dimanche, 31 août 2008
OutreMère

Elle tient son bébé dans ses bras. Bien enveloppé dans sa couverture jaune pâle, elle le porte serré tout contre elle. Elle se balance d’avant en arrière, dans une cadence douce et chantonne une vieille comptine :
« Elle gigote
Elle zozote
Babille, babillant
Elle a trois ans ! »
Ses yeux fixent un point, droit devant elle, sur le mur. Mais son regard est éteint. Seule sa voix, monocorde, continue de fredonner, presqu’à voix basse :
« Elle papote,
Elle parlote,
Jacasse, jacassant,
Elle a treize ans ! »
De temps à autre, elle réajuste la couverture sur la tête du nourrisson profondément endormi. Son petit corps emmailloté ne bouge pas, bien calé dans les bras maternels, contre le sein, berceau nourrissier. Et elle psalmodie comme pour elle-même :
« Elle jabote,
Elle marmotte,
Bavarde, bavardant,
Elle a trente ans ! »
La porte de la chambre a une partie vitrée au travers de laquelle apparaissent deux visages, celui d’une femme et d’un homme. Ils se parlent, tout en continuant à l’observer mais elle ne les entend pas et continue de se dodeliner sur le même rythme lent afin de ne pas éveiller son tout petit. Et toujours cette voix, douce et presque irréelle, la voix d’un ange :
« Elle radote,
Elle tricote,
Bredouille, bredouillant
Elle a cent ans ! »
Des larmes s’échappent de ses yeux mornes, coulent le long de ses joues livides et s’écrasent en grosses gouttes salées sur le lino vert parfaitement ciré.
« Et elle ? C’est quoi son problème ? » demande l’homme derrière la vitre en la désignant du menton. Les bras croisés, il observe la scène d’un air blasé, presque indifférent.
La femme à ses côtés ouvre un dossier violet et sort deux feuilles avec photographies et graphiques.
« Elle s’appelle Sylvaine R. Elle a vingt-huit ans et a été arrêtée avant-hier. On a retrouvé son bébé de quatorze mois empoisonné. Apparemment, il s’agirait d’un cas de syndrome de Münchhausen. Elle a amené l’enfant à l’hôpital dix-sept fois en cinq mois. C’est un jeune médecin des urgences qui a donné l’alerte. Il avait détecté chez elle un comportement équivoque. Elle maîtrisait un peu trop parfaitement la pathologie et le pronostic de l’affection.
On nous l’a amenée ce matin et là, elle est sous calmant.
- Et cela fait longtemps qu’elle a cette poupée dans les bras, chère consoeur ?
- Depuis son arrestation, semble-t-il. Elle refuse que l’on touche à son poupon. Elle déclenche une névrose hystérique.
- Les objets sont interdits, vous le savez bien. On ne sait jamais ce qui peut arriver.
- Que voulez-vous qu’il arrive, Docteur ? Le pire, elle l’a déjà fait… »
© 2007 Plum'
Syndrome de Münchausen par procuration (source Wikipédia)
Appelé aussi syndrome de Meadow, ce syndrome décrit les patients amenant leurs enfants de façon répétitive aux urgences pédiatriques pour des symptômes qu'ils ont eux-mêmes provoqués. Il serait à l'origine de 8 à 20% des morts subites inexpliquées du nourrisson.
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mercredi, 27 août 2008
Bad Trip

J’adore les voyages, visiter des contrées lointaines, aller à la rencontre des autochtones, m’immerger totalement dans un mode de vie tellement différent de celui dans lequel je baigne mais en même temps tellement similaire car toujours humain, malgré tout.
Mon premier périple, je l’ai fait à dix-sept ans avec François, un étudiant en histoire de l’Art. Nous sommes partis tous les deux, cet été-là, à New-York. Une folie ! Officiellement, pour mes parents, je partais avec Pat, ma meilleure copine de l’époque, rejoindre sa famille qui campait dans le Lavandou. J’ai travaillé pendant un an et demi tous les samedis et durant toutes les vacances scolaires sur les marchés. Je vendais de la bonneterie, ce n’était pas triste. Dès que je le pouvais, je faisais du baby-sitting en soirées. Finalement, j’ai amassé de quoi me payer un billet d’avion aller-retour et en revendant quelques fripes, j’avais un peu d’argent pour subvenir à mes besoins. J’avais écrit en avance des cartes postales à la pelle que ma copine Pat avait ramenées l’année précédente et il lui a suffi de les envoyer pendant tout le mois d’août de cette année-là. Mes parents n’en ont jamais rien su…
Deux ans après, je partais pour le Mali avec une association humanitaire dont je faisais partie. Nous sommes allés construire une structure en dur afin de pouvoir héberger correctement d’autres associations qui devaient bâtir, six mois après notre passage, une école dans le village car les enfants faisaient des trajets quotidiens à pieds d’une douzaine de kilomètres. Cela a été une expérience sensationnelle sur le plan humain.
J’ai trouvé un job à Londres où j’ai vécu trois ans. J’en garde des souvenirs de beuveries le samedi soir et des conversations sans fin avec mes amis Kyle et Eileen.
Un jour, alors que j’étais en vacances en Espagne, j’ai rencontré un type fantastiquement beau, source inépuisable de culture avec qui j’allais, un an plus tard, me marier. Militaire de carrière, sa profession nous a faits bouger dans toute la France ainsi que dans les dom-tom. Il m’a fait deux beaux enfants, ce qui m’a assagie pendant quelques temps. Mais dès que ces derniers ont pris leur indépendance, j’ai été à nouveau reprise par cet appel impérieux d’aller voir ailleurs ce qui se passe.
Hervé, mon époux, n’a pas apprécié. Lui, il voulait se poser, acheter une maison à nous, pour nous, s’installer, avoir des petits-enfants, leur faire une cabane, les regarder grandir, me regarder vieillir… J’ai demandé le divorce. Il n’a pas apprécié. J’ai expliqué mon besoin de liberté, d’espace. J’ai tenté de lui faire comprendre que la Patagonie, la Tasmanie, l’Ouzbekistan, l’Islande, le Suriname et tout ce que je n’avais pas encore vu m’attendaient. Il ne pouvait pas me détenir dans une petite vie bourgeoise et sans intérêt. J’avais accompli mon devoir de femme, d’épouse. J’avais fait des enfants, je les avais élevés avec ces bon vieux principes judéo-chrétiens si chers à la société et maintenant ils travaillaient, payaient leurs impôts, accédaient à la propriété… J’avais rempli mon contrat. A lui de remplir le sien en m’offrant la vie dont je rêvais. Il n’a rien voulu savoir et m’a traitée de « vieille folle réac ». Alors, je lui ai dit que je partirai. Dès le lendemain.
Lorsque je me suis réveillée, j’étais attachée et baillonnée dans la cave. Mon crâne n’était qu’une atroce douleur et j’avais un goût de sang dans la bouche. Lorsqu’il est descendu me voir, je ne l’ai pas tout-de-suite reconnu. Il avait enfilé son pantalon de treillis et un tee-shirt de l’armée. Il était là, debout devant moi, immense. Il m’a retirée le baillon et dans le mouvement, j’ai bien cru que ma tête allait exploser.
« - Et maintenant ? Qu’est-ce que tu vas faire ? Où vas-tu aller, hein ? Tu ne la ramènes pas, que se passe-t-il, ma « chérie » ?
- Hervé, détache-moi s’il te plait.
- Parce qu’en plus, tu te crois en position de me donner des ordres ? Mais tu te prends pour qui, exactement ?
- Chéri, c’est un malentendu. Tu t’es laissé emporté, tu t’es énervé. Ce n’est pas grave, mais détache-moi s’il te plait. J’ai mal aux bras, j’ai soif et j’ai mal à la tête.
- Bien-sûr ! Je vais te détacher et puis toi tu vas te barrer pour aller faire ton petit tour du monde pendant que moi je croupirai en taule ! T’en as pas marre de me prendre pour un con ? Vingt ans que cela dure et que j’écrase. Je pense que maintenant j’ai peut-être mon mot à dire, non ?
- Chéri, je…
- Ferme-la !!! Maintenant on va faire un peu ce que moi je veux, ok ? Réponds-moi ! Ok ??? »
Comme je tardais à répondre une violente gifle manqua m’assommer. Hervé était devenu fou, complètement fou. Et moi, j’allais peut-être mourir ici sans que personne ne se rende compte de ma disparition avant… Oh, mon dieu ! Quelle horreur ! Je sentais les larmes me couler sur le visage, chaudes, brûlantes. Surtout ne pas pleurer. Garder mon calme. Inspirer doucement par le nez et expirer lentement par la bouche. Et retenir ces affreux hoquets.
Hervé s’accroupit et me secoua violemment.
« - Tu pleures ?
- Non…
- Chérie, tu pleures ?
- Non, je ne pleure pas.
- Pourquoi pleures-tu, mon amour ? Dis-moi… »
Il me secouait de plus en plus fort et mes bras attachés derrière mon dos devenaient de plus en plus douloureux.
« - Qu’est-ce qui t’arrive ? Pourquoi tu pleures ? Réponds-moi, s’il te plait. »
Il me caressa les cheveux ce qui eut pour effet de me faire hurler. Il allait me tuer, il allait m’assassiner, cacher mon corps, l’enterrer dans la cave, bétonner le sol. Il dirait aux enfants que je suis partie faire le tour du monde, que je les avais abandonnés tous les trois. Il serait une victime et je passerai pour la…
« - Chérie ? Chérie, ça va ? CHERIE ! Réveille-toi ! C’est un cauchemar, mon amour ! Réveille-toi !!!
- Qu’est-ce qu… ?
- Tu as fait un mauvais rêve, tu pleurais, tu suppliais. Chérie, d’où me reviens-tu, dis-moi ? Depuis que nous avons décidé de faire cette croisière tu n’es plus la même. Tu es nerveuse, tu dors mal. Un mot de toi et j’annule tout, mon cœur.
- Non, non, ça va. C’est mon premier rendez-vous avec le monde, mon premier grand voyage. Je ne veux surtout pas le louper… »
© 2007 Plum'
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lundi, 25 août 2008
Plume de Poète
Quelle surprise ! La douce et tendre Sheedir vient de me décerner une plume de poète. Je ne m'y attendais pas et je l'en remercie.

Afin de ne pas briser cette jolie chaîne, je dois à mon tour désigner sept blogueurs dont j'apprécie la plume. Voici mon choix :
A vous donc, chers amis des blogs, de ne pas briser cette chaine de l'amitié et des mots qui nous lient.
Cliquez sur l'image et collez-la sur votre blog, puis allez déposer une plume chez sept autres amis poètes.
Plum'
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samedi, 23 août 2008
Pâte à... pouf !

Qu’il a de la chance l’Alphonse ! Quel veinard ! Y en a qui sont vernis, tout-de-même !
Bon, il faut reconnaître que l’Alphonse, il assure ! Déjà, il est toujours tiré à quatre épingles. Costard taillé sur mesure, chemises dernier cri, cravates en soie, chaussettes en fil d’Ecosse, pompes italiennes fabriquées dans les cuirs les plus souples et la note qui fait toute la classe : le couvre-chef ! Ben oui, m’sieurs-dames, faut c’qui faut ! Et puis, l’Alphonse, il est plutôt beau gosse, bien servi par Mère Nature. Du coup, toutes les greluches n’en ont qu’après lui. Pas la peine de l’accompagner au p’tit bastringue du samedi soir, les minettes n’ont d’yeux que pour sa pomme.
Pourtant, l’Alphonse, il a Ronnie ! Et Ronnie, c’est un sacré morceau comme dirait l’autre. Blonde, grande, avec une paire de pare-chocs à la Jayne Mansfield et un pétard… Nom d’un clébard, ce pétard !!! Ronnie, elle les fait tous fantasmer.
Quand Alphonse a rencontré Ronnie, elle était serveuse au Café des Boulistes, chez la Gilberte et l’Marcel. Elle baladait son popotin bien moulé dans sa p’tit jupe noire, de table en table. Certains, comme ce vicelard de Maurice ou l’Dédé, n’se gênaient pas pour lui pincer le joufflu à chaque fois qu’il passait à portée de leurs paluches. Ronnie se retournait et avec son sourire « Rouge Baiser n° 32 Rouge Passion » découvrait des quenottes à faire palir les pêcheurs de perles. Elle se penchait alors vers le Momo et l’André déjà vermillons, leur mettait sous l’nez ses roberts qu’étaient prêts à faire exploser son corsage et leur disait :
« Momo, Dédé ! Ce n’est pas bien de pincer les fesses des dames. Un jour, ma main pourrait bien atterrir sur vos joues et vous les rendre encore plus rouges qu’elles ne l’sont déjà… »
Le Maurice et l’André, cramoisis, ils bavaient deux ou trois mots incompréhensibles et se replongeaient dans leur ballon de Côtes du Rhône.
L’Alphonse a tout-de-suite repéré le potentiel de Ronnie. Alors, un soir après son service, il lui a proposé d’la raccompagner dans sa belle automobile et il l’a invitée à dîner le mardi suivant, jour de congé de Ronnie. Il l’a emmenée becqueter à La Diligence, une auberge pour les amoureux qu’ont du pognon. Après, il l’a emmenée au Chat Terton’, un bar à la mode où un orchestre joue du jazz comme chez les Ricains. La Ronnie, elle était ferrée ! Jamais un type aussi élégant et classieux l’avait baratinée, ne l’avait emmenée graillée chez les nantis. Jamais elle n’était montée dans une si belle chignole et de plus, l’Alphonse, il avait laissé un d’ces pourliches au resto ! Celui-là, elle n’allait pas le lacher, pardi !
Cinq semaines plus tard, elle avait abandonné sa chambre de bonne de la rue des Lilas et s’était installée dans la garçonnière de l'Alphonse. Elle continuait à bosser chez l’Marcel et vivait son amourette dans le plus grand bonheur.
Le seul hic, c’est que l’Alphonse, il ne besognait pas beaucoup. D’ailleurs personne ne savait ce qu’il traficotait d’ses journées. Même pas Ronnie ! Mais elle était tellement mordue qu’ça ne l’intéressait pas. Il était dans les « affaires ». Ca lui suffisait comme explication à la Ronnie.
En fait, l’Alphonse vivait sur l’dos d'Ronnie. Ses beaux complets, ses belles chemises, ses montres et ses gourmettes, ses parfums, ses cravates, c’était la p’tite Ronnie qui raquait. Des cadeaux qu’elle lui faisait ! L’autre goujât, il lui bavassait quelques paroles sucrées et la Ronnie, elle fondait comme le beurre dans la poêle. Tant et si bien que lorsqu’il eut fini de lui bouffer ses économies à la Ronnie, il fut pas gêné de lui demander d’aller tapiner pour lui.
Au début Ronnie refusa, menaça de l’quitter, fit la tronche. Il lui fila une bonne raclée qui lui occasionna un cocard pendant une p’tite quinzaine et la Ronnie, elle arpenta les trottoirs du quartier d’la gare dès la fin du mois. L’Alphonse, il était devenu le maque à Ronnie et prenait son nouveau turbin très au sérieux. Il la tabassait, l’insultait et lui disait en hurlant :
« Qu’est-ce qui s’passe encore cette fois ? Pourquoi qu’tu veux pas aller tapiner ? Pourtant, tu l’aimes bien ton plumard ! Je l’sais moi que t’es ravie au lit ! Alors, arrête ton cinoche, sinon c’est au ceinturon qu’tu vas goûter ! C’est quand même pas une grognasse qui va m’commander ! Non mais ! L’est pas encore sur Terre, celle-là ! »
Et Ronnie y retournait, chaque jour plus fatiguée, chaque jour plus amaigrie. Elle ne bouffait plus, Ronnie, et c’était son paquet d’clopes qui la faisait tenir.
Et ce qui devait arriver arriva. Cet enfoiré d’Alphonse, après l’avoir usée jusqu’à la trâme, la jeta comme une vieille chaussette. Il avait rencontre Lonie, plus jeune, plus belle, plus gironde et toute aussi amoureuse de lui que Ronnie, au début. Sauf que Lonie, elle faisait déjà l’trottoir et qu’elle avait besoin d’un marlou. Alors l’Alphonse, il s’est dévoué. Faut dire que Lonie était plutôt pas mal. Un peu moins jolie de bobine que Ronnie mais avec une paire de gambettes… Nom d’une pipe, les guiboles de Lonie, c’était quelque chose !
Entre les cannes et Lonie, l’Alphonse n'avait pas eu à choisir. La vie était belle, les michetons en redemandaient, le pèze rentrait et ses fouilles étaient pleines. Que demander de plus ?
Et Ronnie, hein ? Qu’est devenue Ronnie ? Elle travaille pour une vioque complètement bigleuse et pleine de thunes. Elle lui bouquine des manuscrits de jeunes auteurs en mal de publication. Parce que la vieille tient une maison d’édition qui s’appelle Fou z’y Lit, alors elle lit, Ronnie…
Et puis, elle a rencontré un type sympathique et plutôt beau gosse. Un Rital qui s’appelle Toni je crois. Oui, c’est ça RIGA Toni, un jeune veuf. Depuis qu’elle est morte Adèle (c’était sa femme, Adèle), il chiale tout le temps. C’est complètement dingue ! Il pisse tout par les yeux et voilà que Ronnie est arrivée, pauvre petit piaf… Lorsqu’il a vu sa petite mine de clebs battu, il a craqué l’Toni. Comme quoi, le masque harponne…
© Plum' 2007
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mardi, 19 août 2008
Arabesques

Elle a la peau couleur de caramel
Et les senteurs de la fleur d’oranger
Elle a le regard de la frêle gazelle
Prunelles velours, iris mordorés
Ses plus beaux atours sont sa chevelure
De soie aux efflûves de muscade
Doucement ils caressent sa cambrure
De leurs boucles chutant en cascade
Les bracelets à ses fines chevilles
S’entrelacent en maillons dorées
Les anneaux à ses poignets graciles
Tintent à chaque note enlevée
Elle s’est cachée sous tous ses voiles
Sa silhouette est comme momifiée
Dans ses yeux brillent des étoiles
Sur ses mains, des dentelles de hennée
Ses hanches rondes tournent lascives
Elle ouvre ses bras sur son ventre nu
Elle s’offre en esclave, en captive
La cuisse ronde et l’épaule ingénue
Ses mains s’envolent en arabesques
Aux sons des darbukas, des tambours
Elle s’abandonne et devient Mauresque
Fille de l’Orient, enfant de l’amour
La musique s’est emportée puis s’est tue
Elle git au sol, toute en opalescence voilée
Son corps est brillant de sueur, courbattu
Elle a le souffle court, les muscles fatigués
Ses yeux de biche se lèvent doucement
Son regard en amande affronte le public
Enfin s’élèvent des applaudissements
Suivis de cris et bientôt de suppliques
Elle se relève, la petite danseuse orientale
S’enroule pudiquement dans son tchador
Il y a encore juste un instant femme fatale
Elle redevient « l’Arabe » dès sa sortie dehors
© 2007 Plum'
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vendredi, 15 août 2008
Japonaiseries

Elle est entrée chez ce petit marchand d’art, un soir, un peu tard, par hasard.
Le carillon de métal a tinté lorsqu’elle a poussé la porte d’entrée.
Dans la petite boutique, un fatras d’objets éclectiques, tous d’origines exotiques, se côtoyaient dans une ambiance à la fois rustique et romantique.
Le marchand vint à sa rencontre, trébuchant sur un tapis d’Orient, ébréchant une tasse en porcelaine de Chine, lâchant un jurement pas trop méchant.
Qu’elle excuse sa balourdise et qu’elle lui dise si elle avait une idée précise afin qu’il puisse lui présenter sa marchandise.
J’adore l’Asie, lui dit-elle. Et je recherche un objet plein de fantaisie, de poésie, peut-être de frénésie. Je veux rendre cramoisie de jalousie la petite bourgeoisie qui viendra me rendre une visite de courtoisie.
Je pense avoir votre bonheur. Cette pièce appartenait à un gouverneur et j’ai dû me montrer baratineur et flagorneur pour qu’il daigne de sa cession m’en faire l’honneur.
Mais quel était donc cet objet et serait-il dans son budget, l’interrogeait-elle.
Il s’agit d’une gravure qui figure les charmes des aventures dans la culture orientale. Tout se passe sous la ceinture. N’est représentée que la luxure au travers de cambrures, de chevelures et d’échancrures dans une désinvolture sans demi-mesure. Se sentait-elle mature et était-elle prête à en payer la facture ?
Sa curiosité excitée, un œil plein de lubricité et l’autre empli de voracité, elle le supplia de cesser ses excentricités et de lui présenter l’estampe en réalité.
Il se dirigea au fond de son échoppe, ajusta des lunettes sur ses yeux de myope pendant qu’elle luttait contre la syncôpe dûe à la joie d’être tombée sur une sorte de philanthrope.
Je suis heureux de vous faire profiter de cette ode à la sensualité et à la sexualité. Cet art de l’estampe japonaise est un hymne à la fertilité et la fidélité. Il n’est pas question de frivolité mais bel et bien d’humanité. Car en chacun de nous existe une dualité entre bestialité et sensibilité. La nudité féminine épouse la virilité masculine. Acceptez-vous de déguster, avec moi, une tasse de thé fumé ? Je tiens à vous le faire goûter, c’est ma spécialité.
Depuis un mois, l’estampe, ainsi qu'une nouvelle lampe, sont dans sa chambre. Cette dernière compte d’ailleurs depuis décembre un nouveau… membre !
© Plum' 2007
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lundi, 11 août 2008
Vicissitudes

Je ne supporte plus la radio
Les infos et les jeux vidéo
La violence dans les banlieues
L’irrespect envers les vieux
La pédophilie, la xénophobie
L'homophobie et la zoophilie
Le racisme, l’antisémitisme
Le capitalisme, le laxisme
La politique dans tous ses états
Subir parce que je n’ai pas le choix
La télé-réalité miroir de la société
Tout ce qu’on nous fait avaler
Les O.G.M., les farines animales
La nature à qui l’on fait mal
Les nouveaux pauvres, le chômage
Les journalistes retenus en otage
La crise du logement, les cités
Le S.M.I.C. et la précarité
Les utopistes, les intégristes
Les extrémistes, les terroristes
Les jours fériés qu’on nous retire
La Sécurité Sociale qui se tire
Les enfants qui meurent de faim
Les dictateurs, les soldats, les vauriens
J’ai mal à mon pays, à son économie
J’ai mal à ma planète, on lui ôte la vie
A S S E Z !!!
Je veux du ciel bleu pour nos enfants
Des banquises avec des ours blancs
Je veux de l’eau pour toute la Terre
Et surtout plus jamais de guerres
Je veux le respect des religions
Que la violence ne soit plus légion
Je nous veux de l’Amour et de l’Intelligence
Je veux qu’on nous donne une seconde Chance
S’il vous plait…
© 2006 Plum'
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lundi, 04 août 2008
L'Arche du Mot "Et"
Je suis un génie… et je suis modeste !
Disons plutôt que j’ai appris à l’être. Plus vous vous vantez, vous vous mettez en avant, moins les gens cherchent à vous comprendre, à vous parler. Alors parfois, il faut savoir faire des choses en solitaire, pour soi, mais qui indirectement le seront pour les autres, aussi.
J’aime écrire et je me suis aperçue que je n’étais pas la seule. Et que des centaines de personnes, que dis-je, des milliers, voire des millions de mains avaient des choses à exprimer. Mais qu’elles ne seraient sûrement jamais lues…
Alors, il m’est venu l’idée de créer l’Arche du Mot « Et ». Heu, j’imagine très bien votre air dubitatif. Laissez-moi vous expliquer ce lumineux concept que mon tout petit cerveau a mis en route.
Je suis partie, au départ, sur le principe suivant : « si tous les enfants du Monde se donnaient la main… » et j’ai imaginé qu’une phrase lancée ainsi d’un endroit X de la Terre, en l’occurrence de chez moi, donc de France, pourrait être complétée, au fur et à mesure de son périple, autour de la planète. Chaque personne qui aurait le manuscrit entre les mains y rajouterait sa tirade, une pensée, même un compliment. Et que cela pourrait un jour devenir « Le Livre » de l’Humanité, l’Histoire des Hommes.
Cela vous laisse bouche bée ? Je le comprends puisque même moi, l’instigatrice de ce projet, j’en suis encore toute retournée.
Aujourd’hui, cela fait neuf ans que ma petite phrase « Je suis Fille du Vent et mes pensées s’envolent vers toi, mon Autre que je ne connais pas, de l’autre côté du Soleil. » est partie d’Alsace, pays des cigognes et des maisons à colombages. Aux dernières nouvelles, notre Arche se trouverait à Sachs Harbour, une petite collectivité inuite de l'île de Banks, dans le Grand Nord. Quatre gros volumes ont déjà été publiés, narrant la plus belle histoire jamais racontée à ce jour. L’Arche du Mot « Et » en est à son cinquième tour du monde. On ne parle pas d’argent, ni de récompense. Non, rien de tout cela.
On parle d’amour, tout simplement…
© 2007 Plum'
J'ai présenté ce texte sur le site de Paroles Plurielles. La consigne numéro 37 consistait à créer un texte dont l'incipit (première phrase) était obligatoirement :
« Je suis un génie… et je suis modeste ! »
tout en s'inspirant de la photo ci-dessus de Jean-Sébastien Monzani.
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