mardi, 01 juillet 2008

Galèr(n)e bretonne

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Tout ce qui m’arrive est de sa faute ! Entièrement de sa faute ! Je ne voulais pas qu’on fasse cela sans capote. Mais lui, oh lui ! il faut toujours qu’il m’impose ses désirs, ses quatre volontés. Alors moi, pour que notre rendez-vous ne tourne pas au vinaigre, eh bien, j’ai cédé… Voilà ! Et maintenant, je suis dans le pétrin parce que Môssieur avait décidé, ce dernier dimanche de septembre, de m’emmener à la campagne. Je savais que cela se terminerait mal, je sentais le couac. J’ai le nez pour ces choses-là. Non, il n’a rien voulu entendre, Monsieur Je-sais-tout. Il s’est braqué, je l’ai supplié, il s’est indigné, j’ai boudé, il a crié, j’ai pleuré, il a menacé de me quitter, j’ai essayé de le charmer. Rien n’y a fait. Ce serait sans capote, point final. Et si cela ne me plaisait pas, je n’avais qu’à me trouver un autre bougre pour assouvir mes caprices, qu’il a dit. Alors j’ai cédé. Juste une fois. Et pourtant, ma mère m’avait prévenue.

« Attention Léontine, qu’elle disait. Jamais sans capote, tu m’entends ? Jamais ! Un homme qui refuse de la mettre est un égoiste sans nom et il ne te respectera jamais. Un homme qui t’aime ne veut que ton bonheur et ne discutera jamais la capote, tu m’entends ? Jamais ! Quels que soient le jour de la semaine, le moment de la journée, les conditions météorologiques, si celui que tu crois être le bon t’aime, il t’accordera ce que tu lui demandes.»

Edouard l’a discutée, lui, la capote… Voilà où nous en sommes aujourd’hui. Il ne me reste plus rien. Et aucun garçon ne s’intéressera plus jamais à moi. Mes amies ne veulent plus me parler et mon patron, Monsieur Chantereau, m’a demandée, hier, de lui remettre ma démission.

Si je ne veux pas devenir folle, il va me falloir partir. Quitter mon village de Bretagne et recommencer, ailleurs… Tout recommencer, à nouveau, depuis le début. Peut-être en Auvergne. Cela doit être très joli, très vert, très calme. Au moins, là-bas, personne ne me connaît…

« Ton père ne méritait pas ce que tu lui as fait, a dit ma mère. Un homme qui a travaillé toute sa vie ! Qui a toujours subvenu aux besoins de sa famille, parce que vous n’avez jamais manqué de rien, toi et tes frères. Jamais ! Un homme juste, bon, honnête et pieux. Voilà qui était ton père et tu l’as…, tu l’as… déshonoré ! Oui, déshonoré !!! Parce que mademoiselle a besoin de fricoter avec le premier Parisien venu. Un monsieur Lafrime par-dessus le marché ! Un bellâtre, un dandy ! Un rentier, un gigolo ! Parce que tu pensais peut-être qu’il allait t’épouser aussi ? Pauvre gourde !!! Comment ai-je pu engendrer une crûche pareille ! Oh Dieu Miséricordieux, qu’ai-je donc fait pour mériter cela ? »

Alors je suis montée dans ma chambre. J’ai sorti ma valise écossaise de l’armoire et j’y ai rangé quelques affaires. Oh, pas grand-chose, juste quelques sous-vêtements, mon châle en soie vert amande, mon tailleurs en tweed, ma paire de chaussures à brides, mon chapeau violet et mon collier de perles fines (celui que papa m’avait offert). Je suis allée jusqu’à la gare routière pour prendre le car qui m’amènerait jusqu’à Lorient. Là-bas, je prendrai le train jusqu’à Paris, puis ensuite je prendrai ma correspondance jusqu’à Clermont-Ferrand. Tout ce que j’espère, c’est qu’il n’y ait pas de vent, la-bas. C’est tout ce que je me souhaite bien qu’on parle du Vent du Midi…

Mais quelle mouche l’a donc piqué, ce couillon d’Edouard ? Je ramenais les cendres de mon père, c’est tout. Je devais juste les ramener pour qu’on puisse les transvaser dans la belle urne que ma mère, mes frères et moi venions d’acheter. Et, il a voulu voir… Ouvrir… Je lui ai dit de se méfier du vent, de rabattre la capote de la voiture. Il n’a rien voulu savoir, ne m’a pas écoutée. Et mon père s’est envolé sur les terres du père Le Guern, son pire ennemi depuis la Grande Guerre. Celui qui avait profité de son incorporation pour spolier les terres appartenant à notre famille depuis presque trois siècles et cela, mon père ne le lui a jamais pardonné.

Alors y servir de fertilisant parce que son neveu, Edouard Le Guern, refusait de mettre la capote…

Pardon papa. Pardon…

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jeudi, 19 juin 2008

For(te E)mulation

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Semaine 1

Jf 31a.cel. ét. sup. ch. jh lib. cult. & âge en rap. en vue vie à 2 ou mariage.
Ecr. au journ. qui transm.

Trois réponses de célibataires (dont un de cinquante-huit ans qui vit chez ses parents) avec photos – Ai répondu négativement à ces trois messieurs (trop moches)

Semaine 2

Jf 31a chev. br. yx. br. 1m70 lib. ch. jh âge en rap. b. sit. vue mariage.
Ecr. au journ. qui transm.

Une réponse bourrée de fautes d'orthographe – Ai répondu négativement

Semaine 3

Jolie brune, yx br. chev. fonc. aim. la vie, la nat., le sport, ch. jh lib. niv. ét. sup. dés. fond. famil.
Ecr. au journ. qui transm.

Cinq réponses (1 célibataire-1 divorcé-2 hommes mariés-1 homme de 67 ans) – Ai accepté rencontre avec le célibataire et le divorcé (le premier mesurait 1m63, l’autre fumait le cigare et portait des bretelles : faut pas exagérer non plus !)

Semaine 4

La solit. pèse sur mes 31a. Je suis brune, yx foncés, 1m70, mince. Lib. et ss enf. je souh. renc. cel. qui sera l’Homme de ma Vie. Si toi aussi tu en as assez des repas micro-ond. et des soir. solo écris au journ. qui transm.

Quatre réponses (1 veuf-3 divorcés) – D’après les quatres photos reçues, n’ai accepté qu’une rencontre, avec le veuf : il cherchait une bonne cuisinière doublée d’une femme de ménage et d'une blanchisseuse (sa femme est sûrement morte d’épuisement)

Semaine 5

Jolie brune 31a aim. ts les plais. de la vie dés. renc. jh 30-45a. afin de parta. sorti. et + si affin.
Ecr. au journ. qui transm.

Quatorze réponses (6 divorcés-3 célibataires dont 2 de moins de vingt-trois ans-5 hommes mariés). D’après leurs lettres, tous des obsédés avec des fantasmes sexuels à faire rougir Marc Dorcel lui-même !… (ma formulation "aime tous les plaisirs de la vie" est à proscrire, apparemment)

Semaine 6

Ch jh b. sit. 30-40a non fum aim. anim. nat. sport. afin de part. lois. sort. et + si affin.
Moi 1m70 brune 31a jol. sour. prof. lib.
Ecr. au journ. qui transm.

Douze réponses (7 hommes mariés dont 1 pompier, 1 professeur d'éducation physique et sportive, 2 militaires, tous dingues de sport-3 en instance de divorce-1 célibataire de dix-neuf ans-1 VRP de 59 ans qui cherche à placer sa came et le reste dans le département). Je commence à me demander si le coup des petites annonces est une bonne idée…

Semaine 7

Toi qui est seul, penses-tu que le hasard peut nous permettre de nous aimer ? Tu rêves d’une femme à tes côtés pour te soutenir et t’épauler, je t’imagine me protégeant et me rassurant.
Je suis brune, yeux foncés, j’ai 31 ans, pas d’enfant. Je t’attends toi 30-40 ans, situation stable. Si tu aimes les sorties, la nature et la vie en général, nous sommes sûrement faits l’un pour l’autre.
Rencontrons-nous et construisons ensemble un avenir rose et sans nuage.
J’attends ta réponse avec impatience. Ecris au journal qui transmettra.

Sept réponses (3 divorcés-1 homme de soixante-deux ans-1 agriculteur célibataire-1 fonctionnaire célibataire-1 Sénégalais en mal de papiers). L’agriculteur m’a semblé gentil quoique franchement trop timide, le fonctionnaire fume la pipe, porte barbe en collier et pantalons de velours côtelés (je ne peux pas !), celui de soixante-deux ans fait vraiment son âge (le pauvre !), les divorcés veulent coucher pour essayer mais ne pensent pas se réengager (de plus, ils ne souhaitent pas d’enfant), quand à Hamidou, c’était sûrement le plus honnête puisqu’il m’a proposée 3000 euros en échange d’un mariage blanc (bien évidemment, j’ai refusé).

Semaine 8

A sais. vds réfr/cong.comb. + cuis. élec. + lav.vais. + tab. rde av. rall. + 4 ch. + buff.vaiss. exc. ét. € 1050.- à déb. Tél. 05 53 42 22 39 ap. 20 h.

Quarante-huit coups de fil dont deux d’obsédés sexuels. Le deuxième jour après la parution de l’annonce, tout était vendu. J’ai maintenant une jolie cuisine intégrée.

C’est au moins cela…

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vendredi, 07 mars 2008

L'amor vous va si bien...

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Elle ouvre la porte de la salle et l’aperçoit. Allongée sur la table, les yeux clos, sa cliente semble dormir. Mon dieu, qu’elle est belle ! Elle doit avoir vingt-deux ans, vingt-cinq au maximum. Elle a de longs cheveux bruns, une peau claire, d’un grain fin. Elle est joliment faite, idéalement proportionnée. Rien, chez cette jeune femme, n’est trop gros ou trop petit. Sa main frôle une cheville délicate mais un peu raide, s’attarde sur un poignet fin mais trop crispé. Une traction des membres assouplira ceux-ci.

 

Nettoyage, antisepsie, asepsie.

 

Délicatement, elle entreprend de lui faire sa toilette. Elle manie la douchette, vérifie la température de l’eau, mouille la longue chevelure. L’eau glisse sur la peau ivoire, la faisant briller sous les lampes telle une statue de marbre.

 

Il y a comme une ombre de sourire sur les lèvres de sa cliente. Normale, se dit-elle, pour une future mariée.

 

Injections de formaldéhyde pour fixer, raffermir. Drainage, canules, pinces à mécher, ciseaux.

 

Elle enroule de longues mèches brunes autour de la brosse ronde tandis que son autre main, armée d’un sèche-cheveux, balaye son souffle chaud sur toute la longueur. Au fur et à mesure du coiffage, la couleur s’éclaire légèrement laissant apparaître de beaux reflets auburn. En un quart d’heure, la masse capillaire est devenue soie, éclat, raideur.

 

Une future mariée… jeune… brune… la peau claire…

 

Elle prépare ses produits sur le meuble prévu à cet effet. Crèmes hydratantes teintées beige rosé et éclat porcelaine, poudre libre translucide, poudre compacte velouté pêche (pour le cou et le décolleté). Elle s’applique. Et l’éponge court doucement sur le visage, sur les paupières, sur les lèvres pâles, n’omettant pas de recouvrir les oreilles, faisant attention de n’oublier aucune de ces petites rides d’expression. Elle se concentre. Et le pinceau, tel un papillon, dépose les poudres, les étale jusqu’à ce que les zones de brillances ne soient plus que matité, velouté. Comme une artiste peintre, elle illumine le visage à coups de fards. Les crayons redessinent les paupières, ourlent une lèvre supérieure légèrement amollie. Des teintes pastelles, du rose pétale, du blanc lys, du caramel et de la châtaigne redonne vie à ce visage, sublimant sa beauté naturelle. Une touche de mascara foncé sur la frange oculaire, un peu de fard à joues sur les lobes d’oreilles, une touche sur le menton et le front avant d’y replacer quelques mèches de cheveux. La bouche sera juste légèrement brillante comme prête à prononcer ce fameux « oui » d’une voix douce de celle qui a été ingénue et ne le sera plus. Elle se recule afin de mieux apprécier son œuvre et, en souriant, chuchote à l’attention de la jeune femme allongée devant elle :

 

« - L’amor vous va si bien… »

 

Elle regarde la pendule publicitaire pendue au mur qui lui fait face. Une heure un quart. Un petit sourire de satisfaction s’ébauche sur son visage. Elle est dans les temps. Encore un petit quart d’heure pour l’habillage et la demoiselle sera prête.

 

De la théorie à la pratique, disait son professeur de biologie cellulaire, il y a quatre-vingt dix minutes. Une de moins et le travail est mal fait, une de plus et le travail est surfait.

 

C’était la bonne époque. Celle où tout n’était que buts à atteindre, rêves à réaliser. Celle où le monde lui appartenait, où tout était permis. Elle avait toujours voulu intégrer le milieu de l’esthétique. Elle n’a pas de regrets même si ses proches n’ont pas toujours bien compris ses choix, ses chemins. Même si les hommes estiment que parler de son travail est un tue l’amour.

 

Pensez donc, thanatopractrice, il y a plus romantique lors d’un premier rendez-vous, non ? 

 

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lundi, 07 janvier 2008

Quel cirque !

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Je m’appelle Marielle mais, sur scène, je suis Shanaa. Je n’ai pas choisi, on m’a attribué ce pseudonyme. Lorsqu’on m’a embauchée, on m’a dit :

« - A partir de maintenant tu t’appelleras Shanaa, c’est plus sexy. »

J’ai rétorqué que je trouvais cela un peu trop… enfin plutôt… On m’a dit que le public devait rêver, du début à la fin du spectacle, et que Marielle cela faisait pianiste. Pianiste ! Celle-ci, on ne me l’avait pas encore faite ! Lorsque nous avons quitté la roulotte qui sert de bureau à mon patron, après la signature du contrat, nous sommes sortis et il m’a présenté mes onze partenaires.

Un grand numéro, qu’il disait. Le plus grand de ce type dans toute l’Europe. Sârhko, Shirak, Gengis Khar, Paskwâ, Ortefire, tous des tigres de Sibérie. Et puis Râ, Rôkhar, Sharass, Khan, Ôhland, cinq magnifiques lions. Et pour parfaire ce tableau, Bayeroux, un ligre, fruit des amours d’une tigresse et d’un lion. Le cirque en était très fier car il était le seul à en présenter un sous son chapiteau. Bayeroux était superbe mais avait du mal à trouver sa place dans le numéro. Son pelage trop orange et légèrement strié lui occasionnait le rejet de la part de l’ensemble des lions. Et sa courte crinière lui faisait subir les avertissements griffus des tigres. Surtout de la part de Sârhko, un jeune mâle dominant particulièrement pugnace et qui saisissait la moindre occasion de lui rappeler qui était le chef.  Alors, cet animal que l’on maintenait isolé, à la ménagerie, afin de lui éviter tout accident, passait son temps à bayer d’ennui. D’où son nom, Bayeroux.

Mon exhibition était assez spectaculaire. J’entrais dans la cage alors que tous les fauves y étaient déjà installés. Je m’allongeais au centre de la piste, les bras en croix, les jambes écartées, et un félin après l’autre venaient s’allonger au-dessus de mes bras, en dessous, à l’extérieur de mes jambes, au-dessus de ma tête, alternant à chaque fois lion et tigre. Le tableau, vu d’en haut, était très réussi car on avait un joli camaïeu de pelages unis à ma gauche et à rayures à ma droite. Le ligre, lui, arrivait en fin de numéro et se couchait entre mes jambes, posant sa tête sur mon abdomen, tel un gros chat en manque de câlins. Puis, les fauves se relevaient et deux lions et deux tigres, les plus âgés, à savoir Râ, Gengis Khar, Rôkhar et Paskwâ me soulevaient et me faisaient faire un tour de piste, chacun prenant un de mes membres dans sa gueule. Le public a toujours été très impressionné par cette partie de la représentation. Après, s’ensuivaient les cerceaux de feu, la marche sur les membres postérieurs, les rugissements sur commande, les roulades latérales, sans oublier, bien-sûr, ma grande séance de câlins finale qui faisait briller d’envie les yeux des enfants.

Et puis tout s’est détraqué courant mai de l’année dernière. Nous avons eu des problèmes avec les fauves. Les tigres se battaient souvent entre eux et de façon de plus en plus violente. Sârhko devenait de plus en plus agressif avec ses congénères et démontrait à mon égard une possessivité que je commençais à sentir dangereuse. Chez les lions, il n’y avait plus d’entente et j’avais de plus en plus de difficultés à me faire obéir. Sârhko faisait les yeux doux aux lions ce qui avait pour effet de rendre fous les tigres. Les lions, quant à eux, se sentaient souvent agressés, acculés et la peur les rendait de plus en plus nerveux. Le ligre, quant à lui, semblait essayer de tempérer tout cela mais les autres fauves lui opposaient une franche indifférence, ce qui ne fit que le déprimer davantage. Il essayait de faire face avec une certaine bravoure mais, gagné par la neurasthénie, il me fut bientôt impossible de l’inclure dans mon numéro. Il réussissait à s’endormir durant le spectacle. Râ fut emporté par sa maladie, à un âge respectable. Ce fut le début de la fin. Mes lions, perdus sans leur mâle dominant, passèrent leur temps libre à se battre entre eux. Nous appelions régulièrement les vétérinaires des villes et pays que nous traversions. Mauvais coups de griffes, morsures, ils s’épuisaient, s’attaquant entre eux, le plus souvent par derrière. Les tigres, quant à eux, avaient trouvé leur nouveau chef. Sârhko avait réussi à s’imposer à eux comme le leader incontesté de la ménagerie. Il débordait de vitalité  et je pouvais largement le faire travailler plus que les autres. C’était d’ailleurs le seul moyen de canaliser son énergie afin d’éviter tout accident.

Shirak était le mâle dominant, chez les tigres, jusqu’à l’arrivée du petit Sârhko. Ce dernier, né en captivité dans un zoo de Hongrie, avait été immédiatement adopté par Shirak qui lui avait tout appris, dès son arrivée chez nous. Mais la nature n’a pas d’états d’âme et, un jour, notre bébé était devenu un adulte rusé, vigoureux et… opportuniste. Avec de grands ronronnements, quelques rugissements et de petits feulements, il avait pris la place de ce bon vieux Shirak au sein de la ménagerie.

Quoi qu’il fasse, il ne laissait pas indifférent. Lorsque le grand public visitait le cirque, entre deux représentations, Sârhko était toujours le centre d’attraction. Charmeur, il attirait les enfants et les femmes en se frottant affectueusement, tel un gros chat, aux barreaux de sa cage. Les hommes, quant à eux, étaient en admiration devant sa force et son autorité face à ses pairs et, cela, malgré une taille au garrot peu impressionnante pour un tigre mâle adulte. Mais son comportement finit par déséquilibrer l’entente de la ménagerie. Il recherchait les applaudissements, avait tellement besoin d’être admiré qu’il commença à s’attirer l’inimitié du reste de la ménagerie et, bientôt, il fut réellement en danger ainsi que moi par la même occasion.

Nous avons dû nous en séparer, question d’harmonie. Aujourd’hui, il coule des jours heureux aux Etats-Unis, adopté par un riche milliardaire du nom de Mike Appe. Il vit dans une magnifique propriété du New Hampshire où il est adulé et chouchouté. Aux dernières nouvelles, il aurait même une compagne : une jeune tigresse répondant au doux nom de Kharlaâ…

 

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samedi, 24 novembre 2007

Servitude

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J’ai décidé d’arrêter de fumer. Non, en fait, j’ai arrêté de fumer ! Depuis hier soir ! Parce que décider d’arrêter signifie que je n’ai pas forcément commencé à arrêter, j’ai juste envisagé l’éventuelle décision d’arrêter. Je peux avoir une cigarette à la main quand je dis cela. Je peux décider d’arrêter… dans une heure, un mois ou un an. Alors qu’arrêter de fumer c’est STOP, BASTA, TERMINE !

A cette heure-ci, hier encore, j’en avais déjà grillé cinq et il est exactement huit heures et vingt minutes. Pour le moment, je gère…

Je me suis apposée un patch, j’ai quatre paquets de chewing-gum « Nicofrustr' » dans mon sac à main et deux grandes bouteilles d’eau minérale. Parce qu’en plus d’arrêter, il ne faut pas que je m’énerve sinon je mange et après je grossis. Et lorsque je grossis, je déprime. Et si je déprime, je risque de boire pour me consoler. Et si je bois, je vais devenir alcoolique. Et après, il faudra que je me fasse désintoxiquer et donc, pour compenser, je risque de me remettre à fumer !… Là, je suis contente de moi, je gère…

Je ne pensais pas avoir autant de tabagiques autour de moi. En fait, il y en a énormément !!! Cela m’oblige à réviser tout mon planning concernant les loisirs, surtout les sorties à venir au resto et dans les bars. Je suis pleine de bonne volonté mais pas maso pour autant. Je n’aurais jamais pensé que les fumeurs étaient si nombreux. Rien que dans la rue, une personne sur trois a une cigarette à la main.

Il est maintenant neuf heures moins vingt-cinq et la brasserie dans laquelle je vais boire mon petit crème tous les matins m’apparaît comme un endroit bruyant et embrumé où l’on ne voit pas à plus d’un mètre. Très peu pour moi ! Mettons toutes les chances de notre côté et allons plutôt boire une jus de fruits frais dans le petit établissement d’en-face totalement bio, totalement végétarien, totalement calme, totalement désert…

Je vais m’abimer ma French-manucure à tapoter mes ongles ainsi sur le comptoir… Pourtant je me sens calme, sereine, détendue… La tabacologue m’a certifiée que le sevrage est très rapide. Après, il paraît que c’est psychologique… Comme j’ai faim !… Et il n’est que dix heures moins cinq… Je vais m’acheter un petit pain au chocolat parce que les « Nicofrustr' » c’est bien, mais j’ai la mâchoire en compote à force de ruminer ! Et puis j’ai tellement bu d’eau depuis ce matin que je me suis transformée en bonbonne (mon ventre glougloute quand je marche).

Que j’ai faim !… Si je fais mes comptes depuis que je me suis levée ce matin :

Cigarettes : 0
Eau minérale : 2 litres sur 3
Chewing-gum « Nicofrustr' » : 19
« Craquages gourmands entre le petit-déjeuner et le déjeuner» : 1 petit pain au chocolat + 1 barre céréalière + 1 sucette + 3 caramels bretons au beurre salé + 1 paquet de biscuits apéritif
Rendez-vous annulés : 2 (le dîner de ce soir prévu avec mes quatre meilleures copines « fumeuses » au « El Mundo de las Tapas » super enfumé mais super bonne ambiance + mon petit crème du matin à la brasserie, avec Pierrot le bouquiniste, grand fumeur de brunes)
Montées de stress : 4 (à la maison, lorsque je me suis aperçue que j’étais en panne de café, devant la brasserie où je n’ai pas pu entrer en boire un, la prise de conscience de tout ce que j’avale comme calories depuis ce matin alors qu’il n’est que midi moins le quart, les calculs savants que je m’oblige à faire pour dévier mon envie de fumer…)
Economies réalisées : je suis en déficit car les patchs ne sont pas remboursés, la tabacologue non plus, les chewing-gum "Nicomachin" coûtent une fortune, le jus de fruits frais m’a coûté le double du petit crème habituel, les friandises…
Conclusions : la cigarette est un lien social. Je suis en train de m’isoler, de me ruiner, de grossir, de me mettre en danger psychologiquement et de me préparer une méga dépression nerveuse !

Vite, une cigarette s’il vous plait !!!

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lundi, 19 novembre 2007

TORVE STORY 15

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Alors que l’émission Trade : Celebrity affichait déjà une ancienneté de neuf semaines sur nos écrans et qu’elle s’en trouvait donc allégée de neuf candidats potentiels au dur métier de célébrité, Maryline fut choisie pour interpréter un rôle dans une pièce de théâtre. La particularité de cette pièce était qu’elle se jouerait en une seule et unique représentation, filmée et diffusée en direct sur la chaîne Télévidence. Le rôle attribué à Maryline n’était pas très important, elle avait sept ou huit phrases à dire et trois apparitions à faire. Mais elle était assurée d’être vue par des millions de téléspectateurs. Elle semblait ravie de cette annonce mais le comportement des « coachs » me déplaisait. Deux d’entre eux s’étaient permis des réflexions que je trouvais choquante. En effet, lors d’un « debriefing » faisant suite au choix des candidats pour de nouvelles missions, la très célèbre photographe de mode, Agathe Duval, s’était fait remarquer :

 

« - Etes-vous sûrs de votre choix d’actrice pour la pièce de théâtre ?

- Oui, bien-sûr ! avaient répondu en chœur les autres. Maryline est une excellente actrice et elle va s’en sortir comme une pro.

- Peut-être… Mais n’avez-vous pas peur qu’elle déstabilise l’harmonie visuelle de la scène ? Bien-sûr, ce n’est qu’une hypothèse mais que nous devons envisager, avait mentionné Miss Duval.

- Qu’entendez-vous par « déstabiliser » ? interrogea José Pinto, le chorégraphe.

- José, voyons, vous n’allez pas me dire que vous ne voyez pas de quoi je veux parler.

- Non, vraiment Agathe, je ne vois pas ! répondit José Pinto. Je n’envisage même pas que vous puissiez évoquer à mots couverts le physique de Maryline. Nous lui avons demandé de perdre du poids et elle a perdu du poids. Presque douze kilos en neuf semaines. C’est plutôt un signe de bonne volonté, non ? Alors, je pense que Maryline mérite une récompense pour ses efforts fournis. Elle est une excellente actrice qui mérite d’être connue. Elle a sa place dans cette pièce.

- Oh, moi ce que j’en dis... Je ne remets en cause ni sa bonne volonté, ni ses talents d’actrice, au contraire ! Je pense juste qu’elle risque de… jurer sur scène, continua la célèbre preneuse de clichés.

- Elle n’a pas complètement tort, intervint David Garnier, le réalisateur du célèbre feuilleton pour adolescents « Face à Fac ». Maryline n’est pas vraiment dans le move, question physique. Il faut bien l’avouer.

- Merci, David, minauda Agathe Duval. Je commençais à me sentir seule.

- Peu importe le physique de Maryline ! s’énerva Ivanna Swacha, le coach d’expression dramatique. Cette jeune femme est bourrée d’inspiration et d’émotions ! Je ne comprends pas vos réactions, à l’un comme à l’autre. Cette émission est censée présentée aux professionnels du show business de nouveaux talents et non pas des futurs prix de beautés ! Cette jeune femme a fait ce que vous lui avez demandé : elle a perdu du poids, a fait du sport tout en continuant à travailler les épreuves demandées. Elle a fourni bien plus que les autres candidats et vous le savez ! Elle a subi un malaise, a supporté vos sanctions et là, je veux parler de l’interdiction que vous avez émis concernant le courrier des proches. Cela suffit ! Maryline est faite pour ce rôle et elle le jouera, c’est moi qui vous le dis !

- Il n’y a aucune cabale contre cette jeune femme, reprit David Garnier. Simplement, on nous parle d’Audimat, de parts de marché, on nous demande de rendre des comptes et je ne suis pas certain que Télévidence est prêt à supporter un taux d’audience catastrophique pour une première partie de soirée qui inaugure beaucoup de choses, toutes plus difficiles les unes que les autres à réunir. Une pièce de théâtre, du direct et une pseudo-actrice au physique plutôt… hors norme. Cela fait beaucoup de prises de risques pour une seule et même émission, non ? »

 

La caméra se coupa à cet instant et nous nous retrouvâmes dans la grande cuisine de la Résidence où les candidats s’accordaient un goûter après deux heures de sport intensif particulièrement épuisantes. J’étais fortement choqué par ce que je venais de voir et d’entendre. Il me fallait réagir au plus vite et prévenir, par n’importe quel moyen, Maryline. Toute cette émission n’était qu’une mascarade et elle ne pouvait qu’en sortir détruite. Il était nécessaire de la tirer de là et d’alerter l’opinion publique. Tout ceci n’avait aucun sens. Je pris mon téléphone et appelai Le Bien Public, le journal quotidien de notre région.

 

(à suivre...)

 

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mardi, 13 novembre 2007

Le Loup et la Brebis

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La raison du plus fort est toujours la meilleure :
Nous l'allons montrer tout à l'heure.
Une Demoiselle de Magasin
Avec humilité, tentait de gagner son pain.
Son employeur survient avide qui richesse, cherchait
Et que l’argent en ces lieux attirait.
De quel droit te permets-tu de ne point besogner à l’Armistice ?
Dit ce patron plein de manoeuvres spéculatrices :
Tu seras punie de ton outrecuidance.
- Monsieur, répond la Dame, que votre Gérance
Ne se mette pas en colère ;
Mais plutôt qu'elle considère
Que c’est une journée chômée
Permettant aux familles de se retrouver,
Aux célibataires de se reposer,
Et que par conséquent, ce jour au Seigneur dédié,
Je ne puis que le respecter.
- Tu me défies, reprit ce loup dont les crocs rayaient le parquet,
Et je sais bien que tu médis de ton patron.
- Comment ne pas le faire, vous me pressez comme un citron ?
Reprit l'employée, je vis sous le seuil de la misère.
- De quoi te plains-tu, je te rétribue un salaire.
- Vous me faites la charité.
– Et toi, ne cesse pas de bêler !
Car jamais vous ne m'épargnez,
Toi, tes consoeurs, brebis écervelées !
Je vous le dis : il vous faut suer, turbiner, vous épuiser.
La semaine, les jours de fête et dimanches
Si vous ne voulez pas vous voir licencier
Sans autre forme de revanche...

 

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samedi, 27 octobre 2007

Mépris(e)

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Ridicule ! Je me sens ridicule !!! A croire que ce genre de mésaventure m’est réservée. J’me sens cloche, mais cloche !…

J’habite un immeuble, ou plutôt une tour en H.L.M. Mon appartement, un trois pièces plutôt sympathique, est au onzième étage. Mon palier est assez tranquille et nous entretenons, mes voisins et moi, des relations courtoises et respectueuses. Je me suis installée ici, il y a quatre ans maintenant, avec mon petit ami. La vie n’étant pas toujours rose bonbon, nous nous sommes séparés et il a été convenu que je garde l’appartement. Je travaille dans un magasin de vêtements pour enfants et suis donc absente toute la journée de dix heures à vingt heures, du mardi au samedi. Le lundi, j’ai congé. Je fais mes courses ainsi que celles de monsieur Mergeon, mon voisin de quatre-vingt-quatre ans. Le pauvre, il a perdu sa femme l’année dernière et depuis, il commence à perdre la tête et a de plus en plus de mal à se déplacer. Le mardi soir, je vais faire la mise en plis de mademoiselle Garraud. Elle aussi habite au onzième. Elle a soixante et onze ans et elle a été danseuse de cabaret à Paris, lorsqu’elle était jeune. Jamais mariée, pas d’ami, pas de famille ni de copine, c’est un sacré tempérament ! Quant au dernier appart, il vient juste d’être loué à un jeune couple d’une vingtaine d’années. Sûrement des étudiants…

Franchement, je n’ai pas à me plaindre. Enfin, je n’avais pas à me plaindre, devrais-je dire. Car, au douzième étage, juste au-dessus de chez moi, vient d’emménager une folle. Oui, vous avez bien lu ! Une dingue, une harpie, une cinglée, une sinoque, quoi ! J’ai bénéficié d’un répit de sept semaines entre le départ des anciens locataires (une famille charmante de six personnes qui va s’agrandir dans deux mois) et l’arrivée de cette mégère hystérique. Je ne l’avais jamais vue jusqu’à hier soir (et n’y tenais pas particulièrement, d’ailleurs). Depuis que cette furie habite au-dessus de ma tête, ma vie est devenue un enfer. Elle ne parle pas, elle hurle du matin au soir. Elle passe son temps à injurier ce pauvre Roger. Il a le droit à tous les noms d’oiseaux. Crétin, imbécile, andouille, demeuré, débile, lourdaud, abruti, minus… et j’en passe. Toute la journée c’est :

« - Mais arrête, j’te dis ! Mais t’es complètement bigleux ou quoi ? Vois pas qu’je viens de passer la serpillère ? C’est mouillé, que j’te dis ! Mama mia ! J’te préviens : tu bouges un œil, je t’explose ! T’entends c’que j’te dis ? Mais qui est-ce qui m’a r’filé un manche pareil ? T’es qu’un gros plein d’soupe, un bon à rien !

- Mais moi je t’aime, Chouchoune ! C’est quand qu’on mange ?

- Quoi ??? T’as faim ? Peux toujours courir ! C’est pas l’heure ! Pense qu’à bouffer, çui’là, j’te jure !

- Mais moi je t’adore, Moumoune !

- Arrête de m’faire tes yeux d’merlans frits ! Avec moi, ça marche pas ta séduction à deux balles. Oh, dégage ! Tu pues ! Nooonn !!! Pas sur le canapé, j’viens de nettoyer !!! Pas vrai, mais quelle tâche ! Roger, j’te préviens, un jour on retrouvera ton cadavre coupé en morceaux dans le vide-ordures ! »

Cette dernière phrase, hier soir, m’a décidée à passer à l’action. Il fallait que je vois Roger, que j’évalue l’état dans lequel il se trouvait afin de pouvoir appeler des secours. Mais comment aborde-t-on une bonne femme pareille ? Et bien simplement avec une excuse de bonne femme ! J’ai pris un saladier et je suis montée au douzième. Alors que j’allais frapper à la porte, j’entendis sa voix derrière cette dernière :

« - J’en peux plus, Roger ! J’te supporte plus ! Trente-sept ans que monsieur impose sa loi ! Moi, j’peux plus vivre comme çà ! Faut qu’tu changes sinon j’arrête. Et je m’en contrefiche que tu sois un vieux chnoque ou pas ! Ca te plait pas, c’est pareil : la porte est grande ouverte ! Aie ! Mais c’est qu’il m’a pincée ! Roger, j’te jure, j’vais te… »

C’est à ce moment-là que j’ai sonné. Elle était juste là, à peut-être un mètre de moi. Elle a ouvert et je me suis retrouvée devant une petite, mais toute petite bonne femme. Peut-être un mètre cinquante et encore… plutôt rondelette et un visage plus avenant que je ne pouvais l’imaginer.

« - Oui, mon p’tit ? Qu’est-ce que j’peux faire pour vous ?

- Ben… je m’excuse de vous déranger, mais auriez-vous un peu de farine, s’il vous plait ? Je suis votre voisine du dessous.

- Ouai, j’vous ai reconnue. J’vous vois partir le matin. J’dois bien avoir ça pour vous. Venez, entrez et fermez la porte, s’il vous plait. Mon Roger, il craint les courants d’air. Normal, à son âge…

- Mais… il va bien, là, votre époux ?

- Mon époux ? J’suis veuve depuis vingt-cinq ans, mon p’tit !

- Ah… Enfin, je voulais parler de votre ami, Roger…

- Roger ?! Mon ami ??? Roooogééééééééééééér !!! Viens-voir, « mon ami » ! Purée, mon ami, je m’en voudrai ! Roooooooogééééééééér !!!

- Je t’aime ma Bouboune !… »

Un drôle de bruit, comme du papier froissé, émana de la cuisine. Et en moins de temps qu’il n’en faut, un nuage gris avait envahi l’entrée. Ma voisine arborait un magnifique perroquet sur son épaule gauche.

J’ai pris ma farine et, le bec enfariné, j’ai pris la porte aussi… vite…

 

© 2006 Plum'

lundi, 22 octobre 2007

TORVE STORY 7

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Et la première semaine passa relativement rapidement. Je décidai de refaire du sport en salle et m’organisai afin d’occuper ainsi mes lundis et jeudis soir. Le lundi, je suis toujours en forme. C’est le début de la semaine et j’ai suffisamment la pêche pour supporter deux heures de cardio-training à grand renfort de rameur, vélo et tapis de course. Le jeudi, j’allais à la piscine afin de ne pas subir cette soirée habituellement dédiée à Maryline et au septième art. Et puis ce fut le deuxième vendredi, la deuxième émission. On nous fit un résumé de cette première semaine écoulée pour les candidats, on nous les présenta dans des épreuves diverses et variés, chacun dans sa spécialité, on nous fit voir des bribes de leur vie à la Résidence. Et puis Svend annonça, à la fin du prime-time, le nouveau grain de sable qui allait relancer le jeu. Dès le lendemain matin, les téléspectateurs allaient pouvoir pratiquer le phone & mail lynching. En appelant un numéro de téléphone surtaxé, chacun allait pouvoir décider du sort des candidats et, cela, durant sept semaines. Les deux participants ayant récolté le plus de voix entre le samedi matin et le vendredi soir (résultats dévoilés à la fin de l’émission) seraient immédiatement sortis de la Résidence. Mais le jeu ne s’arrêtait pas là pour les malheureux. Ils avaient tous signé, lors de leur entrée dans le jeu, un contrat d’exclusivité qui les obligeait à se tenir gratuitement à disposition de sociétés spécialisés dans l’événementiel, tous les samedis et dimanches, pendant deux ans. Ainsi, le ou la futur(e) chanteur(se) prenait donc le risque d’animer des soirées karaoké dans des restaurants chinois de la Creuse. Les mannequins pouvaient se retrouver à tous moments les potiches du week-end de l’élection de Miss Cochonailles, dans un village d’Alsace. Quant aux prétendus futurs acteurs, ils ne pourraient éviter le tournage du spot publicitaire ringard qui vanterait la dernière boîte de nuit à la mode, sise au Cap d’Agde. Evidemment, la pub passerait dans toutes les salles de cinéma de la région concernée. Chouette ! Aucun moyen pour les candidats de se défiler. C’était le deal pour participer à cette merveilleuse émission hautement intellectuelle et pleine de bons sentiments qu’était Trade : Celebrity.

Au sein de la Résidence, les candidats faisaient connaissance et des amitiés semblaient tout doucement se nouer. Des inimitiés, aussi. Maylis, la jeune femme qui aspirait à devenir top model, ne s’intégrait pas. On la voyait souvent seule, faisant du sport dans la salle aménagée à cet effet, ne partageant avec le groupe aucun repas. Maryline semblait attirée par Maylis et faisait de timides tentatives pour lui parler. Mais la jeune femme ne cherchait apparemment pas le contact, ce qui lui occasionnait des regards noirs de la part de ses colocataires. Ces derniers lui reprochaient de ne pas s’intégrer et de ne pas participer à la vie de la Résidence. Bref, la majorité des candidats l’accusaient de ne pas jouer le jeu. Un jeune homme prénommé Aristide était souvent avec Maryline. Il la faisait rire et une certaine complicité semblait s’être instaurée entre eux, ce qui n’était pas pour me rassurer. D’un autre côté, une partie de moi était assez contente que quelqu’un veille sur la femme que j’aimais. Aristide voulait être un show-man, il aspirait à devenir comique. Il avait dit avoir déjà été clown dans un cirque mais aujourd’hui, il voulait faire de la scène et interpréter un spectacle entièrement écrit par lui. La concurrence était rude car une émergence de jeunes nouveaux talents rendait les places très chères. Quoi qu’il en soit, il avait trouvé auprès de Maryline des oreilles, des yeux et un joli éclat de rire. Ils paraissaient sortis tout droit d’une bande dessinée. Aristide était grand et mince et il devait constamment se pencher pour écouter ma douce et pulpeuse amie.

Là où j’eus un choc, ce fut en début de semaine en allant acheter mon journal. La presse féminine et les magazines télé annonçaient tous des titres accrocheurs.

« Participer à Trade : Celebrity était, pour moi, plus qu’un défi. C’était presqu’une question de survie » nous a confié Alonso, le musicien en devenir de l’émission. [FranceTV]

Maylis est-elle anorexique ? Ses amis de lycée témoignent. [Jet Set Mag]

Maryline et Aristide vivent-ils une histoire d’amour ? Lorsque Laurel rencontre Hardy… [People Potins]

« Cette émission promet d’être à la hauteur de ce que nous attendons d’elle, déclare Svend, l’animateur sexy de Trade : Celebrity. En effet, nous avons, cette année, de vraies fortes personnalités. » Pensait-il à la ronde Maryline en disant cela ? [Fashion et Fun]

La machine était en marche et j’assistais, impuissant, à ce qui allait bientôt devenir l’expérience la plus traumatisante pour moi. Je regardais, à la télévision, se dérouler le drame de ma vie.

(à suivre...)

 

© 2007 Plum'

vendredi, 19 octobre 2007

TORVE STORY 6

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Ce soir-là, je suis rentré directement après mon travail. En général, je m’arrête deux stations de bus avant celle de mon quartier. J’aime bien traverser le parc de la Colombière, profiter des charmes, tilleuls et marronniers. Cela me permet de me vider la tête et j’arrive chez moi serein, prêt à me détendre dans mon petit studio. Mais ce vendredi soir, je suis descendu du bus dans ma rue, j’ai remonté la cinquantaine de mètres qui me séparaient de l’entrée de mon immeuble et j’ai rejoint mon appartement à toute vitesse. Je me suis douché, je me suis préparé un sandwich et une bière sur un plateau et je me suis installé sur le canapé, ma main gauche armée de la télécommande. J’ai programmé le graveur de DVD et c’est presque le souffle court que j’ai attendu que la première de l’émission Trade : Celebrity commence.

Générique, musique, plateau design, public chauffé à blanc, présentateur au sourire éclatant, tout droit sorti d’un magazine de mode, Télévidence avait mis le paquet. Cela faisait un mois que la chaîne annonçait l’émission, à grand renfort d’annonces aguicheuses, lors de chaque pause pub. Le concept qui se voulait original n’était, en fait, qu’un reality-show de plus. Dix-huit personnes de moins de trente ans, neuf filles et neuf garçons (parité oblige), rêvant d’être célèbres dans le monde du show-business, désireux d’être reconnus, de vivre de leur passion, de toucher les étoiles… et au milieu de toute cette mascarade pailletée en décor de carton-pâte, celle qui faisait palpiter mon coeur. Applaudissements, cris hystériques des spectatrices lors de l’apparition de Svend, le présentateur le plus séduisant du PAF, selon les canons de beauté en vigueur. Ce dernier affichait un sourire éblouissant, une décontraction élégante et le public féminin de moins de vingt-trois ans était au bord de l’évanouissement. Le jeu des caméras était étudié également afin d’amplifier l’impression de foule assistant à l’émission. Et puis, ils sont apparus, par couples, maquillés, coiffés, habillés, souriant, masquant avec peine, pour certains, leur trac de débutants. Présentation de chacun par lui-même. Un menu déroulant appris par cœur, la lèvre parfois tremblante dans le rictus qui se voudrait sourire. Il faut parler dans le micro, Jérôme ! Vous avez mis vos doigts dans une prise, ce soir, Oscar ? Votre robe est… enfin, il m’est très difficile de vous regarder dans les yeux, Jasmine. Excusez-moi, Andréa, mais pourquoi gigotez-vous comme cela ? Vous avez des vers ? Les jeux ont commencé, soft le premier soir. Ils se sont montrés grands seigneurs et ont épargné les sensibilités. 

Lorsque Maryline est apparue, j’ai été soufflé. Elle crevait l’écran. Enfin, à mon humble avis, bien entendu. Son assurance n’était pas feinte, je la connaissais suffisamment bien. Son expérience du théâtre ne pouvait que lui servir. Elle répondait aux questions en souriant, détendue et charmante. Même Svend semblait être sous le charme.

Deux heures vingt et quatre coupures de pub plus tard, les candidats quittèrent le plateau pour intégrer leur nouveau lieu de vie, à savoir la Résidence. On les a suivis en duplex, on les a vus s’extasier de la décoration des lieux dont chaque mur, chaque miroir abritait une caméra. Vivez le plus naturellement possible, soyez vous-même conseillait l’animateur en hurlant, afin de couvrir les cris de frénésie du public. Donnez-vous et offrez-nous du bonheur ! Chacun des sourires de Svend scintillait comme dans une réclame pour dentifrice des années quatre-vingt. Il a rendu l’antenne et l’image s’est attardée sur la Résidence. Les dix-huit candidats venaient d’entrer dans la cuisine où une table garnie les attendait. Ils dînaient en papotant, faisaient connaissance, se séduisaient, chacun usant et abusant de ses armes. Maylis, une jolie jeune femme déambulait dans le champ de la caméra. Sa longue silhouette était très mince, presque maigre. Elle avait le teint pâle et de longs cheveux blonds très clairs, comme ceux des bébés. Son visage fin était mangé par de grands yeux mordorés, la bouche était petite comme une timide excuse à l’anorexie dont elle semblait souffrir. Svend l'avait présentée comme un jeune mannequin désireuse d'intégrer la prestigieuse agence Select'Mod. Elle était adossée contre le plan de travail, un pomme verte dans les mains, tandis que ses comparses faisaient sa fête au dîner de bienvenue. En regardant cette fille, j’eus alors un étrange pressentiment mais que j’étais incapable de définir clairement. Son visage se superposait sur celui de Maryline comme une menace à venir.

 

(à suivre...)

 

© 2007 Plum'

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