mardi, 10 juin 2008
Il était une (première) fois...

Je me souviens de ce jour d’hiver, jour de semaine, jour d’école… Tu t’étais mis d’accord avec l’institutrice : elle me laisserait partir à quatre heures moins vingt, soit quinze minutes avant l’heure réglementaire de sortie. Je n’étais au courant de rien, c’est elle qui m’incita à m’en aller, lorqu’il fut l’heure. Je ne comprenais pas et toi tu m’attendais sous le préau. La lumière de cette grise journée déclinait, le froid était incisif et s’engouffrait à travers mon écharpe et mes gants de laine.
Dans la voiture, tu n'as répondu à aucune de mes questions : où allions-nous ainsi, tous les deux ? S’était-il passé quelque chose de grave à la maison ? Et maman, et mon petit frère, pourquoi n’étaient-ils pas là avec nous ? Silence de ta part… Inquiétude de la mienne… Clins d’œil et sourires amusés sur ton visage… Incrédulité sur le mien… Pour moi, le trajet fut long, très long, interminable…
Nous traversâmes le centre-ville dont les illuminations de Noël me fascinaient et m’émerveillaient. Tu garas la voiture et nous nous retrouvâmes, main dans la main, à marcher sur les pavés glacés en direction d’un bâtiment carré. Odeurs de marrons chauds, de crêpes et de gaufres…
Ce jour-là tu m’as emmenée, pour ma toute première fois, au cinéma voir Blanche-Neige. La magie du lieu, les fauteuils de velours rouge, l’écran géant, l’esquimau de l’entracte, je me souviens de tous ces détails comme si c’était hier. Toi, tu jubilais, heureux conspirateur et spectateur de mon plaisir. J’étais ravie et fière de ce tête-à-tête, de ce moment complice de bonheur.

Lorsque le film fut terminé nous sommes allés, dans un salon de thé, boire un chocolat et manger une part de forêt-noire. Il faisait nuit, glacial et les rues étaient devenues l’écrin géant d’une joaillerie faite de loupiotes multicolores. Les vitrines des grands magasins offraient un spectacle animé, tout n’était que dorure, argent, couleurs métallisées. Cadeaux mystérieux emballés de papier brillant, vêtements tout en satin et tissus lamés, enseignes lumineuses clignotantes, pères Noël grassouillets à l’air bonhomme, la cité était en fête et mon cœur aussi.
C’était mon anniversaire et je venais d’avoir sept ans… Quel joli cadeau tu m’as fait là !
Aujourd’hui, je garde de cet après-midi-là un goût de tendre nostalgie et pour moi qui n’aime pas trop la pâtisserie, une part de forêt-noire suffit à me replonger dans ce souvenir plein de magie…
© 2006 Plum'
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mardi, 03 juin 2008
Ma Terre (nité)

Tu n’as pas grandi dans mon ventre, en moi
Si j’avais su le faire, nous n’en serions pas là
Tu es, de toute ma vie, mon plus grand combat
Mon tout petit bout né si loin de moi, là-bas
Des nuits entières, je t’ai appelé, je t’ai rêvé
Je t’ai prié sous le noisetier, à la lune blonde
Toutes ces années passées à te chercher
Mon petit bout né tout au bout du monde
Mes seins, c'est vrai, n’ont jamais pu te nourrir
Mais ils ont su te rassurer et t’apaiser
Pour toi, s'il le fallait, je serais prête à mourir
Mon petit bout de chou, mon adoré, mon bébé
A présent, je ne respire plus que pour demain
Et tu t’endors confiant, ma main sous ta tête
Je te veux des rêves plein de fleurs et de lapins
Mon petit bout de l’autre côté de la planète
J’ai tant pleuré de n'être qu'une femme stérile
Tu sais, j’ai failli mourir de ne pas pouvoir
Aujourd’hui, tu es mon phare, ma terre d’asile
Mon petit bout de moi, ma plus belle histoire.
©2006 Plum'
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jeudi, 21 février 2008
Corbeille de fruits
On m’a envoyée, via la magie du virtuel
Cette corbeille de fruits perpétuels
En réponse à un jeu-concours d’un blog ami
Je me suis retrouvée gagnante du premier prix
Corbeille de fruits, jolie, jolie, jolie
J’aime tes couleurs, J’aime tes odeurs
Corbeille de fruits, jolie, jolie, jolie
Un jour d’hiver plein de froideur
Quel gentil cadeau, merci !
Perdus dans la contemplation de ces merveilles
Y a des ananas, y a des litchis et des papayes
J’ai envie d’y goûter, je me sens saliver
L’eau à la bouche, c’est la faute au cliché
Je m’envole l’espace d’un moment, rien qu’un instant
Vers ces eaux turquoises, ces plages de sable blanc
De cette flore luxuriante et tous ces oiseaux
Je rêve en souriant, c’est à cause de la photo
On nous a donné un cœur pour qu’il cadence
Les pires et les meilleurs moments de notre existence
Derrière mon écran, au photographe je pense
A sa passion, sa sensibilité, son talent immense
Corbeille de fruits, jolie, jolie, jolie
J’aime tes couleurs, J’aime tes odeurs
Corbeille de fruits, jolie, jolie, jolie
Plaisir vitaminé, sucré et plein de douceurs
Bonjour et… bon appétit !
© 2008 Plum'
Merci à Louis-Paul FALLOT pour m'avoir offert cette photo. Il y a ceux qui s'expriment avec les mots, d'autres avec leur voix, d'autres encore avec leur corps et puis, il y a les photographes. Ceux-là savent nous offrir leurs yeux, le temps d'un cliché, l'espace d'un regard figé à tout jamais dans la magie de l'instant...
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samedi, 02 février 2008
Alphabonbons

Les friandes disent que l’Amour, c’est comme un berlingot : petit, coloré, sucré, il fait oublier le goût amer de la solitude…
Les friandes disent que la Bêtise ne vient pas toujours de Cambrai, malheureusement on peut la trouver partout…
Les friandes disent que les Caramels au beurre salé sont tendres comme des baisers échangés sous la pluie…
Les friandes disent que les Dragées sont un cœur d’amande pour les mariés et du sucre pastel pour les bébés…
Les friandes disent que les Epicuriens sont des princes dont le palais est un lieu de plaisir…
Les friandes disent que les Fruits confits sont du soleil sur les tables d’hiver…
Les friandes disent que les Galettes bretonnes permettaient aux druides de prédire l’avenir aux rois : doré et croustillant…
Les friandes disent que Halloween est la plus charmante des traditions…
Les friandes disent que l’Ice-cream est une crème de beauté dont le pot est une sorbetière…
Les friandes disent que la confiture de Jujube au matin « exotisera » la journée jusqu’à demain…
Les friandes disent que le Kouglof étouffe la belle-mère, sauf si avec thé ou café on le sert…
Les friandes disent que la Langue de chat fait ronronner d’aise la crème anglaise…
Les friandes disent que le Marron glacé permet de bien commencer l’année…
Les friandes disent que les fanas de Nougat ne seront jamais en retard à Montélimar…
Les friandes disent que le sucre d’Orge a le goût des sucettes d'antan de nos grands-mères…
Les friandes disent que la Papillotte parle d’amour de façon rigolote…
Les friandes disent que les jolies Quenottes doivent se méfier de tout ce que l’on vient de citer…
Les friandes disent que la Réglisse est le plus sombre des délices…
Les friandes disent que la Sucette est la récompense de la sagesse durant l’enfance…
Les friandes disent que la Tatin tiède est le dessert renversant des gourmands…
Les friandes disent que chaque confiserie à une saveur Unique…
Les friandes disent que les bonbons à la Violette diffusent sur la langue une douce saveur désuette…
Les friandes disent… que les gourmandes et gourmands ont un vilain défaut mais que ne pas l’être est la pire des indigences !
© 2006 Plum'
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vendredi, 25 janvier 2008
Prélude
Je ne comprends pas ce qui se passe… C’est bizarre…
Il y a beaucoup de bruits. Même assourdis, je les entends… De l’agitation aussi… Je sens comme un stress, de l’angoisse…
J’ai peur… J’ai de la peine à bouger, je n’ai pas assez de place. Je voudrais étendre mes bras et mes jambes, mais je n’y arrive pas. Je me sens prisonnier, j’ai même du mal à me trouver une position confortable. Et j’ai mal ! Tout mon corps me fait si mal ! J’ai l’impression que les parois se rapprochent, vont m’écraser. J’ai peur ! Je me sens bousculé, poussé, je sens que je vais mourir…
Oh, mais quelle est cette lueur ?
On m’agrippe, on me tire, brutalement ! Hé, doucement ! Ca ne va pas, non ? Ils vont me désarticuler, me démembrer ! J’ai peur ! Et là, je le sens, je vais mourir… Ma poitrine me brûle, c’est atroce !
J’entends quelqu’un crier, j'entends beaucoup de voix. J’ai mal aux yeux, cela me brûle ! Je ne peux pas les ouvrir. Je n'y arrive pas, c’est beaucoup trop douloureux ! J’ai si peur !!!… Et j’ai si froid… Je ne pensais pas qu’on pppp…ouv…ait, brrr, avvvv….oir si frrrr…oid. C’est horrible, je vais mourir ! Je ne peux pas bouger, pas me défendre ! Ils sont plusieurs, ils s’acharnent sur moi ! Je suis posé, repris, reposé, c’est désagréable, presque trop brutal ! Je ne comprends rien à ces voix, je ne comprends pas ce qu’elles me disent ces voix ! J’ai surtout tellement peur ! Ils m’attachent quelque chose autour du poignet, ils m’enfoncent autre chose dans le nez, dans les oreilles, dans la gorge ! Ils essaient de m’ouvrir les yeux de force, d'y verser du liquide…
Mais laissez-moi, au secours !!! A l’aide !!! Je vous en prie, ne me faites pas de mal !!! J’ai la poitrine en feu, tout mon corps n’est que douleur… Pourquoi ?
Tiens, la lumière me semble plus douce ici, c’est plus calme aussi. Je commence à avoir moins froid. On me soulève, on me repose, tout doucement...
C’est chaud, c'est doux, cela sent bon, c’est agréable et… mais je reconnais cette voix ! C’est toi ? C'est vraiment toi ??? Ta voix ? Elle n’est plus assourdie comme dans de l’ouate ! Oh, oui ! Continue de me dire ces choses, même si je ne les comprends pas, elles me rassurent. Si tu savais comme je suis fatigué, si fatigué… J’ai tellement envie de dormir…
Aujourd’hui, je suis né, il y a 39 minutes maintenant. Et j’ai bien cru mourir…
© 2006 Plum'
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mardi, 08 janvier 2008
Calendrier de l'Avant
Avant d’être, j’étais sûrement une étoile. Je ne voyais jamais mon père, le Soleil, qui travaillait lorsque je dormais et partait en déplacement, loin, de l’autre côté, lors de mes éveils. Ma mère, la Lune, s’occupait bien de moi et de toutes mes sœurs. Certaines étaient mariées, avaient des enfants et vivaient en constellation. Nous étions une grande famille unie, même si Papa n’était jamais là. C’était bien…
Avant de naître, je vivais dans un univers de sang et de sens, rythmé de battements, de pulsations, de pouls. J’ai été cellule, puis œuf, puis ébauche, puis embryon et enfin fœtus. A chaque étape de cette première vie, je me suis sentie aimée, désirée, protégée. J’étais bien…
Avant-hier, j’étais le centre du monde. Tout tournait autour de moi, gravitait devant, derrière, à gauche et à droite. Ma mère, Maman, s’illuminait en me regardant. Mon père, Papa, s’attendrissait, me gazouillait des mots tendres qui n’existent pas (mais seulement lorsqu’il était seul avec moi). J’avais créé la « famille », un noyau de chaleur, de confiance, de sécurité. Nous étions biens, tellement heureux…
Avant aujourd’hui, hier, j’étais l’espoir de ma famille. Je me devais de réussir là où mes parents avaient échoué afin, en quelque sorte, de rétablir l’ordre, de réparer l’injustice, de laver les honneurs perdus. J’ai appris, à la douleur de mes doigts, le piano. Je me suis accoutumée, à la torture de mes muscles, à la danse classique. J’ai été la gloire de mon père, la fierté de ma mère…
Avant demain, aujourd’hui, je suis à la recherche de mon « moi » profond, en pleine période de « zénitude ». Je m’écoute un peu mieux, je m’apprends tous les jours, je m’aime de plus en plus. Je me sens disponible, ouverte, confortable. Je me sens «follage», tout en folie et sagesse à la fois. Je suis vraiment bien, je crois…
Avant après-demain, demain, je miserai, moi aussi, sur les autres, sur les jeunes. Je me battrai, à coups de pétitions, pour un monde meilleur. Je mangerai bio, je me meublerai écolo, je ferai des chèques pour les enfants du tiers-monde, pour que l’on respecte la faune et la flore sous-marine. Peut-être m’offrirai-je même une étoile, une pas trop chère qui sera déjà éteinte. Je partirai loin, très loin de ceux qui m’ont déçue…
Après-demain, je me résignerai un peu, j’espérerai encore beaucoup. De déceptions en amertumes, de désenchantements en chagrins, de désappointements en découragements, j’essaierai de garder un visage et un discours sereins. Juste pour que les générations à venir et en devenir gardent espoir et curiosité. J’aurai encore envie, oh juste un soupçon. Je serai donc encore en vie, oh juste un nuage…
Avant l’après, je revendiquerai ma fin. J’appellerai le déclin, mendiant mon dernier souffle comme l’amoureuse un baiser. Je supplierai la grande déesse des Ombres de me plonger dans la nuit éternelle. Je n’aurai pas peur, non. Je me sentirai repue par une existence que je qualifierai sûrement de bien remplie. J’aurai appris à bannir les regrets, à bénir les plaisirs. Je partirai enfin…
Avant la fin du monde, quelques époques plus loin, je me délecterai à observer. Je ne craindrai plus rien, à part les pluies acides, les étés caniculaires et les petites bêtes qui montent, qui montent, qui rongent, qui rongent, qui mangent, qui mangent… J’abriterai sous mon feuillage des amas d’amoureux amarrés l’un à l’autre qui me tatoueront à coups de canifs des initiales « encoeurés ». Je serai celui sous lequel on se donnera rendez-vous, on se prêtera serment. Là, je saurai que j’ai réussi mon chemin de vie.
Peut-être que tout cela n’aura été qu’un avant-goût.
Peut-être ne serai-je qu’à l’avant-veille de mon avant-première.
Peut-être m’aura-t-on pris pour une avant-urière alors que je n’étais qu’une avant-ureuse.
C’est vrai que j’en aurais bien pris davantage…
© 2006 Plum'
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jeudi, 29 novembre 2007
Plume tendre...

Je me suis levée ce matin
Et mes pensées vous ont rejoints
Plaisir de découvrir vos mots, au fil du temps
En douceur, en humeur, en rire ou en pleurs
Nul ne peut comprendre ce plaisir ardent
Si intense qui m'a donnée tant de bonheur
En vous lisant, en vous apprenant…
Alliance de vos vies, de mes inspirations
Vos commentaires, devenus tempo, rythmes et silences
Ont eu raison de bien des désespérances
Un univers parallèle sans murs ni distances
Si vous saviez combien vous êtes devenus une évidence
© 2006 Plum'
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mercredi, 28 novembre 2007
L'Heure rose
Mardi, 27 novembre 2007 – 17 heures 35 minutes.
Cela a été plus que surprenant.
J’étais chez l’esthéticienne, allongée, détendue. Mon visage était badigeonné d’un mélange de cacao et d’huile essentielle de fleur d’oranger. Je me souviens que mes glandes salivaires s’affolaient, excitées par l’odeur chocolatée ambiante. Amina me massait le pied droit. Je sentais son pouce suivre la ligne médiane de ma voûte plantaire. Ses doigts huilés glissaient, appuyaient, effleuraient, s’attardaient, pénétraient entre chacun de mes orteils, les caressant, les titillant, provoquant involontairement parfois leur contraction. Nous prenions mon pied, chacune à sa façon. Puis elle remonta à la cheville, ses doigts roulant autour de ces dernières comme des bracelets vivants. Je me laissais aller à ces multiples sensations de plaisirs. Ma chair était dans l’attente de ces paumes ointes et parfumées, mon esprit s’abandonnait, le temps s’était arrêté.
Et puis il y a eu la douleur.
Comme une brûlure qui irradia le bas de mon dos, jusqu’aux reins. Surprise, j’ai poussé un petit gémissement et mes mains se sont crispées sur les côtés de la table de massage, emprisonnant la housse en éponge, griffant le skaï. Amina intensifia son palper-rouler, prenant ma réaction pour une invite. Elle massait de façon plus énergique ma jambe, pressant presque douloureusement mon mollet. Alors que je me replongeais dans cet état de semi-somnolence, me concentrant à cet appel à la détente, la douleur recommença. Vive, aigüe, rapide. Comme un tison ardent qui s’enfonçait dans mon ventre, consumant mes chairs. Une douleur qui me surprit par sa soudaineté et sa prestesse.
J’ouvris les yeux.
Amina, penchée sur ma jambe, effectuait très consciencieusement son travail de masseuse. Son regard croisa le mien et je lus la désapprobation dans ses yeux verts. Elle hocha négativement la tête et ferma les paupières quelques secondes. Un ordre silencieux auquel je me pliais. Mais une partie de moi restait en alerte, comme dans l’attente d’une troisième manifestation encore plus cuisante. Plus rien.
Le répit, mais pour combien de temps ?
Je me suis assise sur la table de massage, les jambes pendantes, le dos rond. Amina semblait jouer avec mes vertèbres. Telle une musicienne, elle faisait des harmonies avec ma colonne vertébrale. Ses mains huilées, paumes bien à plat, remontaient de mes reins jusqu’à mes omoplates. Cela faisait mal mais c’était bon, en même temps. Le spasme me surprit par sa fulgurance, me coupant la respiration. Pliée en deux, j’étouffais un cri. Amina fit le tour de la table, me demandant si j’allais bien. Je ne pouvais plus répondre. Mes yeux étaient mouillés et un goût de sang envahissait ma bouche. Je m’étais mordu la langue.
Mercredi, 28 novembre 2007 – 00 heures 27 minutes.
La douleur n’est plus qu’un vague souvenir, comme une buée qui aurait disparu à tout jamais grâce à l’ouverture d’une fenêtre. Oui, comme une goulée d’air frais qui aère et purifie l’atmosphère. Je suis une bulle d’amour. Je suis une plume légère. Il n’y a pas de bruit, tout est silence. Je me sens bien. J’ai sommeil mais je ne veux pas dormir, non. Mes paupières sont des stores bateau en béton armé. Je suis si fatiguée.
Mercredi, 28 novembre 2007 – 06 heures 14 minutes.
C’est magique. C’est doux. C’est comme un duvet, comme un bout de nuage, plus velouté encore. Et cette odeur qui me fait penser aux iris, un peu poudrée, duveteuse. C’est chaud. C’est beaucoup de moi, tant de toi mais tellement lui. Je me sens si sereine, si emplie de bonté, de bonheur. Mon coeur est investi. J’ai l’impression que mon âme a huit millions d'années et que mon corps en a dix-sept. Je me sens belle, si belle. Je me sens différente, tellement différente. Je me sens mère.
Je suis mère…
© 2007 Plum'
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samedi, 17 novembre 2007
9 semaines 1/2
Lorsque Michaèla est entrée dans notre vie, elle avait neuf semaines et demie. En fait, elle n’est pas entrée dans notre vie. Elle l'a bouleversée, devrais-je plutôt dire, attendue, désirée, espérée par une femme et un homme qui s’aimaient et qui n’aspiraient qu’à une chose : avoir un enfant. La vie s'avère bien compliquée, parfois…
Pour Youssef et moi-même, cela n’était pas prévu au programme. Du moins, pas de façon dite traditionnelle. Alors, lorsque nous avons compris que je ne serais jamais enceinte, nous avons décidé d’adopter. Et, malheureusement, adopter en France est plutôt fastidieux et carrément décourageant. Nous nous sommes renseignés, avons contacté plusieurs associations, en relation elles-mêmes avec plusieurs pays et puis, un jour, on nous a téléphonés pour nous annoncer qu’elle était là. Ce coup de fil tant attendu, tellement voulu, ce coup de fil sur lequel nous fantasmions nous a, en quelque sorte, assommés. Oh, nous étions ravis ! Mais nous n’y croyions plus, je crois.
C’est Youssef qui a eu la responsable de l’association en ligne. Après avoir raccroché, il s’est laissé tomber dans le fauteuil et m’a appelée. Je suis entrée dans cette petite pièce que nous surnommons « le bureau » et voyant sa pâleur, lui ai demandé ce qui se passait. Il m’a prise la main, m’a attirée contre lui tout doucement, et m’a chuchotée à l’oreille :
« Ca y est… Nous sommes parents ! »
Je ne sais combien de temps nous sommes restés ainsi, dans les bras l’un de l’autre, à pleurer doucement. Toutes ces années de frustrations et de désespoir s’en allaient avec nos larmes. Enfin…
« C’est une petite fille. Elle s’appelle Michaèla et elle a quatre semaines. Ses parents ont été tués dans un attentat à la voiture piégée, dans le nord d’Israël. »
Michaèla… Elle nous était destinée, c’est sûr. Michaèla… Désirée, en français. Coïncidence ? Prophétie ? Ce qui est certain, c’est qu’elle allait devenir notre plus belle histoire, à tous les deux. Je ne voulais pas céder à la culpabilité par rapport au destin tragique de ses parents. Mais je ne souhaitais pas non plus me laisser aller à une joie qui me paraissait indécente. Je me suis mise en deuil, tout simplement… Après tout, la vie avait décidé que nous nous occuperions de leur petite fille, c’était bien le dernier hommage que je me devais d’offrir à ce couple dont le décès faisait du nôtre des parents. D’ailleurs, Michaèla était plus qu’un cadeau. Elle nous était offrande, rescapée d’un sacrifice orchestré par des hommes et des femmes aveuglés par la haine, l’intolérance…
Sa chambre fut prête en quelques semaines. Des meubles en bois blanc, une commode dont les tiroirs regorgeaient de layettes pastels, des étagères pleines de peluches, de doudous et de jouets colorés, un mobile, suspendu au plafond, avec des papillons et des libellules… Il ne manquait plus que notre petite fille. NOTRE petite fille… MON bébé… Ces mots, mis en attente dans un coin de ma tête et qui pouvaient, à présent, être enfin prononcés…
Nous avons fait plusieurs allers-retours en Israël pour voir Michaèla et enfin, un jour, pouvoir la ramener avec nous, la ramener chez elle. Nous avons envoyé des faire-parts à nos amis les plus proches. Nous n’avons rien fait de trop prétentieux, cela ne nous aurait pas ressemblé à Youssef et moi. Non, juste une petite phrase sur un carton jaune poussin avec un œuf éclos, peint aux couleurs de la Terre :
Ca y est, elle est arrivée ! Marie et Youssef ont la joie de vous annoncer que Michaèla vient de faire d’eux une Maman et un Papa.
Je suis là, dans sa chambre, à la regarder dormir. Pour moi, c’était hier… Aujourd’hui, les meubles blancs ont été remplacés par une chambre plus moderne, une chambre de petite fille. On y trouve un bureau, des dessins aux murs, des poupées, une dinette avec tout son électroménager. Sur les étagères, il y a des livres, beaucoup de livres, elle les adore. Sur le petit bureau, sont alignés de jolis cadres en bois coloré garnis de photos de Patouille, notre berger briard, de Chaussette et Bigoudi, nos deux chattes mère et fille, de Youssef, Michaèla et moi… Je pense que notre fillette est heureuse. Je crois que nous avons réussi à lui offrir une vraie famille, un cocon. Mon rôle de mère me plaît, m’épanouit, me fait grandir. Je suis venue déposer le cadeau de la petite souris sous l’oreiller de Michaèla. Elle a perdu, hier, sa première dent de lait. C’est son premier pas vers l’état de « grande fille » et pourtant, lorsque je la contemple, son pouce dans la bouche, ses boucles brunes sur sa joue rebondie, je ne vois qu’un bébé. Mon bébé…
D’un commun accord, Youssef et moi-même n’avons pas voulu donner à Michaèla l’instruction d’une seule religion. Elle commence à se poser des questions et nous lui apprenons que Dieu est amour. Nous lui enseignons la base même de toutes les religions monothéistes, à savoir la tolérance, le respect d’autrui, l’amour de son prochain.
Dans moins de six mois, Michaèla aura six ans. Déjà...
Pour ses dix ans, Youssef et moi voudrions l’emmener en Israël, là où tout a commencé…
© 2006 Plum'
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mercredi, 14 novembre 2007
Sucre candide...
Cinquante-septième consigne de Paroles Plurielles : à partir de la photo ci-dessous, prise par Coumarine, écrire un texte dont l’incipit (première phrase) est : « Tante Babette prit une profonde inspiration ». Apparemment mon texte n'a pas dû être considéré comme "assez bien" par l'Administrateur en chef qui n'a pas jugé utile de le publier sur son site. Je retire donc le lien vers Paroles Plurielles de ce blog.
Tante Babette prit une profonde inspiration et, d’un ton exaspéré, me dit :
- Ma petite fille, il va quand même falloir que tu apprennes à faire des choix dans la vie et à les assumer. Alors, pour la huitième et dernière fois, lequel veux-tu ?
- Un cannelé, s’il te plaît Tata.
- Un cannelé, s’il vous plait, monsieur, demanda Tante Babette au marchand.
- Euh, non ! Une amandine, plutôt…
Ma tante me regarda de biais, je sentais sa patience atteindre les confins de la limite autorisée. Je sentis mes sourcils former l’accent circonflexe de la mine désolée.
- Cannelé ou amandine ? s’écria-t-elle.
- Lunettes à la framboise, osai-je à peine chuchoter.
- Ah non ! Cette gamine me rendra complètement jobarde ! Lunettes à la framboise !
Elle s’agenouilla face à moi, me prit mes mains dans les siennes et, me fixant d’un air sévère, articula :
- Ca-nneu-lé, a-man-di-neu ou lu-ne-tta-la-fram-boi-seu ?
- Je ne sais pas, prononçai-je avec peine, mes yeux se noyant de larmes. Je voudrais aussi des madeleines et des langues de chat, des florentins et des financiers, des brownies et des calissons, des navettes et des biscuits aux pignons, des…
- STOP !!! Tu as tout gagné, on s’en va !
Je lançai au marchand un regard désespéré et contrit. Nous nous dirigeâmes vers la sortie de la petite biscuiterie, lorsqu’il héla ma tante :
- Attendez, madame ! Elle est bien mignonne, cette pitchounette ! Tiens, je ne supporte pas de voir une jolie petite fille pleurer comme cela.
Il me tendit un sachet dans lequel se trouvait un bon échantillon de tout ce que l’on pouvait trouver dans sa boutique. Ma tante commença par refuser mais l’homme, jovial, insista en lui offrant un macaron.
Nous sortîmes et je me retournais vers le marchand, lui décochant mon plus beau sourire du haut de mes cinq ans. Nous nous éloignâmes et tante Babette me serra un peu plus fort la main. Elle me regarda en souriant et me dit :
- Tu as été parfaite, ma chérie. Je suis toujours sidérée de te voir pleurer sur commande. Même ta mère n’était pas aussi douée à ton âge…
© 2007 Plum'
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