dimanche, 28 septembre 2008

ConcupiSens(ualité)

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Elle est une femme du Monde. Non, pas une femme du monde. Une femme du Monde, une Worldwoman. Elle est une femme qui a énormément voyagé, elle a presque fait le tour de la planète. Il n’y a que l’Océanie qu’elle ne connaît pas. Pas encore... Pourtant, elle n’a jamais pris l’avion, jamais mis les pieds sur un bateau et elle n’a même pas le permis de conduire. Elle n’a jamais eu de passeport. Pourquoi faire ?

Néanmoins, elle a le plus beau des sésames, le passe-partout qui lui permet de prendre la clef des gens lorsqu’elle le désire. Elle aime. Elle aime son prochain, elle aime les hommes. Elle aime tous les hommes. Sans distinction aucune de couleur ou de race, sans ségrégation, sans préconception, sans se poser de questions. Elle aime aimer. Elle aime être aimée. Elle est libre. Elle est liberté de mœurs, elle est liberté de cœur, elle est liberté d’humeur. Ne voulant pas et ne pouvant pas faire de choix, elle a choisi de ne pas s’engager afin de ne pas se priver d’amour. Elle a tant à donner qu’un seul homme ne pourrait supporter, à lui seul, tout cet amour, tout ce don d’elle.

Elle a des caresses douces pour tous les hommes qui désirent être sous ses mains expertes, sous ses doigts curieux.

Elle a des baisers langoureux pour tous les hommes qui veulent être dans sa bouche gourmande, sous ses lèvres enfiévrées et contre sa langue audacieuse.

Elle a des mots choisis, crus, sulfureux, tendres, poétiques, métaphoriques pour tous les hommes qui lui prêtent une oreille attentive.

Elle a des gestes de chatte, féline, pour tous les hommes qui désirent ronronner leur plaisir dans des langues étrangères.

Elle a des manières de louve, bestiale, pour tous les hommes qui hurlent leur jouissance en croyant mourir.

Elle griffe comme la sauvage panthère, elle lèche comme la lionne maternelle.

Elle est à la fois tendresse brutale, douceur cruelle, féminité virile, amoureuse indifférente. Elle est l’amour. Sous toutes ses formes, avec toutes ses variantes, dans toutes les langues.

Oh, elle n’a pas été épargnée. Ses passions exotiques lui ont coûté maintes critiques, moult insultes. On ne bâdine pas avec l’amour, non ! En fait, pour la masse bien pensante, on ne bâdine pas ouvertement avec l’amour, en public ! C’est surtout cela. Et quelle horreur de s’afficher ainsi, main dans la main avec ces… personnes ! Qui ne parlent même pas notre langue ! Ces gens-là ! Trop mats, trop cambrés, trop crêpus, trop bruns, trop… pas assez de chez nous !

Elle, elle aime ces corps d’ébène aux parfums musqués et aux lèvres pulpeuses qui semblent l’avaler toute entière, d’un seul baiser.

Elle, elle aime ces corps trappus recouverts d’une toison épaisse et douce qui semble s’offrir, tels un coussin de soie et de velours, juste après l’amour.

Elle, elle aime ces corps fins et menus, comme ceux des adolescents, sans pilosité aucune, ces yeux foncés dont la forme en amande semblent s’extasier et sourire en même temps.

Elle est polyglotte, elle est polyandre, elle est polychrome, elle est polypnée. Elle est féminin pluriel.

Elle est un corps qui s’écoute et s’abandonne aux sons des musiques lancinantes et sensuelles.

Elle est un corps qui entre en transe et se déhanche, se câbre, insoumis, indompté aux rythmes des djembés, des congas et des didgereedoos.

Elle est sorcière, envoûteuse possédée qui prend et donne du plaisir comme d’autres inspirent et expirent.

Elle est une femme. Elle est volupté. Elle est la lune. Elle est jouissance. Elle est l’eau.

Elle est Ménade, ivre du bonheur de vivre. Elle est Amazone, guerrière de la vie. Elle est Danaïde, proclamant sa liberté. Elle est Clio, la mémoire des Hommes.

Elle est Nous toutes…

 

© 2007 Plum'

vendredi, 12 septembre 2008

Fol'Amour

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Il est jeune, il est beau, il est attentionné, il est délicat, il est galant…
Il m’ouvre la portière de sa voiture, me laisse systématiquement passer devant lui lorsque nous entrons quelque part, il me tire ma chaise lorsque nous dînons ensemble…
Il m’offre des roses rouges et des bijoux pour la Saint-Valentin, me dit que je suis belle, remarque mes changements de coiffures, mes nouveaux vêtements…
Lorsqu’il me reçoit chez lui, l’ambiance est raffinée, romantique. Porcelaine fine, verres en cristal, argenterie, chandeliers et bougies, musique d’ambiance…
Il s’applique à me faire plaisir, à me faire rosir…
Il est jeune, trop jeune, quel dommage !…
Il est généreux, me gâte à mes anniversaires, mes Noëls, les Saint-Valentin, les Pâques, Mardi-Gras, 14 juillet, Lundi de Pentecôte,… tout le temps, chaque fois qu’il le peut, il me rappelle l’amour qu’il me porte…
Il est jeune, si jeune, quel dommage !…
Il me fait rire dans ses délires, dans ses excès, dans ses gaffes, dans ses passions toujours un peu « kitch », dans ses pudeurs, dans ses coquetteries viriles, dans ses goûts jamais simples, dans ses réparties souvent acides, dans son look et dans ses angoisses sur le temps qui passe si vite…
Il est jeune, tellement jeune, quel dommage !…
Je l’aime comme on aime un bébé avec l’envie constante de le protéger.
Je l’aime comme on aime un frère en lui pardonnant tous ses écarts.
Je l’aime comme on aime un ami avec beaucoup de respect et d’estime.
Je l’aime comme on aime un amant avec jalousie et possessivité, parfois.
Je l’aime car il est ma meilleure amie.
Il est jeune, il est gay, quel dommage !
Son petit ami a bien de la chance…

© 2006 Plum'

vendredi, 15 août 2008

Japonaiseries

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Elle est entrée chez ce petit marchand d’art, un soir, un peu tard, par hasard.

Le carillon de métal a tinté lorsqu’elle a poussé la porte d’entrée.

Dans la petite boutique, un fatras d’objets éclectiques, tous d’origines exotiques, se côtoyaient dans une ambiance à la fois rustique et romantique.

Le marchand vint à sa rencontre, trébuchant sur un tapis d’Orient, ébréchant une tasse en porcelaine de Chine, lâchant un jurement pas trop méchant.

Qu’elle excuse sa balourdise et qu’elle lui dise si elle avait une idée précise afin qu’il puisse lui présenter sa marchandise.

J’adore l’Asie, lui dit-elle. Et je recherche un objet plein de fantaisie, de poésie, peut-être de frénésie. Je veux rendre cramoisie de jalousie la petite bourgeoisie qui viendra me rendre une visite de courtoisie.

Je pense avoir votre bonheur. Cette pièce appartenait à un gouverneur et j’ai dû me montrer baratineur et flagorneur pour qu’il daigne de sa cession m’en faire l’honneur.

Mais quel était donc cet objet et serait-il dans son budget, l’interrogeait-elle.

Il s’agit d’une gravure qui figure les charmes des aventures dans la culture orientale. Tout se passe sous la ceinture. N’est représentée que la luxure au travers de cambrures, de chevelures et d’échancrures dans une désinvolture sans demi-mesure. Se sentait-elle mature et était-elle prête à en payer la facture ?

Sa curiosité excitée, un œil plein de lubricité et l’autre empli de voracité, elle le supplia de cesser ses excentricités et de lui présenter l’estampe en réalité.

Il se dirigea au fond de son échoppe, ajusta des lunettes sur ses yeux de myope pendant qu’elle luttait contre la syncôpe dûe à la joie d’être tombée sur une sorte de philanthrope.

Je suis heureux de vous faire profiter de cette ode à la sensualité et à la sexualité. Cet art de l’estampe japonaise est un hymne à la fertilité et la fidélité. Il n’est pas question de frivolité mais bel et bien d’humanité. Car en chacun de nous existe une dualité entre bestialité et sensibilité. La nudité féminine épouse la virilité masculine. Acceptez-vous de déguster, avec moi, une tasse de thé fumé ? Je tiens à vous le faire goûter, c’est ma spécialité.

Depuis un mois, l’estampe, ainsi qu'une nouvelle lampe, sont dans sa chambre. Cette dernière compte d’ailleurs depuis décembre un nouveau… membre !

 

© Plum' 2007

mercredi, 16 juillet 2008

Transmutation

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Bipbip-bipbip-bipbip-bipbip-bip… Une main aveugle et tâtonnante vient d’interrompre le réveil. Il est onze heures…

Dehors, il pleut. On entend les voitures rouler sur la chaussée détrempée, le bruit de la pluie sur la gouttière. Les tentures épaisses en velours bordeaux ne laissent pas passer la lumière mais on devine les meubles dans la pénombre. Un grand lit de style, un placard mural dont une porte n’est pas fermée, une psyché, un fauteuil crapaud devant un guéridon, une coiffeuse avec miroir et le tout baigne dans un désordre évident mais non dénué de charme.

Il se lève, étire son long corps mince et, presque en titubant, se dirige vers le cabinet de toilette. Bruit de l’urine dans la cuvette, soupir de soulagement, chasse d’eau, l’eau de la douche qui coule, il revient dans la chambre, allume la chaîne hi-fi, retourne en direction de la buée qui s’échappe par la porte laissée ouverte. Et il chante… avec des effets de gorge, des « r » roulés, avec l’accent méditerranéen, à tue-tête. Il « duotte » avec Luis Mariano, c’est complètement désuet, littéralement décalé, presque surréaliste. Les robinets se ferment enfin, plus aucun bruit ne parasite le ténor espagnol et son choriste improvisé qui, une serviette autour de la taille, ouvre grandes tentures et fenêtres, offrant ainsi à tout le quartier une ambiance latine et colorée en total paradoxe avec la météo du jour.

Il se fait couler un café, se sert un verre de jus d’orange, se prépare quelques tartines. Deux, trois coups de fil passés avec le portable, changement de CD (maintenant c’est Pink Martini, franchement plus swing), un peu de temps passé devant l’ordinateur, histoire de lire ses messages et, le petit déjeuner terminé, il retourne à la salle de bain se brosser les dents et se raser. Puis, la peau douce comme celle d'un enfant, il s’asseoit devant sa coiffeuse et se prépare...

Bandeau pour maintenir les cheveux bien en arrière, base de teint, fond de teint, poudre libre, blush, crayon à sourcils, fards à paupières, khôl, faux-cils, rimmel, crayon à lèvres, rouge, gloss…

Houpettes, brossettes, pinceaux, applicateurs…

Corset… et le torse se transforme en buste à la taille marquée, bas couture… et la jambe parfaitement épilée se fait interminable et galbée, soutien-gorge rembourré, long fourreau lamé argent, talons aiguilles et perruque blonde, longue, soyeuse et dans le petit studio de la rue Fouchet apparaît, comme chaque fin d’après-midi, Davida la Merveilleuse, celle qui se produit tous les soirs au cabaret « le Volte-Face », juste au coin de la rue.

Elle réajuste sa poitrine voluptueuse, crêpe et laque une dernière mèche dorée, saisit sa pochette pailletée, claque la porte de l’appartement après un dernier regard rassuré dans la psyché et dévale les escaliers parfaitement cirés dans un fracas de talons. Elle siffle de façon virile « il venait d’avoir dix-huit ans », passe d’un petit pas pressé et bruyant devant madame Rouchez, la concierge et, telle une diva, accepte ses compliments en papillonnant des cils :

« - Ooohhhh !!! Monsieur David… Vous êtes superbe, magnifique !!!

-Parrrolé, parrrolé, parrrolé… » lui fredonne-t-il en guise de réponse, demi-sourire sur ses lèvres peintes et brillantes, faisant grâcieusement tournoyer sa main gauche au-dessus de sa tête.

La gardienne de l'immeuble lui tend un grand parapluie carmin et la porte de l’entrée se referme doucement dans le clapotis des gouttes de pluie…

Davida la Merveilleuse est revenue et court à la rencontre de son public…

© 2006 Plum'

mercredi, 25 juin 2008

Turpitudes

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Je trouve mon dentiste très séduisant, ou plutôt très attirant. Non ! Je trouve mon dentiste carrément… sexy !!!

Vous devez me trouver un peu tordue car personne ne peut trouver une once de charme à quelqu’un qui exerce une profession pareille ! C’est comme craquer pour un employé des pompes funèbres ! C’est surréaliste ! Mais vous n’avez jamais vu mon dentiste. Il est… beau comme un dieu, bien fait (il fait beaucoup de tennis et de squash), toujours bronzé, les cheveux très courts, l’œil canaille avec de belles rides d’expressions. Son sourire est carnassier, coquin ! Et sa voix… humm, chaude, virile, douce. Moi, mon dentiste il me laisse… bouche bée (ce qui l’arrange drôlement, d’ailleurs) !

Le problème, c’est qu’il m’est difficile de le voir souvent. Je n’ai pas de carie, je ne peux pas faire de détartrage toutes les semaines et je ne souffre d’aucun abcès, gingivite ou autre problème bucco-dentaire. Alors, je suis obligée de ruser…

Déjà, je m’arrange toujours pour obtenir mes rendez-vous le mardi matin, jour d’absence de son assistante, une quinquagénaire revêche et célibataire qui considère les mâles comme des primates dégénérés, uniquement obsédés par leurs prouesses sexuelles et leur réussite sociale. Ensuite, je lui amène régulièrement les enfants car, coup de chance pour moi, il est également orthodontiste. Forcément, mes trois rejetons portent un appareil dentaire… A cela, rajoutons les divers contrôles, une petite couronne à changer, un détartrage et, récemment, un blanchiment et j’arrive à le voir à une cadence régulière d’une fois toutes les trois semaines environ.

Un infâme moment de bonheur ! Il est doux, j’aime son parfum boisé, à la fois discret et raffiné. Mais surtout, j’adore sa façon de ne fermer que le premier bouton de sa blouse blanche et d’offrir à mes yeux reconnaissants un dos parfaitement athlétique. Il a son masque et moi, la bouche ouverte, offerte telle une victime consentante, je plonge dans son regard, sondant chacune des nuances de ses iris. Ses doigts en moi, la sensation du caoutchouc des gants, je sais, j’ai honte, mais je ne peux empêcher mes pensées les plus folles d’affluer, remontant du plus profond de moi, de mon ventre… Je n’y peux rien, cet homme me bouleverse ! Quelquefois, nos regards se croisent et j’essaie de lui cacher mon émoi. Il me sourit, ses yeux se plissent creusant ses pattes d’oie plus profondément. Mes pensées s’envolent dans des corps à corps fiévreux sur le fauteuil, baisers goûlus, sa peau, son odeur, respirations accélérées. Il me fait littéralement craquer et je trouve nos petites séances toujours trop courtes.

Lorsqu’il a terminé, il enlève son masque, me décroche un sourire qui m’achève et m’aide à me relever encore toute pantelante et gênée par mes pensées voluptueusement érotiques. Le feu aux joues, je réajuste ma petite robe, remet à sa place une mèche de cheveux rebelle, règle la facture et m’en vais, attendant déjà avec l’impatience d’une amoureuse le prochain rendez-vous. Puis, je vais déposer facture et attestations diverses à ma mutuelle complémentaire où j’affronte le regard furibond d’un gratte-papiers à la calvitie précoce qui doit estimer que ma cadence de soins va ruiner son employeur…

A présent, il n’y a plus qu’à attendre… Environ trois semaines…

© 2006 Plum'

vendredi, 13 juin 2008

BinHomme

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J'aime ta force. J'aime ta voix. Et mes sourires dans ta voix...

J'aime comme tu me regardes, combien tu me devines, lorsque je t’espère...

J'aime tes débordements, tes éclats d'affection, ma tendresse au bord de tes yeux...

J'aime tes mots, ceux que tu me dis dans le noir, avec tes mains...

J'aime le regard de ton cœur, celui qui me rend si fragile…

J’aime l'émotion que tu fais, souvent involontairement, perler au coin de mes yeux...

J’aime t’attendre et l’idée que, peut-être, tu ne seras pas là…

J'aime le puzzle complexe de nos deux simples vies…

J'aime tes soupirs en contre-chant lorsque je te fais l'amour à contre-jour...

J'aime notre rencontre...

© 2006 Plum'

mardi, 15 janvier 2008

En apARTé...

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Elle peint. Comme tous les matins, comme tous les après-midi. Elle peint comme tous les jours.

 

Pigments et couleurs, essences à l’odeur tenace, pinceaux et brosses usés, palettes tâchées, chiffons et petits pots de verre sales…

 

Heureux chaos, fatras avenant, son atelier lui ressemble. La façade entièrement vitrée laisse entrer la lumière avec parcimonie à travers les stores vénitiens, un grand lit trône au milieu de la pièce, dans un bric-à-brac de vieux objets divers. Les draps blancs sont froissés, jeu d’ombres…

 

Nonchalamment étendu, son modèle préféré : Diego. Il est jeune et beau comme on peut l’être à vingt-trois ans… La pose a été travaillée, maintes fois reprise avant d’obtenir LE résultat idéal : l’abandon, la virilité fragile, presque de la vulnérabilité…

 

Elle, Elle ne peint que des hommes nus… Elle n’a jamais su faire autre chose que reproduire des mâles dans leur plus simple appareil ! Etat originel… Elle sait si bien narrer ces corps, conter ces barbes naissantes, expliquer les muscles saillants, relater les carrures. Elle peint ce qu’Elle a toujours aimé : les hommes…

 

La scène de cette toile représente une chaude après-midi d’été, après le déjeuner, quand le soleil brûlant oblige à s’étendre, dans la moiteur d’une sieste imposée… Quelques gouttes de sueur perlent sur le sternum, la peau ambrée luit, une jambe est repliée, genou contre matelas, les yeux mi-clos, toute masculinité offerte…

 

Elle peint avec frénésie, un pinceau entre les dents, sa chevelure cachée sous le foulard… Elle peint jusqu’à en avoir mal aux doigts tout cet érotisme brut…Elle peint et, sur la toile, comme dans une chambre noire, l’œuvre se livre tout doucement, avec pudeur. Elle peint la force, Elle peint la vie, Elle peint le plaisir des femmes… Elle peint la nudité au masculin.

 

Et tel un tour de magie apparaît, comme dans un miroir, le modèle… Dans toute sa beauté, rien n’a été ajouté, rien n’a été retiré…

 

La séance se termine, l’homme se rhabille et s’en va, laissant au passage entrer une jeune femme. Signes de têtes échangés sans un mot, l’inconnue pénètre l’antre de l’artiste. Lui tournant le dos, Elle nettoie ses pinceaux, contemple le tableau…

 

Elle se retourne, le regard encore plein de lui. Echanges de sourires entendus. L’arrivante s’avance, lui défait son foulard, libère la cascade de boucles rousses. Leurs visages sont proches, les lèvres se cherchent, se frôlent, souffles chauds,… baiser tendrement impudique…

 

La femme de sa vie est revenue.

 

Celle qu’Elle n’a jamais su peindre…

 

 

© 2006 Plum'

mardi, 06 novembre 2007

Corrida o Comida ?

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Toutes les filles en sont folles, toutes les femmes fantasment sur lui… sauf moi ! Toutes l’acclament, toutes le vénèrent, toutes rêvent de lui… sauf moi ! Toutes ses fans paieraient une fortune pour un autographe, tous ses admiratrices se damneraient pour un rendez-vous… sauf moi ! Il n’en regarde aucune, il n’en désire aucune… sauf moi ! Il n’accorde à aucune d’entre-elles son « fameux » regard de braise, il n’offre à aucune son fameux sourire… sauf moi !

Moi, à qui il ne plait pas ! Plus je l’ignore, plus il insiste. Moins je suis aimable, plus il en redemande. Manuelito del Cordoba, le grand, l’unique, le meilleur de tous les temps. Ici, dans notre village, il est un héros des temps modernes. On le dit courageux, on le pense invincible, on le considère comme une sorte de demi-dieu… sauf moi !

Les femmes me haïssent, me trouvent prétentieuse, me pensent manipulatrice. Les hommes me prennent pour une aguicheuse, une vamp en mal de conquêtes. Pourtant, je n’ai jamais eu aucun comportement équivoque, je le jure. Ce type ne me plait pas, point final !

Oh, je déteste sa façon de marcher droit comme un i, le menton en l’air, l’œil étincelant. Sa manière de vous toiser, de vous détailler lentement, des pieds à la tête, avec un petit sourire en coin, comme un éleveur à la recherche d’une pouliche. Cela m’insupporte au plus haut point ! Et toutes ces petites grues, ces oies blanches, ces poules qui m’assassinent du regard parce que j’ai le malheur de revendiquer mon déplaisir…

Et puis moi, l’habit de lumière, la muleta, la corrida… très peu pour moi ! Je ne suis pas une sauvage que la vue du sang excite. Voir un animal aussi noble que le taureau s'ouffvrir en se vidant de sa vie, sous un soleil de plomb, sous les cris et les « olé » d’aficionados en délire, ne stimule pas mes sens. Non, loin de là. Ce type de spectacle réveillerait plutôt mes instincts les plus vils, les plus meurtriers…

Alors, quand dans mon village il y a corrida, je prends ma bicyclette et je déserte. Je pars rejoindre mon petit hâvre de paix, mon morceau de paradis à moi. J’emporte des fruits, une bouteille de Muscat moelleux rosé, un peu de jambon de pays et un morceau de miche de campagne. Je traverse les prés et les champs et, à une quinzaine de kilomètres, se trouve l’étang de l’Or. Il y a toujours une vieille barque rouge abandonnée.

Alors, je l’attends. J’étends une couverture, je débouche le vin, m’en sers un verre et savoure l’instant. Elle ne tarde jamais, ma Llucia. J’aime voir sa silhouette fine et élancée, sa peau bronzée, sa crinière brune et bouclée, son splendide sourire… J’aime ses grands yeux sombres bordés de cils épais et longs, si longs… J’aime sa bouche aux lèvres pleines et roses, ses dents blanches légèrement écartés… J’adore sa façon de se jeter de son vélo, de le laisser choir sans précaution aucune pour me sauter dessus en gloussant de joie… J’adore lorsqu’elle m’embrasse en me mordant puis qu’elle saisit mes lèvres doucement, en gémissant et en me chuchotant des mots doux aux intonations épicées… Elle sait me rendre folle, me dévisageant de haut jusqu'en bas, affichant un sourire moqueur quand je la laisse me posséder. La tête haute, l’air frondeur, elle me dévisage, m’observe comme un chasseur qui jauge sa proie avant de lui octroyer le coup fatal, celui qui l’achèvera…

Lorsque Llucia et moi sommes ensemble, nous ne voyons pas le temps passer. Nous mangeons, nous buvons, nous nous embrassons, nous nous baignons, nous nous caressons, nous buvons, nous rions, nous faisons l’amour… Sur le rivage, dans la barque, dans l’eau, sur le ponton… Puis nous nous séparons, prenant chacune une direction opposée, nos bouches pleines des parfums et des saveurs de l’autre, nos doigts imprégnés de la peau de l’autre, nos corps ivres de nos ébats sensuels...

Je n’aime rien chez ce Manuelito del Cordoba, si ce n’est sa sœur, Llucia…

 

© 2006 Plum'

jeudi, 25 octobre 2007

Les dessous de l'histoire

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Pour un premier rendez-vous avec vous, j’ouvrirai mon tiroir à merveilles.

J’en sortirai un joli bustier de satin et un shorty assorti aux couleurs de l'automne.

Pour un premier rendez-vous avec vous, je laisserai mon chemisier entrouvert, suffisamment pour vous faire découvrir le velouté du grain de ma peau, les douces courbes de mon décolleté, les reflets moirés de ma lingerie. Vous montrer, à peine suggérer…

Je ne voudrai pas susciter chez vous du désir, pas tout de suite. Seulement de la curiosité. Comprendrez-vous cela ? Je voudrai être mystérieuse et vous laisser en souvenir mes sourires ainsi qu’un sillage d’Ylang-Ylang, de bergamote, de cassis et de benjoin. Je voudrai être celle à qui vous rêverez cette nuit-là et qui occupera toutes vos pensées des jours suivants, celle qui vous laissera songeur…

 

Pour notre deuxième entrevue, j’ouvrirai mon tiroir à bonheurs.

Je choisirai un joli soutien-gorge corbeille ainsi que son tanga assorti, tout en dentelles fines couleur orage. Un beau gris fumé aux reflets bleutés…

Pour notre deuxième entrevue, je porterai une robe noire, à l’élégance toute simple, dont les fines bretelles vous offriront l’arrondi de mes épaules. Ma coiffure relevée vous dévoilera ma nuque balayée de légères mèches rebelles, les perles fines à mes oreilles et autour de ma nuque exalteront le nacré de ma peau. Cette peau que vos doigts effleureront, l’air de rien, lorsque vous replacerez une boucle de mes cheveux derrière mon oreille…

Je ne voudrai pas vous donner de plaisir, pas à ce moment précis. Seulement du désir. Je voudrai être séduisante et vous laisser en souvenir mes fous-rires ainsi que l’envie de humer toute une nuit ce parfum de rose et d’iris mêlé à celui de l’anis étoilé et du musc. Je voudrai être celle qui accompagnera vos jours et vos nuits, celle qui fera de vous un impatient…

 

Pour notre troisième rencontre, j’ouvrirai mon tiroir à plaisirs.

Je choisirai un ensemble avec son string en soie et dentelles couleur cerise. Ce rouge et ces matières raffinées rehausseront ma carnation, donneront à ma peau des douceurs satinées…

Pour notre troisième rencontre, j’oserai le décolleté joliment provocant d’un cache-cœur aux mailles ajourées porté sur une jupe en shantung. Mes jambes, gainées de bas jarretières noirs, se termineront par de hauts talons. Mes cheveux tomberont en une cascade de boucles soyeuses sur mes épaules. Vous y plongerez votre nez, en profiterez pour m’embrasser dans le cou…

Je ne voudrai pas vous donner d’espoir, pas immédiatement. Seulement du plaisir. Je voudrai être à la fois sensuelle et animale dans vos bras et vous laisser en souvenir mes soupirs ainsi que l’envie, encore et encore, de respirer ma peau aux accents de mandarines, pêches, vanille et santal. Je voudrai être celle qui s’imprimera dans vos draps et dans vos bras, celle qui fera de vous un amant…

  

Et puis un jour, alors que nous n’aurons pas vraiment rendez-vous, j’ouvrirai mon tiroir à bagatelles.

Je fouillerai, farfouillerai, mais ne trouverai pas ce que je cherche. Alors, après un dernier regard dans le miroir, je ne porterai que des rubis à mes oreilles ainsi qu’autour de mon cou, j’enfilerai une paire de bottes et mon long manteau noir. Juste quelques gouttes d’un parfum capiteux aux accents orientaux dans ma chevelure…

Je ne peux pas me passer de vous, plus maintenant. Pas même une nuit. Je veux être vôtre, instrument de désir et de plaisir entre vos mains. Je veux être c’Elle. La seule, l’unique, la dernière, celle que tu as rendu amoureuse…

 

© 2006 Plum'

jeudi, 04 octobre 2007

Vendredi : jour du colin et de la morue...

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Je l’ai rencontrée tout bêtement, un hasard de la vie en quelque sorte ! Je sortais d’un rendez-vous chez un client, j’avais loupé l’affaire, j’avais loupé mon argumentation, j'avais loupé ma démonstration et je savais que mon directeur d’agence ne me louperait pas, lui. J’étais dans une passe difficile sur le plan professionnel. Une équipe de jeunes loups aux dents longues avait été mise en place, trois mois auparavant et, depuis, je ne décrochais plus aucun contrat. Mes secteurs me semblaient déssécher de tout client potentiel. Et celui-ci, le dernier, était la cerise sur le gâteau : un véritable vieux con doublé d’un radin. En sortant de chez lui, je m’étais arrêté dans un bistrot et m’étais payé deux cognacs et un café. Il ne me restait plus qu’à rentrer chez moi.

Chez moi… Ces deux mots ne veulent pas vraiment dire grand chose pour moi. Non, il ne me restait plus qu’à rentrer chez Giselle, ma femme. Parce que je vis chez elle, je mange chez elle, je dors aussi chez elle. Dès que j’ouvre la porte d’entrée, cela commence. Un flot d’ordres, de questions bassement matérielles, de reproches et réflexions en tout genre :

« - Mets tes chaussons, je viens de cirer le parquet. Tu as pensé à prendre le courrier dans la boite aux lettres ? Tu as pensé au pain ? Ce n’est pas vrai ! On ne peut rien te demander ! Tu n'es vraiment qu’un égoiste ! Faut que tu rappelles ton frère, il veut nous inviter à déjeuner, dimanche en huit. Je te préviens, il est hors de question que nous y allions, ce sont les quatre-vingt-deux ans de Maman. Tu t’en souviens, hein ? »...

Moi, j’adorerais qu’elle vienne m’accueillir avec un sourire, m’embrasser, me demander si j’ai passé une bonne journée. Je n’arrive même pas à me souvenir qu’elle l’ait fait, un jour…

Alors, le vendredi après-midi, je tarde un peu pour rentrer. Parfois, si le temps le permet, je vais me balader dans un jardin public. Je m’assois sur un banc et je regarde les promeneurs, les petites vieilles qui nourrissent les pigeons, les gamins sur leur tricycle, les amoureux… Ce vendredi-là, le temps était gris et triste. Il y avait du crachin, il faisait froid et la nuit promettait de tomber tôt. Lorsque je suis sorti du café, réchauffé par les cognacs, j’ai marché sans vraiment réfléchir à un itinéraire précis. J’étais préoccupé par mon foirage de l’après-midi. Et puis, elle était là. Brune, grande, élancée, avec d'immenses yeux verts, elle m’avait abordé en me demandant du feu. Elle avait un petit accent que j'ai cru d’abord italien. Dijana venait de rentrer dans ma vie, directement importée d’Albanie.

Je l’appelle « mon cadeau » du vendredi. Avec elle, tout est si simple. Elle est toujours détendue, souriante, elle rit tout le temps. Et j’adore quand Dijana rit parce qu’elle rit aux larmes, me grondant parce que je fais couler son rimmel. J’aime sa manière de m’appeler son « grrros nounourrrrs », sa façon de se lover contre moi comme un petit chat. J’aime aussi lorsqu’elle m’enlève ma cravate, ses yeux couleur de jade plongés dans les miens. Elle défait les boutons de ma chemise un par un, sans baisser son regard. Et là, elle commence… Elle chuchote, elle susurre du bout de ses lèvres roses et brillantes ce qu’elle va me faire, ce par quoi elle va commencer. Elle me connaît par cœur, sait exactement ce qu’il faut dire et surtout à quel moment il faut le dire. Elle gémit des mots sucrés que je ne comprends pas toujours mais qui m’excitent. Et elle sait aussi les mots crus, ceux qui m’insufflent une énergie sexuelle que je ne me connaissais pas avant elle. Ses mains sont expertes, ses lèvres aussi. Elle me caresse mais elle peut griffer aussi. Elle m’embrasse mais sait me mordre également. Elle me chevauche, faisant de moi un étalon fougueux mais se laisse tout autant prendre telle une lionne, la croupe offerte à mon désir de fauve. Elle sait ronronner, feuler, rugir. Elle m’a réappris à être, à me sentir, à vivre.

Cela fait si longtemps que Giselle m’accorde ses faveurs uniquement à la veille de son anniversaire ou de celui de notre mariage. Faveurs étant un bien grand mot, puisqu’elle s’acharne à rester sur le dos, en chemise de nuit de coton rose, les yeux grands ouverts et perdus dans le vide. Au bout de deux à trois minutes, elle soupire et me demande si j’ai bientôt terminé… Et, je n'ai pas intérêt à oublier son petit cadeau le lendemain !...

Alors qu’avec ma Dijana, c’est tellement différent… D’ailleurs, Dijana aussi trouve qu’avec moi c’est autre chose. Elle me l’a dit dès notre première rencontre. Les autres, par exemple, elle ne les embrasse pas et ils doivent payer avant. Moi, je prends ses lèvres tendrement avant de partir et je lui glisse 200 € discrètement sous l’oreiller.

Ensuite, j’attends avec impatience le vendredi suivant…

© 2006 Plum'

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