vendredi, 04 juillet 2008

Craqûre

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Un jour, tu m’as sourie, rappelle-moi
Lèvres entrouvertes sur dents de loup
Un jour, tu m’as regardée, souviens-moi
Paupières décloses sur iris topaze
Un jour, tu m’as parlée, remémore-moi
Voix chaude et grave et douce
Un jour, tu m’as touchée, remembre-moi
Main curieuse et bouche avide sur peau de pêche
Un jour, tu m’as possédée, évoque-moi
Draps froissés, mouillés, soupirs haletés
Un jour, tu m’as aimée, pense à moi
Promesses et serments sous la lune échangés

Demain, tu m’as quittée, je le savais déjà
Lèvres serrées, yeux fuyants, voix muette
Hier, tu me laisseras, je le devinerai encore
Mains absentes, draps froids, promesses éventées
Tes silences raisonnent dans mon cœur
Tes gestes avortés brûlent mon corps
Je te prénomme « mon Etranger Familier »
Quand toi tu te révèles être « l’Intime Inconnu »
Je découvre et apprends le langage de ton verso
A mon insu, mes yeux continuent le dialogue
Et mes mains et ma peau et mon âme
Comme ils (s)ont mal sans toi !

Un jour, tu m’as émue…
Ce jour, tu (m’)as rompu(e)…

© 2007 Plum'

samedi, 28 juin 2008

Vire... tu oses !

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Ses doigts parcourent avec nonchalance le clavier du piano. L’air absent, il enchaîne les morceaux, passant du jazz à la variété, de la variété au blues, mais sans jamais quitter le style langoureux et cool qui se prête aux lieux de ce genre. A cette heure de la soirée, les quidams commencent à affluer. Ils sortent du cinéma, du restaurant, accompagnés ou pas, certains sont clients du palace, tous cherchent un endroit anonyme pour se détendre, prendre un dernier verre ou même préluder, en charmante compagnie, à la nuit toute proche pleine de promesses…

Huit ans qu’il joue du Sinatra, Platters, Armstrong, Brel, Barbara et autres, engoncé dans un smoking impeccable, une rose rouge à la boutonnière. Huit ans déjà qu’il observe ces femmes trop fardées, aux mouvements maniérés, aux vêtements chics et chers, aux rires de gorge et aux regards un brin provocants. Huit ans déjà qu’il assiste au manège de tous ces types dont la gestuelle indique ce pour quoi ils sont venus. Un milieu de noctambules aux désirs ardents et inavouables mais tamisés par la moquette épaisse et l’éclairage adouci. Un lieu de rencontres, de passages, de rencontres passagères propice aux confidences entre deux verres de whisky pur malt douze ans d’âge, entre deux coupes de champagne millésimé.

Il est celui que l’on ne voit pas, il n’est qu’une paire de mains sur des touches bicolores. Il fait partie intégrante du demi queue noir, comme le frère siamois de l’instrument. Les pourboires tombent dans la coupelle d’argent posée sur le piano et les « bonsoirs et bonne nuit » sont adressés sans regard pour le pianiste. C’est sûrement cette transparence forcée qui lui est la plus difficile à supporter.

Lui, il rêvait de concerts, de tournées, de fans hystériques, de jeux de lumières. Il voulait enflammer des stades, faire pleurer des jeunes filles, porter des vêtements déchirés, être sexy dans la sueur, les cheveux libres et sans véritable coupe… Il aurait tant voulu faire du rock’n’roll comme Jerry Lee Lewis. Avoir une vraie relation d’amour avec son instrument, maltraiter le clavier pour que le piano livre, à travers la douleur de ses doigts, le meilleur de lui-même. Malheureusement, il faut croire qu’il n’était pas assez talentueux pour être reconnu.

Pourtant, il s’était présenté, à une époque, à tous les casting auxquels il pouvait se rendre. Il avait même failli faire une tournée avec David Bowie, au début des années quatre-vingt, mais on lui avait préféré un Australien qui avait déjà fait des remplacements chez les Rolling Stones. Il lui avait alors fallu se rendre à l’évidence : le rock ne voulait pas de lui.

Depuis, il donnait des cours de piano classique à des mômes aussi motivés par le solfège qu’ils pouvaient l’être pour les épinards du vendredi à leur cantine scolaire. Mais les parents s’acharnaient à les martyriser, à croire que jouer du piano ou du violon allaient faire de leur progéniture de futurs médecins, avocats ou autres politiciens.

Il subissait la frustration de ne pouvoir partager sa passion avec personne. Les femmes ayant traversé sa vie avaient toutes été séduites par le musicien mais leur histoire avaient duré le temps d’un trille et puis adieu. Elles ne comprenaient pas l'exaltation, l'enthousiasme qui le liaient à son piano, alors elles lui faisaient de véritables scènes de jalousie et finissaient par claquer la porte, la valise à la main dans un style Rossinien très « tragédie-lyrique ».

Mais aujourd’hui, il était bien décidé à reprendre sa vie en mains. Demain, il irait s’acheter une guitare et il prendrait des cours, tranquillement, chez son vieil ami gitan Lény.

Peut-être un jour saura-t-il en jouer comme Django…

© 2006 Plum'

vendredi, 06 juin 2008

ReMort

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Je m’appelle Emma et j’ai soixante-dix-neuf ans, bientôt quatre-vingts. Je ne pense pas que je fêterai ma huitième décennie, mon état de santé étant au plus mal. Je ne peux plus marcher depuis déjà huit ans, suis dans l'incapacité de parler de manière cohérente depuis deux ans et aujourd’hui il m'est impossible de me servir de mes membres supérieurs. Il n’y a que mon esprit qui soit encore en bon état.

Alors, je passe mes journées à me souvenir, à me remémorer ma vie et ses moments de joie, ma vie et ses malheurs.

Malheurs…

Pour moi, il n’y en a eu qu’un, mais qui m’a empoisonné l’existence tous les jours, depuis ce 19 septembre 1942… Un malheur dont on ne peut pas parler, qu’on ne peut pas confesser et qui vous ronge l’âme à chaque réveil, toutes les secondes, à chacune de vos inspirations…

J’ai rencontré Jürgen en novembre 1941, pendant la guerre. Il était soldat, avait vingt-deux ans et moi, j’affichais mes quinze printemps passés avec l’insolence liée à cet âge-là. Jürgen était beau, intelligent et parlait un français impeccable. Il avait étudié les beaux-arts à Paris, avant la guerre. Il aimait la nature, la musique, la littérature et bien-entendu, la peinture. Nous nous sommes rencontrés lors d’une exposition sur le mouvement impressionniste, alors que nous étions en admiration devant l’émotion et la perfection que dégageait une huile de Camille Corot intitulée « La Lettre ». Nous nous sommes revus, en cachette de tous, nous nous sommes aimés clandestinement, puis nous avons été contraints et forcés de nous quitter, il a été rappelé en Allemagne.

Mon cœur a saigné longtemps pendant que mon ventre s’arrondissait. Bien évidemment, j’étais devenue la honte de ma famille et la paria de mon quartier. J’étais devenue l’Infréquentable, la Mauvaise Fille, la Catin ! Mon père ne m’a plus jamais adressé la parole jusqu’à sa mort.

J’ai accouché, le 19 septembre 1942 à sept heures vingt, de faux jumeaux (un garçon et une fille) dans un hospice tenu par des bonnes sœurs. Je n’ai pas eu le droit de voir les bébés, ils m’ont été retirés du ventre, de ma vue et de ma vie dans le même temps. Ma vie d’après ressemble à un trou, dans un cimetière. Une sorte de vide qui attendait que la mort le remplisse. Je pense même que je suis déjà morte une première fois, ce jour-là...

Je me suis mariée et je n’ai jamais eu d’autres enfants. J'ai toujours été persuadée que c’était une punition divine pour m’empêcher d’oublier les jumeaux…

Comme si j'avais pu les effacer de ma mémoire !...

Je suis tombée malade voilà treize ans maintenant. Après des mois, des années même d’hospitalisation, mon mari a fini par accéder à ma prière : celle de rester à la maison avec une aide à domicile, une garde-malade. C'est ainsi qu'Hélène est entrée dans ma vie comme cela, par hasard, il y a cinq ans et demi.

La quarantaine, divorcée, ancienne infirmière d’un service d’accompagnement de fin de vie, elle a décidé un jour d’être libre de choisir ses patients (comme elle dit). Et elle est arrivée chez moi, partageant, chaque journée que Dieu fait, mon intimité, mon morceau de vie, comme je l’appelle. D’humeur toujours égale, gaie, joyeuse et très bavarde elle est mon soleil, tant elle rayonne !

Est-ce parce que j’ai perdu l’usage de la parole, que je ne peux plus écrire, je ne sais pas, mais à partir de ce moment-là, elle a commencé à me faire des confidences. Elle m’a raconté sa vie, celle de sa mère.

Cette dernière s’appelait France et était Pupille de la Nation. Elle avait été placée, dès sa naissance, avec son frère jumeau prénommé Michel, dans un orphelinat public. Abandonnés par une mère trop jeune, leur vie commençait bien tristement. Du fait qu’ils étaient deux, aucune famille ne les adopta et ils migrèrent de famille d’accueil en famille d’accueil jusqu’à leur majorité.

France trouva un emploi dans une famille aisée comme personnel de maison, puis elle épousa André, le chauffeur de Monsieur. Ce fut une belle histoire d’amour, jusqu’à ce qu’André l’abandonne, pour une autre femme. Elle fut également abandonnée par ses patrons qui s’expatrièrent en Australie suite à une sombre histoire de détournement de fonds dans laquelle Monsieur fut éclaboussé. Une méningite la foudroya : et même la vie l’abandonna, alors qu’elle n’avait que quarante-neuf ans. Pauvre femme dont la destinée fut d’être délaissée, tout au long de son existence…

Hélène, elle, a juré de ne jamais céder, de ne jamais lâcher prise. Quoiqu'il se passe dans sa vie, elle s'accroche, refuse la désertion. C'est peut-être pour cela, d'ailleurs, qu'elle a choisi cette profession si difficile.

Hélène s’occupe de moi toute la journée, me fait la lecture, me raconte les expos qu’elle va voir (elle adore la peinture), et parfois, elle prend doucement ma main dans la sienne et l'embrasse. Là, elle me jure que je n’ai rien à craindre : elle sera toujours là pour moi.

Je ne dois pas avoir peur : elle ne m’abandonnera pas…

© 2006 Plum'

mardi, 18 mars 2008

Il était une voix...

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Elle rentrait chez elle, ce dimanche matin. Elle venait d’effectuer son devoir de bonne citoyenne et, en sortant du lycée dans lequel se trouvaient les bureaux de vote, elle était passée à la boulangerie, histoire de se récompenser pour ce lever dominical plutôt matinal pour elle. Elle n’était plus qu’à deux cents mètres de la maison et attendait à un passage piéton que la Harley, là-bas, soit passée. Mais la moto s’est arrêtée devant elle et son conducteur, vêtu de cuir, casqué, portant lunettes de soleil et foulard sur le bas du visage lui a lancé un joyeux « Hey ! Bonjour ma jolie ! ». Elle n’a pas bronché, s’est regardée droit dans ses lunettes miroirs, attendant que…

 

Il a alors enlevé son casque et des cheveux poivre et sel, coupés très courts, sont apparus. Il a baissé son bandana, lui a sourie. Ce sourire… oui, ce sourire un peu coquin, cette jolie dentition elle les connaissait. Et puis, il a retiré ses lunettes et elle s’est sentie devenir dure comme du plâtre. Ces deux yeux verts, ces lèvres toujours un peu humides et cette allure si sexy… Tout cela était si loin aujourd’hui.

 

Elle lui a rendu son sourire et ils se sont embrassés. Il semblait heureux de la revoir. Elle se sentait gênée. Il était toujours aussi beau. Elle se sentait moche avec ses kilos en trop, pas maquillée. Il lui a demandé comment elle allait et elle lui a répondu en lui rendant sa question. C’est son grand truc, ça, répondre à une question par une autre question. Beaucoup de gens se font avoir avec cela. Ils répondent, se livrent et elle, elle est contente. Elle n’a rien lâché…

 

Il a voulu savoir si elle était seule dans sa vie, à ce moment, comme à l’époque. Elle lui a demandé s’il était toujours marié… Il a souri de cette façon ravageuse et elle a compris, à ce moment très précis, qu’il fallait qu’elle écourte très rapidement cette entrevue. Comme la dernière fois qu’ils s’étaient vus. Enfin, encore plus rapidement. Il lui a demandé ce qu’elle faisait à cette heure-ci dehors. Le soleil était trop éblouissant et la petite pluie fine commençait à se transformer en ondée. Il a passé sa main gantée derrière sa tête et lui a remonté la capuche de son duffle-coat. Il lui a fait remarquer que, la dernière fois, elle était rousse et portait les cheveux longs. Mais que les cheveux courts lui allaient très bien aussi. Il lui a dit qu’il pensait souvent à elle, à cette fameuse soirée, à cette nuit torride qu’elle avait désiré unique. Elle n’a pas répondu, a juste esquissé un sourire. Elle aussi pensait à lui, parfois. Elle n’avait pas souhaité qu’ils se revoient, à l’époque. Elle le sentait dangereux pour elle. Trop beau, trop sensuel, trop doué, trop marié…

 

Cela faisait vingt-cinq ans qu’ils se connaissaient, maintenant. Elle lui avait toujours plu, elle le savait. Il lui avait longtemps couru après, lorsqu’ils étaient plus jeunes. Il lui plaisait beaucoup aussi, certes, mais elle n'avait pas cédé. Ils se perdirent de vue, se retrouvèrent. Il venait de rencontrer celle qui allait devenir sa femme mais lui avait proposé de tout arrêter si elle acceptait enfin de sortir avec lui, de lui laisser sa chance. Mais elle avait encore refusé, ne lui faisant pas confiance. Trop beau, beaucoup trop beau… Ses copines de l’époque ne la comprenaient pas. Comment pouvait-elle laisser passer une « occasion » pareille ? Elle ne se l’expliquait pas elle-même. Les années avaient passé et, par un beau dimanche d’été, ils s'étaient revus, par hasard, un dimanche après-midi trop chaud, à la piscine. Elle s’était sentie très nue, trop grosse, huileuse, mal coiffée alors que lui était littéralement magnifique. Elle avait eu le temps d’observer les regards en biais de toutes ces femmes allongées sur leur serviette. Il lui avait demandé ce qu’elle devenait, où elle travaillait, lui avait appris qu’il était marié et père de famille. Et ce qui n’aurait pas dû arriver s’était produit. Il était venu la voir, trois jours plus tard, sur son lieu de travail, l’avait invitée à prendre un verre sur une terrasse, lorsque sa journée serait terminée, histoire de parler du bon vieux temps. Elle savait qu’il aurait mieux valu refuser mais elle avait accepté, se persuadant qu’un verre ne prêterait pas à conséquences. Et puis, après tout, ce n'était qu'un copain de jeunesse... Et il y avait eu d’autres verres, d’autres jours. Et il y avait bientôt eu l’invitation à cette soirée. Il y avait eu la chaleur du mois de juillet, la musique, la danse, un peu d’alcool. Il y avait eu lui et son sourire, lui et son corps, lui et ses mains, lui et ses mots chuchotés à son oreille où il lui confiait qu’il la désirait toujours autant, comme au premier jour de leur rencontre, dix-sept ans auparavant. Elle s’était sentie vulnérable, presqu’en danger. Elle avait des convictions, une morale. Elle avait des hormones aussi, du désir pour lui, beaucoup de désir, trop de désir… Ils étaient rentrés chez elle et elle lui avait affirmé qu’il n’y aurait qu’une nuit, qu’une fois. Une seule et unique fois. Il avait respecté son choix. Cela avait peut-être contribué à la magie de cette nuit-là. Sûrement…

 

Et puis, il a eu cette petite phrase qui aurait dû être insignifiante, mais qui ne l’a pas été.

 

« J’espère que tu n’as pas voté B. ! »

 

Elle n’a pas répondu, ne confirmant ni n'infirmant sa phrase. Elle a juste souri. Il lui a dit que c’était un choix idiot, que B. était un traître, un lâche, qu’il avait préféré abandonné les siens parce que bouffé par ses ambitions. Elle lui a répondu qu’elle votait d'abord un homme et non un parti, que c’était des élections municipales et, surtout, que ses choix ne regardaient qu’elle. Après tout, il habitait la banlieue, de quoi se mêlait-il ? Ils ont évoqué les présidentielles et il a reconnu avoir voté pour l’actuel Président. Il avait proposé de bonnes idées et la représentante de l’opposition n’avait pas été à la hauteur, de toute façon. Elle a écourté la conversation qui commençait à s’animer. Elle lui a montré le sachet de viennoiseries en prétextant qu’on l’attendait. Elle s’est rendu compte qu’au fond de son ventre il n’y avait plus de désir mais une sensation de faim.

 

Elle est repartie d’un pas léger, contente d’elle-même. Finalement, son instinct la trompait rarement…

 

 

© 2008 Plum'

samedi, 08 mars 2008

Light Motiv(ation)

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Monsieur le Directeur des Ressources Humaines,

Suite à l’annonce parue dans le journal « Plus Près De Vous » de ce jour, concernant le poste de vendeuse en prêt-à-porter dame, je vous prie de trouver ci-joint mon curriculum vitae. Vous avez également souhaité une lettre de motivation que je vous livre ci-après.

MOTIVATION 1
J’ai trente-sept ans et suis mère de trois enfants de onze, huit et trois ans que j’élève seule. Cela fait presque deux ans maintenant que mon compagnon est parti chercher des cigarettes et qu’il n’a jamais retrouvé le chemin de notre maison. A-t-il perdu le sens de l’orientation ou a-t-il été victime d’une amnésie rétrograde ? Nous ne le saurons jamais puisqu’il a totalement disparu de ma ville et de ma vie, ce jour-là.

MOTIVATION 2
Je me suis donc retrouvée seule avec trois bambins encore jeunes et un crédit immobilier assez important à mon entière charge. En effet, nous avons fait construire une maison sans prétention aucune, certes, mais qui était à notre goût pour abriter notre « amour », sentiment que je croyais présent entre nous à l’époque.

MOTIVATION 3
Le magasin dans lequel je travaillais depuis douze ans a été une des victimes des importants travaux de réaménagement du centre-ville et a malheureusement été contraint de fermer. Etant donné le nombre impressionnant d’enseignes ayant disparu du paysage commercial de notre cité, à cette époque, vous comprendrez bien les difficultés que j’ai pu rencontrer lors de mes démarches de recherches d’emploi, restées vaines à ce jour.

MOTIVATION 4
Il est donc primordial pour moi de retrouver rapidement un poste afin d'acquérir à nouveau une autonomie financière et une dignité que je qualifierais de « perdue en chemin ». Je souhaite ne plus être une charge pour la société, les contribuables ou les associations d’entraide. J’aimerais retrouver une vie riche en rencontres, avoir moi aussi des choses à raconter et, surtout, ne plus ressentir ce sentiment de compassion exaspérante chez mes amis. Je voudrais me sentir complètement intégrée dans la société en général, et dans la vôtre en particulier.

MOTIVATION 5
Je désirerais ne plus être obligée d’aller voir régulièrement Madame Barjac, à l’A.N.P.E. Elle me déprime un peu plus à chaque entretien en me confirmant que ma branche est « résolument bouchée depuis des années » et « qu’à mon âge, il sera de plus en plus difficile d’espérer trouver le poste de mes rêves ». J’ai déjà écrit à l’A.N.P.E. en leur signifiant mon désir de changer de conseiller mais on m’a répondue que chez eux aussi il manquait du personnel (difficile à croire, non ?).

MOTIVATION 6
Afin de ne pas vous envoyer une lettre de plusieurs dizaines de pages, je vais simplement vous lister les motivations restantes mais non développées.

7 pouvoir offrir une alimentation plus équilibrée en viande et produits frais à mes enfants qui commencent à dangereusement s’arrondir à cause des féculents, denrée majoritairement présente dans leur nourriture quotidienne.

8 pouvoir envoyer mes gamins en colonie ou en centre aéré pendant l’été, éventuellement même partir en vacances avec eux, pourquoi pas ?

9 leur offrir de vrais Noël avec les cadeaux qu’ils désirent, à savoir, vous vous en doutez bien, la dernière console de jeux vidéo ou la paire de baskets X.

10 pouvoir m’offrir le coiffeur de temps à autre ou même, plus simplement, profiter des soldes. Redevenir attirante et féminine me permettrait sûrement de me sentir mieux dans ma peau et d’être prête à éventuellement refaire ma vie. Vous êtes un homme, vous me comprenez sûrement, j’en suis sûre…

Je pourrais continuer ainsi ma liste durant encore trois pages mais je pense avoir fait preuve de suffisamment de motivations pour espérer que ma candidature retiendra toute votre attention et débouchera, je l’espère très sincèrement, sur un entretien au jour et à l’heure qui vous conviendront.

Dans l’attente de vous lire, je vous prie d’agréer, Monsieur le Directeur des Ressources Humaines, mes salutations distinguées.

Sarah LEBOL.

© 2006 Plum'

lundi, 25 février 2008

Sémaphor(c)e

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A la veille de mes vingt ans, je me serais délectée d’histoires de galions chargés de trésor, de beaux capitaines et de pirates, cruels mais terriblement séduisants, sévissant dans l’Océan Indien. Quarantièmes Rugissants, Cinquantièmes Hurlants, naufrages, c’est sûrement là que je t’aurais voulu mutin et flibustier…


A la veille de mes trente ans, j’aurais rêvé de croisières autour du monde, à bord de prestigieux paquebots. Nous nous serions « habillés pour dîner », peut-être invités à la table du Commandant. Nous nous serions promenés, le soir, au clair des étoiles, sur le pont, main dans la main. C’est sûrement là que tu m’aurais demandée de t’épouser…


A la veille de mes quarante ans, je me serais contentée d’un périple en méditerranée, sur un voilier, avec deux ou trois couples d’amis, en toute convivialité. Ambiance adulte, amicale, bourgeoise, sportive, des maris au ventre bedonnant sécurisant, aux regains d’amour motivés par l’esprit de compétitivité virile, des femmes à l’apogée de leur beauté, chassant les rides à l’écran total et naviguant entre l’ « encore jeune » sans aucun cheveux blanc et la « déjà mature » aux seins refaits. Sans enfant, je me remettrais doucement de quinze années de « mal de mère ». C’est sûrement là que tu m’aurais regardée, redésirée…


A la veille de mes cinquante ans, je me serais accomodée d’un dériveur, juste toi et moi et l’océan. Une fois par an, pendant nos vacances aux Baléares, en Grèce, en Sicile, en Corse… Une matinée de liberté prise sans solde sur le journalier, des banalités échangées en souriant pour ne pas gâcher l’instant, trève des belligérances du quotidien. Après tout, cela ne doit pas être la mer à boire ! C’est sûrement là que tu m’aurais avouée que tu vibrais toujours, mais pour une autre, plus jeune…


A la veille de mes soixante ans, je me serais illustrée dans la maîtrise des régates en solitaire, à Concarneau. J’aurais été courtisée par de vieux loups de mer aux yeux brillants comme des phares. J’aurais sûrement abusé, pêché par vanité en essayant, séduction oblige, de prendre mon pied (marin évidemment). C’est sûrement là que j’aurais eu les yeux mouillés de larmes, en sentant les vents tourner et le vague à l’âme m’envahir à force de nager en eaux troubles…


A la veille de mes soixante-dix ans, j’aurais été invitée par de « vieux amis », de temps en temps, pendant la belle saison, à dîner sur des yachts amarrés au port de Menton. Quelques heures à baigner dans un confort luxueux, à tanguer entre les regrets de mes ratés et les satisfactions d’avoir, tout au long de ces épreuves, su éviter la noyade. C’est sûrement là que j’aurai regardé, avec la désinvolture dûe à mon âge, des femmes encore jeunes, chavirer dans les bulles de champagne…


A la veille de mes quatre-vingts ans, j’essaierais de m’éMERveiller encore et surtout de ne pas finir aMERe, jamais. C’est sûrement là que je tomberais malade, prise en otage par le plus cruel des écumeurs, j’ai nommé… ah, mais comment s’appelle-t-il déjà ? AlzheiMER, je crois…


A la veille de mes quatre-vingt-dix ans, j’aurais les yeux délavés, les mains tremblantes et l’esprit rongé par la souffrance. C’est sûrement là que je déciderais de faire mon ultime odyssée, enfin prête à rejoindre la petite sirène…

 

© 2006 Plum'

mercredi, 02 janvier 2008

A bout de souffle

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« … Inspirez-expirez, inspirez-expirez, inspirez-expirez. On inspire par le nez, doucement, en gonflant le ventre. On bloque en comptant jusqu’à cinq. Et on expire par la bouche, doucement, on dégonfle son ventre, comme un ballon. Et on recommence ! Sentez-vous comme vous vous détendez, vous vous relaxez ? Sentez-vous votre corps et votre système sanguin s’oxygéner ? Tou-tes vos ten-sions se li-bè-rent. Et on recommence ! Inspirez-expirez, inspirez-expirez… »


Et voilà, nous sommes mercredi matin et je suis mon premier cours de sophrologie. A la base, je ne suis pas très portée sur ce genre de pratiques. Tout ce qui est yoga, méditation, détente en tous genres : très peu pour moi ! Le stress fait partie intégrante de ma personnalité et si mon corps est une machine, il en est le carburant.


Mais Nana, ma meilleure amie, voulait absolument assister à ce type de cours et désirait y aller accompagnée. Et qui s’est gentiment dévoué, je vous le demande ? Bibi, bien-sûr ! Oh, elle a su y faire. Elle a utilisé certaines récentes petites défaillances de ma part et en a fait d’excellents prétextes pour me convaincre de la rejoindre.


En effet, ces derniers temps, je manque cruellement d’inspiration. C’est venu d’un coup, il y a quelques semaines, déjà. Je peux expirer, je peux respirer, mais pas d’inspiration. Le néant ! L’inspiration m’a quittée me laissant devant un écran, sur Word, totalement vide. Je me suis creusé les méninges, les doigts sur le clavier, prêts à obéir à mon cerveau. Rien ! Ce fut l’expiration de mon sens créatif et… cela m’a fait transpirer, croyez-moi. De toutes façons, les journées entières étaient mauvaises : une véritable conspiration ! Cela m’a perturbée, je me suis réveillé, la nuit, avec des crises d’angoisse qui m’empêchaient d’inspirer ! C’est très effrayant, je vous laisse imaginer, car je ne peux plus avaler d’air, je ne peux qu’en rejeter et lorsque mes poumons sont vides, j’ai l’horrible impression de partir…


Je n’étais pas prête à cela, pas maintenant. C’est beaucoup trop tôt, j’ai encore tant de choses à vous dire, à exprimer ! A vous, mes amis ! A vous également, mes collègues ! Et puis, je ne peux pas vous oublier, vous, mes potes, ma famille ! Non, cela ne peut pas se terminer comme cela ! Impossible ! Et que faites-vous de vous, les blogueurs, à la fois étrangers mais tellement proches ? Alors là, rien que pour vous, je ne veux pas que l’inspiration me quitte…


J’aspire à recouvrer l’inspiration pour continuer d’être cette plume virtuelle, sans visage et toute en âme. Celle qu’on va lire le matin, un peu différente chaque jour et qui ensoleillera le petit déjeuner, remplira d’émotion le déjeuner ou, pourquoi pas, provoquera la réflexion et le débat au dîner. Je veux être celle qui s’invite chez vous avec culotendresse, qui s’insinue tout doucement dans vos journées à coups d’encre sympathique. Alors, je m’accroche. Je lis les journaux (en plus grande quantité que d’habitude), j’écoute et regarde les informations sur toutes les chaines (même les étrangères), je me nourris de vos confidences. Chacun de vos mots, de vos maux, de vos joies, de vos interpellations, de vos doutes, de vos excès, de vos rires, de vos cris, de vos douleurs, de vos pleurs, de vos peurs sont la quintessence qui fait battre mon cœur, qui fait courir mes doigts sur le clavier de mon ordinateur, le soir.


Comme toi, mon ami pianiste ! Tu ne peux que me comprendre, je le sais. Tu racontes des histoires avec les notes, tes mains caressant les touches d'ivoire et moi, j’essaie de composer des musiques avec les lettres, mes doigts survolant les touches de plastique…


« … Inspirez-expirez, inspirez-expirez. Allez, on se concentre ! »


Décidément, je ne retournerai pas à ce cours, ce n’est vraiment pas fait pour moi ! Je vis cela comme un cours de souffrologie, mieux vaut laisser tomber ! Moi, c’est l’écriture qui me détend. D’ailleurs, cela me fait penser à une idée de texte… Tiens, ce n’est pas bête…


… Cela pourrait être l’histoire d’une jeune femme qui serait terrifiée à l’idée de…

 

© 2006 Plum'

lundi, 26 novembre 2007

TORVE STORY 17

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Je suis sorti des bureaux du Bien Public deux heures plus tard. Alexandra Pelletier avait promis de me recontacter. Il lui fallait d’abord parler à son rédacteur en chef, lui proposer le sujet. Je n’étais pas persuadé de pouvoir compter sur l’aide du journal mais je ne voyais pas vraiment quelle autre solution envisager. Arrivé chez moi, j’entrepris d’écrire à nouveau à Maryline. Peut-être recevrait-elle enfin ma lettre, la treizième depuis son départ… Alors que je m’apprêtais à dîner, le téléphone sonna.

 

« - Allo ?

- Vous êtes Pierre ? demanda une voix masculine.

- Oui. Qui est à l’appareil ?

- Je m’appelle Vladimir et je vous appelle de la part de Maryline, répondit mon interlocuteur.

- Maryline ?! Mais qui êtes-vous ?

- Je suis un des candidats de Trade : Celebrity. Enfin, un ex-candidat. J’ai été sorti il y a quinze jours.

 

Il me parlait à voix basse, comme s’il avait peur d’être entendu, d’être surpris. Cela eut l’effet de me mettre mal à l’aise et je sentis alors mes battements cardiaques s’accélérer. Tout en maîtrisant mon débit pour ne pas montrer mon mal-être, je lui demandai :

 

- Je me souviens de vous. Vous êtes le saxophoniste, c’est cela ?

- Oui.

 

Il se tut et un silence s’installa. Cela dura peut-être une trentaine de secondes. Je décidai de le rompre :

 

- Vous avez dit m’appeler de la part de Maryline. Je vous écoute, Vladimir.

- Maryline m’a chargé de vous dire que tout va bien pour elle, que vous n’avez pas à vous inquiéter. Elle a été prise en charge par une équipe de professionnels. Ils lui ont établi un régime diététique précis ainsi qu’un programme sportif adapté à ses besoins. Elle est coachée par Jordan Vernon, l’ancien entraîneur de Matt Wilander.

- A-t-elle reçu mes lettres ?

- Oui, bien-sûr. Elles lui ont d’ailleurs fait très plaisir, répondit-il d’un ton monocorde.

- Alors pourquoi n’y a-t-elle pas répondu ?

- Honnêtement, elle n’en a pas le temps. C’est pourquoi elle m’a demandé de vous appeler. Vous ne devez pas vous inquiéter, elle est entre de bonnes mains.

- Je n'arrive à joindre aucun responsable de cette émission. Pourquoi ?

- C’est le jeu, c’est comme cela. Chaque participant s’est engagé à couper les ponts avec le monde extérieur, avec son ancienne vie pendant toute la durée du jeu. Quoi qu’il en soit, soyez assuré qu’elle se porte bien. Elle pense beaucoup à vous, vous lui manquez. Elle vous embrasse très fort et souhaite que vous l’encouragiez sans vous inquiéter.

- Pouvez-vous me donner votre numéro de téléphone, Vladimir ? J’aimerai beaucoup vous…

- Je vous rappellerai, m’interrompit-il. Je dois vous laisser maintenant. Bonne soirée à vous. »

 

Il raccrocha. Moi aussi. Quelque chose clochait qui ne faisait qu’accentuer cette désagréable impression que j’avais. Pourquoi ? Pourquoi n’avais-je pas de nouvelles de Maryline elle-même ? Pourquoi Vladimir me téléphonait-il ce soir alors que cela faisait déjà deux semaines passées qu’il était sorti ? Pourquoi avais-je cette étrange sensation que Maryline n’avait jamais souhaité cette conversation téléphonique ?

Le générique de Trade : Celebrity me sortit de mes pensées. Je m’installai dans mon canapé, appuyai sur la touche « record » de mon lecteur-enregistreur de DVD et, armé d’un stylo et d’un carnet, regardai cette émission qui, pour moi, n’avait plus grand chose d’un jeu. Ou alors d’un jeu dangereux dont les règles me semblaient bien floues.

(à suivre...)

 

© 2007 Plum'

lundi, 05 novembre 2007

TORVE STORY 11

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La maman de Maryline triturait nerveusement un torchon de cuisine.

- Je n’arrive pas à la joindre, ni par écrit, ni par téléphone, ni par mail. Auriez-vous une adresse ou un numéro à me donner ?

- Non, aucun, malheureusement.

- Comment est-ce possible ? m’étonnai-je.

- En participant à ce jeu, les candidats signent un véritable contrat. Seule Télévidence peut nous joindre en cas d’urgence mais la famille et les proches n’ont aucun moyen d’entrer en contact avec les participants.

- Mais cela n’est pas légal ! m’insurgeai-je.

- J’avoue que je n’en sais rien. Mais j’ai vu Maryline signer un contrat qui avait l’épaisseur de l’annuaire de la Côte-d’Or.

- Pourquoi voulez-vous la joindre ? Pensez-vous qu’il y ait un problème ? me demanda-t-elle d’un air inquiet.

- En fait, je ne lui trouve pas très bonne mine et, suite à l’annonce de son malaise, j’aurais voulu être rassuré, répondis-je.

- Ils nous ont téléphonés hier soir, m’informa son père. Ils nous ont assurés que notre fille va bien. »

Le générique de l’émission commença et nos trois têtes se tournèrent, dans le même temps, en direction du petit écran. Le couple s’installa dans le canapé en cuir et le père de Maryline me désigna le fauteuil, d’un signe du menton. J’enlevai mon blouson et mon écharpe et pris place afin de regarder Trade : Celebrity en famille.

Il régnait un climat d'agressivité latente, à la Résidence. Des tensions essentiellement dûes à la jalousie étaient palpables. Certains candidats affichaient une franche hostilité entre eux, ne s'adressant même plus la parole. Pour calmer tout cela, la production leur avait organisé une soirée espagnole. Ne regardant pas à la dépense, des tapas avaient été déposés sur la grande table basse du salon afin d'accompagner l'apéritif. Une grande paëlla était prévue dans la salle à manger avec, pour clore la soirée en beauté, un spectacle de flamenco présenté par un groupe de musiciens et danseurs sévillans. Lorsque la caméra nous montra enfin Maryline, elle était assise sur un pouf mauve, un verre d'eau à la main et toujours en retrait de ses camarades. L'ambiance était au beau fixe, les réparties bon enfant et l'animateur Svend avait été invité à animer la soirée.

J'observais Maryline. Elle ne souriait presque pas malgré les tentatives désespérées d'Aristide qui la charriait gentiment. Alonso s'essaya aussi à l'exercice sans plus de succès et c'est dans une certaine forme d'indifférence que chacun continua sa soirée.

Svend parla du prochain prime-time, des invités présents et des missions attribuées à chacun des candidats. Dans la catégorie mode, le célèbre styliste Sandro Felice viendrait recruter un mannequin pour son prochain défilé privé à Monaco. La chanteuse Clara Damian cherchait un jeune chanteur pour interpréter un duo lors de son spectacle à l’Olympia, le mois suivant. L’Orchestre Philarmonique de Bruxelles cherchait un ou une violoniste pour l’enregistrement d’une émission de radio. Le groupe de rap Sigmund F. avait besoin d'une actrice et/ou mannequin pour son prochain clip. Et enfin, le très controversé metteur en scène Thomas Girondi recherchait une actrice pour remplacer une des siennes, malade, pour le prochain court-métrage qu’il comptait tourner pour le festival Héliotrope de Nice qu’il allait présider.

Tous les participants étaient excités comme des puces, chacun espérant décrocher le gros lot. Le jury devait d’abord débattre afin de décider, « le plus justement possible », qui était apte à se voir attribuer tel ou tel rôle.

Je fus heureux de voir que Maryline retrouvait le sourire et un peu de sa verve habituelle. La caméra nous la montra en grande conversation avec Aristide. Elle paraissait excitée et je savais que Thomas Girondi était un de ses réalisateurs préférés. Le générique de fin se fit entendre sur une dernière image d’apparente liesse générale dans laquelle chaque candidat levait son verre vers Svend. Je me tournais alors vers les parents de Maryline. Son père avait déjà quitté la pièce tandis que sa mère exprimait en soupirant :

« - Je ne comprends pas ce qui lui a pris d’aller participer à une telle… ineptie. Elle a lâché son boulot, ses amis, mis sa vie entre parenthèse pour çà ! Je ne la comprends pas, vraiment pas… »

(à suivre...)

 

© 2007 Plum'

samedi, 03 novembre 2007

Vie... laine

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Un rang à l’envers, un rang à l’endroit, un rang à l’envers, un rang à l’endroit, encore et encore, en rangées bien régulières. Le point s’appelle point de jersey. Il fait partie des points de base, à peine plus compliqué que le point mousse, mais avec un résultat plus joli, moins enfantin.

Comme la vie…

Régulière, sans fantaisie aucune, une progression lente mais continue. Surtout ne pas louper une maille sinon il faut tout défaire et recommencer. On perd du temps, de l’énergie. Et après, on se lasse. La lassitude, çà, ce n’est pas bon…

Quelquefois, on veut tenter un nouveau point, dans le style du point de riz ou de blé. De végétal ils n’ont que le nom car la réalisation n’en est pas simple. On se donne des défis. Parfois, on les réussit sinon on abandonne avec cet arrière goût amer que nous laisse l'échec…

Certains ont cru bon de créer la machine à tricoter. Comme si cela allait tout simplifier ! Faux, archi-faux ! Cela prend de la place et le résultat n’amène pas la même satisfaction, la même fierté du travail accompli et réalisé par soi-même. Dans la vie, c’est la même chose. Les pistons, les héritages facilitent les choses mais sait-on apprécier à sa juste valeur la réussite qui en résulte ? Pas forcément…

La vie de monsieur et madame Toutlemonde est un peu à l’image d’un pull irlandais. Elle est chaude et confortable, d’un aspect simple, un peu rustique. Et pourtant… Si on la détaille, elle est composée de torsades, de croisillons, de points fantaisies en relief. D’accord, elle a une couleur blanc cassé unie qui permet de l’accorder facilement à d’autres vies mais son évolution, sa construction sont parsemées d’arduités.

Et puis, lorsque le travail se termine, lorsque l’on arrive au presque bout du chemin, on commence les diminutions. L’ouvrage touche à sa fin. L’assemblage peut avoir lieu à l’image d’un passage en revue, d’une remémoration des grands et des petits évènements qui ont faits de notre existence ce qu’elle est devenue.

Le pull enfin achevé, il réchauffera nos automnes humides, nos hivers glacials. Certes, on lui découvrira moult petits défauts ou imperfections mais il deviendra le vêtement confort par excellence. Celui-là même dont on ne peut se séparer. Il s’élimera sûrement, boulochera peut-être, mais prendra une valeur sentimentale, aura l’authenticité de ces moments passés à manier les aiguilles, le fil de laine autour de l’index. Il sera à jamais l’inséparable, celui que l’on ne jettera pas, que l’on ne donnera pas. Les autres finiront par le trouver vieux, informe, peut-être même moche. Mais pour nous, il sera nôtre.

Le compagnon de toujours molletonné de souvenirs, fourré de tendresse, doublé de patience… à l'identique d'une vie !

© 2006 Plum'

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