lundi, 16 juin 2008

CorresponDanse

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Je l’ai rencontrée pour la première fois un soir de septembre. La journée avait été tristement banale à toutes les autres, plate et sans relief. L’automne, pressé de s’installer, avait ajouté de la pluie et de la grisaille à la morosité ambiante.

Comme tous les mardis soir, j’étais allée à mon cours de tango dispensé par Felicia et Luis, un couple d’Espagnols ayant fui leur pays et la dictature de Franco pendant la guerre. Ils avaient rapidement appris la langue de Molière, s’étaient essayés à beaucoup de petits boulots sans intérêt et avaient ouvert cette école de danses espagnoles.

Paso doble, flamenco, tango égrenaient leurs pas sur des musiques nostalgiques ou des rythmes gitans. Mon partenaire habituel étant absent ce soir-là, je me retrouvai donc esseulée, mise au rancart sur un banc et condamnée à observer les autres couples évoluer sur le parquet.

Felicia vint bientôt me rejoindre, accompagnée d’une jeune femme d’environ mon âge qu’elle me présenta sous le prénom de Marie. Elle assistait à son premier cours, amputée de son compagnon qui s’était foulé la cheville l’après-midi même. Nous échangeâmes un « bonsoir » poli et nous retrouvâmes rapidement sur la piste, enchaînant étreinte, salida et autres pas au milieu des autres couples.

Je ne peux pas oublier cette soirée si particulière. Dansant le tango, nous jouâmes le jeu et, mentons relevés, les yeux dans les yeux, nous exécutâmes notre chorégraphie évoquant étrangement une parade amoureuse. Elle était magnifique Marie. Ses cheveux noirs attachés en chignon avaient laissé sa liberté à une mèche toute bouclée qui lui heurtait la joue à chaque mouvement sec. Débardeur rouge, jupe droite noire fendue jusqu’à mi-cuisse, chaussures bridées vernies, ma partenaire me regardait de ses grands yeux sombres bordés d’eye-liner et affichait, par instant, un sourire rouge rubis dévoilant une dentition parfaite. Nous dansions comme si nous nous connaissions depuis toujours, une osmose s’était installée entre nous.

Lorsque le cours s’acheva, nous sortîmes ensemble et décidâmes d’aller dîner. Conversations à bâtons rompus, sourires, éclats de rire, ce fut le coup de foudre. Nous nous apprenions, nous nous découvrions, nous nous séduisions. Nous avions des passions communes comme la peinture, l’opéra, la littérature et surtout… l’écriture. Rapidement, nous nous rendîmes comptes que nos emplois du temps respectifs ainsi que l’organisation de nos vies différaient tellement que nous instaurâmes un échange de correspondance régulière car presque quotidienne.

Nous avons choisi de vivre notre amitié et notre passion des mots en symbiose. Et nos rendez-vous épistolaires durent maintenant depuis un peu plus d’un demi-siècle. Tendresse et joutes verbales, profond respect et controverses, amour et logomachie, notre histoire écrite est un magnifique tango que nous dansons, nos deux cœurs enlacés à l’encre noire, sur le papier…

© 2006 Plum'

vendredi, 28 mars 2008

TOILEtte

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Il est neuf heures et, d'une ponctualité sans faille, elle ouvre les persiennes de sa chambre du troisième étage de la rue des Martyrs. Elle est jolie Mathilde, le matin à son réveil, les yeux emplis de rêves et les lèvres toutes gonflées par le sommeil. Ses longues boucles rousses, encore libres à cette heure, descendent jusqu’à sa taille. Une longue chevelure épaisse, soyeuse et dont la couleur fauve s’enflamme lorsqu’elle rencontre les rayons du soleil. Sa chemise de nuit de coton ciel fait ressortir le teint laiteux de sa peau, laissant apparaître la rondeur de ses bras et de ses épaules. Elle aère la chambre et s’assoit à sa coiffeuse tandis que la bonne lui prépare son bain…

Dans l’immeuble d’en-face, Edgar est à l’affût et ne perd pas une miette du spectacle qui s’offre à lui. La toile est prête, les crayons de pastels sont alignés par ordre de couleur, il n’y a plus qu’à attendre. Cela fait déjà cinq ans qu’il loge dans cette maison, mais cela ne fait que quelques semaines qu’il s’est aperçu à quel point Mathilde avait changé. Elle a maintenant dix-huit ans et sa croissance est terminée. Elle présente tous les appâts d’une vraie beauté et il n’y a pas de doute qu’elle doit déjà être très courtisée dans les soirées. Elle aurait pu servir de modèle à Botticelli pour sa Vénus…

… L’eau est bien chaude et Mathilde s’y glisse avec délice. La fenêtre ouverte permet à la buée de s’échapper et l’air encore un peu frais des matins de ce début de mai fait contraster agréablement la température du bain et celle de l’air ambiant. Elle ferme les yeux, confortablement installée, et laisse ses pensées errer au son des bruits de la rue. Le violoniste du numéro neuf débute ses répétitions et l’instrument entame une sonate de Mozart. Le quartier s’anime en ce lundi de printemps, la journée sera belle…

… Tel un chat qui épierait un merle, Edgar l’observe d’un œil qui commence à faillir, le bâton de craie brune à la main. En effet, sa vue baisse et lui occasionne de terribles migraines. C’est pourquoi il peint à cette heure-ci, lorsque le soleil illumine les façades des immeubles d’en face. L’après-midi, il quitte son appartement et dessine des scènes en intérieur, chez des modèles choisis. Ses tableaux changent au fur et à mesure que ses problèmes oculaires s'aggravent, il s’en aperçoit. Il choisit souvent des couleurs plus vives, plus crues. Ah ! Enfin, Mathilde procède à sa toilette. Dans quelques minutes elle sortira de son bain et c’est cet instant-là qu’il veut immortaliser. Ce moment magique où elle s'offrira dans toute sa nudité, sans gêne aucune, puisque nullement inquiétée.

… La journée s’annonce magnifique ce qui est une bonne nouvelle. Hier, le ciel était chargé d’affreux nuages et deux bonnes averses ont gâché l’après-midi. Mais pas de souci, son déjeuner avec Jeanne aura bien lieu et ensuite elles iront chez Marinette, leur modiste préférée, se faire faire un nouveau chapeau. L’eau commence à fraîchir, un dernier passage du pain de savon sous les bras, sur la nuque, les épaules, entre les cuisses et elle se rasseoit dans le bain pour se rincer. Pour Mathilde, c’est le moment de la journée qu’elle préfère. Elle se relève, enjambe la baignoire, attrape le drap de lin propre et s’installe tranquillement dans son fauteuil afin de se sécher bien correctement. Elle tourne presque entièrement le dos à la fenêtre, passant et repassant le tissu un peu rêche sous ses aisselles, sur son dos, sous ses seins…

… Ca y est, il la tient ! D’une main sûre et rapide, l’esquisse forme une silhouette assise, un fauteuil, un bras en l’air, des pans d’étoffe. Puis ce sont les couleurs qui se confrontent, se superposent, se fondent entre elles. Des ombres apparaissent donnant du relief, de la vie à l’œuvre. Le soleil commence à tourner. Il se lève et rabat légèrement les contrevents, les yeux larmoyants et éblouis. Il termine son tableau de mémoire, dans une semi-pénombre, plus confortable. L’œuvre terminée, il l’approche de la fenêtre et sourit. Le rendu est plus que réussi, superbe, laissant apparaître, à la fois avec pudeur et érotisme, le dos et la magnifique chute de reins de son jeune modèle. Chaque mouvement est perceptible, la quiétude de cet intime instant également. Il repose sa toile sur son chevalet et y appose sa signature : Edgar Degas.

Peut-être un jour sera-t-il vraiment connu…

 

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samedi, 01 mars 2008

Décrépitude

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Injustice que ce passage obligé à la vieillesse

Dégénérescence, incontinence, inappétence

Horrible deal de la faiblesse contre la sagesse

Intolérance, ignorance, indifférence, réticence

Renommés patriarches, vieillards, anciens, vieux

Catégorisés séniles, ancêtres, fossiles, croûlants

Tant de mots pour toutes celles et tous ceux

Qui ont contribués à l'histoire de notre présent

Et pourtant, que de charme désuet se dégage

Souvent de ces faciès si joliment chiffonnés

Les peines et les joies se lisent sur ces visages

Narrant une histoire vécue sur tant d'années

Qu'elle est douce cette joue à la peau de satin

Et encore si vifs ces yeux aux iris délavés

Par trop d'éclats de rire ou de chagrins

Et cette main qui tremble aux doigts déformés

Dans sa paume on y découvre une destinée entière

Des corps elle a caressé, des larmes elle a essuyé

Jeune, on y avait passé une alliance à l'annulaire

Elle a besogné, n'a pas toujours connu cette fragilité

Aujourd'hui, elle est constellée de brunes macules

Des sillons bleus la parcourent, tout en transparence

On y lit le chemin d'une vie qui, à présent, recule

On y voit le moment de bientôt tirer sa révérence...


 

© 2006 Plum'

mardi, 27 novembre 2007

Rivalitudes

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J’étais ta Desdémone, ta dame, ta Reine
Pourquoi m’avoir assassinée, étouffée
Dans cette Tour sinistre et hautaine
Toi qui prétendais m’aimer pour l’éternité

 

Echec

 

Tu es devenu si différent, si violent
Rendu, par Iago, jaloux et Fou d’amour
Je n'ai plus reconnu en toi mon vaillant
Mon Roi qui me faisait si bien la cour

 

Echec

 

Je ne crains ni l’Enfer, ni ses démons
Notre amour a été damné et condamné
Et tous les soldats de Satan, tous ses Pions
Ne pourront, mon Othello, rien y changer

 

Echec

 

Tu fus mon Cavalier, de Venise le Maure
Si traître il y eut, la vie tu délaisseras
Notre amour l’un pour l’autre fut trop fort
L’Histoire, à jamais, s’en souviendra

 

Echec… et Mat !

 

© 2006 Plum'

mercredi, 07 novembre 2007

Un train nommé Souvenirs

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Voici ma participation à "La Nuit des Insomniaques" qui s'est déroulée dans la nuit du 19 au 20 octobre dernier. La nouvelle devait comporter tous les éléments suivants pour une longueur de 5000 à 6000 signes, espaces compris : 

  •  Un bruit qui revient sans arrêt
  •  Un mauvais numéro
  •  La phrase (ou portion de phrase) : "ils font les mêmes pour les hommes ?"
  •  Un secret de nuit

 

Il se réveilla, assis dans son lit, haletant et en sueur. L’affichage digital vert émeraude du radio-réveil indiquait deux heures dix-neuf. Encore ce maudit cauchemar ! C’était la troisième fois depuis le début de la semaine et on n’était que vendredi. Mais que lui arrivait-il ? Quelle pouvait donc être la signification de ces horribles rêves ? Il se leva et se dirigea, dans le noir, jusque dans la salle de bain. La lumière opaline des appliques le rassura et il se rinça le visage à l’eau tiède. Ses épaules étaient encore moites de ses tourments nocturnes. Il s’observa dans le miroir, les mains appuyées sur la porcelaine du lavabo. Ses cheveux en bataille et l’ombre de sa barbe naissante lui donnaient un petit air juvénile que les poches sous les yeux contrariaient.

 

Trois nuits qu’il se réveillait à deux heures dix-neuf exactement, effrayé, angoissé, avec une perte totale de tout repère spatio-temporel, le temps que son esprit réintègre son corps. C’était exactement ce qu’il ressentait. Il avait l’impression de s’être évadé de lui-même, voyageant dans les limbes de la nuit, sans aucune contrainte corporelle. La sensation, d’après ce qu’il pouvait s’en rappeler, n’était pas vraiment désagréable. Au contraire. Ce qui l’était plus, c’était ce sourd pressentiment de ne pouvoir retrouver son corps avant son réveil. Une sensation étrange qui lui soufflait de faire très attention… à l’heure. Deux heures dix-neuf. Pour revenir à la vie...

 

Et puis, il y avait le bruit du train.

 

Au début de ses horribles cauchemars, il n’y avait pas fait attention. Mais il y avait un train qui sifflait à chaque fois. Un son aigu qui vrillait ses tympans et déchirait son cerveau. C’était le signal. Ce sifflement était une sorte d’avertisseur, d’alarme qui lui indiquait qu’il lui fallait revenir s’il ne voulait pas… Cela se brouillait à chaque fois. Il avait peur. Il crevait littéralement de trouille au point d’éprouver de la crainte à l’idée de se rendormir. Il se sentait terriblement vulnérable, coincé entre sa logique toute mathématique d’informaticien et cette peur viscérale qui mouillait son front et son dos, cette terreur qui appuyait sur sa poitrine comme une pieuvre de plusieurs kilos. Il lui fallait se réveiller, il lui fallait obéir au train s’il ne voulait pas connaître l’enfer.

 

Mardi 21.9. Une belle journée pour célébrer l’automne. Un soleil chaud mais qui ne brûle plus l’asphalte des trottoirs, une odeur sèche, semblable à celle des foins coupés. De jeunes mères qui poussent des landaus, des personnes âgées qui profitent du climat pour se promener, le temps d’une course chez le boulanger du quartier. A cette heure-ci, il n’y a pratiquement plus de circulation, les actifs ont réintégré leur poste, la pause déjeuner se fait digestive. Il rejoint d’un pas rapide la façade bourgeoise dont la grande porte cochère voutée parait être une invitation mystérieuse. De vieux pavés inégaux semblent encore résonner du claquement sec des sabots des chevaux et des roues des carrioles. Il traverse la cour et entre dans l’immeuble sis au fond, à gauche. Il a rendez-vous avec un notaire. Une histoire un peu dingue, de celle qui n’arrive qu’aux autres. On l’a contacté, il y a de cela deux semaines maintenant, pour l’informer qu’il était l’unique héritier de Simon Reichner. Il n’a jamais entendu parler de ce Reichner. Qui était-il ?

 

L’étude est cosy, à l’image du bâtiment. Des parquets lustrés, un bureau dont le plateau est richement incrusté de marqueteries, peu de tableaux mais joliment reproduits, des tentures en velours vieil or et un notaire qui semble tout droit sorti d’un roman de Balzac. Il s’est échappé d’un volume de la Comédie Humaine, ses petites lunettes rondes plantées sur le bout de son nez, la chemise boutonnée et le nœud de cravate serré sur un cou maigre et blanc. L’homme parait un peu engoncé dans ses vêtements, ce qui le rend à la fois raide et précieux. Il le fait asseoir, lui propose un café. Tout est si… hors du temps ! Jusqu’aux tasses en porcelaine si fine que ses doigts ont du mal à en saisir l’anse et qu’il se demande alors, le temps d’une pensée surréaliste, s’ils font les mêmes pour les hommes.

 

« - Simon Reichner était le cousin germain de votre grand-père maternel Armand. Nous vous recherchons depuis des mois. Monsieur Reichner était amateur et collectionneur d’objets d’art. Lorsque la seconde guerre mondiale a éclaté, il a décidé de fuir Berlin pour les Etats-Unis. Sa sœur et ses deux frères y étaient déjà installés et prospéraient dans le métier de la joaillerie. Reichner, lui, ne les avait pas suivis parce qu’il ne voulait pas louper une vente aux enchères très importante, à l’époque, chez Christie’s à Londres. Il y visait un bronze d’Edmé Bouchardon, appelé le Secret de Nuit, et qui représentait Nyx, déesse de la Nuit, berçant son fils Eros, l’Amour aux Ailes d’Or. Mais pour son malheur, il souffla la vente au SS Oberführer Heinrich Schlägger. Ce dernier était alors Commandant de la Police de Sécurité et du Service de Sûreté pour le Gouvernement Général. Quatre mois plus tard, Simon Reichner était arrêté lors d’une rafle et déporté, via un train de marchandises, à Auschwitz. D’après les documents nazis, votre aieul, Simon Reichner, matricule 20019 a été gazé le 21.9.1942 à 02H19, d’après les documents allemands. Vous êtes, à présent, son unique légataire et je vous remets officiellement ce qui causa la mort de votre parent : le Secret de Nuit. »

 

Ses cauchemars cessèrent à partir de ce jour-là. Finis les réveils en sueur à 2H19 tapantes, les sifflements du train et cette si désagréable impression de quitter son corps, de s’en échapper comme… une fumée de cheminée…

 

© 2007 Plum'

jeudi, 01 novembre 2007

Survivance

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Je n’étais pas prête à être abandonnée
Je ne suis pas faite pour les absences
J’avais six ans, ton cœur nous a lachés
En plein repas de famille, quelle indécence
La bouche pleine, Mémé a alors déclaré
C’est une attaque, j’crois bien qu’il est mort
Aucune larme n’a coulé sur ce visage ridé
J’étais trop petite pour comprendre alors
Papa s’est levé d’un bond, tout blanc
Maman a, je crois, crié : c’est impossible ! 
Mémé a dit : il a bien choisi son moment
Toi, tu avais un petit sourire et l’air si paisible

 

Sans toi, ma vie n’a plus jamais été pareille
Il y a eu comme un immense vide en moi
Te souviens-tu de mes secrets à ton oreille
Tu savais répondre à tous mes « pourquoi »

 

Aujourd’hui, mon chagrin s’en est allé
Finies les crises d’angoisses et de larmes
Je peux penser à toi sans crainte de pleurer
Mes souvenirs sont devenus mes armes
Je n’ai plus peur des monstres sous le lit
Je n’appréhende plus d’être dans le noir
Même si parfois je me sens une petite fille
Lorsque je pense à toi, je retrouve l’espoir
Alors moi, lors de la journée de la Toussaint
Je délaisse mari, enfants et belle-famille
Je m’en vais sur la plage, pêcher les buccins
Et je me rappelle nos fous-rires et nos cris

 

Sans toi, ma vie n’aurait jamais été la même
Il y a comme un immense trésor enfoui en moi
Je me souviens de toi, tu me disais « je t’aime »
Tu as si bien su répondre à tous mes « pourquoi »

 

Point de tristesse aujourd’hui, veille de la Fête des Morts
Moi, j’ai rendez-vous avec toi, mon Pépé d’Amor…

 

© 2006 Plum'

samedi, 15 septembre 2007

Pérennité

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Souvenirs d’hier, d'ailleurs, d’époques passées
Mélancolies et liesses aux couleurs surannées

 

Racontez-nous la vie d'antan, chers Seniors
Décrivez-nous les bois de rose et les vieils ors

 

Parlez-nous des jardins fleuris, du linge empesé
Narrez-nous les chocolats chauds vite avalés

 

Il vous faisait la cour, elle vous lançait des sourires
Il a été votre seul amour, elle vous a fait languir

 

Vos joues aujourd'hui toutes ridées ont la douceur
Des pêches bien mûres cueillies au petit bonheur

 

Vous êtes, chers Vieux, notre plus fidèle mémoire
Tellement plus vivante que nos livres d'Histoire

 

Merci à vous, nous ne vous le dirons jamais assez...


 

© 2006 Plum'

mardi, 07 août 2007

Loulou

7cf490fd1fdb58800034291b52646bd3.gifOh ma mère ! Vous me manquez tant ton piano et toi. J’aimais tellement ces airs de Satie que tu me jouais, dans le grand salon, alors que je t’écoutais, assise sur le tapis. Cette façon que tu avais de me conter la musique me faisait rêver… Vous n’étiez pas assez présents, Papa et toi, je vous regrette tant…


Vous n’avez pas su voir le danger qui me guettait sous les traits si familiers du voisin, l’ami de toujours. Lorsque vous avez su ses débordements, ses excès, il était trop tard… pour moi. Le mâle et le mal étaient faits. Cela allait avoir une influence majeure sur mon avenir affectif : j'allais simuler l’amour, j'allais donner du bonheur sans jamais en éprouver. Mais que de personnes aux anges, en extase, charmées et transportées grâce à mon imposture. J’en ferai mon métier, c’est décidé.


Broadway, j’arrive ! Je joue de mon corps et m’exprime avec mes jambes et mes bras, entrechats et mouvements de la tête, nuque gracile, sensualité… Et que l’on ne m’accuse pas d’avoir la tête dure ! Je ne suis ni entêtée, ni opiniâtre. Non ! Je suis acharnée et déterminée. Vous me trouvez tous si belle, si femme que je devrais m’enfermer dans ce carcan de douceur et de soumission qui vous arrange tant, messieurs. Je suis désolée, je ne le peux pas. Je ne le veux pas ! Vous les hommes, les metteurs en scènes d’amour, les réalisateurs de fantasmes, vous m’avez faite de l’œil, attrapée la main, couverte de cadeaux et de rôles à ma démesure. Je vous en remercie un siècle après… Je débute starlette, muette, gratuite et je deviendrai en moins de trois ans, une vamp glamour, brune et indécemment bien payée ! Une vengeance jouissive sur vous, messieurs, qui m’avez gâchée ma vie de femme…


Je suis lookée, stylée, je suis l’Originale. Les milliardaires me font la cour et je joue ma star. Hollywood, je t’abandonne à tes fêtes surfaites, à tes folies de grandeurs. Je suis libre et traverser l’océan à la conquête du vieux continent m’excite, me tente. Je serai, je suis Loulou, silencieuse mais si sexuelle que vous entendrez encore parler de moi au troisième millénaire, je vous le promets…


L’Amérique… Retourner à ses racines, à ses débuts, retourner chez les puritains, les coincés, les bien-pensants. Vous vous êtes estimés trahis et vous me l’avez fait chèrement payer. Je n’ai ni ami, ni famille, sauf toi, le whisky. Tu me fais tourner la tête et mes souvenirs dansent et ondulent au gré des sonorités rauques et chaudes du saxo, sur des airs jazzy…


L’Europe m'a été fidèle jusqu’au bout au travers des Frenchies qui m’ont tant appréciée, qu’ils m'ont comparée et m'ont préférée à Marlène et à Greta. Vous rendez-vous compte, aux deux bombes du septième art. Merci la France !


J’ai été, je suis et je resterai Une fille dans chaque port, Le prix de beauté, Le Journal d’une fille perdue… Je suis et je resterai surtout Loulou


L’écriture sera mon exutoire, la plume trempée dans l’encre de mes chagrins, de mes regrets, de mes souvenirs… Exit les frustrations, les vexations, les exagérations en tous genres. Les lettres forment des mots, ces derniers deviendront l’histoire de Loulou à Hollywood, qui raconteront la vie de La fille au casque noir


Enfin, un matin, je poserai le stylo sur le petit bureau d’acajou, mes doigts douloureux, rongés par l’arthrite, refusant d’écrire un mot de plus. Mon corps ne sera plus que le martyre de mes maux. Mon ami le tabac aura raison de moi mais, plus star que jamais, je quitterai la scène de la Vie encore septuagénaire, refusant l’octo… C’est toujours moi qui décide, c’est encore moi qui commande…


Nul besoin de me pleurer, de larmoyer mes petits chéris. J'ai fermé le rideau et m'en suis partie jouer au théâtre des Ombres.


Je m'appelais Louise. Louise Brooks. Mais contentez-vous donc de vous souvenir de moi comme étant Loulou.


Deux syllabes toutes douces… Loulou… pour une femme de tête, pour une femme libre...

 

© 2006 Plum'

samedi, 14 juillet 2007

D('H)ommage

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Aujourd’hui, c’est le quatorze juillet, jour de Fête Nationale en France. Nous célébrons la prise de la Bastille, le quatorze juillet de l’an mille sept cent quatre-vingt-neuf. Des hommes et des femmes se sont battus pour renverser le Régime de l’époque par lequel le pays était mené économiquement à sa perte, gouverné par un roi à l’égo surdimensionné plus préoccupé par ses réformes plutôt que par la misère dans laquelle son peuple baignait.

Etrange comme tout se répète toujours inlassablement…

Mais aujourd’hui, ce n’est pas la Révolution qui sera mon sujet mais un Homme (la majuscule s’impose comme marque de respect), un de nos contemporains, à qui je veux rendre hommage.

C’est sur un Rocher que vous êtes venu au monde. Un peu en hauteur, par rapport à d’autres mortels. Singulier clin d’œil de la vie : vos parents se prénommaient Marie et Joseph ! Avec un tel départ dans la vie, il était naturel que vous ayiez un destin hors du commun et marquiez les mémoires… Pouvons-nous le croire ? Votre deuxième épouse s’appelait Madeleine… Là, excusez-moi, sans être plus que cela intéressée par la théologie, je commence à percevoir dans ce qui fut votre vie des coïncidences qui n’en sont peut-être pas…

Votre crinière de lion rendra inoubliable dans les mémoires votre image de « vieux fou ». Et comme pour parfaire cette dernière, vous adopterez non pas des chiens, chats, serins ou autres poissons rouges, mais des guenons ! Vous acquerrez une petite ile, vous vous offrirez un château…

On essaiera de vous baillonner, de vous détruire, comme beaucoup de génies. Mais le succès est déjà vôtre et ces mêmes personnes qui vous ont "lancé" avant de vous "museler" devront reconnaître, admettre vos multiples talents.

Sachez, Monsieur, que vous restez et resterez incontestablement, à mes yeux, un des plus grands amants des Muses du vingtième siècle. Vous n’écriviez pas, vous insuffliez vie aux mots, les faisiez respirer pour l’éternité. Vous avez engendré des expressions inoubliables, réinventé la langue française, réincarné des poètes dont je n’aurais peut-être jamais entendu ou lu les vers. Vous avez été le chef d’orchestre des paroles et l’aède des notes de musique. Vous avez écrit des textes magnifiques, composé des airs, des opéras, interprété les plus grands rimeurs, conduit des orchestres symphoniques.

Vous étiez un grand Monsieur. Et aujourd’hui, cela fait quatorze ans, déjà, que vous nous avez quittés.

Avec le temps, va, tout s’en va, mais vous, Monsieur Léo Ferré, nous ne vous oublions pas !

 

© 2006 Plum' 

 

mardi, 05 juin 2007

Sage f'Âme

9580a572701126d7879512714246cdbe.jpgJ’ai mis au monde mon premier enfant, il y a soixante-trois ans maintenant, alors que je n'étais âgée que de dix-neuf printemps. C’était une petite fille, une petite Mariane. Ce ne fut pas une chose facile que cet accouchement dans une cave mal éclairée, en pleine période de guerre. Et pourtant…


J’allais donner le jour à quatre mille quatre cent trente-huit bébés après Mariane. J’allais délivrer ces femmes, libérer ces bébés, des petites filles, des petits garçons, des jumeaux vrais et faux, des triplés et même une fois, en soixante-deux je crois, des sextuplées. J’ai passé ma vie à donner la vie, à maintenir en vie. Un cadeau que le Ciel m’a faite une nuit, dans ce sous-sol à l’éclairage glauque, sommairement meublé et au sol recouvert de terre battue. Moi, la jeune fille inexpérimentée, je me suis retrouvée seule, avec une femme en difficulté, dans un décor sale, sombre, en pleine période de terreur. Elle était juive, cachée par des résistants qui devaient lui faire passer la frontière durant la semaine, enceinte et complètement affolée. Les gestes me sont venus, comme soufflés par Dieu, comme ayant toujours fait partie de moi, une prédisposition naturelle, je suppose…


Elle avait peur, elle avait mal et moi, j’étais terrorisée. Nous étions deux femmes qui baignions dans un moment d’intimité absolue. Alors moi, la gamine qui lisait des romans à l’eau de rose se passant dans le milieu médical, j’ai mis en pratique ce que j’avais retenu des bouquins. De l’eau chaude, des linges propres et mon instinct, laissant s’exprimer ma féminité. Lorsque Mariane est enfin née, cela faisait sept heures et demi que j’accompagnais sa mère dans la souffrance, la ranimant lorsqu’elle perdait connaissance, l’encourageant lors de ses moments de lassitude, l’admonestant quand elle cédait à la désespérance, la sermonnant, la félicitant. Je me souviens de cette nuit-là comme si c’était la nuit dernière. J’ai encore en tête les odeurs de sang et de sueur mêlées, les cris et les pleurs, et surtout cette atmosphère particulière de mort, planant dans la pièce, ne demandant qu’à prendre réellement possession des lieux, des âmes. Cette nuit-là a été, pour moi, mon plus grand combat, celui que j’ai mené contre moi-même. J’ai dû surmonter les nausées, le dégoût, la répulsion, la peur, les larmes, l'épuisement physique. J’ai dû nous faire croire, à cette jeune maman et à moi-même, que tout se passait à merveille, tout était normal. Une chance pour moi que Mariane se soit bien présentée et qu’elle fut en bonne santé !


Et j’ai continué encore et encore, acquerrant au fil du temps une expérience, une renommée. On venait me chercher le matin, le soir, le jour ou la nuit pour aider ces bouts de chou à inspirer leur première goulée d’air. Des sièges, des épaules, des jambes, des cordons ombilicaux enroulés autour du cou, des hémorragies, parfois même des décès, je me suis retrouvée bien souvent confrontée à des situations bien angoissantes, des complications de toutes sortes. J’ai vu la misère, la saleté, la détresse sociale, l’impossibilité d’aller en structure hospitalière pour cause de manque d’argent.


Alors, je suis retournée à l’école et j’ai passé des diplômes afin de pouvoir exercer en toute légalité et dans les meilleures conditions sanitaires ce merveilleux métier. Et encore aujourd’hui, à mon âge et après toutes ces années, je ressens toujours cette intense émotion à l’écoute du premier cri d’un bébé tout juste sorti du ventre de sa mère. Je ne remercierai jamais assez la vie de m’avoir donné ce cadeau qu’ont été les regards émerveillés et reconnaissants de toutes ces mamans à qui je remettais dans les bras leur précieuse progéniture.


Aujourd’hui, j’ai quatre-vingt-deux ans et je continue d’exercer dans un dispensaire à Dimbulagala au Sri Lanka. Et nul besoin de parler le Cingalais : chaque accouchement est une histoire de regards qui franchissent la barrière de la langue.


Une histoire de « f'âmes »…

 

© 2006 Plum'

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