mercredi, 27 août 2008

Bad Trip

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J’adore les voyages, visiter des contrées lointaines, aller à la rencontre des autochtones, m’immerger totalement dans un mode de vie tellement différent de celui dans lequel je baigne mais en même temps tellement similaire car toujours humain, malgré tout.

Mon premier périple, je l’ai fait à dix-sept ans avec François, un étudiant en histoire de l’Art. Nous sommes partis tous les deux, cet été-là, à New-York. Une folie ! Officiellement, pour mes parents, je partais avec Pat, ma meilleure copine de l’époque, rejoindre sa famille qui campait dans le Lavandou. J’ai travaillé pendant un an et demi tous les samedis et durant toutes les vacances scolaires sur les marchés. Je vendais de la bonneterie, ce n’était pas triste. Dès que je le pouvais, je faisais du baby-sitting en soirées. Finalement, j’ai amassé de quoi me payer un billet d’avion aller-retour et en revendant quelques fripes, j’avais un peu d’argent pour subvenir à mes besoins. J’avais écrit en avance des cartes postales à la pelle que ma copine Pat avait ramenées l’année précédente et il lui a suffi de les envoyer pendant tout le mois d’août de cette année-là. Mes parents n’en ont jamais rien su…

Deux ans après, je partais pour le Mali avec une association humanitaire dont je faisais partie. Nous sommes allés construire une structure en dur afin de pouvoir héberger correctement d’autres associations qui devaient bâtir, six mois après notre passage, une école dans le village car les enfants faisaient des trajets quotidiens à pieds d’une douzaine de kilomètres. Cela a été une expérience sensationnelle sur le plan humain.

J’ai trouvé un job à Londres où j’ai vécu trois ans. J’en garde des souvenirs de beuveries le samedi soir et des conversations sans fin avec mes amis Kyle et Eileen.

Un jour, alors que j’étais en vacances en Espagne, j’ai rencontré un type fantastiquement beau, source inépuisable de culture avec qui j’allais, un an plus tard, me marier. Militaire de carrière, sa profession nous a faits bouger dans toute la France ainsi que dans les dom-tom. Il m’a fait deux beaux enfants, ce qui m’a assagie pendant quelques temps. Mais dès que ces derniers ont pris leur indépendance, j’ai été à nouveau reprise par cet appel impérieux d’aller voir ailleurs ce qui se passe.

Hervé, mon époux, n’a pas apprécié. Lui, il voulait se poser, acheter une maison à nous, pour nous, s’installer, avoir des petits-enfants, leur faire une cabane, les regarder grandir, me regarder vieillir… J’ai demandé le divorce. Il n’a pas apprécié. J’ai expliqué mon besoin de liberté, d’espace. J’ai tenté de lui faire comprendre que la Patagonie, la Tasmanie, l’Ouzbekistan, l’Islande, le Suriname et tout ce que je n’avais pas encore vu m’attendaient. Il ne pouvait pas me détenir dans une petite vie bourgeoise et sans intérêt. J’avais accompli mon devoir de femme, d’épouse. J’avais fait des enfants, je les avais élevés avec ces bon vieux principes judéo-chrétiens si chers à la société et maintenant ils travaillaient, payaient leurs impôts, accédaient à la propriété… J’avais rempli mon contrat. A lui de remplir le sien en m’offrant la vie dont je rêvais. Il n’a rien voulu savoir et m’a traitée de « vieille folle réac ». Alors, je lui ai dit que je partirai. Dès le lendemain.

Lorsque je me suis réveillée, j’étais attachée et baillonnée dans la cave. Mon crâne n’était qu’une atroce douleur et j’avais un goût de sang dans la bouche. Lorsqu’il est descendu me voir, je ne l’ai pas tout-de-suite reconnu. Il avait enfilé son pantalon de treillis et un tee-shirt de l’armée. Il était là, debout devant moi, immense. Il m’a retirée le baillon et dans le mouvement, j’ai bien cru que ma tête allait exploser.

« - Et maintenant ? Qu’est-ce que tu vas faire ? Où vas-tu aller, hein ? Tu ne la ramènes pas, que se passe-t-il, ma « chérie » ?

- Hervé, détache-moi s’il te plait.

- Parce qu’en plus, tu te crois en position de me donner des ordres ? Mais tu te prends pour qui, exactement ?

- Chéri, c’est un malentendu. Tu t’es laissé emporté, tu t’es énervé. Ce n’est pas grave, mais détache-moi s’il te plait. J’ai mal aux bras, j’ai soif et j’ai mal à la tête.

- Bien-sûr ! Je vais te détacher et puis toi tu vas te barrer pour aller faire ton petit tour du monde pendant que moi je croupirai en taule ! T’en as pas marre de me prendre pour un con ? Vingt ans que cela dure et que j’écrase. Je pense que maintenant j’ai peut-être mon mot à dire, non ?

- Chéri, je…

- Ferme-la !!! Maintenant on va faire un peu ce que moi je veux, ok ? Réponds-moi ! Ok ??? »

Comme je tardais à répondre une violente gifle manqua m’assommer. Hervé était devenu fou, complètement fou. Et moi, j’allais peut-être mourir ici sans que personne ne se rende compte de ma disparition avant… Oh, mon dieu ! Quelle horreur ! Je sentais les larmes me couler sur le visage, chaudes, brûlantes. Surtout ne pas pleurer. Garder mon calme. Inspirer doucement par le nez et expirer lentement par la bouche. Et retenir ces affreux hoquets.

Hervé s’accroupit et me secoua violemment.

« - Tu pleures ?

- Non…

- Chérie, tu pleures ?

- Non, je ne pleure pas.

- Pourquoi pleures-tu, mon amour ? Dis-moi… »

Il me secouait de plus en plus fort et mes bras attachés derrière mon dos devenaient de plus en plus douloureux.

« - Qu’est-ce qui t’arrive ? Pourquoi tu pleures ? Réponds-moi, s’il te plait. »

Il me caressa les cheveux ce qui eut pour effet de me faire hurler. Il allait me tuer, il allait m’assassiner, cacher mon corps, l’enterrer dans la cave, bétonner le sol. Il dirait aux enfants que je suis partie faire le tour du monde, que je les avais abandonnés tous les trois. Il serait une victime et je passerai pour la…

« - Chérie ? Chérie, ça va ? CHERIE ! Réveille-toi ! C’est un cauchemar, mon amour ! Réveille-toi !!!

- Qu’est-ce qu… ?

- Tu as fait un mauvais rêve, tu pleurais, tu suppliais. Chérie, d’où me reviens-tu, dis-moi ? Depuis que nous avons décidé de faire cette croisière tu n’es plus la même. Tu es nerveuse, tu dors mal. Un mot de toi et j’annule tout, mon cœur.

- Non, non, ça va. C’est mon premier rendez-vous avec le monde, mon premier grand voyage. Je ne veux surtout pas le louper… »

© 2007 Plum'

Commentaires

Ouf, j'ai eu peur !!! Très bien mené Plum'! J'adore ce rythme et cette montée en puissance.
Bises et belle journée à toi !!!

Ecrit par : antigone | mercredi, 27 août 2008

Pan dans le mille ! Sorcière, Plum' ?
Bon, le treillis en moins quand même...et pas le premier...voyage (pas treillis !!).
Gros bisous surpris.

P.S. Tu mérites toujours ta plume, chère sorcière.

Ecrit par : sido | mercredi, 27 août 2008

Hé bien ! J'ai été embarqué.
Par moments, je pensais que lui, c'était moi.
Et Elle ???

Ecrit par : Christian | mercredi, 27 août 2008

J'aurai dû me douter que tu allais nous en faire encore une bonne. cela faisait trop longtemps que tu étais "sage" !!

Bonne journée,sans cauchemard pendant la sieste ! Bises

Ecrit par : patriarch | mercredi, 27 août 2008

"Cauchemar " Bien sûr !!!!

Ecrit par : patriarch | mercredi, 27 août 2008

hey, merci pour la plume déposée au seuil de ma demeure fictive.

J'étais déjà passée par ici je crois. En tout cas ce texte m'a tenue en haleine, peut-être aussi parce que je m'y retrouve un peu, beaucoup, passionément.

Je reprendrais bien une tartine...

Ecrit par : Mowglie | mercredi, 27 août 2008

Il etait temps qu'elle se reveille!!!

Ecrit par : mathéo | mercredi, 27 août 2008

J'aime, j'aime, j'aime ! C'est autobiographique ?

Ecrit par : Brigitte | jeudi, 28 août 2008

Oh! mon dieu que j'ai eu peur ,je me suis laissé prendre au récit et j'étais sûre que c'était vrai ouf !
ce n'était qu"un cauchemar
Bonne journée .Quel talent tu as, chapeau Madame

Ecrit par : lianne | vendredi, 29 août 2008

A Antigone : merci ! Ah, le "coup du rêve"... Très pratique pour écrire en délirant.
Bisous et bon dimanche, Antigone.

A Sido : oups, pas fait exprès ! Comme quoi, du rêve (ou cauchemar, devrais-je dire) à la réalité, il n'y a qu'un pas (ou clic) de souris.
Grosses bises à toi, ma Sido. Passe un bon dimanche.

A Christian : rassure-moi, Christian, la violence en moins, hein ? Quant à Elle, toi seul peut savoir... ;-)

A Patriarch : aucun risque, je déteste faire la sieste. Beurk !
Bon dimanche, Walter !.... et bonne sieste quand même ! ;-)

A Mowglie : noir c'est noir... Et pour la plume, tu la mérites bien !
Confiture ou miel ?

A Mathéo : t'as raison, on virait vers le thriller "psychopatique".

A Brigitte : ah non, Brigitte, c'est plutôt "autochimérique" !

A Lianne : ne t'inquiète pas, je t'aurais réveillée avant que ça se corse vraiment. ;-)
Bises et bon dimanche à vous deux, Lianne !

Ecrit par : Plum' | samedi, 30 août 2008

C'était "Le rêve et la plume" aux éditons Blog d'Or!

Trêve de plaisanterie, il faudra sérieusement songer à une version papier de tous ces textes.

Bises et bon dimanche.

Ecrit par : Louis-Paul | dimanche, 31 août 2008

Décevant ce final. J'aurais bien aimé une vraie séquestration "à l'autrichienne".

Ecrit par : Claudiogène | lundi, 01 septembre 2008

A Louis-Paul : c'est gentil ! Mais je n'y crois pas vraiment...
Bisous et bonne semaine à vous deux.

A Claudiogène : tu sais que tu m'as manquée, toi ? Enfin, je veux dire tes commentaires... ;-)

Ecrit par : Plum' | lundi, 01 septembre 2008

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