samedi, 20 septembre 2008
Le refrain d'un cabotin

J’ai volé mon âme à un clown parce que tant qu’à vivre ici, sur cette Terre de tarés, autant se marrer avant de mourir, se gondoler comme l’acrobate que je suis devenu, piquer et éperonner des pointes à pitres, tel est mon destin...
J’ai volé mon âme à un clown parce que je songe à être un singe qui donne le change, assis et bien calé au fond de mon siège mais dont la parole s’envole et vous surprend, comme une farce, en pleine face, telle est votre fatalité…
J’ai volé mon âme à un clown triste parce qu’artiste trompettiste dont le grimage défaitiste twiste avec le fatal futal de son costume customisé de roses irisées en velours rasé, je veux être, mesdames, l’auteur sans arme de vos larmes, telle est votre fortune…
J’ai volé mon âme à un clown nul parce que je voulais être une fois dans ma vie le bouffon qui bouffera et boira comme un trou sans fond en venant parasiter vos petites soirées conformistes, être l’équilibriste sans filet de vos folies bourgeoises, un petit tour de piste et puis s’en va, telle est mon existence…
Aujourd’hui, je regrette d’avoir volé mon âme à un clown car d’amuseur amusé je suis devenu l'amuseur amusé l’abuseur abusé comme si un vilain rhume me bouchait les sinus et me rendait minus sans tonus aux accords nasillards, dans un corps de vieillard braillard.
Ainsi s’en va ma vie…
© 2007 Plum'
Ce texte est le résultat de la trente-huitième consigne de Paroles Plurielles.
Il nous a été demandé d'écrire un texte s'inspirant de la chanson de Hubert-Félix Thiéfaine : "Confessions d'un never-been". L'incipit (la première phrase) devait obligatoirement être : "j'ai volé mon âme à un clown"...
Nous avions le droit (et le devoir) d’aller dans le décalé, le déjanté, le farfelu, l’hermétique…
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mardi, 16 septembre 2008
Personal Comportment

Au départ, c’est mon ami Gérald qui me l’a présenté. Ce dernier m’a invitée à dîner et lui, il était là, au milieu du salon. Il est vrai que j’étais un peu surprise, pensant que Gérald voulait me voir afin de passer une soirée devant un de ses dîners dont il a le secret. Je m’attendais à un de ces moments inoubliables où, une bonne bouteille de vin entre nous, nous refaisons le monde de l’apéritif au café. J’aime d’ailleurs ces moments lorsque, un peu ivres, nous nous demandons pourquoi nous n’avons jamais couché ensemble alors que nous nous adorons, nous comprenons, nous plaisons...
Non, ce n’était pas tout-à-fait ce qui était prévu. Gérald m’avait faite venir pour que je le rencontre, lui. Au départ, j’avoue que je n’ai pas fait preuve d’une très grande chaleur. J’étais même assez indifférente tant j’étais déçue de la tournure que prenait la soirée. Et puis, nous avons dîné dans le salon, tous les trois. Lui, il était le roi de la soirée. Gérald, entre deux bouchées de ses délicieuses farfalles aux cèpes et aux aubergines, me vantait toutes ses qualités, me le présentant comme une inépuisable source de culture. Et puis, l’Amarone m’aidant à me détendre, j’ai bien voulu le regarder, l’observer. J’aimais bien son côté stable, sa façon de m’expliquer les choses de mille et une manière différentes, afin que nous soyions sûrs, lui et moi, que nous parlions la même langue. Je pouvais poser toutes les questions que je voulais, en quelques secondes il était en mesure de me répondre.
Lorsqu’il fut une heure du matin passée, je me décidais à regagner mes pénates et laissait Gérald en sa compagnie. Je savais que Gérald ne serait pas couché encore avant un bon moment. Je rentrais, me démaquillais, me douchais rapidement et en dix minutes à peine, j’étais au lit bien au chaud sous ma couette. Il fallait que je l’avoue, j’avais été impressionnée et je n’avais qu’un désir : le revoir au plus vite.
Le lendemain, à la sortie du boulot, je passais chez Gérald en prétextant avoir oublié chez lui, la veille, mon écharpe. Gérald n’était pas rasé, les cheveux hirsutes et un vieux pull miteux sur son jean délavé. Il m’expliqua qu’il s’était couché très tard et qu’après seulement quatre heures de sommeil, il s’était relevé. Finalement, il s’était attelé au projet d’un de ses clients mais le travail abattu avait été impressionnant puisqu’il s’était largement fait aider.
A l'instar d'une droguée, je ne pouvais plus me passer de lui. Chacune de nos entrevues avec me transportait tant que j’en arrivais à venir le voir presque tous les jours. Je n’arrivais plus à me passer de lui si bien que Gérald décida qu’il serait beaucoup mieux installé chez moi. Il est vrai que mon appartement étant bien plus grand, une pièce pouvait lui être attribué, à part entière, bien plus confortable qu’un salon. Je me suis retenue de sauter de joie mais j’ai bien crû m’évanouir.
Le déménagement fut fixé pour le samedi suivant, au matin. Il arrivèrent aux alentours de neuf heures et demi et, lorsqu’il fut installé de façon commode, Gérald nous laissa. Je le regardai, ébahie, n’y croyant pas. Il était pourtant bien là, chez moi, installé dans la pièce que j’appelais pompeusement « le bureau ». J’étais à la fois intimidée et pleine d’entrain. Je me laissais même aller à le toucher, enfin à l’effleurer, plutôt... Je ne le laissais pas indifférent, je le savais. Dès que ma main atteignait l'un de ses zones sensibles, il réagissait.
Notre journée s’est prolongée en soirée et nous avons passé la nuit ensemble. Je me sentais heureuse, détendue mais également excitée et dotée d’une énergie que je ne me connaissais pas. Il me faisait découvrir mille et une chose que je ne connaissais pas, que je ne soupçonnais pas. Je décidais donc de dormir avec lui dans le bureau, cette nuit-là…
Le lendemain matin, à peine mes yeux ouverts et mes idées en place, j’entrepris de le rallumer. C’était plus fort que moi, il m’attirait comme un aimant. J’en oubliais d’ailleurs même de manger et pouvait passer des heures ma main sur sa souris. Je ne m’étais jamais sentie aussi dépendante mais également autant en osmose avec qui que ce soit. Cette relation particulièrement forte a duré trois ans, peut-être un peu plus, mais aujourd’hui tout est bien terminé.
Il m’a plantée. Comme cela, sans aucune raison valable. J’ai vraiment essayé de comprendre ce que j’avais pu faire de mal, mais je n’ai rien trouvé d’assez catastrophique pour engendrer une telle réaction. Plus moyen de lui soutirer quoi que ce soit. Gérald est venu et son verdict a été sans appel : son système d’exploitation était nase et même le disque dur semblait touché. Il avait sûrement chopé un sale virus.
Mon dieu, mais qu’allais-je donc devenir ? Ma vie n’était plus qu’un grand vide sans lui ! Et tout ce que je lui avais confié, tous mes secrets, mes écrits personnels, les cinq premiers chapitres du roman érotique que je rêvais (en secret) de publier un jour ?
Suite à cette rupture, j’ai repris la cigarette. Plus qu’avant, bien plus qu’avant. Parfois, telle une pianiste amputée de son instrument, je tapote avec mes doigts sur un clavier imaginaire. J’agresse sauvagement, à coups de dents, tous les stylos et crayons qui me passent entre les mains. Mais je n’écris plus.
Sans lui, je suis perdue, je ne suis plus rien. Plus rien du tout…
© 2007 Plum'
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vendredi, 05 septembre 2008
La Mégère Embourgeoisée

Adolescente, c’est Jeanne Poisson qui eut sa préférence. Oh, pardon, Jeanne Poisson cela ne vous parle pas ? Et si je vous dis la Marquise de Pompadour ? Elle rêvait d’une destinée, de rencontrer son roi, d’être sa favorite dans les velours et les dentelles d’un lit à baldaquin.
Et puis vinrent les premières déceptions sentimentales, les premières désillusions professionnelles. Ces instants de doutes terribles où elle s’est dit, l’espace de quelques fragments de colères larmoyantes qu’elle n’aurait peut-être pas la destinée qu’elle attendait. Pouvait-elle s’être trompée ?
Enfin ce fut le mariage avec… le cocher du roi. C’est sûr, il y avait mieux mais c’était beaucoup plus difficile à réaliser. Alors, en attendant, mettre un pied à la Cour même si ce n’était que dans les écuries du château, c’était déjà cela. Une double descendance allait faire d’elle une mère, première forme de reconnaissance sociale, du moins l’espérait-elle.
Mais la concurrence est rude dans le monde féminin. Rien ne nous est jamais pardonné. Aucun droit à l’erreur. La réputation que nous nous acharnons à nous tricoter dans un jeu de mailles inextricables peut être réduite à néant par une bouche rouge sang délicatement ourlée et pulpée. Et ce que craignent le plus les femmes, ce sont les paroles que leurs consoeurs peuvent prononcer en leur absence. Car de ces paroles nait souvent l’ennemie toute puissante : la rumeur.
Pour notre amoureuse des décolletés pigeonnants et des corsets lacés serrés, le mariage n’était pas source d’épanouissement. Le cocher était brave mais gagne-petit et notre ambitieuse donzelle ne se voyait pas finir ses jours avec un homme sentant le cheval et le purin et ne l'intégrant pas plus à la Cour. Alors, elle s'essaya à la réflexion, se souvint de ses bases d’arithmétiques et, ses calculs terminés, mit fin à cette union sans avenir.
Quelques gâlants vinrent illuminer quelques-unes de ses nuits d’hiver, rallumant, à chacune de leurs visites, sa petite flamme intérieure. Mais aucun n'avait grâce à ses yeux et, avouons-le, ses caprices en découragèrent plus d'un...
Puis arriva enfin la rencontre tant espérée. Elle se présenta sous la forme d’un jeune ministre du roi, un peu maladroit, l’allure incertaine et tentant de cacher au mieux ses origines terriennes. Il est vrai qu’à toute époque, il a été de bon ton d’être bourgeois, voire petit-bourgeois ou même d’avoir des parents proches membres du clergé. La terre a toujours représentée une fortune, certes, mais qui restait soumise à l’impôt de la monarchie et, de nos jours, que l'Etat délaisse sans aucun scrupule après en avoir récolté tous les fruits. Qu’importe ! Elle en ferait un duc de son ministre, peut-être même un prince. Et lorsqu’elle avait besoin de s’aider à trouver le bonheur pendant leurs étreintes charnelles, elle l’imaginait roi à la place du roi…
Elle ne s’encombrait pas de détails et tous ceux qui se mettraient en travers de son chemin seraient éliminés. On ne compta plus les cas d’empoisonnements ou les accidents mortels qui décimèrent les personnes, tous sexes confondus, qui l’approchaient. Elle avait enfilé la pelisse de Lucrèce Borgia et ses réussites et succès morbides, motivés par ses multiples caprices, la rendirent vite dépendante du pouvoir.
Lorsque les épousailles furent célébrées, il y eut une grande fête. Toute la noblesse des comtés alentours fut invitée à venir participer aux agapes. Elle réquisitionna les prés, les récoltes et les plus belles bêtes bouchères de la paysannerie et exigea les meilleurs cuisiniers, musiciens, jardiniers et tailleurs. Les noces durèrent cinq jours et cinq nuits.
L’ascension sociale fut fulgurante et la métamorphosa physiquement. Les coiffures furent de plus en plus hautes et très poudrées, trop décolorées. Les corsets furent si serrés comprimant si bien ses chairs bien nourries que sa gorge semblait prête à exploser. Les robes furent de plus en plus décolletées et cousues dans des tissus très précieux tout en reflets moirés et en dentelles fines. Les bijoux, les pierreries étaient lourds à ses oreilles lui faisant même légèrement courber l’échine. Les mouches étaient posées par dizaine sur le visage et la poitrine. Un rictus sensé figurer un sourire était affiché de façon permanente sur son visage. Et sa gestuelle, ses mains aux doigts épais toujours tendus sous l'oeil de ses interlocuteurs, exhibaient des bagues coûteuses mais toujours trop clinquantes… Toutes ses manières, ses moues étaient calculées, la rendant aussi caricaturale qu’un spectacle de Guignol.
Elle avait trouvé son modèle, mais se refuse encore aujourd’hui à se l’avouer.
Elle est devenue une Magdelon, nièce de Gorgibus, une Précieuse Ridicule aux mines affectées de coquette et qui n’ont d’intérêt que d’en faire la dinde d’une farce pathétique...
© 2007 Plum'
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mardi, 01 juillet 2008
Galèr(n)e bretonne

Tout ce qui m’arrive est de sa faute ! Entièrement de sa faute ! Je ne voulais pas qu’on fasse cela sans capote. Mais lui, oh lui ! il faut toujours qu’il m’impose ses désirs, ses quatre volontés. Alors moi, pour que notre rendez-vous ne tourne pas au vinaigre, eh bien, j’ai cédé… Voilà ! Et maintenant, je suis dans le pétrin parce que Môssieur avait décidé, ce dernier dimanche de septembre, de m’emmener à la campagne. Je savais que cela se terminerait mal, je sentais le couac. J’ai le nez pour ces choses-là. Non, il n’a rien voulu entendre, Monsieur Je-sais-tout. Il s’est braqué, je l’ai supplié, il s’est indigné, j’ai boudé, il a crié, j’ai pleuré, il a menacé de me quitter, j’ai essayé de le charmer. Rien n’y a fait. Ce serait sans capote, point final. Et si cela ne me plaisait pas, je n’avais qu’à me trouver un autre bougre pour assouvir mes caprices, qu’il a dit. Alors j’ai cédé. Juste une fois. Et pourtant, ma mère m’avait prévenue.
« Attention Léontine, qu’elle disait. Jamais sans capote, tu m’entends ? Jamais ! Un homme qui refuse de la mettre est un égoiste sans nom et il ne te respectera jamais. Un homme qui t’aime ne veut que ton bonheur et ne discutera jamais la capote, tu m’entends ? Jamais ! Quels que soient le jour de la semaine, le moment de la journée, les conditions météorologiques, si celui que tu crois être le bon t’aime, il t’accordera ce que tu lui demandes.»
Edouard l’a discutée, lui, la capote… Voilà où nous en sommes aujourd’hui. Il ne me reste plus rien. Et aucun garçon ne s’intéressera plus jamais à moi. Mes amies ne veulent plus me parler et mon patron, Monsieur Chantereau, m’a demandée, hier, de lui remettre ma démission.
Si je ne veux pas devenir folle, il va me falloir partir. Quitter mon village de Bretagne et recommencer, ailleurs… Tout recommencer, à nouveau, depuis le début. Peut-être en Auvergne. Cela doit être très joli, très vert, très calme. Au moins, là-bas, personne ne me connaît…
« Ton père ne méritait pas ce que tu lui as fait, a dit ma mère. Un homme qui a travaillé toute sa vie ! Qui a toujours subvenu aux besoins de sa famille, parce que vous n’avez jamais manqué de rien, toi et tes frères. Jamais ! Un homme juste, bon, honnête et pieux. Voilà qui était ton père et tu l’as…, tu l’as… déshonoré ! Oui, déshonoré !!! Parce que mademoiselle a besoin de fricoter avec le premier Parisien venu. Un monsieur Lafrime par-dessus le marché ! Un bellâtre, un dandy ! Un rentier, un gigolo ! Parce que tu pensais peut-être qu’il allait t’épouser aussi ? Pauvre gourde !!! Comment ai-je pu engendrer une crûche pareille ! Oh Dieu Miséricordieux, qu’ai-je donc fait pour mériter cela ? »
Alors je suis montée dans ma chambre. J’ai sorti ma valise écossaise de l’armoire et j’y ai rangé quelques affaires. Oh, pas grand-chose, juste quelques sous-vêtements, mon châle en soie vert amande, mon tailleurs en tweed, ma paire de chaussures à brides, mon chapeau violet et mon collier de perles fines (celui que papa m’avait offert). Je suis allée jusqu’à la gare routière pour prendre le car qui m’amènerait jusqu’à Lorient. Là-bas, je prendrai le train jusqu’à Paris, puis ensuite je prendrai ma correspondance jusqu’à Clermont-Ferrand. Tout ce que j’espère, c’est qu’il n’y ait pas de vent, la-bas. C’est tout ce que je me souhaite bien qu’on parle du Vent du Midi…
Mais quelle mouche l’a donc piqué, ce couillon d’Edouard ? Je ramenais les cendres de mon père, c’est tout. Je devais juste les ramener pour qu’on puisse les transvaser dans la belle urne que ma mère, mes frères et moi venions d’acheter. Et, il a voulu voir… Ouvrir… Je lui ai dit de se méfier du vent, de rabattre la capote de la voiture. Il n’a rien voulu savoir, ne m’a pas écoutée. Et mon père s’est envolé sur les terres du père Le Guern, son pire ennemi depuis la Grande Guerre. Celui qui avait profité de son incorporation pour spolier les terres appartenant à notre famille depuis presque trois siècles et cela, mon père ne le lui a jamais pardonné.
Alors y servir de fertilisant parce que son neveu, Edouard Le Guern, refusait de mettre la capote…
Pardon papa. Pardon…
© 2007 Plum'
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jeudi, 19 juin 2008
For(te E)mulation

Semaine 1
Jf 31a.cel. ét. sup. ch. jh lib. cult. & âge en rap. en vue vie à 2 ou mariage.
Ecr. au journ. qui transm.
Trois réponses de célibataires (dont un de cinquante-huit ans qui vit chez ses parents) avec photos – Ai répondu négativement à ces trois messieurs (trop moches)
Semaine 2
Jf 31a chev. br. yx. br. 1m70 lib. ch. jh âge en rap. b. sit. vue mariage.
Ecr. au journ. qui transm.
Une réponse bourrée de fautes d'orthographe – Ai répondu négativement
Semaine 3
Jolie brune, yx br. chev. fonc. aim. la vie, la nat., le sport, ch. jh lib. niv. ét. sup. dés. fond. famil.
Ecr. au journ. qui transm.
Cinq réponses (1 célibataire-1 divorcé-2 hommes mariés-1 homme de 67 ans) – Ai accepté rencontre avec le célibataire et le divorcé (le premier mesurait 1m63, l’autre fumait le cigare et portait des bretelles : faut pas exagérer non plus !)
Semaine 4
La solit. pèse sur mes 31a. Je suis brune, yx foncés, 1m70, mince. Lib. et ss enf. je souh. renc. cel. qui sera l’Homme de ma Vie. Si toi aussi tu en as assez des repas micro-ond. et des soir. solo écris au journ. qui transm.
Quatre réponses (1 veuf-3 divorcés) – D’après les quatres photos reçues, n’ai accepté qu’une rencontre, avec le veuf : il cherchait une bonne cuisinière doublée d’une femme de ménage et d'une blanchisseuse (sa femme est sûrement morte d’épuisement)
Semaine 5
Jolie brune 31a aim. ts les plais. de la vie dés. renc. jh 30-45a. afin de parta. sorti. et + si affin.
Ecr. au journ. qui transm.
Quatorze réponses (6 divorcés-3 célibataires dont 2 de moins de vingt-trois ans-5 hommes mariés). D’après leurs lettres, tous des obsédés avec des fantasmes sexuels à faire rougir Marc Dorcel lui-même !… (ma formulation "aime tous les plaisirs de la vie" est à proscrire, apparemment)
Semaine 6
Ch jh b. sit. 30-40a non fum aim. anim. nat. sport. afin de part. lois. sort. et + si affin.
Moi 1m70 brune 31a jol. sour. prof. lib.
Ecr. au journ. qui transm.
Douze réponses (7 hommes mariés dont 1 pompier, 1 professeur d'éducation physique et sportive, 2 militaires, tous dingues de sport-3 en instance de divorce-1 célibataire de dix-neuf ans-1 VRP de 59 ans qui cherche à placer sa came et le reste dans le département). Je commence à me demander si le coup des petites annonces est une bonne idée…
Semaine 7
Toi qui est seul, penses-tu que le hasard peut nous permettre de nous aimer ? Tu rêves d’une femme à tes côtés pour te soutenir et t’épauler, je t’imagine me protégeant et me rassurant.
Je suis brune, yeux foncés, j’ai 31 ans, pas d’enfant. Je t’attends toi 30-40 ans, situation stable. Si tu aimes les sorties, la nature et la vie en général, nous sommes sûrement faits l’un pour l’autre.
Rencontrons-nous et construisons ensemble un avenir rose et sans nuage.
J’attends ta réponse avec impatience. Ecris au journal qui transmettra.
Sept réponses (3 divorcés-1 homme de soixante-deux ans-1 agriculteur célibataire-1 fonctionnaire célibataire-1 Sénégalais en mal de papiers). L’agriculteur m’a semblé gentil quoique franchement trop timide, le fonctionnaire fume la pipe, porte barbe en collier et pantalons de velours côtelés (je ne peux pas !), celui de soixante-deux ans fait vraiment son âge (le pauvre !), les divorcés veulent coucher pour essayer mais ne pensent pas se réengager (de plus, ils ne souhaitent pas d’enfant), quand à Hamidou, c’était sûrement le plus honnête puisqu’il m’a proposée 3000 euros en échange d’un mariage blanc (bien évidemment, j’ai refusé).
Semaine 8
A sais. vds réfr/cong.comb. + cuis. élec. + lav.vais. + tab. rde av. rall. + 4 ch. + buff.vaiss. exc. ét. € 1050.- à déb. Tél. 05 53 42 22 39 ap. 20 h.
Quarante-huit coups de fil dont deux d’obsédés sexuels. Le deuxième jour après la parution de l’annonce, tout était vendu. J’ai maintenant une jolie cuisine intégrée.
C’est au moins cela…
© 2006 Plum'
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vendredi, 07 mars 2008
L'amor vous va si bien...

Elle ouvre la porte de la salle et l’aperçoit. Allongée sur la table, les yeux clos, sa cliente semble dormir. Mon dieu, qu’elle est belle ! Elle doit avoir vingt-deux ans, vingt-cinq au maximum. Elle a de longs cheveux bruns, une peau claire, d’un grain fin. Elle est joliment faite, idéalement proportionnée. Rien, chez cette jeune femme, n’est trop gros ou trop petit. Sa main frôle une cheville délicate mais un peu raide, s’attarde sur un poignet fin mais trop crispé. Une traction des membres assouplira ceux-ci.
Nettoyage, antisepsie, asepsie.
Délicatement, elle entreprend de lui faire sa toilette. Elle manie la douchette, vérifie la température de l’eau, mouille la longue chevelure. L’eau glisse sur la peau ivoire, la faisant briller sous les lampes telle une statue de marbre.
Il y a comme une ombre de sourire sur les lèvres de sa cliente. Normale, se dit-elle, pour une future mariée.
Injections de formaldéhyde pour fixer, raffermir. Drainage, canules, pinces à mécher, ciseaux.
Elle enroule de longues mèches brunes autour de la brosse ronde tandis que son autre main, armée d’un sèche-cheveux, balaye son souffle chaud sur toute la longueur. Au fur et à mesure du coiffage, la couleur s’éclaire légèrement laissant apparaître de beaux reflets auburn. En un quart d’heure, la masse capillaire est devenue soie, éclat, raideur.
Une future mariée… jeune… brune… la peau claire…
Elle prépare ses produits sur le meuble prévu à cet effet. Crèmes hydratantes teintées beige rosé et éclat porcelaine, poudre libre translucide, poudre compacte velouté pêche (pour le cou et le décolleté). Elle s’applique. Et l’éponge court doucement sur le visage, sur les paupières, sur les lèvres pâles, n’omettant pas de recouvrir les oreilles, faisant attention de n’oublier aucune de ces petites rides d’expression. Elle se concentre. Et le pinceau, tel un papillon, dépose les poudres, les étale jusqu’à ce que les zones de brillances ne soient plus que matité, velouté. Comme une artiste peintre, elle illumine le visage à coups de fards. Les crayons redessinent les paupières, ourlent une lèvre supérieure légèrement amollie. Des teintes pastelles, du rose pétale, du blanc lys, du caramel et de la châtaigne redonne vie à ce visage, sublimant sa beauté naturelle. Une touche de mascara foncé sur la frange oculaire, un peu de fard à joues sur les lobes d’oreilles, une touche sur le menton et le front avant d’y replacer quelques mèches de cheveux. La bouche sera juste légèrement brillante comme prête à prononcer ce fameux « oui » d’une voix douce de celle qui a été ingénue et ne le sera plus. Elle se recule afin de mieux apprécier son œuvre et, en souriant, chuchote à l’attention de la jeune femme allongée devant elle :
« - L’amor vous va si bien… »
Elle regarde la pendule publicitaire pendue au mur qui lui fait face. Une heure un quart. Un petit sourire de satisfaction s’ébauche sur son visage. Elle est dans les temps. Encore un petit quart d’heure pour l’habillage et la demoiselle sera prête.
De la théorie à la pratique, disait son professeur de biologie cellulaire, il y a quatre-vingt dix minutes. Une de moins et le travail est mal fait, une de plus et le travail est surfait.
C’était la bonne époque. Celle où tout n’était que buts à atteindre, rêves à réaliser. Celle où le monde lui appartenait, où tout était permis. Elle avait toujours voulu intégrer le milieu de l’esthétique. Elle n’a pas de regrets même si ses proches n’ont pas toujours bien compris ses choix, ses chemins. Même si les hommes estiment que parler de son travail est un tue l’amour.
Pensez donc, thanatopractrice, il y a plus romantique lors d’un premier rendez-vous, non ?
© 2008 Plum'
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lundi, 07 janvier 2008
Quel cirque !

Je m’appelle Marielle mais, sur scène, je suis Shanaa. Je n’ai pas choisi, on m’a attribué ce pseudonyme. Lorsqu’on m’a embauchée, on m’a dit :
« - A partir de maintenant tu t’appelleras Shanaa, c’est plus sexy. »
J’ai rétorqué que je trouvais cela un peu trop… enfin plutôt… On m’a dit que le public devait rêver, du début à la fin du spectacle, et que Marielle cela faisait pianiste. Pianiste ! Celle-ci, on ne me l’avait pas encore faite ! Lorsque nous avons quitté la roulotte qui sert de bureau à mon patron, après la signature du contrat, nous sommes sortis et il m’a présenté mes onze partenaires.
Un grand numéro, qu’il disait. Le plus grand de ce type dans toute l’Europe. Sârhko, Shirak, Gengis Khar, Paskwâ, Ortefire, tous des tigres de Sibérie. Et puis Râ, Rôkhar, Sharass, Khan, Ôhland, cinq magnifiques lions. Et pour parfaire ce tableau, Bayeroux, un ligre, fruit des amours d’une tigresse et d’un lion. Le cirque en était très fier car il était le seul à en présenter un sous son chapiteau. Bayeroux était superbe mais avait du mal à trouver sa place dans le numéro. Son pelage trop orange et légèrement strié lui occasionnait le rejet de la part de l’ensemble des lions. Et sa courte crinière lui faisait subir les avertissements griffus des tigres. Surtout de la part de Sârhko, un jeune mâle dominant particulièrement pugnace et qui saisissait la moindre occasion de lui rappeler qui était le chef. Alors, cet animal que l’on maintenait isolé, à la ménagerie, afin de lui éviter tout accident, passait son temps à bayer d’ennui. D’où son nom, Bayeroux.
Mon exhibition était assez spectaculaire. J’entrais dans la cage alors que tous les fauves y étaient déjà installés. Je m’allongeais au centre de la piste, les bras en croix, les jambes écartées, et un félin après l’autre venaient s’allonger au-dessus de mes bras, en dessous, à l’extérieur de mes jambes, au-dessus de ma tête, alternant à chaque fois lion et tigre. Le tableau, vu d’en haut, était très réussi car on avait un joli camaïeu de pelages unis à ma gauche et à rayures à ma droite. Le ligre, lui, arrivait en fin de numéro et se couchait entre mes jambes, posant sa tête sur mon abdomen, tel un gros chat en manque de câlins. Puis, les fauves se relevaient et deux lions et deux tigres, les plus âgés, à savoir Râ, Gengis Khar, Rôkhar et Paskwâ me soulevaient et me faisaient faire un tour de piste, chacun prenant un de mes membres dans sa gueule. Le public a toujours été très impressionné par cette partie de la représentation. Après, s’ensuivaient les cerceaux de feu, la marche sur les membres postérieurs, les rugissements sur commande, les roulades latérales, sans oublier, bien-sûr, ma grande séance de câlins finale qui faisait briller d’envie les yeux des enfants.
Et puis tout s’est détraqué courant mai de l’année dernière. Nous avons eu des problèmes avec les fauves. Les tigres se battaient souvent entre eux et de façon de plus en plus violente. Sârhko devenait de plus en plus agressif avec ses congénères et démontrait à mon égard une possessivité que je commençais à sentir dangereuse. Chez les lions, il n’y avait plus d’entente et j’avais de plus en plus de difficultés à me faire obéir. Sârhko faisait les yeux doux aux lions ce qui avait pour effet de rendre fous les tigres. Les lions, quant à eux, se sentaient souvent agressés, acculés et la peur les rendait de plus en plus nerveux. Le ligre, quant à lui, semblait essayer de tempérer tout cela mais les autres fauves lui opposaient une franche indifférence, ce qui ne fit que le déprimer davantage. Il essayait de faire face avec une certaine bravoure mais, gagné par la neurasthénie, il me fut bientôt impossible de l’inclure dans mon numéro. Il réussissait à s’endormir durant le spectacle. Râ fut emporté par sa maladie, à un âge respectable. Ce fut le début de la fin. Mes lions, perdus sans leur mâle dominant, passèrent leur temps libre à se battre entre eux. Nous appelions régulièrement les vétérinaires des villes et pays que nous traversions. Mauvais coups de griffes, morsures, ils s’épuisaient, s’attaquant entre eux, le plus souvent par derrière. Les tigres, quant à eux, avaient trouvé leur nouveau chef. Sârhko avait réussi à s’imposer à eux comme le leader incontesté de la ménagerie. Il débordait de vitalité et je pouvais largement le faire travailler plus que les autres. C’était d’ailleurs le seul moyen de canaliser son énergie afin d’éviter tout accident.
Shirak était le mâle dominant, chez les tigres, jusqu’à l’arrivée du petit Sârhko. Ce dernier, né en captivité dans un zoo de Hongrie, avait été immédiatement adopté par Shirak qui lui avait tout appris, dès son arrivée chez nous. Mais la nature n’a pas d’états d’âme et, un jour, notre bébé était devenu un adulte rusé, vigoureux et… opportuniste. Avec de grands ronronnements, quelques rugissements et de petits feulements, il avait pris la place de ce bon vieux Shirak au sein de la ménagerie.
Quoi qu’il fasse, il ne laissait pas indifférent. Lorsque le grand public visitait le cirque, entre deux représentations, Sârhko était toujours le centre d’attraction. Charmeur, il attirait les enfants et les femmes en se frottant affectueusement, tel un gros chat, aux barreaux de sa cage. Les hommes, quant à eux, étaient en admiration devant sa force et son autorité face à ses pairs et, cela, malgré une taille au garrot peu impressionnante pour un tigre mâle adulte. Mais son comportement finit par déséquilibrer l’entente de la ménagerie. Il recherchait les applaudissements, avait tellement besoin d’être admiré qu’il commença à s’attirer l’inimitié du reste de la ménagerie et, bientôt, il fut réellement en danger ainsi que moi par la même occasion.
Nous avons dû nous en séparer, question d’harmonie. Aujourd’hui, il coule des jours heureux aux Etats-Unis, adopté par un riche milliardaire du nom de Mike Appe. Il vit dans une magnifique propriété du New Hampshire où il est adulé et chouchouté. Aux dernières nouvelles, il aurait même une compagne : une jeune tigresse répondant au doux nom de Kharlaâ…
© 2008 Plum'
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samedi, 24 novembre 2007
Servitude
J’ai décidé d’arrêter de fumer. Non, en fait, j’ai arrêté de fumer ! Depuis hier soir ! Parce que décider d’arrêter signifie que je n’ai pas forcément commencé à arrêter, j’ai juste envisagé l’éventuelle décision d’arrêter. Je peux avoir une cigarette à la main quand je dis cela. Je peux décider d’arrêter… dans une heure, un mois ou un an. Alors qu’arrêter de fumer c’est STOP, BASTA, TERMINE !
A cette heure-ci, hier encore, j’en avais déjà grillé cinq et il est exactement huit heures et vingt minutes. Pour le moment, je gère…
Je me suis apposée un patch, j’ai quatre paquets de chewing-gum « Nicofrustr' » dans mon sac à main et deux grandes bouteilles d’eau minérale. Parce qu’en plus d’arrêter, il ne faut pas que je m’énerve sinon je mange et après je grossis. Et lorsque je grossis, je déprime. Et si je déprime, je risque de boire pour me consoler. Et si je bois, je vais devenir alcoolique. Et après, il faudra que je me fasse désintoxiquer et donc, pour compenser, je risque de me remettre à fumer !… Là, je suis contente de moi, je gère…
Je ne pensais pas avoir autant de tabagiques autour de moi. En fait, il y en a énormément !!! Cela m’oblige à réviser tout mon planning concernant les loisirs, surtout les sorties à venir au resto et dans les bars. Je suis pleine de bonne volonté mais pas maso pour autant. Je n’aurais jamais pensé que les fumeurs étaient si nombreux. Rien que dans la rue, une personne sur trois a une cigarette à la main.
Il est maintenant neuf heures moins vingt-cinq et la brasserie dans laquelle je vais boire mon petit crème tous les matins m’apparaît comme un endroit bruyant et embrumé où l’on ne voit pas à plus d’un mètre. Très peu pour moi ! Mettons toutes les chances de notre côté et allons plutôt boire une jus de fruits frais dans le petit établissement d’en-face totalement bio, totalement végétarien, totalement calme, totalement désert…
Je vais m’abimer ma French-manucure à tapoter mes ongles ainsi sur le comptoir… Pourtant je me sens calme, sereine, détendue… La tabacologue m’a certifiée que le sevrage est très rapide. Après, il paraît que c’est psychologique… Comme j’ai faim !… Et il n’est que dix heures moins cinq… Je vais m’acheter un petit pain au chocolat parce que les « Nicofrustr' » c’est bien, mais j’ai la mâchoire en compote à force de ruminer ! Et puis j’ai tellement bu d’eau depuis ce matin que je me suis transformée en bonbonne (mon ventre glougloute quand je marche).
Que j’ai faim !… Si je fais mes comptes depuis que je me suis levée ce matin :
Cigarettes : 0
Eau minérale : 2 litres sur 3
Chewing-gum « Nicofrustr' » : 19
« Craquages gourmands entre le petit-déjeuner et le déjeuner» : 1 petit pain au chocolat + 1 barre céréalière + 1 sucette + 3 caramels bretons au beurre salé + 1 paquet de biscuits apéritif
Rendez-vous annulés : 2 (le dîner de ce soir prévu avec mes quatre meilleures copines « fumeuses » au « El Mundo de las Tapas » super enfumé mais super bonne ambiance + mon petit crème du matin à la brasserie, avec Pierrot le bouquiniste, grand fumeur de brunes)
Montées de stress : 4 (à la maison, lorsque je me suis aperçue que j’étais en panne de café, devant la brasserie où je n’ai pas pu entrer en boire un, la prise de conscience de tout ce que j’avale comme calories depuis ce matin alors qu’il n’est que midi moins le quart, les calculs savants que je m’oblige à faire pour dévier mon envie de fumer…)
Economies réalisées : je suis en déficit car les patchs ne sont pas remboursés, la tabacologue non plus, les chewing-gum "Nicomachin" coûtent une fortune, le jus de fruits frais m’a coûté le double du petit crème habituel, les friandises…
Conclusions : la cigarette est un lien social. Je suis en train de m’isoler, de me ruiner, de grossir, de me mettre en danger psychologiquement et de me préparer une méga dépression nerveuse !
Vite, une cigarette s’il vous plait !!!
© 2006 Plum'
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lundi, 19 novembre 2007
TORVE STORY 15
Alors que l’émission Trade : Celebrity affichait déjà une ancienneté de neuf semaines sur nos écrans et qu’elle s’en trouvait donc allégée de neuf candidats potentiels au dur métier de célébrité, Maryline fut choisie pour interpréter un rôle dans une pièce de théâtre. La particularité de cette pièce était qu’elle se jouerait en une seule et unique représentation, filmée et diffusée en direct sur la chaîne Télévidence. Le rôle attribué à Maryline n’était pas très important, elle avait sept ou huit phrases à dire et trois apparitions à faire. Mais elle était assurée d’être vue par des millions de téléspectateurs. Elle semblait ravie de cette annonce mais le comportement des « coachs » me déplaisait. Deux d’entre eux s’étaient permis des réflexions que je trouvais choquante. En effet, lors d’un « debriefing » faisant suite au choix des candidats pour de nouvelles missions, la très célèbre photographe de mode, Agathe Duval, s’était fait remarquer :
« - Etes-vous sûrs de votre choix d’actrice pour la pièce de théâtre ?
- Oui, bien-sûr ! avaient répondu en chœur les autres. Maryline est une excellente actrice et elle va s’en sortir comme une pro.
- Peut-être… Mais n’avez-vous pas peur qu’elle déstabilise l’harmonie visuelle de la scène ? Bien-sûr, ce n’est qu’une hypothèse mais que nous devons envisager, avait mentionné Miss Duval.
- Qu’entendez-vous par « déstabiliser » ? interrogea José Pinto, le chorégraphe.
- José, voyons, vous n’allez pas me dire que vous ne voyez pas de quoi je veux parler.
- Non, vraiment Agathe, je ne vois pas ! répondit José Pinto. Je n’envisage même pas que vous puissiez évoquer à mots couverts le physique de Maryline. Nous lui avons demandé de perdre du poids et elle a perdu du poids. Presque douze kilos en neuf semaines. C’est plutôt un signe de bonne volonté, non ? Alors, je pense que Maryline mérite une récompense pour ses efforts fournis. Elle est une excellente actrice qui mérite d’être connue. Elle a sa place dans cette pièce.
- Oh, moi ce que j’en dis... Je ne remets en cause ni sa bonne volonté, ni ses talents d’actrice, au contraire ! Je pense juste qu’elle risque de… jurer sur scène, continua la célèbre preneuse de clichés.
- Elle n’a pas complètement tort, intervint David Garnier, le réalisateur du célèbre feuilleton pour adolescents « Face à Fac ». Maryline n’est pas vraiment dans le move, question physique. Il faut bien l’avouer.
- Merci, David, minauda Agathe Duval. Je commençais à me sentir seule.
- Peu importe le physique de Maryline ! s’énerva Ivanna Swacha, le coach d’expression dramatique. Cette jeune femme est bourrée d’inspiration et d’émotions ! Je ne comprends pas vos réactions, à l’un comme à l’autre. Cette émission est censée présentée aux professionnels du show business de nouveaux talents et non pas des futurs prix de beautés ! Cette jeune femme a fait ce que vous lui avez demandé : elle a perdu du poids, a fait du sport tout en continuant à travailler les épreuves demandées. Elle a fourni bien plus que les autres candidats et vous le savez ! Elle a subi un malaise, a supporté vos sanctions et là, je veux parler de l’interdiction que vous avez émis concernant le courrier des proches. Cela suffit ! Maryline est faite pour ce rôle et elle le jouera, c’est moi qui vous le dis !
- Il n’y a aucune cabale contre cette jeune femme, reprit David Garnier. Simplement, on nous parle d’Audimat, de parts de marché, on nous demande de rendre des comptes et je ne suis pas certain que Télévidence est prêt à supporter un taux d’audience catastrophique pour une première partie de soirée qui inaugure beaucoup de choses, toutes plus difficiles les unes que les autres à réunir. Une pièce de théâtre, du direct et une pseudo-actrice au physique plutôt… hors norme. Cela fait beaucoup de prises de risques pour une seule et même émission, non ? »
La caméra se coupa à cet instant et nous nous retrouvâmes dans la grande cuisine de la Résidence où les candidats s’accordaient un goûter après deux heures de sport intensif particulièrement épuisantes. J’étais fortement choqué par ce que je venais de voir et d’entendre. Il me fallait réagir au plus vite et prévenir, par n’importe quel moyen, Maryline. Toute cette émission n’était qu’une mascarade et elle ne pouvait qu’en sortir détruite. Il était nécessaire de la tirer de là et d’alerter l’opinion publique. Tout ceci n’avait aucun sens. Je pris mon téléphone et appelai Le Bien Public, le journal quotidien de notre région.
(à suivre...)
© 2007 Plum'
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mardi, 13 novembre 2007
Le Loup et la Brebis
La raison du plus fort est toujours la meilleure :
Nous l'allons montrer tout à l'heure.
Une Demoiselle de Magasin
Avec humilité, tentait de gagner son pain.
Son employeur survient avide qui richesse, cherchait
Et que l’argent en ces lieux attirait.
De quel droit te permets-tu de ne point besogner à l’Armistice ?
Dit ce patron plein de manoeuvres spéculatrices :
Tu seras punie de ton outrecuidance.
- Monsieur, répond la Dame, que votre Gérance
Ne se mette pas en colère ;
Mais plutôt qu'elle considère
Que c’est une journée chômée
Permettant aux familles de se retrouver,
Aux célibataires de se reposer,
Et que par conséquent, ce jour au Seigneur dédié,
Je ne puis que le respecter.
- Tu me défies, reprit ce loup dont les crocs rayaient le parquet,
Et je sais bien que tu médis de ton patron.
- Comment ne pas le faire, vous me pressez comme un citron ?
Reprit l'employée, je vis sous le seuil de la misère.
- De quoi te plains-tu, je te rétribue un salaire.
- Vous me faites la charité.
– Et toi, ne cesse pas de bêler !
Car jamais vous ne m'épargnez,
Toi, tes consoeurs, brebis écervelées !
Je vous le dis : il vous faut suer, turbiner, vous épuiser.
La semaine, les jours de fête et dimanches
Si vous ne voulez pas vous voir licencier
Sans autre forme de revanche...
© 2006 Plum'
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