vendredi, 05 septembre 2008
La Mégère Embourgeoisée

Adolescente, c’est Jeanne Poisson qui eut sa préférence. Oh, pardon, Jeanne Poisson cela ne vous parle pas ? Et si je vous dis la Marquise de Pompadour ? Elle rêvait d’une destinée, de rencontrer son roi, d’être sa favorite dans les velours et les dentelles d’un lit à baldaquin.
Et puis vinrent les premières déceptions sentimentales, les premières désillusions professionnelles. Ces instants de doutes terribles où elle s’est dit, l’espace de quelques fragments de colères larmoyantes qu’elle n’aurait peut-être pas la destinée qu’elle attendait. Pouvait-elle s’être trompée ?
Enfin ce fut le mariage avec… le cocher du roi. C’est sûr, il y avait mieux mais c’était beaucoup plus difficile à réaliser. Alors, en attendant, mettre un pied à la Cour même si ce n’était que dans les écuries du château, c’était déjà cela. Une double descendance allait faire d’elle une mère, première forme de reconnaissance sociale, du moins l’espérait-elle.
Mais la concurrence est rude dans le monde féminin. Rien ne nous est jamais pardonné. Aucun droit à l’erreur. La réputation que nous nous acharnons à nous tricoter dans un jeu de mailles inextricables peut être réduite à néant par une bouche rouge sang délicatement ourlée et pulpée. Et ce que craignent le plus les femmes, ce sont les paroles que leurs consoeurs peuvent prononcer en leur absence. Car de ces paroles nait souvent l’ennemie toute puissante : la rumeur.
Pour notre amoureuse des décolletés pigeonnants et des corsets lacés serrés, le mariage n’était pas source d’épanouissement. Le cocher était brave mais gagne-petit et notre ambitieuse donzelle ne se voyait pas finir ses jours avec un homme sentant le cheval et le purin et ne l'intégrant pas plus à la Cour. Alors, elle s'essaya à la réflexion, se souvint de ses bases d’arithmétiques et, ses calculs terminés, mit fin à cette union sans avenir.
Quelques gâlants vinrent illuminer quelques-unes de ses nuits d’hiver, rallumant, à chacune de leurs visites, sa petite flamme intérieure. Mais aucun n'avait grâce à ses yeux et, avouons-le, ses caprices en découragèrent plus d'un...
Puis arriva enfin la rencontre tant espérée. Elle se présenta sous la forme d’un jeune ministre du roi, un peu maladroit, l’allure incertaine et tentant de cacher au mieux ses origines terriennes. Il est vrai qu’à toute époque, il a été de bon ton d’être bourgeois, voire petit-bourgeois ou même d’avoir des parents proches membres du clergé. La terre a toujours représentée une fortune, certes, mais qui restait soumise à l’impôt de la monarchie et, de nos jours, que l'Etat délaisse sans aucun scrupule après en avoir récolté tous les fruits. Qu’importe ! Elle en ferait un duc de son ministre, peut-être même un prince. Et lorsqu’elle avait besoin de s’aider à trouver le bonheur pendant leurs étreintes charnelles, elle l’imaginait roi à la place du roi…
Elle ne s’encombrait pas de détails et tous ceux qui se mettraient en travers de son chemin seraient éliminés. On ne compta plus les cas d’empoisonnements ou les accidents mortels qui décimèrent les personnes, tous sexes confondus, qui l’approchaient. Elle avait enfilé la pelisse de Lucrèce Borgia et ses réussites et succès morbides, motivés par ses multiples caprices, la rendirent vite dépendante du pouvoir.
Lorsque les épousailles furent célébrées, il y eut une grande fête. Toute la noblesse des comtés alentours fut invitée à venir participer aux agapes. Elle réquisitionna les prés, les récoltes et les plus belles bêtes bouchères de la paysannerie et exigea les meilleurs cuisiniers, musiciens, jardiniers et tailleurs. Les noces durèrent cinq jours et cinq nuits.
L’ascension sociale fut fulgurante et la métamorphosa physiquement. Les coiffures furent de plus en plus hautes et très poudrées, trop décolorées. Les corsets furent si serrés comprimant si bien ses chairs bien nourries que sa gorge semblait prête à exploser. Les robes furent de plus en plus décolletées et cousues dans des tissus très précieux tout en reflets moirés et en dentelles fines. Les bijoux, les pierreries étaient lourds à ses oreilles lui faisant même légèrement courber l’échine. Les mouches étaient posées par dizaine sur le visage et la poitrine. Un rictus sensé figurer un sourire était affiché de façon permanente sur son visage. Et sa gestuelle, ses mains aux doigts épais toujours tendus sous l'oeil de ses interlocuteurs, exhibaient des bagues coûteuses mais toujours trop clinquantes… Toutes ses manières, ses moues étaient calculées, la rendant aussi caricaturale qu’un spectacle de Guignol.
Elle avait trouvé son modèle, mais se refuse encore aujourd’hui à se l’avouer.
Elle est devenue une Magdelon, nièce de Gorgibus, une Précieuse Ridicule aux mines affectées de coquette et qui n’ont d’intérêt que d’en faire la dinde d’une farce pathétique...
© 2007 Plum'
00:00 Publié dans Saveur Acide | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note



Commentaires
Les temps n'ont pas changé. L'ambition sociale lorsqu'elle est démesurée est plus ridicule au féminin qu'au masculin ; plus ridicule et plus sauvage.
A mes yeux, quand on naît femme, on devrait respecter au plus haut point ce qu'on appelle "valeurs féminines". Ce que font beaucoup d'hommes et c'est tant mieux.
Ecrit par : Claudio | jeudi, 04 septembre 2008
L'ambition démesurée qu'elle soit masculine ou féminine ( Claudio !!..) conduit comme toute démesure au pire.
Le ridicule des Précieuses de Molière n'est qu'une caricature salutaire, comme l'est celle du Bourgeois Gentilhomme , tout aussi ridicule, et, bien qu'au XXIeme s.Molière reste le modèle : Homme, femme, même combat contre tous les excés.
Ajoutons aujourd'hui une certaine ..."Plum'.
Bisous, pas ridicules ( Mr Claudio ).
Ecrit par : sido | jeudi, 04 septembre 2008
Je vais te faire un aveu . Mon désir serait d'être une petit souris invisible pour être spectateur des coulisses du pouvoir actuel. Je suis convaincu que ça doit valoir son pesant d'or !!
Bonne journée. Bises x2
Ecrit par : patriarch | jeudi, 04 septembre 2008
Bonsoir Plum'!
Voici une histoire menée tambour battant...ne te reste plus qu'à en écrire le roman à présent !!
Bises.
Ecrit par : antigone | jeudi, 04 septembre 2008
Quelle petite fille n'a pas rêvé de porter les robes de Sissi... il faut savoir grandir!
Ecrit par : Sheedir | vendredi, 05 septembre 2008
A Claudio : bien-sûr que les temps n'ont pas changé et mon héroïne m'a été inspirée par une personne de mon entourage (pour mon grand malheur). Quant à l'arrivisme, Claudio, il n'a pas de sexe. Il n'y a qu'à observer le monde du travail et de la politique...
A Sido : tout-à-fait d'accord ! Gros bisous ma Sido et bonne semaine à toi.
A Patriarch : beurk, pas moi ! Je suis déjà écoeurée comme cela, je ne demande pas à en voir plus...
Bises à vous deux et bon lundi !
A Antigone : ce serait plutôt une biographie transposée dans une autre époque. Je ne pense pas que ce genre de personne mérite qu'on lui accorde un livre. Une page carricaturale suffit amplement...
Gros bisous et bonne semaine, Antigone !
A Sheedir : ... et ne pas perdre la tête !
Bonne semaine à toi, Sheedir.
Ecrit par : Plum' | dimanche, 07 septembre 2008
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