surcharge pondérale qui, associée au stress de l’instant, lui occasionnaient alors une certaine difficulté à respirer.

J’ai regardé discrètement l’heure, il était neuf heures moins vingt-cinq. Je pensais à Natacha : elle ne me croirait jamais. D’ailleurs, jusqu’au lendemain que les journaux paraissent, personne n’allait me croire. Une sirène de police s’est faite entendre à quelques rues de là, ce qui a eu pour effet d’agiter un tant soit peu notre ravisseur masqué. Il a sorti de sa poche de blouson un mini talkie-walkie :

« Putain, les mecs, vous foutez quoi ? Vous avez l’intention de bouffer sur place à midi ou quoi ? Merde ! Grouillez-vous, bon sang !!! »

Trente secondes plus tard, les deux complices remontaient du sous-sol avec deux gros sacs de sport apparemment bien remplis. Et là, tout se passa très vite. Un des employés qui avait échappé à la surveillance de notre agresseur réussit à appuyer sur l’alarme. Sauf qu’il se fit surprendre en plein acte, ce qui lui valut une balle dans l’épaule. Cris, agitations, hurlements, la scène virait à la cacophonie et à l’anarchie la plus complète. Les voleurs s’affolèrent et des sirènes commencèrent à se faire entendre en se rapprochant de la banque. Les trois types décidèrent d’embarquer la jeune femme à côté de moi afin de se couvrir pendant leur fuite. Mais, s’apercevant qu’elle était enceinte, ils la repoussèrent et je me sentis violemment attrapée par un bras autoritaire, ce qui eut pour effet de me faire perdre l’équilibre. Le type s’emmêla la main dans mon collier et le cassa en cherchant à se dégager. Mon long sautoir de perles noires de Tahiti (ramené de notre voyage de noce il y a onze ans) s’égrena en des dizaines et des dizaines de petites billes, tressautant sur le sol de marbre. Un des lascars s’étala en cherchant à fuir, entrainant dans sa chute le complice qui portait le sac. Les policiers surgirent et en quelques secondes le calme fut rétabli. Seul un des voleurs avait réussi à s’échapper.

Et voilà, monsieur Poivre d’Arvor, toute mon aventure.

« Eh bien, il est agréable de savoir que, grâce à votre collier de perles, deux des trois dangereux malfaiteurs ont pu être arrêtés, tout en évitant des conséquences trop dramatiques pour les témoins de ce hold-up. Signalons également que la direction du Crédit Municipal et Industriel a décidé de vous offrir un nouveau bijou afin de vous récompenser pour votre acte involontairement heureux. Nous terminons ce journal avec les prévisions météo d’Evelyne Dhéliat, plus qu'ensoleillées en ce mois de juillet. Prochain journal présenté demain à six heures quarante. Bonne soirée à vous sur TF1 et merci de votre fidélité. »

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mardi, 08 juillet 2008

Un taxi nommé... "Désir"

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Six heures du matin. Marine sort de la petite résidence, le visage presque caché par la grosse écharpe de laine multicolore. De la buée s’échappe par ses narines : aujourd’hui il fait un froid de canard ! Elle traverse le parking éclairé par les réverbères au design contemporain et télécommande l’ouverture automatique des portes de son véhicule ainsi que la désactivation de l’alarme. Le « clac » caractéristique et l’appel des phares font apparaître son mini-bus comme un gros utilitaire docile et bien domestiqué.

Marine, un mètre soixante-deux, grimpe dans ce qui semble être une « voiture pour géant ». Elle allume le chauffage, met un CD dans le lecteur et démarre doucement. Le véhicule ronfle puis ronronne, fait marche arrière et sort de l’enceinte du lotissement. Quelques kilomètres l’amènent devant la maison de Bastien. Sa maman l’attend sur le trottoir, en robe de chambre, l’enfant à ses côtés. Marine se gare, salue le petit et sa mère, et aide cette dernière à hisser Bastien dans le car de ramassage. Quelques bisous, des au-revoir de la main et Marine repart. Prochain arrêt chez Léo, juste avant la sortie du village. Même scénario que pour Bastien, sauf, qu’en plus, la maman de Léo tend à Marine des petits gâteaux de Noël encore « tous frais d’hier soir ». Et le ramassage continue pour chercher Sarah, Gwenn, Farid, Clorinthe, Violaine, Anabelle, Tristan et Abel. Encore une dizaine de minutes et les gamins seront tous arrivés à bon port. Quelques cris, des caprices, des sourires endormis, des yeux qu’on frotte, des grognements, les yeux de Marine font des va-et-vient entre la route et le rétroviseur afin de s’assurer que tout se passe bien chez ses protégés.

A huit heures moins dix elle pénètre dans l’enceinte de l’école. Madame Van Goeth, la directrice, accompagnée de monsieur Frison, le concierge, viennent à sa rencontre. Les fauteuils roulants, chargés de leurs jeunes propriétaires, sont décrochés et sortis doucement de la camionnette jusque dans la cour de récréation.

Marine leur souhaite à tous une bonne journée et leur promet de revenir les chercher plus tard. Quelques mains se lèvent en un salut maladroit, des visages inclinés aux sourires figés et bavant, laissent parfois s’échapper un « Ma-ïne » à la sonorité trop aigüe. Elle remonte dans son van, démarre et prend la direction de la maison de retraite des Pierres Bleues. Aujourd’hui, c’est une dure journée qui s’interrompra de treize heures trente à seize heures puis reprendra jusqu’à vingt heures trente.

Elle adore son métier de taxi-ambulancière, Marine. Elle qui n’a pas toujours eu une vie facile aime ce qu’elle fait. Cette impression d’être enfin utile, cette sensation de remplir sa vie, d’enrichir peut-être aussi celle d'autrui, cette formidable intuition, perception de l’autre qui semble s’être développée au point que parler s’avère complètement inutile.

Marine et ses beaux yeux pers qui lui valent toujours un certain succès auprès de la gent masculine. Ses yeux ont remplacé sa voix lorsqu’elle est avec « ses enfants ». Violaine, par exemple, est toujours à l’affût de son regard. Parfois elle cherche le compliment tellement valorisant sur sa tenue vestimentaire, d’autres fois elle provoquera, se rebellera, cherchera le conflit jouant l’œillade insolente, le coup d’œil agressif. Marine connaît Violaine comme Violaine connaît Marine. C’est presque devenu comme un jeu entre elles. Qui craquera la première, cédera, s’avouera vaincue ? Et lorsque le mini-bus arrive dans son quartier, tout près de sa maison, l’œil de Violaine redevient velours tout doux. Demain elle recommencera, et les jours suivants aussi, ce dialogue muet mais tellement criant, défiant l’autorité de Marine, souffrant à sa façon cette terrible injustice de ne pas pouvoir marcher, ni parler. L’insupportable fardeau de ne pas être comme les autres, d’être différente…

Maintes fois Marine a soutenu ce regard pour lui expliquer comment elle la trouvait jolie dans sa différence et, à certains moments, elle y est arrivé. Une ébauche de sourire sur le visage de l’enfant laissait transparaître la sérénité, la satisfaction. Mais Marine a un secret que Violaine ne connaît pas et dont elle est loin de se douter. Marine est amoureuse d’Anatole, le papa de Violaine.

Anatole… cœur brisé en mille morceaux à la naissance de Violaine. Un accouchement difficile, une éclampsie fatale à la jeune maman, des séquelles irrémédiables pour le bébé, Anatole a vu sa vie basculer dans un horrible cauchemar éveillé en quelques heures. Et aujourd’hui, cette jolie rouquine pleine de joie de vivre et d’humour rallume une flamme qu’il a cru éteinte à tout jamais.

Et Violaine voit son papa s’ouvrir à la vie. Et Violaine, spectatrice silencieuse, regarde la chaleur amoureuse envahir sa maison. Des rideaux que l’on change, un Anatole qui siffle en préparant le petit-déjeuner, une garde-robe qui s’améliore, un Anatole qui la chatouille, la taquine comme lorsqu’elle était toute petite, un bouquet de fleurs fraîches sur la table de la cuisine, un Anatole qui ne l’oblige plus à manger sa purée de carottes… Un Anatole qui téléphone, qui sourit et rit, un papa amoureux…

© 2007 Plum'

vendredi, 04 juillet 2008

Craqûre

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Un jour, tu m’as sourie, rappelle-moi
Lèvres entrouvertes sur dents de loup
Un jour, tu m’as regardée, souviens-moi
Paupières décloses sur iris topaze
Un jour, tu m’as parlée, remémore-moi
Voix chaude et grave et douce
Un jour, tu m’as touchée, remembre-moi
Main curieuse et bouche avide sur peau de pêche
Un jour, tu m’as possédée, évoque-moi
Draps froissés, mouillés, soupirs haletés
Un jour, tu m’as aimée, pense à moi
Promesses et serments sous la lune échangés

Demain, tu m’as quittée, je le savais déjà
Lèvres serrées, yeux fuyants, voix muette
Hier, tu me laisseras, je le devinerai encore
Mains absentes, draps froids, promesses éventées
Tes silences raisonnent dans mon cœur
Tes gestes avortés brûlent mon corps
Je te prénomme « mon Etranger Familier »
Quand toi tu te révèles être « l’Intime Inconnu »
Je découvre et apprends le langage de ton verso
A mon insu, mes yeux continuent le dialogue
Et mes mains et ma peau et mon âme
Comme ils (s)ont mal sans toi !

Un jour, tu m’as émue…
Ce jour, tu (m’)as rompu(e)…

© 2007 Plum'

mardi, 01 juillet 2008

Galèr(n)e bretonne

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Tout ce qui m’arrive est de sa faute ! Entièrement de sa faute ! Je ne voulais pas qu’on fasse cela sans capote. Mais lui, oh lui ! il faut toujours qu’il m’impose ses désirs, ses quatre volontés. Alors moi, pour que notre rendez-vous ne tourne pas au vinaigre, eh bien, j’ai cédé… Voilà ! Et maintenant, je suis dans le pétrin parce que Môssieur avait décidé, ce dernier dimanche de septembre, de m’emmener à la campagne. Je savais que cela se terminerait mal, je sentais le couac. J’ai le nez pour ces choses-là. Non, il n’a rien voulu entendre, Monsieur Je-sais-tout. Il s’est braqué, je l’ai supplié, il s’est indigné, j’ai boudé, il a crié, j’ai pleuré, il a menacé de me quitter, j’ai essayé de le charmer. Rien n’y a fait. Ce serait sans capote, point final. Et si cela ne me plaisait pas, je n’avais qu’à me trouver un autre bougre pour assouvir mes caprices, qu’il a dit. Alors j’ai cédé. Juste une fois. Et pourtant, ma mère m’avait prévenue.

« Attention Léontine, qu’elle disait. Jamais sans capote, tu m’entends ? Jamais ! Un homme qui refuse de la mettre est un égoiste sans nom et il ne te respectera jamais. Un homme qui t’aime ne veut que ton bonheur et ne discutera jamais la capote, tu m’entends ? Jamais ! Quels que soient le jour de la semaine, le moment de la journée, les conditions météorologiques, si celui que tu crois être le bon t’aime, il t’accordera ce que tu lui demandes.»

Edouard l’a discutée, lui, la capote… Voilà où nous en sommes aujourd’hui. Il ne me reste plus rien. Et aucun garçon ne s’intéressera plus jamais à moi. Mes amies ne veulent plus me parler et mon patron, Monsieur Chantereau, m’a demandée, hier, de lui remettre ma démission.

Si je ne veux pas devenir folle, il va me falloir partir. Quitter mon village de Bretagne et recommencer, ailleurs… Tout recommencer, à nouveau, depuis le début. Peut-être en Auvergne. Cela doit être très joli, très vert, très calme. Au moins, là-bas, personne ne me connaît…

« Ton père ne méritait pas ce que tu lui as fait, a dit ma mère. Un homme qui a travaillé toute sa vie ! Qui a toujours subvenu aux besoins de sa famille, parce que vous n’avez jamais manqué de rien, toi et tes frères. Jamais ! Un homme juste, bon, honnête et pieux. Voilà qui était ton père et tu l’as…, tu l’as… déshonoré ! Oui, déshonoré !!! Parce que mademoiselle a besoin de fricoter avec le premier Parisien venu. Un monsieur Lafrime par-dessus le marché ! Un bellâtre, un dandy ! Un rentier, un gigolo ! Parce que tu pensais peut-être qu’il allait t’épouser aussi ? Pauvre gourde !!! Comment ai-je pu engendrer une crûche pareille ! Oh Dieu Miséricordieux, qu’ai-je donc fait pour mériter cela ? »

Alors je suis montée dans ma chambre. J’ai sorti ma valise écossaise de l’armoire et j’y ai rangé quelques affaires. Oh, pas grand-chose, juste quelques sous-vêtements, mon châle en soie vert amande, mon tailleurs en tweed, ma paire de chaussures à brides, mon chapeau violet et mon collier de perles fines (celui que papa m’avait offert). Je suis allée jusqu’à la gare routière pour prendre le car qui m’amènerait jusqu’à Lorient. Là-bas, je prendrai le train jusqu’à Paris, puis ensuite je prendrai ma correspondance jusqu’à Clermont-Ferrand. Tout ce que j’espère, c’est qu’il n’y ait pas de vent, la-bas. C’est tout ce que je me souhaite bien qu’on parle du Vent du Midi…

Mais quelle mouche l’a donc piqué, ce couillon d’Edouard ? Je ramenais les cendres de mon père, c’est tout. Je devais juste les ramener pour qu’on puisse les transvaser dans la belle urne que ma mère, mes frères et moi venions d’acheter. Et, il a voulu voir… Ouvrir… Je lui ai dit de se méfier du vent, de rabattre la capote de la voiture. Il n’a rien voulu savoir, ne m’a pas écoutée. Et mon père s’est envolé sur les terres du père Le Guern, son pire ennemi depuis la Grande Guerre. Celui qui avait profité de son incorporation pour spolier les terres appartenant à notre famille depuis presque trois siècles et cela, mon père ne le lui a jamais pardonné.

Alors y servir de fertilisant parce que son neveu, Edouard Le Guern, refusait de mettre la capote…

Pardon papa. Pardon…

© 2007 Plum'

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