mardi, 22 avril 2008

Paramour

450346633.jpg

Je voudrais bien m’offrir un paramour mais ce qui me retient c’est le choix de sa forme.

Vous ne savez pas ce qu’est un paramour ? Ce n’est pas possible ! Vous n’en avez jamais entendu parler ? Là, j’ai franchement du mal à vous croire ! Vous ne savez même pas à quoi cela sert ??? J’espère que vous plaisantez ! Ou alors vous vous moquez de moi ! Non ? Je vais tenter de vous en expliquer l’usage et les différentes formes que l’on peut trouver sur le marché.

Le paramour a un usage de protection comme l’explique la première partie du mot : para.

Protection contre quoi, me direz-vous ? Vous l’avez deviné : contre l’amour.

Pourquoi se protéger de l’amour, vous demandez-vous ? N’est-ce pas ce qu’il y a de plus beau et de plus noble sur cette Terre ?

Je vous répondrai que c’est exactement comme le soleil. Certaines personnes, plus sensibles et plus fragiles que d’autres, ont besoin de se protéger des rayons sinon c’est le coup de soleil.

En amour, c’est pareil. Certains d’entre-nous, tous sexes confondus, ont besoin d’une protection efficace afin d’éviter le simple coup de coeur ou, carrément, le coup de foudre souvent à l’origine de coups de tête et se terminant d’ailleurs, en majorité, par un coup de déprime.

Les conséquences peuvent être désastreuses et mener les victimes à des coups de folie, voire des coups de sang.

J’ai donc décidé de prendre les devants en me préservant efficacement. Après tout, ne dit-on pas :

« mieux vaut prévenir que guérir » ou bien « la prudence est mère de tous les maux » ?

Je me suis renseignée sur les différentes formes de paramour et, à ma grande surprise, il en existe des tas à tous les prix. En voici quelques-uns afin de vous aider si vous décidez, vous aussi, un jour, de vous prémunir.

Les moins coûteux sont :

1) le pyjama en pilou, imprimé Mickey, qui se boutonne jusqu’en haut. C’est un modèle unisexe ayant l’avantage de présenter une version féminine sous forme de chemise de nuit (longueur mi-mollet) ou de liquette pour les hommes ayant besoin d’une forte protection tout en étant désireux de rester à l’aise.

2) pour les dames, la crème de nuit grasse reste une valeur sûre ainsi que le rouge à lèvre brillant et très rouge pour la journée (l’idéal étant d'en avoir sur les dents et de l’accompagner d’un fond de teint bien épais et faisant luire la peau). Ces articles sont disponibles dans les grands magasins aux rayons hygiène, sur l’étagère des tous premiers prix.

Viennent ensuite les paramours moyennes gammes, un peu plus chers, certes, mais que l’on peut cacher et présenter au moindre danger. En voici un petit échantillon :

1) le slip dit « kangourou » couvrant le bide pour les messieurs et la gaine « spécial ventre plat » couleur chair, de préférence, pour les dames.

2) le cigare est toujours bien placé chez les hommes (quoique un peu onéreux pour les connaisseurs). Chez les femmes, les aisselles et le maillot bien fournis ont toujours leurs irréductibles.

Nous terminerons ce tour des paramours avec les prix les plus élevés mais, sans aucun doute, les plus efficaces :

1) le stage en 15 leçons « comment ne pas me faire aimer ? » suivi d’un module de perfectionnement en cinq cours « je veux être le cauchemar de l’autre ». Un coach suit personnellement votre évolution jusqu’à l’obtention d’une sorte de diplôme.

2) la solution la plus dissuasive mais très onéreuse reste l’adoption de neuf chats, six chiens, quatre iguanes, un python, sept mygales, trois piranhas et quelques plantes carnivores dans un deux pièces de 45 m². Les personnes ayant choisi ce type de paramour sont toutes satisfaites du résultat à cent pour cent : personne n’a le courage de les aimer.

Le choix a été difficile mais j’ai opté pour le… ? Le… ? Allez, essayez de deviner ! J’ai choisi le… cigare ! Je me suis dit qu’en plus, en tant que femme, c’était le paramour idéal !

Eh bien vous ne me croirez jamais ! Je me suis rendue dans une boutique spécialisée très chère, très chic et… je crois bien que je suis tombée très amoureuse du petit vendeur qui s’est occupé de moi !

Trop bête !

Mais si bon…

© 2006 Plum'

vendredi, 21 mars 2008

Rat... ification

783660010.jpg

« - Gréégooooiiiiire !!! Mais qu’est-ce que c’est que ce… ce truc ? Grégoire, viens immédiatement !!! Et vitesse grand V ou j’ameute tout le quartier !!!
- Reste cool, j'suis là, pas besoin de jouer à la Castafiore ! Che passa ?
- Che passa ??? Tu peux m’expliquer ce que ce... ce que cette… bestiole fait dans ton lit, s’il te plait ? Et, je te conseille vivement de me dénicher du plus profond de tes hémisphères cérébraux une explication qui me convienne !!! Je t’écoute !!! »

Et voilà approximativement, la reconstitution du premier dialogue de la journée avec mon fils, Grégoire, 15 ans.

Il est neuf heures et dix-huit minutes, je monte à l’étage pour effectuer mon labeur de femme d’intérieur, à savoir le ménage, et qu’ai-je l’immense joie de découvrir, niché sous la couette de la chair de ma chair ? Un rat ! Oui, oui, vous avez bien lu : UN RAT ! Et pas un petit ! Plutôt un modèle échappé d’un labo parce qu’il en aurait eu assez de tester des hormones de croissance, vous voyez ? Et moi, cette longue queue rose, ce petit air vicieux, je ne peux pas ! Cela me terrorise, cela me paralyse, cela me… cela m’écoeure, cela me fait peur !…

Mais pourquoi faut-il toujours que mon formidable, mon admirable époux soit en déplacement au moment où j’ai le plus besoin de lui ? Cela restera le grand mystère de notre mariage ! De plus, je n’ai vraiment pas de chance, parce que Fifine, notre chatte, a choisi la semaine dernière pour se faire écraser ! On peut dire que je suis maraboutée !

Je n’ai jamais voulu d’animaux, je n’accroche pas ! Déjà fillette, ce n’était pas mon truc. Cela fait des saletés, du bruit, il faut s’en occuper, c’est difficile à gérer lorsqu’on part en vacances, cela coûte en soins et nourriture. Et qu’elle en est la contrepartie ? Un canapé lacéré, mordillé, démonté ! Des tapisseries arrachées ! Des tapis et moquettes tachés ! Un démaquillage lingual avec, en prime, une haleine de coyotte hépatique en phase terminale !

Non, je regrette ! Et pourtant, j’aime les poissons mais… en papillottes avec une sauce au beurre blanc, j’aime les veaux mais… délicatement escalopés à la crème et aux champignons, et les renards, les loups, je les aime aussi… dans mon armoire, sur cintres ! D’aucuns diront que je suis sans cœur. C’est faux ! J’adore les bêtes mais chez elles, dans la nature… et les rats dans les laboratoires ! Chacun chez soi ! Est-ce que je me balade dans les égoûts, moi ? Non ! Alors les rats n’ont pas à faire leur sieste digestive dans le lit de mon fils, voilà !

Bon, mon rejeton m’a tout-de-même époustouflée sur ce coup-là. Il a plaidé la cause du rongeur avec une telle emphase que je me suis laissée persuader de tolérer l’intrus mais enfermé à double tour dans une cage. Je n’ai toujours pas compris comment j’en suis arrivée là, mais j’ai accepté !

Grégoire s’est fait l’avocat du diable et je me suis retrouvée, hors de sa chambre, convaincue que nous hébergions sous notre toit, la réincarnation de l’illustre Einstein (prénom d’ailleurs attribué à notre nouveau colocataire : le rat)… Il y a eu de sérieuses négociations et nous sommes arrivés aux accords suivants :

RAT = Reprise Assidue du Travail scolaire
RAT = Rangement Actif de la Turne de monsieur mon fils
RAT = Réduction de l’Addition Téléphonique
RAT = Respect des Anciennes Traditions (déjeuners dominicaux en famille, par exemple)
RAT = Rap A fond Terminé

Finalement, je crois que je commence à bien l'aimer, notre Einstein !!!

© 2006 Plum'

samedi, 12 janvier 2008

A Nice Meeting

3ccb133a269b0b95802fc57ff4417304.jpg

J’observe. Là, à cet instant précis, je ne parle pas mais je souris. A eux, aux anges, à l’amitié, à la technologie. A la vie aussi, surtout !

Hier matin, alors qu’il faisait encore nuit, je pénétrais dans l’aérogare et me dirigeais vers les bureaux d’enregistrement de mon billet de cette fameuse compagnie britannique low-cost. Je suis arrivée tôt. Mais j’aime bien, j’observe et cela m’aide à canaliser mon énervement. Quelle histoire folle ! Je m’en vais voir mes amis, invitée, attendue par ces amis avec qui je communique tous les jours ou presque. Des conversations polies, des compliments échangés, des avis divergents, même une scène de jalousie assez violente une fois, des jeux de mots, des blagues, des provocations… Des potes de toujours, il me semble.

J’écoute ces conversations qui s’emmêlent, ces voix qui s’enlacent et se séparent. Avide, je me nourris de ces sourires radieux, de ces yeux brillants qui se scrutent pour mieux se souvenir. Sous mon pull, je sens que j’ai la chair de poule. Tout mes sens sont tendus vers l’autre, vers eux. Je suis fatiguée mais détendue, je ne suis pas lasse. Je suis bien, la nuit est belle, tout est tellement parfait que je voudrais avoir une télécommande magique et mettre en mode ralenti ces instants de bonheur.

L’avion atterrit presque sur la mer. La mer d’un bleu turquoise qui se fond avec le ciel. J’ai des frissons de fatigue et d’excitation mélangés. Il avait dit : on t’attendra mais si tu nous aperçois, ne nous fais pas mijoter trop longtemps. J’étais prête pour la bonne blague, l’appeler sur son portable alors que je serais à leur côté. Mais mon visage m’a trahie, fendu d’un immense sourire. Alors, il n’y a pas eu de manières, juste des baisers sur les joues et une drôle d’impression de ma part. Les voix s’accordent aux physiques, ne m’étonnent pas, ne jurent pas. Il est plus grand que je ne l’imaginais. Elle est mignonne à croquer. Ils sont tout en harmonie. Les bagages arrivent et nous rejoignons la voiture, en route vers la maison. La ville s’éveille, bientôt la circulation couvrira le cri des mouettes…

Je croise par instant un regard, je capte des bribes de conversations. Assis en bout de table, le maître des lieux est beau, avec un physique solide, un sourire radieux et des yeux pétillants d’enfant. Il est heureux car ces réunions amicales sont, à chaque fois, un véritable succès. Son grand fils s’est attelé aux fourneaux toute la soirée afin qu’il puisse profiter de ses amis. A sa gauche et à sa droite, il y a LE couple, la représentation idéale que je me fais de l’amour. Après plus de vingt ans passés ensemble, ils ne se regardent pas. Ils se mangent, s’admirent, s’attirent, se séduisent encore, se cherchent toujours. En face de moi, un père et son fils. Les deux ne manquent pas de charme, sont complices, attentionnés l’un envers l’autre. A ma droite, il y a le fruit des amours DU couple. Il vient d’avoir son bac, il vient de recevoir son appareil-photo numérique avec lequel il ramènera ses souvenirs de vacances nordiques, dans quelques semaines. Il parle technique avec le surdoué de la capture, le poète de l’optique : le photographe ainsi que sa compagne. Je ne les connais pas vraiment, je reste un peu en retrait, intimidée.

Nous nous apprivoisons devant le petit déjeuner, nous échangeons nos impressions, nous parlons de nous, par petits bouts. Il y a tant à dire, à se raconter, mais les pensées se bousculent, les mots jouent à cache-cache et les réactions sont encore timides, hésitantes. Ce n’est pas grave, on va se balader, profiter du soleil, de la chaleur. Les alentours sont superbes, les sites m’enchantent et nous parlons encore et encore. Le pique-nique permet d’accéder à une certaine intimité, du moins me semble-t-il. Je nous sens plus détendus devant le petit café, attablés sur le port de plaisance. Nous nous promenons jusqu’en fin d’après-midi et mes yeux ont fait le plein de mer bleue, de végétation méditerranéenne, de maisons en pierres aux murs dégoulinant de bougainvillées, de villages de charmes. Nous rentrons. Nous dînons. Nous attendons les autres pour le dessert. Je repartirai ensuite avec eux. Je suis un peu gênée… et stressée aussi.

Mon regard croise mon hôte. Il me sourit. Tout est douceur chez cet homme, ses grands yeux bruns, son sourire, sa voix. J’aime beaucoup son côté « révolté pacifiste ». Il est infiniment gentil, très intelligent, très cultivé mais malgré cela il reste un homme simple. Un homme sain. Son fils lui ressemble beaucoup. Je lui rends son sourire. La nuit est un peu fraiche, le vin est bon, le repas est convivial et délicieux. J’imprime tous les sourires, toutes les rides d’expression, les mines de chacun afin de m’en souvenir longtemps. Je veux me rappeler de cet endroit magnifique, de ce vallon, de cette nature. Je regarde cette grande sauterelle venue s’inviter sur le muret et que les enfants découvrent, à grand renfort de ah ! et de oh ! Nous nous relayons, dans la cuisine, afin d’aider à préparer les pizzas. On étale des dizaines de pâtons, on les garnit afin que le cuisinier de service puisse les enfourner. On boit, on plaisante, on rit.

Petit déjeuner, le lendemain. Mon hôte est privé de sa compagne durant tout ce week-end. Je suis attablée, en pyjama, chez un homme que je ne connais pas. Il sourit. Et pendant que son petit garçon boit son lait chocolaté, lui, me parle d’une voix douce. Tout est si simple, si facile. Mais pourquoi la vie n’est-elle pas tout le temps comme cela ? Les tasses d’expresso se succèdent. Nous conversons, parlons de nous, faisons connaissance. Et toujours ce sourire. Ce type sourit tout le temps. Je n’ai jamais rencontré un homme aussi gracieux, je crois. Il me raconte ses voyages, sa compagne que je n’aurai pas le plaisir de rencontrer vraiment. Dommage… Tout à l'heure, nous irons visiter la vieille ville. Nous nous arrêterons pour déguster des spécialités locales. Et puis, au retour, alors que nous longerons la plage, le père et le fils se baigneront. Ils partageront un moment de complicité ludique et je prendrai des photos tout en mouvements et en éclaboussures d'écume.

Le maître des lieux nous raccompagne jusqu’à nos voitures. Armé d’une torche, il nous guide dans ces chemins pierreux et pentus. La nuit est avancée. Il est ravi de cette soirée très attendue. Nous, nous sommes comblés. Moi, je suis sur un nuage. Ce qui n’était hier que des images sur un écran s’est matérialisé d’un seul coup. Oui, ils existent tous. Non, ils ne sont pas que des pseudos inconsistants sur un écran. Oui, ils ont une vie, une famille, une histoire, un boulot, des passions. Non, Internet n’est pas qu’un nid à pédophiles, à arnaques ou à pornographie. Oui, le virtuel peut déboucher sur de belles amitiés.

Lorsque l’avion m’a ramené chez moi, il m’a fallu plusieurs jours pour atterrir vraiment…

 

© 2008 Plum'

lundi, 24 décembre 2007

Le Père Noël aime-t-il les chaussures ?

25e00900e17d5a66c0c82cd6b7bd33ab.jpg

Moi, je ferai tout ce qu’il faut pour provoquer le destin.
C’est ainsi que le Père Noël trouvera sous mon sapin :

 

Ma paire d’après-ski pour un bon vieux whisky
Ma paire de bottes pour des chocolats à la griotte
Ma paire de charentaises pour les surprises... mauvaises
Ma paire de derbys pour un sac de billes
Ma paire d’espadrilles pour de petites pacotilles
Ma paire de flâneurs pour tout ce qui vient du coeur
Ma paire de galoches pour le cadeau un peu moche
Ma paire de loafers pour un bouquet de fleurs
Ma paire de mocassins pour un nouveau coussin
Ma paire de nu-pieds pour de jolis verres à pied
Ma paire de pantoufles pour une paire de moufles
Ma paire de richelieux pour le cadeau merveilleux
Ma paire de sandales pour de la lingerie scandale
Ma paire de tongs pour un jeu de mah-jong

 

Il y en aura de toutes les couleurs et de toutes les matières
Peut-être ainsi connaitrai-je le bonheur avant le cimetière ?

 

Je déposerai également mes chaussettes, mes bas et collants
Car je le rêve avec fossettes, musclé des bras et bon amant…

 

Cette année, je vais mettre toutes les chances de mon côté
Il ne me reste plus qu’à me faire installer... une cheminée !


 

© 2006 Plum'

vendredi, 23 novembre 2007

TORVE STORY 16

ea51a56427b450e73a632babfed8e726.jpg

Le lendemain, je pénétrais pour la première fois l’immeuble dans lequel se trouvait notre quotidien régional d’informations, boulevard du Chanoine Kir. J’avais rendez-vous avec une journaliste, Alexandra Pelletier. Je m’annonçai à l’accueil et, au bout de quelques minutes, une jeune femme vint me chercher. Nous prîmes un ascenseur qui nous amena au deuxième étage. Elle m’invita à m’asseoir, me proposa un café, s’installa derrière son bureau et, sans détours, me demanda :

 

« - Je vous écoute, monsieur Morel. De quoi voulez-vous me parler ?

- Avant toute chose, je tiens à vous remercier de m’avoir reçu aussi rapidement, répondis-je.

- Mais je vous en prie, c’est bien normal. Nous sommes à l’écoute de nos concitoyens, de nos lecteurs. Je vous avoue que votre appel téléphonique m’a intriguée. De quoi s’agit-il exactement ? m’interrogea-t-elle.

- Je voudrais vous parler de Télévidence.

- La chaîne de télévision Télévidence ?

- Oui, exactement. Et plus particulièrement de leur émission-réalité Trade : Celebrity.

- J’avoue que vous me surprenez, monsieur Morel. Je ne comprends pas très bien en quoi notre journal peut intéresser Trade : Celebrity.

- Ah, vous considérez le problème à l’envers, mademoiselle Pelletier. C’est plutôt Trade : Celebrity qui pourrait intéresser votre quotidien.

 

Je me lançai alors dans une grande explication, lui parlant de Maryline, de l’émission, des travers pervers de cette dernière, des parents de Maryline et concluant ainsi :

 

- Il n’y a plus que vous qui puissiez faire quelque chose. Moi, je n’ai aucun pouvoir. Mais je sais une chose : les candidats à cette saleté de programme sont en grand danger qu’il soit physique ou psychologique. Il y a un non-respect des participants, de leurs familles et même des téléspectateurs. Il faut dénoncer ces abus et il n’y a que vous qui puissiez le faire. Aidez-moi, je vous en prie.

 

Alexandra Pelletier resta silencieuse et affichait un regard plutôt dubitatif. Sans cesser de me fixer, elle prit un stylo bille qu’elle tritura nerveusement.

 

- Je comprends bien tout ce que vous venez de me raconter, monsieur Morel, mais je ne suis pas certaine que le Bien Public puisse vous apporter l’aide que vous souhaitez. Et puis pourquoi nous, d’abord ?

- Mais parce que vous êtes le quotidien de toute la Côte d’Or, pardi ! Cela n’est pas rien !

- Nous sommes un petit quotidien régional tiré à soixante-cinq mille exemplaires, monsieur Morel. Ce n’est pas Paris-Match non plus, il ne faut rien exagérer. Avez-vous seulement une idée de ce qu’est Télévidence ? Et puis je me pose une question, monsieur Morel. Vous m’avez exprimé vos craintes concernant votre amie, certes, mais qui vous dit qu’elle a envie d’arrêter le jeu ?

- Elle ne se rend pas compte de ce qui se passe, de ce qui se trame. Le compte-rendu que je vous ai fait concernant la réunion des coachs s’est fait à huis-clos. Aucun des candidats n’en a eu vent. Maryline est en danger et elle n’est pas la seule. Il y a aussi ce jeune mannequin, Maylis. Télévidence pousse les candidats aux limites les plus extrêmes, jusqu’à l’anorexie pour certains, l’épuisement pour tous. Ne laissez pas tomber, s’il vous plaît ! Allez faire une interview et regardez dans quel état sont les concurrents. C’est tout ce que je vous demande.

- Et quelles sont les raisons que nous aurions de réaliser une interview ou un reportage sur cette émission, monsieur Morel ?

- Vous plaisantez, j’espère ! Maryline est Dijonnaise, mademoiselle Pelletier. Cela mérite quand même que le quotidien de la région s’y intéresse, non ?

- Qu’attendez-vous de moi, exactement ?

- Je veux que vous remettiez à Maryline un courrier de ma part. »

(à suivre...)

 

© 2007 Plum'

mercredi, 21 novembre 2007

Mauvais choix

f5640366d191ed6855629302104a5538.gif

Je n’ai pas mis les bonnes chaussures, ce matin. C’est une bévue que je risque de regretter tout le restant de ma vie. Parfois, on se trompe de vêtement. On écoute la météo à la radio, on se contente de regarder par sa fenêtre et l’on aperçoit un ciel rose et mauve avec quelques trouées azur. Tout semble présager une belle journée. Et toc ! On part affronter cette dernière sans imperméable, sans parapluie mais avec un brushing ou un lissage de la chevelure qui fera le bonheur des averses à répétition que personne n'avait prévues.

Eh bien, ce matin, c’est exactement ce qu’il s’est passé pour moi. J’ai ouvert mon armoire et, vu le temps qui était annoncé froid et sec, j’ai choisi de porter une robe avec mes nouvelles bottes. De superbes bottes avec de hauts talons aiguille. J’en rêvais depuis si longtemps. Mon long manteau, un joli béret, une grande écharpe tournée plusieurs fois autour de mon cou, mes gants en cuir, mon sac à main et hop, direction la station de métro.

Je n’ai pas mis les bonnes chaussures, ce matin, et dès ma sortie de l’immeuble, j’ai compris mon erreur. Le trottoir accuse d’importants dénivelés et les quatre cents mètres me séparant de l’entrée de la station de métro m’ont plus faits l’effet d’un parcours du combattant que d’une démarche élégante et féminine. J’aurais dû me rendre compte, à cet instant, anticiper le reste de ma journée. Mais non ! Trop contente d’exhiber une féminité que je n’affiche pas au quotidien, j’ai ignoré ce que ma conscience essayait de me dire. Chaque vitrine me renvoyait l’image d’une jeune femme jolie et sexy. Les reflets de cette presqu’inconnue me flattaient. J’observais discrètement mon visage maquillé. Mes yeux semblaient être des papillons de velours noir et ma bouche, aux contours dessinés, me paraissait être deux pétales de rose rouge.

Je n’ai pas mis les bonnes chaussures, ce matin. On ne traverse pas une ville comme Paris avec de pareilles bottes. Elles ne sont pas secrètes, elles ne sont pas de sept lieues. Elles sont justes inconfortables et jolies aussi. C’est tout ce qu’elles sont, mes bottes. Je me tords les pieds et cela n’est pas féminin du tout, çà. Je trébuche sur les pavés, mes talons restent coincés dans la moindre grille, s’enfoncent dans la terre humide. Non, ce n’est pas élégant, cela. C’est tout juste pitoyable.

Dans la rame bondée du métro, mon regard a croisé le sien. J’ai soutenu ces iris gris. Je me suis laissé pénétrer par ces prunelles couleur de nuages. Il a souri. Et j’ai senti mes lèvres me désobéir, découvrir mes dents. Deux stations plus tard, il était face à moi. Je pouvais sentir l’odeur de cuir de sa veste, les effluves de son parfum boisé. Je regardais les fils d’argent dans ses boucles brunes. Mon visage était comme figé dans un sourire. J’étais devenu sourire. Il y avait trop de monde dans ce wagon. Je sentais mon corps bousculé, mon manteau et mon sac tirés à chaque ouverture des portes. Mais je n’étais plus là, plus vraiment. J’étais dans ses yeux et il était dans les miens. Et je me demandais quel goût pouvaient avoir ses lèvres.

Il y a eu une bousculade et, je ne sais comment, je me suis retrouvée sur le quai. Mais ce n’est pas ma station, c’est bien trop tôt. J’essaye de courir, de rejoindre l’ouverture. Je mets un pied devant l’autre, j’appuie sur les orteils pour me donner de l’élan. Encore ! Une jambe, puis l’autre, entravées par mon manteau trop long. J’ai chaud, j’étouffe, il est là, devant la porte, et ses yeux argentés essaient de m’aspirer, de m’attirer. Je tends la main, mes lèvres grenat toujours paralysées dans leur sourire. 

Lorsque je relève la tête, le train est reparti en direction de son prochain arrêt. Je suis à terre, une aiguille d’une dizaine de centimètres à côté de moi. Non, décidément je n’ai pas mis les bonnes chaussures, ce matin. J’ai voulu porter ces belles bottes qui me rendent si femme. J’aurai mieux fait de choisir celles qui me permettaient de courir après l’amour en me donnant toutes les chances de le rattraper…

 

 

© 2007 Plum'

mardi, 20 novembre 2007

Trip pictural

44e26bfc12348df6f502e4d38aa43831.jpg

Je rêve d’un rendez-vous… Avec vous…
Petit mot doux glissé un soir, espoir…
Dans le coton et la dentelle d’un mouchoir
Je rêve d’un rendez-vous… Avec vous…

 

Rien de trop formel, de trop conventionnel
Vous avez proposé la rencontre au musée
Mais quelle originale et charmante idée
Cela ressemble à une histoire surnaturelle

 

Retrouvons-nous dans la salle des inconnus
Sous le tableau d’une certaine Pivoine
« Idylle entre un pavot et un brin d’avoine »
Le nom de l’œuvre m’a tout-de-suite plue…

 

Néophyte, j’arrivais à pas feutrés de chat
Me planter sous le tableau, devant ladite toile
Certes, rien de commun avec Chagall
Mais l’œuvre en elle-même m’interpela

 

Les couleurs très vives et trop indécentes
S’étalaient, agressives, je me sentis défaillir
Et me retrouvais, pâle, prête à m’évanouir
J’étais troublée, j’étais tremblante…

 

Toute à la contemplation du pourpre pavot
Je ne vous entendis pas vous rapprocher
C’est l’odeur du vétyver qui vous a démasqué
Contre votre poitrine alors j’ai posé mon dos…

 

« - Qu’en pensez-vous, chère Vous…
Appréciez-vous cette journée d’été
Tout en pastels immortalisée
Dites-moi, qu’éprouvez-vous ?

 

- J’aimerais m’asseoir sur ce tronc mort
A vos côtés, dans vos bras, enlacée
De tendres baisers vous me voleriez
Et je vous en concéderais encore et encore »

 

Vous m’avez prise la main, délicatement
« N’ayez aucune crainte, m’avez-vous soufflée
Je vous emmène au pays des couleurs et des fées »
Nous nous sommes avancés, lentement

 

Nous avons approché la toile doucement
Et le tableau nous a avalés, nous a possédés
Nous sommes devenus paysage d’été
Un rêve… L’éternité des Amants…

 

Demain, nous partons aux Amériques
Chèrement acquis par un amateur d’art
Encore une folie que cet énième départ
Mais qui rassure : nous ne sommes pas relique

 

Je t’aime, mon beau brin d’avoine
Je t’aime, ma jolie fleur des champs
Puissions-nous continuer à être des amants
Sur cette toile peinte par une certaine Pivoine…

 

© 2006 Plum'

vendredi, 16 novembre 2007

TORVE STORY 14

88f3724afaaed3ee1d6038e70ff7fc45.jpg

Nous nous étions donné rendez-vous directement au restaurant. Maryline avait choisi un établissement reconnu du centre-ville, Les Congrès. Elle me rejoignit à l’instant même où je poussai la porte. J’avais réservé une table la veille au soir et la salle principale n’était pas trop peuplée. Nous étions mercredi, les gens sortent moins en semaine. La soirée fut des plus agréables et j’eus le bonheur de faire la connaissance d’une jeune femme sympathique, drôle et passionnée. Maryline avait beaucoup d’esprit et la soirée fut souvent entrecoupée de rires. Au bout d’une heure, j’avais l’impression de la connaître depuis toujours. Il y avait une sorte de complicité innée qui s’était installée entre nous comme celle qui existe, parfois, entre des frères et sœurs ou au sein d’un couple. Lorsque l’addition arriva, il était près de minuit et aucun de nous deux n’avait vu l’heure passer. Je la raccompagnai à sa voiture et nous échangeâmes nos numéros de téléphone, nous promettant de très vite nous revoir.

Et puis tout s’enchaîna très rapidement. Les coups de fil quotidiens pour prendre de nos nouvelles, les mises en place de nos sorties ciné-resto hebdomadaires, les soirées chez l’un ou chez l’autre, les confidences, les demandes de conseils en tous genres. Notre complicité du premier soir se transforma en une amitié belle et solide pleine de confiance et d’estime de l’autre. Et puis un jeudi soir, après une séance de cinéma, alors que nous allions dîner, Maryline s’arrêta pour répondre au salut d’un homme qui arrivait face à nous. Elle nous présenta rapidement et ils entamèrent une conversation. Ne voulant pas être indiscret, je m’éloignai et regardai les vitrines d’un grand magasin. Je les observai dans le reflet de la vitre, notai cette façon qu’avait le gars de lui toucher le bras, par instant. Je la regardai sourire en penchant légèrement la tête. C’est à ce moment précis que j’ai compris que j’étais tombé amoureux. Les cartes étaient faussées. Maryline me considérait comme son meilleur ami, ce dont j’étais très fier par ailleurs, mais pour moi, elle était bien plus que cela. Cette prise de conscience brutale me coupa la respiration comme un coup de poing. Je n’avais plus trente-six choix. Ou j’avouais mes sentiments à Maryline en prenant le risque de la perdre, ou je gardais cela pour moi tout seul.

Cette nuit-là, je n’arrivai pas à m’endormir. Je me retournai sans cesse dans mon lit et je dus admettre que je fantasmai sur Maryline presque depuis le début de notre relation. Je la trouvais si pétillante, naturelle, pleine de vie. Son rire, sa gestuelle, sa voix, tout me plaisait chez elle. Elle se plaignait de ses kilos en trop, qu’elle ne pouvait pas s’habiller comme elle le souhaitait, elle ne supportait pas de se voir en photos et moi, je me rendais compte que tout, mais vraiment tout me plaisait chez elle. A chacun de nos rendez-vous, je me promettais de lui avouer mes sentiments, de déballer tout ce que mon cœur ne voulait et ne pouvait plus garder mais en vain. J’avais tellement peur de la voir fuir que je gardai encore pour moi ce que je me jurais de lui confier la fois prochaine.

Quatre années plus tard, j’en étais toujours au même point, le cœur mité d’un amour devenu trop lourd au fil du temps. J’ai essayé de m’éloigner, de m’intéresser à d’autres femmes mais, à chaque fois, mes histoires se soldaient au prologue. Il n’y avait rien à faire, c’est Maryline qui me plaisait, c’est à Maryline que je pensais, c’est Maryline que je voulais. Mais Maryline, elle, ne souhaitait plus entendre parler des hommes et ses aveux lors de nos soirées chez l’un ou chez l’autre ne me laissaient pas espérer une quelconque envie de recommencer une histoire d’amour avec qui que ce soit. Dans mon malheur, je me sentais assez chanceux, surtout lorsqu’elle me disait, au terme de ses épanchements :

« - Tu vois, Pierre, avec toi c’est tellement différent. Tu es mon autre, mon double au masculin. Si j’avais été un homme, c’est à toi que j’aurais voulu ressembler. Tu es un être d’exception, celui que chaque femme rêve de rencontrer, celui qu’il ne faut pas laisser partir. J’aimerais tant que tu rencontres enfin ta princesse, celle qui saura te rendre parfaitement heureux. »

Je me contentais de la regarder en souriant et, quelquefois, je lui prenais la main et lui disait en l’embrassant sur la joue :

« - Peut-être est-ce toi, ma princesse. Peut-être est-ce cela le truc. Et si je te demandais de le devenir, de m’épouser ? »

Elle me regardait et partait d’un grand fou-rire, me répondant qu’elle me souhaitait bien mieux qu’une célibataire grassouillette et névrosée. Je riais alors avec elle et nous changions rapidement de conversation.

(à suivre...)

 

© 2007 Plum'

lundi, 12 novembre 2007

TORVE STORY 13

cf5e43fafab4f79dcfce36d2be119831.jpg

Personne ne remarqua vraiment l’état de détresse dans lequel se trouvait Maryline. Il faut avouer également que sa nature réservée l’avait toujours faite évoluer dans un environnement peuplé de camarades de classe, puis de collègues de travail mais sans jamais vraiment la lier à des personnes pouvant devenirs de vrais amis ou même des copains. Non, Maryline ne se sentait bien qu’avec elle-même et seul Jakub avait réussi à pénétrer cette forteresse. Mais il avait menti. Le pont-levis s’était relevé et la belle s’était isolée dans le donjon de sa tour d’ivoire. Plus personne ne ferait de son cœur une charpie. Plus jamais un homme ne jouerait avec ses sentiments. Elle n’accorderait plus sa confiance si ce n’est à elle-même et à sa bonne étoile. Et, à nouveau, ce furent les petits plats qui la consolèrent. Les sucreries lui apportèrent la douceur, les féculents la chaleur et les viandes et poissons l’énergie. La première pièce qu’elle aménageât correctement, dans son appartement, fut la cuisine. Elle ne lésinât pas et s’offrit ce qu’il y avait de mieux en électroménager. Four à vapeur, plaques à induction, réfrigérateur-congélateur américain, sans parler des robots, aides-culinaire et batteries de cuisines professionnelles. Lorsque son moral était au plus bas, Maryline allait faire son marché et pouvait passer un week-end entier à concocter diverses recettes qu’elle congelait ensuite en portions. Son congélateur aurait fait baver n’importe quelle mère de famille nombreuse. C’est au supermarché que nous avons fait connaissance. Un mardi soir pour être précis. Le hasard nous a fait choisir, en même temps, le seul et unique paquet de lasagnes restant dans le rayon. Je proposai alors à Maryline de le prendre mais elle refusa en souriant. La conversation s’engagea alors et je lui avouai que je n’avais jamais fait de lasagnes mais que je voulais m’engager dans une recette un peu plus élaborée que celle de mes éternels spaghettis à la Bolognaise, dont je soupçonnai mes amis de se lasser un peu. Elle me fit alors une drôle de proposition :

 

« - Vous habitez dans le coin ? me demanda-t-elle.

- Oui, je suis du quartier. »

- Je vous propose la chose suivante : je vous montre comment préparer la recette épatante des lasagnes au saumon et aux épinards et nous le dégusterons ensemble en guise de déjeuner. Vos amis n’en reviendront pas lorsque vous leur préparerez cette recette.

 

Devant ma mine étonnée, elle se mit à rougir et, décontenancée, articula :

 

- Ne croyez pas que je vous…, enfin que je veuille vous… J’adore cuisiner, c’est tout. Mais vous avez raison, je suis ridicule, excusez-moi. »

 

Elle mit le paquet de pâtes dans mon chariot et, après m’avoir salué, tourna les talons précipitamment et quitta l’allée des produits d’épicerie sèche. Je voulus d’abord la rattraper mais j’eus peur de la gêner davantage et abandonnai cette idée. Deux semaines plus tard, toujours un mardi soir, j’aperçus à nouveau Maryline. Elle choisissait avec soin des légumes et inspectait avec beaucoup d’attention deux choux-fleurs. Je pris mon courage à deux mains, inspirai profondément et me plaçai en face d’elle, de l’autre côté de l’étal, faisant mine de choisir des fruits. Elle ne me remarqua pas et continua sa quête de légumes. Je l’observai d’un œil et m’avouai que cette fille avait l’air sympathique et gentil. Je fis le tour du rayon, me plaçai à ses côtés et la saluai poliment. Elle leva ses yeux sur moi, me reconnut et répondit à mon bonsoir avec un large sourire.

 

« - Alors ces lasagnes ? Réussies ? me demanda-t-elle.

- J’ai honte, répondis-je, mais je n’ai pas osé m’y attaquer.

 

Elle sourit et continua son choix qui portait maintenant sur des champignons frais.

 

- Je me sens très gêné pour l’autre jour, vous savez.

- Vous ne devriez pas, je vous assure, c’est déjà oublié. Moi non plus je ne sais pas ce qui m’a prise, je n’ai pas pour habitude d’aborder les gens ainsi.

- Je m’appelle Pierre et j’habite le quartier, dis-je en lui tendant la main.

- Moi, c’est Maryline, répondit-elle en me serrant cette dernière avec une poigne ferme et franche.

- Je voudrai vraiment m’excuser. Accepteriez-vous une invitation à dîner ? Je vous laisse le choix du restaurant. Ce sera une excellente façon de faire connaissance, bien plus pratique mais nettement moins originale, je le reconnais, que dans le rayon des pâtes et féculents en tous genres.

 

Maryline me décocha un sourire et le rendez-vous fut fixé pour le lendemain soir.

 

(à suivre...)

 

© 2007 Plum'

samedi, 10 novembre 2007

Potron-Minette

375f9292f921c219f78a96369be081e9.jpg

Au début, je n’ai pas tout de suite compris ce qu’il se passait. On était dimanche, j’entreprenais la difficile et laborieuse ouverture d’un œil, puis je me forçais à déchiffrer le radio-réveil. D’après le peu de clarté qui s’infiltrait à travers les lames du volet, il devait être encore très tôt. Mais d’après mon état physiologique, je me sentais en pleine forme.

Mon meilleur ennemi à affichage digital affichait sept heures et onze minutes. Je m’étais couchée à deux heures du matin. Il était donc franchement trop tôt pour me lever. Pourtant, je me sentais pleine d’allégresse, de vitalité, enjouée aussi. Une forme olympique, devrais-je dire ! Je m’étirais, me sentais souple, élastique et j’avais une indicible envie de… sortir faire un tour !

Cela, par contre, c’était franchement bizarre… Je suis une grande dormeuse, une championne des grasses matinées dominicales. Je suis également une grande frileuse, une amoureuse des journées d’automne et d’hiver au coin du feu. Et pour parfaire mon autoportrait, je suis une grande fainéante, une de celles que le sport fatigue rien qu’à en entendre prononcer le mot. Et là, un dimanche matin, alors qu’il ne faisait même pas vraiment jour, j’avais une indicible envie de me dégourdir les jambes dans la rosée fraiche du matin, un inexplicable besoin de me défouler, de profiter du calme de la ville.

C’est en descendant de mon lit que j’ai compris… C’était complètement dingue ! Une histoire de fou. J’étais en plein rêve et plutôt sympa le rêve ! J’étais devenue chatte ! Ou plutôt non ! J’étais devenue celle qui m’accompagne dans la vie depuis bientôt cinq ans, ma Tiaâ. Et elle, elle était là, endormie à ma place, transformée en… moi ! Intérieurement, je crois bien que j’ai souri. Et j’ai décidé de continuer cette expérience onirique des plus improbables afin de savoir, de détenir ses secrets à elle, ma petite lionne…

Je ne me suis jamais sentie aussi à l’aise dans mon corps que ce matin-là. J’étais légère, légère… Je suis entrée dans la cuisine, j’ai sauté sur l’évier (moi qui n’ai jamais réussi à franchir une haie pendant les cours de sport, au collège, je savourais mon talent tout neuf) et j’ai regardé dehors. La pièce était encore emplie des effluves de lasagnes au saumon de la veille, malgré la fenêtre restée ouverte toute la nuit. Cela m’a donnée faim, soudain. J’ai regardé en direction de la gamelle. Vide, évidemment. Il faut d’abord que je me réveille pour que je puisse la garnir…

Mon estomac criait famine, alors je me suis glissée par l’entrebaillement de la porte du balcon et me suis retrouvée à l’extérieur. L’air frais, la brume, le brouillard, la bruine me grisaient. Je me sentais toute excitée, tout mon visage était comme à l’écoute, tous mes sens étaient en éveil. J’ai regardé la rambarde du balcon et, après une micro hésitation, j’ai sauté. Après tout, ce n’était qu’un rêve… Si, par malheur, je chutais, je me réveillerais, en sursaut, certes, mais je me réveillerais tout-de-même. J’étais là, au cinquième étage, à une quinzaine de mètres au-dessus du vide et aussi à l’aise qu’assise dans mon bon vieux fauteuil, au salon. J’ai humé l’air qui charriait des arômes de café, de fumées de cheminées, de froid mouillé… J’ai levé la tête, évalué rapidement la distance qui me séparait du toit et hop !

Quel bonheur ! J’ai vu la ville s’éveiller en douceur, les réverbères s’éteindre un par un, les gens promener leur chien. J’ai même vu une mésange aller grapiller de ces graines que j’ai mises à leur dispositon, dès que s’est installé le froid. Je me suis sentie salivée, mon corps s’est tendu, mes cuisses étaient dures comme du béton et je ne pouvais détacher mon regard de ces plumes azurées. Je me suis faite violence. Non !!! Hors de question que je me déguste du piaf cru au petit déjeuner ! Même en rêve ! Eh bien, j’ai su à cet instant précis ce que l’on appelait l’instinct. Je n’ai pas pu m’écouter, me raisonner. C’était bien plus fort que moi, cela me prenait dans les tripes, au plus profond de mon ventre. J’allais la tuer, c’était comme cela. Il n’y avait pas à réfléchir si c’était bien ou mal. Il devait en être ainsi, point final. Malheureusement pour moi, j’ai glissé sur une des tuiles, ce qui m’a faite tomber dans la gouttière, ce qui a sauvé la modeste vie de ce petit rémiz. Le souffle coupé, je me suis rattrapée en sautant, le plus dignement possible, sur le balcon de l’immeuble voisin.

Et plus précisément sur celui de madame Chambon. Elle a la passion des fleurs et il y en a partout… J’ai reniflé les parfums des pensées, des crocus et autres perce-neiges, lorsque j’ai aperçu Belphégor, le chat de la maison. Il m’observait immobile, ses yeux jaunes plongés dans les miens. Je n’ai pas cherché à comprendre : quelque chose me disait qu’il valait mieux ne pas s’attarder. J’ai pris dans ma gueule une giroflée rouge, tombée à terre, et de rebords de fenêtres en terrasses, je suis rentrée chez moi. J’ai rejoint la chambre à coucher, bondi sur le lit dans lequel mon autre moi dormait toujours à poings fermés et, après une petite toilette, je me suis roulée en boule et me suis laissée aller au sommeil.

Dix heures. J’ouvre un œil. Elle est là, comme tous les dimanches, assise sur mon oreiller, me couvant de son regard ambre. Elle guette mes réveils et je la soupçonne même de m’envoyer des messages télépathiques. Je la câline, l’embrasse, elle est si douce… Je m’étire en longueur, ouvre grand mes bras, baille à pleines mâchoires. Quel drôle de rêve ! A la fois poétique et réaliste, une leçon de vie, quoi !

J’entreprends de me lever. Je me retourne afin d’enfiler mon kimono. Il y a une tache sur le drap. Non, ce n’est pas une tache. C’est une fleur. Une petite giroflée, rouge…

© 2006 Plum'

Ce texte est la version originale de la consigne de l'atelier d'écriture de Psychologie.com du mois de novembre 2006 dont le sujet était : Vous vous réveillez un beau matin, vous êtes devenu le chat de la maison... Pour une journée. Racontez-nous.

Toutes les notes