mercredi, 24 septembre 2008

Le Sacrifice de la Chair

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Elle est arrivée ici, un peu par hasard, un peu en fuite, mais pleine d’espoir. Elle est arrivée ici un samedi d’octobre, par une journée sans soleil. Elle est arrivée comme tous ceux qui viennent d’ailleurs. Elle s’est garée devant la mairie, a regardé autour d’elle, repérant la boulangerie, l’église, le bureau de poste, l’agence bancaire. Ce n’était pas bien difficile, ici, tous les commerces se trouvent dans la rue Principale. Elle a consulté le plan, devant l’Hôtel de Ville et elle est remontée dans sa voiture en direction de l’école primaire Emile Zola.

Lorsqu’elle est arrivée devant le numéro trois de la rue de l’Ecole, les déménageurs l’attendaient déjà. Elle leur a ouvert la porte d’entrée de la petite maison simple mais coquette. Cela sentait encore la peinture fraîche, les tapisseries neuves. C’était une maisonnette de village avec un étage. Une petite cuisine entièrement aménagée ainsi qu’un salon avec une cheminée et du carrelage beige achevaient de constituer le rez-de-chaussée. Un escalier menait aux deux chambres et à la salle de bain. Il n’y avait pas de garage, juste une petite chaufferie faisant office de buanderie. Les meubles, peu nombreux, trouvèrent rapidement leur place et, à sa demande, les cartons furent déposés à l’étage ou en bas selon leur contenu.

Lorsqu’elle fut enfin seule, elle brancha le téléphone et vérifia que la ligne était ouverte. Elle testa tous les interrupteurs, rangea la vaisselle, les livres, le linge. Elle déballa un carton qu’elle chercha au milieu des autres. Elle en retira deux cadres en argent avec les photos de deux garçonnets. Elle en posa un sur la table de chevet et le second sur la commode. Elle regarda sa montre et sortit afin de faire quelques courses pour le week-end tout en essuyant une larme qui perlait dans le coin interne de son œil gauche.

Elle a descendu la rue à pieds, a croisé quelques personnes qui l’ont saluée aimablement. Ici, elle allait tout recommencer, se reconstruire après ce divorce douloureux et violent. Le plus difficile, elle le savait, serait l’absence des petits. Mais il n’y avait pas d’autre solution. Elle en avait suffisamment passer des nuits blanches à ressasser le problème dans tous les sens, chercher des solutions-miracles, invoquer Dieu, Jésus, Marie, les Saints…

Elle recommençait sa vie dans un village paumé de la campagne bourguignonne, loin de l’agitation parisienne. Elle recommençait à zéro avec juste ses fringues personnels, une dizaine de photos de ses garçons. Presque pas de meubles, un boulot d’infirmière à domicile (profession qu’elle reprenait après neuf années passées à s’occuper de ses fils), une quatre chevaux qui commençait à cumuler trop de kilomètres au compteur et une blessure énorme, béante, purulente : celle d’être partie sans eux, sans ses tout petits.

Elle n’avait pas pu leur imposer cela, cet exil en zone rurale. Ils habitaient une jolie et spatieuse villa à Neuilly, allaient en école privée, avaient de nombreuses activités sportives et artistiques. Jonas, l’ainé, avait commencé le hautbois et se passionnait pour l’instrument. Il faisait de l’escrime tous les samedis. Il chantait également dans une chorale. Simon, quant à lui, apprenait le violon et faisait de l’équitation. Ils partaient en vacances d’hiver en Autriche, allaient rejoindre leur tante Claudine tous les ans à Pâques, près de Bordeaux, et l’été, c’était les séjours à l’étranger en hôtel-club de luxe pour que chacun se sente en vacances.

Elle n’avait pas eu le cœur de les arracher à leur confort bourgeois et sécurisant qu’elle s’était acharnée à leur offrir. Non ! Elle avait fait le sacrifice de la chair et avait laissé à son ex-époux la garde de leurs enfants. Qu’aurait-elle bien pu leur offrir ? Le seul poste auquel elle avait pu prétendre après tant d’années d’inactivité professionnelle était ici, à Bléneau. Un village de mille cinq cents âmes sis au cœur de la Pusaye mais très pratique pour elle car qu’à une heure et demi de Paris.

Elle se sentait comme amputée de sa maternité et savait que la sensation de vide allait prendre de plus en plus de place. Elle s’installerait bientôt comme une tumeur et se nourrirait de son chagrin. Peu importe ! Elle avait fait le bon choix et en était persuadée. Elle recommencerait une nouvelle existence dans ce village où personne ne connaissait rien de sa vie d’avant.

Et puis, samedi prochain, elle monterait à Paris voir ses garçons. Elle passerait toute la journée avec eux, allait leur élaborer un programme digne de ce nom, peut-être la Foire du Trône (Simon adore les manèges). Oui, c’est cela, ils iraient à la Foire, tous les trois. Ils se gaveraient de pommes d’amour et de gaufres à la banane avec de la chantilly au chocolat.

En espérant seulement qu’ils accepteraient de la voir et de rester avec elle. Oui, en l'espérant…

 

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dimanche, 31 août 2008

OutreMère

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Elle tient son bébé dans ses bras. Bien enveloppé dans sa couverture jaune pâle, elle le porte serré tout contre elle. Elle se balance d’avant en arrière, dans une cadence douce et chantonne une vieille comptine :

« Elle gigote
Elle zozote
Babille, babillant
Elle a trois ans ! »

Ses yeux fixent un point, droit devant elle, sur le mur. Mais son regard est éteint. Seule sa voix, monocorde, continue de fredonner, presqu’à voix basse :

« Elle papote,
Elle parlote,
Jacasse, jacassant,
Elle a treize ans ! »

De temps à autre, elle réajuste la couverture sur la tête du nourrisson profondément endormi. Son petit corps emmailloté ne bouge pas, bien calé dans les bras maternels, contre le sein, berceau nourrissier. Et elle psalmodie comme pour elle-même :

« Elle jabote,
Elle marmotte,
Bavarde, bavardant,
Elle a trente ans ! »

La porte de la chambre a une partie vitrée au travers de laquelle apparaissent deux visages, celui d’une femme et d’un homme. Ils se parlent, tout en continuant à l’observer mais elle ne les entend pas et continue de se dodeliner sur le même rythme lent afin de ne pas éveiller son tout petit. Et toujours cette voix, douce et presque irréelle, la voix d’un ange :

« Elle radote,
Elle tricote,
Bredouille, bredouillant
Elle a cent ans ! »

Des larmes s’échappent de ses yeux mornes, coulent le long de ses joues livides et s’écrasent en grosses gouttes salées sur le lino vert parfaitement ciré.

« Et elle ? C’est quoi son problème ? » demande l’homme derrière la vitre en la désignant du menton. Les bras croisés, il observe la scène d’un air blasé, presque indifférent.

La femme à ses côtés ouvre un dossier violet et sort deux feuilles avec photographies et graphiques.

« Elle s’appelle Sylvaine R. Elle a vingt-huit ans et a été arrêtée avant-hier. On a retrouvé son bébé de quatorze mois empoisonné. Apparemment, il s’agirait d’un cas de syndrome de Münchhausen. Elle a amené l’enfant à l’hôpital dix-sept fois en cinq mois. C’est un jeune médecin des urgences qui a donné l’alerte. Il avait détecté chez elle un comportement équivoque. Elle maîtrisait un peu trop parfaitement la pathologie et le pronostic de l’affection.
On nous l’a amenée ce matin et là, elle est sous calmant.

- Et cela fait longtemps qu’elle a cette poupée dans les bras, chère consoeur ?

- Depuis son arrestation, semble-t-il. Elle refuse que l’on touche à son poupon. Elle déclenche une névrose hystérique.

- Les objets sont interdits, vous le savez bien. On ne sait jamais ce qui peut arriver.

- Que voulez-vous qu’il arrive, Docteur ? Le pire, elle l’a déjà fait… »

 

© 2007 Plum'

Syndrome de Münchausen par procuration (source Wikipédia)
Appelé aussi syndrome de Meadow, ce syndrome décrit les patients amenant leurs enfants de façon répétitive aux urgences pédiatriques pour des symptômes qu'ils ont eux-mêmes provoqués. Il serait à l'origine de 8 à 20% des morts subites inexpliquées du nourrisson.

lundi, 11 août 2008

Vicissitudes

 

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Je ne supporte plus la radio
Les infos et les jeux vidéo

La violence dans les banlieues
L’irrespect envers les vieux
La pédophilie, la xénophobie
L'homophobie et la zoophilie
Le racisme, l’antisémitisme
Le capitalisme, le laxisme
La politique dans tous ses états
Subir parce que je n’ai pas le choix
La télé-réalité miroir de la société
Tout ce qu’on nous fait avaler
Les O.G.M., les farines animales
La nature à qui l’on fait mal
Les nouveaux pauvres, le chômage
Les journalistes retenus en otage
La crise du logement, les cités
Le S.M.I.C. et la précarité
Les utopistes, les intégristes
Les extrémistes, les terroristes
Les jours fériés qu’on nous retire
La Sécurité Sociale qui se tire
Les enfants qui meurent de faim
Les dictateurs, les soldats, les vauriens
J’ai mal à mon pays, à son économie
J’ai mal à ma planète, on lui ôte la vie

A S S E Z !!!

Je veux du ciel bleu pour nos enfants
Des banquises avec des ours blancs
Je veux de l’eau pour toute la Terre
Et surtout plus jamais de guerres
Je veux le respect des religions
Que la violence ne soit plus légion
Je nous veux de l’Amour et de l’Intelligence
Je veux qu’on nous donne une seconde Chance

S’il vous plait…

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dimanche, 20 juillet 2008

Jeûne con !

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Au départ, c’était une belle histoire. Une de celles qui demandent à être racontées, encore et encore. Au départ, c’était une belle histoire romantique à souhait. Deux ordinateurs, deux écrans, deux personnes.

Elle, jeune femme très romanesque, très tendre, très marrante, très gironde, très provinciale, trop seule… Lui, jeune homme très romanesque, très tendre, très marrant, anciennement très rond, très Parisien, trop seul… Et entre ces deux cœurs à l’abandon, l’invention du siècle : Internet et ses clubs de tchat…

Leur pseudo se sont croisés un soir, par le plus grand des hasards, au millieux de 297 476 connectés. Alone68 et Forestgump697. Echanges courtois d’abord, ils ont fait connaissance « gentiment ». Puis, ils se sont trouvés très rapidement de nombreux goûts communs, des origines communes, des déceptions communes, en cherchant bien, un vécu commun. Ils ont remercié la providence qui les avait faits se rencontrer, se reconnaître. Ils tapotaient frénétiquement, tous les soirs, sur leurs claviers. Ils se racontaient, se dévoilaient, déshabillant leur âme tout en phrasés littéraires et sensuels.

Au bout de huit jours, ils ont décidé d’échanger leurs numéros de téléphones fixes, de téléphones portables. Et là, ce fut le deuxième électro-choc ! Leur voix, elles étaient si belle leurs voix qu’ils ne se lassaient pas de se parler, de s’écouter, de s’entendre, de ronronner, de minauder, de rire et de sourire. Dès potron-minet, il l’appelait, lui décrivant avec poésie la campagne de banlieue qu’il traversait, en TER, pour rejoindre son travail. Et elle, sous le charme, l’écoutait lui décrire les levers de soleil sur les champs de blé ou de colza, les rayons qui se miraient dans les lacs, les peuplades ailées qui survolaient les arbres encore nus de cette fin d’hiver. Ils étaient amoureux, se le disaient, se l’écrivaient. Ils s’étaient trouvés et faisaient des projets de vie à deux. Elle pouvait tout abandonner car aucun lien ne l’unissait à sa région. Elle trouverait du travail rapidement, c’était sûr, car elle était si éprise qu’elle avait de l’énergie à revendre. Ils ne pouvaient pas ne pas réussir une si merveilleuse histoire, cela n’était vraiment pas possible…

Quinze jours plus tard, ils décidaient de se rencontrer. Il avait cinq jours de liberté, il allait venir la voir, dans sa ville de province. C’était à la fois excitant et troublant car ils n’avaient pas échangé de photos. Ils ne s’imaginaient qu’à travers leurs descriptions physiques. Rendez-vous pris, elle demanda congé le vendredi après-midi et vint l’attendre à la gare. Il faisait beau, ce jour-là, et la météo prévoyait le même temps pour tout le week-end. Même le ciel leur accordait sa bénédiction ! L’un en face de l’autre, ils perdirent, chacun, un peu de leur superbe. La gêne essaya de s’immiscer entre eux, mais ils ne lui en laissèrent pas le temps. Ils retrouvèrent rapidement une certaine accointance, se regardant mutuellement en coin, d’abord, se dévorant franchement des yeux, par la suite. Leur toquade continua et devint idylle entre les draps, entre les bras l’un de l’autre. Les jours qui suivirent ressemblèrent à une lune de miel aux saveurs enchanteresses les menant de la couche défaite aux ablutions mutuelles, à grand renfort de mousse odorante, au réfrigérateur salvateur de leurs corps repus de chair mais avides de chère.

Et puis après s’être nourri d’elle, en elle, chez elle, il le lui a dit. Non, il le lui a écrit. Une lettre donnée sur la terrasse d’un café, à l’heure de midi, sous un soleil brûlant à son zénith. Il lui a expliqué qu’il ne pouvait pas tout lui dire avec sa bouche et que les mots couchés sur le papier étaient plus vrais, plus sincères. Alors elle a ouvert l’enveloppe et déplié la feuille. Pendant qu’elle lisait, il s’est levé pour « aller se rafraîchir à la fontaine, juste là-bas ». Elle a lu les mots qui lui expliquaient combien elle était formidable, généreuse, gentille, agréable, jolie, tellement belle… à l’intérieur. Elle a lu les mots qui l’assassinaient en invoquant ses rondeurs… trop plantureuses, trop abondantes, trop opulentes, tellement présentes qu’elles le gênaient, l’oppressaient, l’embarrassaient, l’incommodaient. Et pourtant elle n’était pas ce que l’on peut appeler « grosse » ou « obèse » ou même « adipeuse ». Non ! Elle était juste… « potelée ». Il lui disait qu’à Paris les femmes ne sont pas comme elle, qu’il aurait honte, serait mal à l’aise de la présenter à son entourage. C’était dommage, elle était si merveilleuse pour le reste…

A la fin de son séjour, elle ne l’a pas raccompagné à la gare car elle avait repris ses activités professionnelles.

Elle a juste arrêté de se nourrir… d’illusions. Elle a enfermé cette histoire dans un tiroir bien caché au fond de son cœur bien gros, lui.

Et elle a décidé de se mettre à la diète… des hommes. Un régime sans mâle pour ne plus jamais avoir mal...

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dimanche, 22 juin 2008

Hâte... itude

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Je suis pressée, je l’ai toujours été. Depuis ma naissance et jusqu’à maintenant, j’ai toujours eu cette horrible sensation que le temps défilait beaucoup trop vite et que si je ne me pressais pas, je raterais le train de la vie, je resterais à quai.

Déjà bébé, j’étais pressée. Je suis née prématurément à la 34ème semaine de grossesse de ma mère. Je suis arrivée comme un cheveux sur la soupe, sans prévenir ! Ce fut un choc pour mes parents et pour le reste de la famille, d’ailleurs. Je n’étais pas attendue et je me suis invitée au pique-nique annuel des sapeur-pompiers de Pressagny L’Orgueilleux, charmant petit village normand. Remarquez, j’étais au moins sûre d’une chose : ma mère et moi étions entre de bonnes mains…

J’ai grandi et suis rapidement devenue une fillette éveillée, comme on dit… Résultats : à cinq ans je rentrai au CP, puis à quinze ans j’avais mon bac avec mention. Mes parents étaient fiers et moi, ravie pour eux. Je ne fournissais pas particulièrement d’effort, c’était comme cela, j’assimilais facilement au grand dam des autres élèves qui me le faisaient lourdement payer…

A seize ans, alors que j’étais à la fac, j’ai connu mon premier amant. C’était un de mes professeurs, cultivé, séduisant, mûr et… marié, évidemment ! Notre relation clandestine a duré un peu moins de deux ans avant que j’y mette un terme, écoeurée par ses promesses non tenues et par ma crédulité d’adolescente fleur bleue.

Aujourd’hui, c’est mon anniversaire et j’ai vingt ans. J’ai vingt ans et je suis là, sans pouvoir bouger, coincée, cassée, écrasée sous la tôle pliée de ma voiture. J’ai vingt ans et je suis pressée, à la bourre, c’est mon anniversaire, je dois encore tout préparer, tout mettre en place. Si je ne sors pas de la très vite, je vais être franchement en retard.

C’est bizarre tous ces souvenirs qui remontent à la surface : j’ai quatre ans et je suis dans la baignoire avec mon petit frère de deux ans, on s’asperge avec le petit arrosoir de la plage… Et là, j’ai six ans, j’ai coupé les cheveux de ma poupée : une véritable non-vocation pour la coiffure !

J’ai un drôle de goût dans la bouche, pas vraiment précis… Je me sens nauséeuse aussi, étrange…

Ah, ma coupe aux Championnats de France d’Escrime ! Comme papa était fier, ce jour-là ! Ses yeux brillaient, il m’avait emmenée dans un restaurant chic pour fêter cela, j’étais aux anges. Et Lilian, la bague qu’il m’a offerte hier ou… non, peut-être bien avant-hier ! Je ne sais plus trop, c'est fou ça !...

Aujourd’hui c’est mon anniversaire et j’ai… Tiens, je ne m’en souviens plus ! Ce n’est pas possible ! Quel âge ai-je donc aujourd’hui ?

Mais d'où vient cette lumière si éblouissante, si blanche ? Cela me fait mal aux yeux, mais je n’arrive pas à en détacher mon regard… Et j’entends toutes ces voix… D’où peuvent-elles donc provenir ?

Ah, je sais maintenant ! J’ai comme un goût de sang et de bile dans la bouche. C’est désagréable… Je dois encore faire une gingivite sûrement doublée d’une crise de foie…

Je vais être en retard, il faut absolument que je me dépèche. Et ces voix qui m’appellent… Et cette lumière tellement blanche, tellement rassurante… Ah, et pourquoi suis-je si pressée ? Je ne sais plus pourquoi je dois me presser… Je baigne dans la lumière, je me sens si légère, je me sens immatérielle, je suis une plume… Et je m’envole, dans la lumière blanche…

Aujourd’hui, j’ai… cessé d’être pressée…

Aujourd’hui..., tout s’est... ralenti… tout... s’est arrêté… pour moi…

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jeudi, 29 mai 2008

Hét(H)aïre

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Viens, tu ne crains rien. Approche plus près. Je te plais ? Oh oui, je vois bien que je te plais et je vois aussi que tu hésites. De quoi as-tu donc peur ? De mes lèvres et de mes ongles rouges sang ? De mon sourire carnassier aux dents blanches ? De mes yeux d'or, miroirs de ta folie ?

Je suis là uniquement pour toi, pour satisfaire cette frustration bien enfouie à l’intérieur de toi. La frustration génère l’envie et la jalousie. Elle engendre la colère et la haine. Tu ne vas pas garder tout cela en toi alors que je peux t’aider, te soulager. Ils sont légions celles et ceux qui me désirent, m’appellent, me supplient. Mais je dois m’organiser, comprends-tu ? Si je veux assouvir vos désirs à tous, je dois tout penser, tout mettre en place, tout préparer bien soigneusement. Et, parfois, cela peut me prendre des années. Mon plus grand rêve serait de vous satisfaire à l’échelle mondiale, universelle même ! Pour moi, cela deviendrait le chef-d’œuvre de mon existence ! Mais comme toute grande ambition, elle demande du temps et il ne me faut laisser aucun détail au hasard…

Ah, je vois que tu commences à te détendre. Je perçois dans tes yeux une petite flammèche qui ne demande qu’à devenir brasier. Toi aussi, tu aimes le feu ? Moi, je l’adore ! Il échauffe les sens et purifie tout sur son passage. Je pourrais passer l’éternité à regarder les flammes lécher sensuellement les arbres, les terres, les corps… et s’élever vers le ciel toujours plus fortes et plus nourries au gré du vent et de ses courants. Tu me trouves poétesse ? Tu as raison, je le suis et peu de personnes veulent l'admettre. J’adore les poètes sombres et torturés qui content la Douleur et versifient avec la Mort.

Moi aussi j’aime entendre les cris, les pleurs, les prières. Rien ne me transporte plus que la vue d’un des tiens suintant sa sève de vie, la bouche ouverte appelant l’air, le corps transpercé d’impacts. Pardon ? Tu me trouves cruelle ? Allons ! Tu plaisantes, j’espère ! Dès que je commence à me reposer, à m’endormir, toi, tes pères, tes mères, tes frères et sœurs et même tes fils et filles m’appelez, me suppliez. Vous aimez les combats et la victoire. Moi, je vous les offre, me délectant de trépas et de désespoir. Votre jubilation pour les armes me permet de jouir de vos larmes. Vous donneriez vos âmes pour prendre le pouvoir. J'exauce vos voeux et réécris pour vous l'Histoire... Je suis la geisha de vos chefs d'Etat, la catin de vos économistes, la courtisane de vos chefs religieux. Vous ne pouvez pas vous passer de moi, et ceci, depuis la nuit des temps, depuis la création de l’Homme. D’ailleurs, avoue-le, je ne fais pas mon âge. Et puis les évolutions technologiques sont là pour m’éviter de trop tremper mes mains dans les miasmes de vos colères et de vos folies. Forcément, cela me maintient en pleine forme, il faut l’avouer.

D’ailleurs, je voulais te féliciter toi et les tiens pour les nombreux progrès que vous avez faits tant sur le plan technique que linguistique. Tout est maintenant si « propre », si « aseptisé » que je peux m’en donner à cœur joie, je ne choque presque plus aucun d’entre vous. J’aime ces jolis noms que vous attribuez à mes œuvres : tirs chirurgicaux, purification ethnique, terrorisme… Je fais partie intégrante de votre vie… et de votre mort. On parle des mes exploits pendant que vous dînez, en famille. Et je ne doute même pas que de « voir » mes prouesses, à vos téléviseurs, pendant que vous mastiquez une chair trop cuite, vous excite et facilite votre digestion !

Non, je regrette, je ne suis pas cynique ! Je n’ai pas besoin de faire de l’ironie, vous en faites suffisamment sans que sois obligée d'en rajouter une couche. Obscénités, violences, fanatisme et pornographie sont votre présent et moi, je deviens votre avenir.

Néanmoins, cela m’a fait plaisir de te rencontrer et de discuter avec toi. Tu es un type très intéressant !… A présent on m’attend, l’Afrique, l'Asie, le monde à besoin de moi et je vais devoir y aller. Mais je te fais la promesse solennelle que je reviendrai très, très bientôt. Tu sais que tu peux me faire confiance. Moi, je ne te décevrai pas.

N’oublie pas, mon nom est GUERRE

© 2006 Plum'

jeudi, 28 février 2008

L'école assassine

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La froideur du carrelage sous ses genoux contraste avec la chaleur qui envahit son visage. Sa main gauche maintient sa chevelure ramassée contre sa nuque. Elle relève la tête, reprenant sa respiration par la bouche. Ses yeux pleurent et ses voies nasales sont obstruées. Un spasme la secoue à nouveau et, cette fois, c’est un liquide ambré qu’elle expulse avec violence. Les deux tasses d'expresso, ingérées il y a à peine dix minutes, n’auront pas la possibilité de fournir leur quota de caféine et d'alcaloïdes stimulants. Voila, c’est fini. Trois petites minutes ont suffi à ravager son visage. Elle tire la chasse et regarde l’intégralité de ce qui fut son petit déjeuner tourbillonner et disparaître comme le font les mauvais rêves au réveil. Elle se rince la bouche, s’asperge d’eau fraîche et se tamponne doucement les joues et la bouche à l’aide de la serviette éponge. L’odeur de l’assouplissant lui provoque un semblant de nausée qu’elle contrôle. Quoi qu'il en soit, son estomac est vide à présent et il lui semble avoir avalé de l’eau de Javel, tant son œsophage la brûle. Pourvu que sa mère n’ait rien entendu. Elle qui s’inquiète pour tout. Elle ouvre la porte des toilettes le plus doucement possible et essaie de gagner rapidement la salle de bain. En passant devant la cuisine, sa mère l’arrête, un torchon et une tasse à la main.

 

« - Tu as encore vomi.

- Non, répond-elle sans regarder sa mère.

- Cela fait quinze jours que cela dure, tu me crois sourde ? Deux semaines que tu vas rendre ton petit déjeuner dans le quart d’heure qui suit le moment où tu l’as terminé.

- Mais non maman, ce n’est rien. Ne t’inquiète pas.

- Tu es sûre que tu n’es pas enceinte ? Regarde-toi ! Tu es fatiguée, tu es pâle, tu as maigri, tu…

- Mais non, rassure-toi maman, je ne suis pas enceinte. Je suis seulement un peu crevée en ce moment, c’est tout.

- Mais tu viens d’avoir deux semaines de vacances !

- Peut-être bien que oui, et alors ? Il y a les examens à préparer, les devoirs, beaucoup de boulot. Je n’ai pas vraiment profité de mes vacances, tu sais. Mais ne sois pas inquiète, tout va bien. Cela va passer. »

 

Depuis la mort de son père, emporté il y a huit ans par la maladie de Parkinson, sa mère a pris ce que l’on appelle un coup de vieux. Elle n’a plus qu’elle, sa fille. Alors, elle la couve, l’entoure de bons sentiments, l’étouffe de ce trop-plein d’amour qui était sûrement la dose réservée à son père, lorsqu’il était encore en vie.

 

Elle s’engouffre dans la salle de bain et, armée d’un gros pinceau, entreprend de rattraper les dégâts. Mais c’est peine perdue. De grosses larmes coulent sur ses joues, ses mains tremblent et elle est bientôt prise de hoquets  et de gros sanglots. Elle augmente le volume de la radio et, assise sur le bord de la baignoire, tente de se reprendre. C’est vrai, elle ne veut plus aller en classe. C’est vrai, elle ne veut plus être en contact avec eux. C’est vrai, ils lui en font voir de toutes les couleurs. C’est vrai, aujourd’hui elle a peur. Hier matin, I. l’a menacée ouvertement. Il lui a fait des allusions sur ses jambes, sur ses fesses. Il lui a rappelée aussi qu’il fait de la boxe thaï depuis trois ans et qu’il a remporté les championnats régionaux, l’an dernier. Elle ne s’est pas laissée démonter. Elle est allée voir le proviseur afin de tout lui expliquer pendant la récréation. Mais il n’a pas bronché. Il lui a dit que ce n’étaient que des paroles destinées à la déstabiliser. Qu’il fallait qu’elle se montre forte et surtout plus intelligente que cette forte tête de I. Il lui a recommandée de ne pas céder à la panique. Lorsque ses cours se sont terminés, à dix-huit heures, elle avait peur. Elle a marché d’un pas rapide jusqu’à l’arrêt de bus et cela n’a pas loupé : I. et sa bande l’ont rattrapée, à cheval sur leurs scooters. Ils lui ont fait rater deux cars, comme cela, pour le plaisir. Et aucune des personnes présentes à l’arrêt n’a bougé. Alors oui, c’est vrai, elle ne veut plus aller à l’école.

 

Prise de bouffées de chaleur, elle ouvre en grand la fenêtre. Elle regarde le tilleul, dans la cour, qui commence à fleurir. Déjà… Elle entend le bruit des marteaux-piqueurs et des grues, un peu plus loin sur le boulevard, qui s’acharnent depuis deux ans à construire un nouveau centre commercial. Elle se dit que tout pourrait être tellement plus simple…

 

 

Jeudi, 28 février. 8 heures. Le journal de la rédaction présenté par Coralie DESCHAMPS.

« Une dépêche nous apprend le suicide par défenestration, suivi du décès de Mademoiselle Brigitte MULLER âgée de 42 ans.

Professeur de langues, Mademoiselle MULLER enseignait depuis sept ans dans un collège de la banlieue strasbourgeoise. L’établissement classé en ZEP a connu, ces dernières années, une recrudescence d’actes de violence et de vandalisme, souvent perpétrés par les élèves eux-mêmes.

Monsieur FLORENT, l’actuel directeur de l'établissement depuis deux ans, n’a pas souhaité répondre à nos questions.

Selon les collègues de Mademoiselle MULLER, cette dernière se sentait menacée par quelques-uns de ses élèves depuis quelques semaines. Il y a déjà trois mois, rappelez-vous, un professeur se voyait sauvagement agressé à la bombe lacrymogène par une mère d’élève qui n’avait pas accepté la retenue administrée à sa fille.

A l’heure où l’on reparle de cours d’instruction civique et de morale, de respect et de valeurs… »

 

 

 

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lundi, 18 février 2008

SoufFrance

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Cette nuit, Monsieur Armand est décédé rue Magenta, à la sortie du café « Les Bons Vivants ». Un peu plus éméché qu’à l’accoutumée, il a fait une mauvaise chute sur le bord du trottoir. Il ne laisse pas grand-chose derrière lui, si ce n’est Françoise, dite « Fanfan ».

Drôle de couple que ces deux-là réunis par les aléas de la vie, il y a plus de vingt-cinq ans. Ils se sont connus à une « soirée » organisée par les copains de la clôche, sous le pont Henri II, se sont disputés une cigarette, ont bien failli se taper dessus, ont réglé leur différend grâce à une bouteille de mousseux et ne se sont plus jamais quittés.

Fanfan, c’est un mètre cinquante-quatre de gentillesse personnifiée et quarante-trois kilos d’éclats de rire. Elle rit toute la journée Fanfan, elle rit quand cela va bien et même quand cela ne va pas. Fanfan dit que le rire est le propre de l’homme et qu’elle, du coup, est toujours rutilante. Fanfan et son sourire auquel il manque une canine, Fanfan et ses petites rides profondes aux coins de ses yeux toujours si tristes…

Tristes d’avoir perdu ses trois enfants dans un terrible accident de voiture, un jour de novembre 1974… Alors Fanfan a tout abandonné : son existence confortable, son mari à qui elle ne pouvait pardonner de s’en être sorti indemne, sa petite vie en pavillon, tout ce qu’elle affectionnait et qui la rassurait. Elle a changé de région, n’a pas trouvé de travail, a fait de très, très, très mauvaises rencontres dont sa joue droite en affiche à vie les séquelles et puis il y a eu Armand…

Armand et son chapeau melon, sa cravate trouée et son costume élimé jusqu’à la trame… Armand que tout le quartier appelait « Monsieur le Baron », s’il vous plait ! Armand et ses bonnes manières, son talent pour l’origami, son phrasé « grande classe » inimitable…

Armand a été le majordome de Monsieur et Madame de B… pendant trente-six ans, des années à servir le grâtin de la société, à écouter les confidences sans jamais les trahir. Monsieur de B… était un riche industriel, passionné par la peinture et la sculpture, quant à Madame, elle aimait l’opéra, la grande musique. Armand avait été initié, Armand était cultivé, Armand était un homme bien…

A l’ouverture du testament de Monsieur de B…, après sa mort, il y eut un énorme scandale : Armand héritait du mas près de Tarascon. Madame de B… et ses enfants s’y sont violemment opposés et Armand a préféré tout abandonné, offensé au plus profond de son cœur par les propos plus que désobligeants dont il venait de faire les frais et l'humiliation subie.

Armand et Fanfan, des oubliés de l’existence, sous-hommes et sous-femmes de la "France de tout en bas", que la vie a malmené plus violemment que d’autres. Ils ont erré, se sont cherchés, se sont trouvés, se sont réchauffés leurs âmes blessées, se sont protégés l’un et l’autre et finalement se sont aimés…

Ce matin, Fanfan est toute seule avec, dans la main, une rose faite en papier de journal. Une petite rose faite de mots relatant la politique, les faits divers… Ce matin, Fanfan a le sourire qui tremble et ses yeux sont noyés par les larmes qu’ils essaient de retenir. Ce matin, Fanfan regarde son drôle d’héritage : une otarie, un canard, un chat, une gitane et une rose…

Chefs-d’œuvre de patience et de papiers pliés, cadeaux précis et précieux, c’est tout l’amour d’Armand, de Monsieur le Baron, qu’elle tient dans sa main…

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© 2006 Plum'

mercredi, 30 janvier 2008

Poupée désir, poupon frisson...

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Au début, Elle m’a trouvé mignonne. Oh, même plus que cela ! Elle me disait que j’étais jolie comme un petit cœur, que j’étais belle comme le jour. Elle me disait que c’était pour cela que l’on m’avait appelé Aurore. Comme les levers de soleil sur la mer. Comme les aurores boréales. Moi, je ne sais pas ce que cela veut dire boréale. Mais Elle souriait tellement chaque fois qu’Elle me le disait que je savais que boréale cela voulait dire beau, en réalité. Elle adorait m’habiller avec de belles robes dans lesquelles je pouvais tourner et faire comme les danseuses en tutu. Elle me mettait des jupons, en dessous, et laissait toujours dépasser de la dentelle. La robe jaune était ma préférée. Elle avait une ceinture en tissu qu’Elle fermait en faisant un gros nœud dans mon dos. Elle me coiffait aussi. Elle me faisait des couettes bien hautes sur la tête. Parfois, cela me tirait tellement les cheveux que j’en avais les larmes aux yeux. Elle sortait alors son mouchoir de sa poche et m’essuyait les joues et Elle me disait en souriant qu’il me faudrait toujours souffrir pour être la plus belle. Mais que le jeu en vaudrait toujours la chandelle. Cela, je n’ai jamais compris ce que cela veut dire. Lorsqu’Elle avait fini de nouer les rubans jaunes autour de mes couettes et que j’étais prête à montrer à Papa comme j’étais jolie, Elle me retenait par le bras et Elle me disait en faisant un petit bruit avec sa langue :

« - Tss-tss-tss ! Minute, papillon, je n'ai pas terminé ! Là, tu es juste jolie et moi je veux que ma petite Aurore soit la plus belle. »

Elle prenait le fer à friser et me faisait de belles anglaises, me mettait des socquettes blanches avec un liseré en dentelles et m’attachait mes chaussures vernies noires. Je devais alors faire un tour complet sur moi-même, lentement, sous son regard auquel aucun détail n’échappait. Elle ouvrait l’armoire de toilette et prenait le flacon d’Eau de Cologne et me passait le gros bouchon derrière les oreilles. Puis, Elle me prenait par la main et m’amenait jusqu’au salon où papa lisait son journal. Je devais rester cachée derrière le mur pendant qu’Elle m’annonçait :

« - Chéri ? Veux-tu voir la plus jolie petite fille que la Terre n’ait jamais portée ? Veux-tu voir la plus charmante des enfants ? Chéri, désires-tu connaître la véritable signification du mot « poupée » ? »

J’entendais papa plier son journal et je reconnaissais le bruit de ses lunettes qu’il posait alors sur la table. Je m’avançais vers lui, faisait une révérence et tournait lentement sur le tapis épais du salon. Papa se levait, me prenait la main et me faisait faire encore un tour de valse en me disant que j’étais la plus belle chose qui puisse exister ici-bas. Moi, je souriais, j’étais fière. Je levais mes bras vers lui et alors qu’il commençait à me soulever, Elle, maman, disait d’un ton presqu’affolé :

« - Attention, mon chéri, tu vas froisser sa robe ! »

Il me reposait alors et je devais rester debout, sans bouger, jusqu’à ce que nous passions à table. Pour ne pas froisser ma belle robe jaune. Pour ne pas la salir, aussi.

Et puis tout a changé, un jour. La dame de la DDASS est venue assez souvent chez papa et maman. Maman avait moins de temps pour moi. Quelquefois, Elle me laissait en pyjama pendant deux ou trois jours. Quelquefois aussi, Elle oubliait de me donner le petit déjeuner ou le dîner. Elle ne me faisait plus de compliment. Je croyais que j’avais fait quelque chose de mal. Et lorsque je lui parlais, Elle ne me répondait pas. Elle ne me préparait plus pour les après-midi où Elle recevait les dames de la Paroisse, pour le thé. Je devais rester à la cuisine.

Un jour, Elle ne m’a pas vue et a failli tomber en trébuchant sur mon pied. J’ai eu très mal et Elle, Elle a eu très peur. Elle s’est retournée et m’a donné une grande gifle en criant :

« - Je vais le dire à ton père, petite peste ! N’oublie jamais que tu n’es rien sans Moi ! Tu m’entends ? Tu n’es rien qu’un vilain petit rat ! Tu es laide et sale. Il n’y a que moi qui peux te rendre jolie. Toi, tu n’es rien qu’une Horror ! Pourquoi crois-tu que tes parents t’ont abandonnée ? Parce que tu es laide et méchante, tout simplement. Les mamans veulent de jolies petites filles pas des Errors dans ton genre. D’ailleurs, tu vas débarrasser ta chambre, nous avons un petit prince qui arrive après-demain. Toi, à partir de ce soir, tu dormiras dans le petit bureau. »

Mon nouveau petit frère est malheureux, il pleure tout le temps. Il n’aime pas qu’Elle l’habille avec le petit costume en velours bleu et le nœud papillon. Il n’aime pas qu’Elle le coiffe avec la raie sur le côté et qu’Elle l’empêche d’aller jouer dehors. Il a déjà fait deux fugues, mon nouveau petit frère. Il est souvent puni et privé de manger.

Mon nouveau petit frère, il est comme moi. Lui non plus n’aime pas notre famille d’écueil…

 

© 2008 Plum'

 

mardi, 22 janvier 2008

RESTE ! (ode du coeur)

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Reste !

 

Reste, je t’en prie. Assieds-toi et si tu ne le fais pas pour moi, fais-le pour toi. S’il te plaît.

 

Je sais… Enfin, non, en fait, je ne sais pas. Je ne m’imagine même pas. Même si j’essaie. Et c’est difficile, crois-moi. Qui peut envisager cela sans l’avoir jamais vécu ? Personne, c’est impossible.

 

Allez, reste ! Viens et regarde-moi. N’aie pas honte. C’est moi qui devrais avoir honte, tu sais. Même si je n’y suis pour rien dans tes histoires, dans ta vie. Dans vos vies. Nous, ceux de l’autre côté, devrions avoir honte. Tous, sans exception ! Parce que si nous ressentions ne serait-ce qu’un infime sentiment de culpabilité, peut-être que tout cela n’existerait plus. Jamais ! Du moins chez nous, ici, dans le pays de la liberté, de l’égalité (pfft, tu parles !), de la fraternité (qui sait encore ce que ces mots signifient, hein ?).

 

Reste ! Je te le demande, je t’en supplie. Je veux partager ce moment avec toi. Je ne veux pas consommer, avaler sans réfléchir. Machinalement, comme d’habitude. Non, je veux sentir chacune de ces bouchées que tu mâcheras, que tu goûteras, que tu avaleras, que tu digéreras. Je veux manger avec toi pour que tu vives. Encore. Comment avons-nous pu en arriver là ? Que s'est-il passé ?

 

Reste ! Ce n’est pas grand-chose, c’est vrai, mais cela va te faire du bien, je t’assure. Un œuf dur avec de la mayonnaise, du hachis parmentier avec de la salade verte, un morceau de fromage, un bout de pain et un verre de vin. Une île flottante pour le dessert et un café. Rien d’extraordinaire, tu vois. Mais cela va te réchauffer le cœur et l’âme, je te le promets.

 

Reste ! Allez, prends place et essaie de te détendre. Je me doute combien cela ne doit pas être facile pour toi. Mais n’abandonne pas. Surtout pas. Même si tu es fatigué, même si tu ne vois pas d’issue, même si ta vie t’encombre souvent, ne baisse pas les bras.

 

Reste, s’il te plaît. Je te le demande de tout mon cœur.

 

Reste pour te prouver que là, dans ta poitrine, il y a encore une petite flamme qui brûle.

 

Reste, parce que tu n’es pas mort, tu n’es pas rien.

 

Reste ! Ici c’est le resto de la Vie et il nourrit encore bien des espoirs.

 

Reste et ne me parle pas d’humiliation, de déshonneur, d’indignité. Oh non ! Ces mots-là n’ont pas leur place ici. Ils ne s’appliquent pas à toi ni à aucun de celles et ceux qui viennent ici.

 

Reste, s’il te plaît. Je te le demande encore une fois. Ici, on parle de nos rêves, de promesses et d’espérance. Ici, on croit en toi et l’on sait très bien que tu n’es que l’innocente victime d’un système pourri.

 

Reste et… Non, tais-toi ! C’est moi qui te remercie. Sincèrement…

 

© 2008 Plum'

 

Près de 700.000 personnes ont eu recours aux Restos du Coeur lors de la campagne de l'hiver 2006-2007, soit 20.000 personnes (+3%) de plus que l'hiver précédent, selon des chiffres dévoilés par l'association, le 27 mars 2007, alors qu'elle entamait sa dernière semaine de distribution alimentaire de la saison.

A leur création, en 1985, les Restos du Coeur distribuaient 8.5 millions de repas contre 81.7 millions l'année dernière...

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